Un bon petit coup d’Antoine Blondin, pour débuter la semaine !

Un petit morceau de bonheur extrait de « l’Europe Buissonnière » (éditions Jean Froissart 1949, puis La Table Ronde 1953).  Précipitez-vous dans les médiathèques pour lire l’intégralité de ce texte, et chez Tonnet pour pour en acquérir l’ensemble de l’oeuvre (éd. La Table Ronde 1988). On ne se lasse pas des bons auteurs, et Antoine Blondin (mort en juin 1991 à Paris, à l’âge de 69 ans) en fait partie. Qu’on se le lise !

Extrait :

« (,,,/,,,) parce que moi, sachez-le, je reste. Je reste dans le village où je suis née, il y a cent ans, aujourd’hui. Il s’en faut d’une demi-heure à ce clocher ; vous saisissez ? Ce clocher et pas un autre…

Elle étreignit le poignet de Hans et attira son attention vers l’église. L’horloge marquait l’heure comme on marque le pas, C’est dire qu’elle venait de s’arrêter. Elle indiquait trois heures et demie.

-attendez jusqu’à quatre heures, reprit la vieille à l’adresse des SS, et après, sauvez-vous. Elle ajouta, plus bas : les Boches arrivent !

  • Mon ami, dit Hans, heureusement qu’elle nous y fait penser, nous allions oublier l’essentiel.

  • L’heure, naturellement ! S’exclama Helmut.

  • Ecoute, j’y vais, dit l’autre, en s’engouffrant sous le porche.

Il y avait là plus qu’une formalité à accomplir. C’est peu que de débaptiser quelques rues, mais obliger les citoyens à avancer leur montre de deux heures, sans que cette mesure revêtît à leurs yeux l’apparence d’une brimade gratuite, mettre au même pas toutes les pendules d’Europe, témoignait d’une exigence bien plus impérieuse : celle d’organiser le temps au moment précis où l’on occupait l’espace.

On ne tyrannise pas impunément les méridiens.

Plus tard, lorsque les Nations Unies, incapables d’organiser l’espace, mais soucieuses par ailleurs d’occuper le temps, instruisirent d’interminables procès aux criminels de guerre, l’Ührführer Bauer, responsable des chronomètres pour l’ensemble du continent et surnommé « le bourreau des longitudes », fit l’objet d’une affaire retentissante. Dénoncé par l’horloge parlante, on lui imputa le détournement d’un temps considérable au détriment de l’humanité tout entière, portée partie civile. Sommé par le procureur Westinghouse d’expliquer l’usage qu’il en avait fait, le magistrat, réputé pour sa courtoisie, eut le malheur de lui dire : « prenez votre temps, » Il répondit qu’il le prenait là où il le trouvait et s’attira opportunément l’indulgence du jury. Il fut condamné à être fusillé la tête en bas, ce qui variait les plaisirs des exécuteurs sans ravaler la victime. Aucun des policiers notoires, commis à la recherche du temps perdu, ne parvint à mettre la main sur ces deux heures de leur vie, dérobées un beau jour aux habitants des territoires conquis. Cependant un fin limier, ayant trouvé dans la villa d’un nazi considérable une photographie de femme, eut l’esprit de faire traduire la dédicace. Elle évoquait le souvenir d’heures passées en fraude dans la Forêt Noire. Les travaux effectués dans cette région par les services de récupération s’avérèrent vains, mais on en conclut que le temps ainsi escamoté avait été acheminé aussitôt vers l’Allemagne et réparti discrètement entre les potentats du régime. (,,,/,,,) »

Allez lire le début et la fin !!!

 

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