Jean Giono, de et par tout temps

« les bêtes, les plantes, la pierre !

« c’est fort, un arbre ; ça a mis des cent ans à repousser le poids du ciel avec une branche toute tortue.

« c’est fort, une bête. Surtout les petites.

« ça dort tout seul dans un creux d’herbe, tout seul dans le monde.

« tout seul dans le creux d’herbe, et le monde est tout rond autour.

« c’est fort de coeur ; ça ne crie pas quand tu les tues, ça te fixe dans les yeux, ça te traverse par les yeux avec l’aiguille des yeux.

« t’as pas assez regardé les bêtes qui mouraient.

« c’est fort, une pierre, une de ces grandes pierres qui partagent le vent ; droites depuis qui sait ? Mille ans ?

« une de ces pierres qui sont dans le monde depuis toujours, devant que toi, Jaume, la pomme et l’olivette, et moi, le bois et les bêtes, et les pères de tout ça, de toi, de moi, et de la pomme, devant que le père de tout ça, Jaume, soit seulement dans les brailles de son père.

« une de ces pierres qui ont Vu le premier jour, et qui sont depuis qui sait combien, toujours les mêmes, sans changer. C’est ça qu’il faut savoir, pour connaître le remède. »

Extrait de « COLLINE », de Jean GIONO (éditions Grasset, 1929)

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