« le bâtisseur de ville », Bertolt Brecht

Un court texte de Bertolt BRECHT (1898-1956), auteur entr’autres de l’Opéra de quat’sous, Mère Courage et ses enfants…

« Le bâtisseur de villes »

« Quand ils eurent bâti la ville, ils se réunirent et se conduisirent les uns les autres devant leurs maisons et se montrèrent le travail de leurs mains.-Et l’ami des hommes les accompagna, de maison en maison, toute la journée,et fit l’éloge de toutes.

Mais il ne parlait pas lui-même du travail de ses mains et ne montrait de maison à personne.-Et le soir approchait quand, sur la place du marché,ils se rencontrèrent tous de nouveau, et chacun s’avança sur une estrade et rendit compte du style, des dimensions de sa maison et du temps qu’avait duré sa construction, afin qu’on pût déterminer lequel d’entre eux avait bâti la plus grande maison, ou la plus belle, et en combien de temps.

Quand vint son tour dans l’ordre alphabétique, l’ami des hommes fut appelé lui aussi.-Il apparut au bas et en avant de l’estrade,traînant un grand montant de porte.-Il présenta son compte rendu.-Ce montant de porte était tout ce qu’il avait bâti de sa maison.-Il se fit un silence.-Puis le président de l’assemblée se leva.-« Je suis étonné », dit-il, et un rire général fut sur le point d’éclater. Mais le président continua: « je suis étonné qu’on n’aborde ce sujet qu’aujourd’hui. Cet homme-là, pendant tout le temps de la construction, a été partout, sur tout le chantier,et a partout apporté son concours. Pour la maison là-bas il a édifié le pignon, là-bas il a posé une fenêtre,je ne sais plus laquelle; pour la maison d’en face il a dessiné le plan. Rien d’étonnant après cela qu’il se présente ici avec un montant de porte (lequel d’ailleurs est beau), mais ne possède pas lui-même de maison. Compte tenu des nombreuses heures qu’il a consacrées à la construction de nos maisons, la construction de ce beau montant de porte est un véritable prodige, et c’est pourquoi je propose de lui décerner le prix de la bonne construction. »

texte tiré des « visions » de Bertolt Brecht in « HISTOIRES INEDITES -1913/1948-« 

Editions L’ARCHE (1967)

Un petit extrait (pour le plaisir) très court de l’  « Opéra de quat’sous », interprété par Ute Lemper;

Une autre version, par Hidegard Knef:

5 commentaires sur “« le bâtisseur de ville », Bertolt Brecht

    • je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Peut-être : vivre dans sa maison, ou autre, crée un territoire dont on n’a pas envie de changer, car il est « notre » lieu, donc notre vie (?)

      • Partir vers un autre lieu n’est pas forcément possible, mais l’imagination est un excellent vecteur de changements (de lieux et de temps). Je vous conseille vivement « les villes invisibles » (c’est en format poche) d Italo Calvino. Ce livre est magnifique, qui invite à séjourner dans des villes imaginaires…

      • je retiens ce titre de ce livre qui peut aussi me plaire s’il y a un côté psychologique et rêveur…C’est souvent dans le rêve que nous aboutissons vers un autre lieu et avec cette aide d’imagination,on est prêt à partir pour découvrir et aller à l’aventure,mais parfois on a tellement peur de tout changer qu’on s’est mis une barrière et le rêve ,ne restera que dans notre imagination…Il faut beaucoup de courage pour partir et refaire sa vie car on a besoin de se sentir en sécurité et aussi du confort…

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