lettres à Henriette (1973-1980): 1979-2

Paris 12 septembre 1979 (suite)

Avec le fric que tu m’avais gracieusement donné j’ai acheté une veste en cuir d’occase mais en excellent état (sic), ainsi qu’un aspirateur « Paris Rhône ». Il est donc tout à fait fortuit de ta part d’avoir dépensé 236 fr à l’achat d’un blouson dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’aura gêné ni vaches ni moutons ! (je ris). Du 100% synthétoc!S’il t’a pas fait une réduc, c’est vraiment un salaud. Néanmoins elle me va (il vaut mieux qu’elle aille à moi qu’à la poubelle, non?). Quand je pense au gueuleton que tu aurais pu te taper avec ce pognon, les séances de cinéma et les pousse-rapières, même que tu aurais pu y inviter tes copines ! Ah la la ! Ça me fait mal au cœur. Il ne fallait pas gaspiller ton aller-retour Pau-Paris sous cette forme, c’est triste. Remarque, l’intention des trois mouchoirs c’est un peu humour noir, non ? Et les chaussettes, dont (et où) tu as trouvé la laine où mettre mes économies, car j’en ai fait de réelles par ton achat ! Chapeau pour les chaussettes et les tire-jus.

D’autre part, Mir avait semble-t’il (c’est mon petit doigt qu’à ma la dit) l’intention de me faire un présent. Si cela tient toujours, c’est la neuvième symphonie avec chœurs de L.W. Beethoven qui ferait de son présent un somptueux cadeau.

Enfin, j’ai aussi lamentablement raté mon permis de conduire que BB l’a acquis avec brio. Je dois donc le repasser (d’ici un mois peut-être). Encore un gouffre à pognon. J’ai jusqu’à présent touché 39,60 fr du chomage, soit 20 fr par jour (de quoi s’acheter deux mouchoirs). On ne boit plus de bière (faut le signaler). Mais on fume deux fois plus. On s’aime comme toujours.

Voilà pour la chronique parigote

A la nique dévote.

Bref, ça va mal mais il y a ce télégramme…(note : une offre d’emploi, nous n’avions pas de téléphone)

Ne dérangeons pas la copulation d’une Bernadette Soubirous et d’un Gaston Phœbus . Il doit faire beau à Pau (bien que les nuages jouent à cache-cache trou du cul). Salut les bignoles !

A.

Paris, 18 septembre 1979

Comme follement s’épanchent les biles au contact des poles, ainsi qu’habituées aux vies de la Butte, nous, femmes d’entre les ogives vulvaires, nous écrivons parfois aux sons de Magnificat, de Gloria, de Vivaldi, ténébreuses encore de battements spoliés d’entre nos cordons maternaux-curaillons.

Ainsi sonnent les cloches.

(réf à Tzara : les cloches sonnent et nous aussi -for culture-)

Comme fluvialement s’installe le plaisir unique qu’entrelacent les courants, ainsi que de jeunes prostituées agenouillées auprès du corps sénile, nous dérivons parfois entre deux eaux dont le va-et-vient immuable nous replonge sans cesse aux abords d’une humanité croyante et euphorique.

Comme sauvagement s’inscrit l’espace nécessaire et que les pieds s’allongent sur les racines verbales, ainsi fleurissent les mots les plus absolus, l’impensée, le sourire, sur les transparences seuls les reflets ne se dérobent pas.

Comme passagèrement la réflexion perdue dans le sillage l’erreur se fait souvent bien causes de naufrages ; on devrait toujours mourir plus jeune qu’on a vécu.

Comme on parle on écoute. Il faudrait oublier le merveilleux tant devrait être plein l’instant.

C’était philosophie à la petite semaine du laboureur qui a semé la petite graine et qu’à qu’à esperer que la germination (que la germanisation diraient les cocos)se fasse etc…

Devinette : Spleen et Stress sont sur un bateau. Spleen tombe à l’eau ; qui reste-t’il ?

Même si Dieu était une femme, ça ne prouverait pas son existence.Moi, qui l’ai rencontré, puis vous affirmer ce qui suit : Dieu était dans la merde quand Caïn perdit son œil (de bronze).

Bon, bon, cela relève du laxisme, dirait la sœur Psy.

De l’infantilisme, dirait la sœur Junk,

Du matérialisme primaire, dirait le frère F(ranc)M(açon)

Du duplicata de style, dirait le frère Termite

Mais qui donc a une grosse locomotive dans la tête ?

Mais qui donc a une grosse lobotomie dans le crâne ?

Mais qui donc a un gros colon dans la cervelle ?

Côté petites histoires, j’ai un boulot depuis deux jours (celui dont j’ai causé), très relax (pour le moment, du moins). On vient de remplir nos fiches (de paie!) d’impôts. C’est dur ! C’est le racket organisé mais on ne peut pas partir avant. Dont acte. Et puis, on pourra voter pour les anarchistes !

Chez nous ça sent toujours le propre. Je repasse le permis le 3 octobre (va mettre un cierge à Lourdes!). Bref, d’ici six mois nous serons de vrais citoyens et d’ici un an de nouveaux vagabonds. Flux, reflux, flux, reflux…

On va suivre des cours du soir (histoire de faire l’amour en anglais)à défaut de suivre les cours de l’or (ah ah).

Voilà. La nuit est tombée depuis six heures, et même si le jour ne se lève pas demain, le réveil sonnera. Triste sort.

On devrait toujours mourir plus jeune qu’on a vécu.

Poil au cul.

A.

3 commentaires sur “lettres à Henriette (1973-1980): 1979-2

  1. Belle conclusion en poil de cul qui rime bien avec la phrase précédente qui porte en elle une phrase terrrrribbbllle et très intéressante. J’aime beaucoup cette suite de textes parus précédemment.

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    • Avec le recul du temps et en retranscrivant ces lettres, je me dis que j’ai dû un peu rendre folle ma mère avec mon délire verbal! Par contre, j’enrage de toutes ces fautes d’orthographe et de syntaxe commises à cette époque! Mais au final, l’important était de donner quelques nouvelles, malgré le côté pécuniaire qui est très présent dans toutes ces lettres (écrites à la va-vite et sans presque aucune rature).

      Aimé par 1 personne

      • Il m’arrive également de relire quelques vieux documents : on n’est pas le même homme à 20, 30 ou 40 ans, ….
        Quant aux fautes d’orthographes, qui n’en fait pas ? L’écriture, celle que l’on aime, qui nous fait plaisir n’est pas celle du registre académique; une langue est bonne à torturer un peu.
        Et l’argent, quoi de plus normal que d’en parler quand on en manque, surtout quand on est jeune et que l’on pense le monde avec de grands yeux…

        Aimé par 1 personne

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