L’heure parturiente de la nouvelle année

Samedi. Six heures du matin. Cinq janvier. La ville dort encore, presque muette. Seuls les feux clignotants craquettent aux carrefours. Sur les pare-brises des voitures immobiles le givre transpire. La rue est un champ de glace scintillante que les lampadaires illuminent. C’est l’heure où les hérissons, de retour de leur périple dans les jardins, se font écraser comme des limaces en traversant les rues banlieusardes, l’heure où les vieux paysans chargent leurs cageots pour descendre en ville vendre leurs choux, leurs haricots et leurs œufs. C’est l’heure où l’on attend le lever du jour avec le condamné, un verre d’absinthe et une cigarette en main. C’est l’heure où les aiguilles s’opposent et se battent en duel pour l’amour d’une femme, une dette, le moment où les étoiles s’éteignent à la lueur des rêves qui meurent. L’heure des corbeaux qui s’éveillent et du coq patriote.

L’heure des femmes parturientes. Du train de nuit qui entre en gare. Du brouillard épais au-dessus du gave.

C’est l’heure où, en RDC, les chiens se réveillent et s’apprêtent à partir aux champs, protecteurs hargneux et fragiles de groupes de paysannes que menace le viol réitéré des hommes (plus de 200 000 depuis 1996) en guerre permanente, l’heure où la Cote d’Ivoire se prépare à de nouvelles violences politiques, où la Corée du Nord menace la paix de la région, où les vaches des gigantesques usines laitières californiennes rêvent d’ingurgiter un brin d’herbe fraîche dans leur panse, les pis tendus comme des ballons de baudruche, l’heure où Haïti survit, survit, survit, l’heure où les anglaises dépriment, larguées et seules dans les campagnes reculées de l’Hexagone, l’heure où les douaniers saisissent à la pelle des tonnes de poudre et les cantonniers répandent le sel sur la neige verglacée.

L’heure de l’eau sortant des robinets. De la transmutation de l’or en plomb. Des contes inventés en banques réengraissées.

C’est l’heure des boulangers et des petits cafés, des huissiers et des descentes de police. L’heure des adultères et des coïts interrompus. L’heure hugolienne. L’heure du retour des vampires dans leurs châteaux des Carpates et de la diaspora des Moldaves (un million de personnes, soit un quart de la population). C’est l’heure où des femmes chiliennes empoignent masses et baramines pour exploiter les mines de cuivre. L’heure où les roénos ont fini de tourner, où les kiosques s’approvisionnent d’actualités, où les facteurs préparent leurs tournées, l’heure où les ados contemplent le mont Fuji depuis leur oreiller traité anti-acariens.

L’heure des premières traces dans la neige.

(Texte 04 12 2010, et toujours pareil… début 2019)

(source origine non vérifiée : https://www.voaafrique.com/z/4887)

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