La greffe

DownloadJeudi matin, Bruxelles.  Un beau soleil d’hiver illumine la ville.  Il fait quand même grand froid. Nous nous attablons dans une brasserie près de la gare du Midi.  Entre un groupe de six adolescents, quatre filles et deux garçons d’environ 16 ou 17 ans.  Ils s’assoient à coté de nous, autour d’une grande table.  Sans doute s’apprêtent-ils à prendre ensemble le train. Chacun d’entre eux a un smartphone à la main. Bien entendu, la brasserie offre le wifi à ses clients.  Les ados commandent des bières et des cocas, sans lâcher leur portable.   Leurs regards restent vissés sur l’objet qu’ils tiennent dans leur main.  Une des ados semble converser par SMS, un autre est sur YouTube, une troisième consulte Google Maps. Incidemment, le smartphone est parfois déposé sur la table, mais il retrouve très vite les doigts de son propriétaire. Le groupe est étrangement silencieux.  Aucune conversation ne s’engage. Parfois, cependant, deux regards se croisent et quelques paroles sont échangées, mais elles semblent uniquement faire écho au contenu proposé par les tablettes. Très rarement, un rire traverse l’espace, à la vue de telle ou telle photo ou vidéo. Mais très vite le silence retombe, uniquement rythmé par les doigts qui pianotent et les mouvements du portable.

Vendredi matin, Paris, gare Montparnasse. Il fait froid. En attendant le train pour Pau, je me réfugie avec bien d’autres voyageurs dans le nouvel espace de vente SNCF qui a remplacé l’ancienne brasserie. Je remarque un groupe de très jeunes filles, encadré par deux religieuses à l’air sévère, portant coiffe et robe noire.  Les collégiennes, entre enfance et adolescence, semblent avoir douze ou treize ans. Je comprends qu’elles se rendent à Lourdes.  Une fois dans le train, je me retrouve assis non loin d’un groupe de quatre de ces jeunes filles, assises face à face.  Avec leurs vêtements, leurs manières, leur conversation, elles fleurent bon Neuilly, Auteuil, Passy.  Elles sont très enjouées, sans doute excitées par le voyage et le fait d’être ensemble. La conversation va bon train, les rires fusent, tout le wagon profite de l’insouciance de ces jeunes personnes.  Le voyage est long.  Les collégiennes sortent un jeu de cartes et enchainent les parties de menteur.  L’une d’entre elle prend des photos avec son appareil. Plus tard, une autre sort un roman et se met à lire bientôt imitée par sa voisine. Leurs copines ont apporté un coffret de jeux de voyage et font une partie de dames.  Mais il ne faut pas longtemps pour que les conversations reprennent et que les rires traversent à nouveau le wagon.

Pendant les cinq bonnes heures qu’a duré mon voyage jusqu’à Pau, je n’ai pas vu l’ombre d’un téléphone portable au bout des doigts de ces jeunes adolescentes.  Il faut sans doute croire que la greffe est programmée pour plus tard.  A moins que certains y échappent ?

MdB

02/2018

 

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