Girez, jeunes, avant que le vent de l’Histoire ne vous frappe à nouveau de plein fouet

08 02 2018

Je suis serein. Ce n’est plus la Mort qui m’attend, mais moi. La vieillesse est mon dernier rempart que les morsures du temps libèrent. Que faut-il attendre d’un monde qui disparaît, se liquéfie entre les mégalomanies des uns et l’extrême misère des autres ? Quelles paroles sincères juchées sur des dépotoirs de mensonges, quelles lumières et quels espoirs dans ces espaces labyrinthiques que se partagent deux ou trois pouvoirs ? Comment penser librement si penser devient un meurtre, fabriqué de toutes parts par des élus qui ignorent le moindre fondement de la nature humaine, qui ne le sont plus eux-mêmes mais régissent tout ce qui fait vivre ou affame les peuples ?

L’humanité du ventre a cédé la place à l’inhumanité du fric. Un leurre omniscient, un mirage qui n’a pour vocation qu’aveugler les populations, les fondre dans la logique inutile du mieux vivre et surtout leur faire oublier d’être vivants, juste serviles, utiles, et si profusément mortels. D’ailleurs, combien de morts voudraient revenir à la vie, qu’ils soient simples bourgeois, ouvriers, chômeurs ? Combien d’entre eux, oubliés dans les cendres, les cimetières, les caveaux désertés, n’auraient de cesse que de venger l’oubli dont ils sont les victimes mémorielles ?

Les guerres effacent tout quand on y meurt. La pierre gravée des monuments, que personne ne lit. On regarde le fantassin de bronze. Perché là-haut, sur le dépotoir des mensonges des hauts-gradés, mais la mort est sereine et les grenades se sont tues. Seules les sirènes retentissent, incendies de maison, d’immeuble. La guerre est finie, le chagrin ne l’est jamais.

J’ai cru, à un moment, que les chemins les plus courts et tant parcourus ne laissaient pas de traces, tant tout allait vite et que d’autres pistes, plus alertes, plus cavalières, plus conquérantes envers le néant écraseraient mes pas, mon corps, ma mémoire vivante. Il n’en est rien, le miroir me reflète, le flambeau dans ma main gauche illumine mes doigts qui d’une plume inscrivent ces mots imbéciles et sérieux à la fois, car je ris de ma mort autant que je la moque.

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