la queue du chat

(Direct line)

En direct d’ici.

Je m’assois, je me dis houps! c’est mercredi et rien de pondu pour mes petites lectrices chéries. Comme je n’ai aucune envie de me concentrer pour réfléchir, je me roule une cigarette. Le vague souvenir me traverse qu’une boule un peu compacte calfeutre mon oreille gauche. Qu’un poil ( en réalité c’est un fil DMC coton de première qualité) est relié à la boulette et que la boulette, c’est mercredi, merde, je n’ai rien pondu. Poudre d’escampette. Pour les oreilles, le persil suffit, parce qu’on le veau bien.

Je pense aux boucles d’oreilles, dites créoles, larges anneaux qui allongent le cou des girafes. Les girafes ont toute une série d’écluses pour faire remonter l’eau et circuler le sang, quand elles boivent, au pied de leurs quatre mètres. Mais je l’ai déjà écrit. Je me répète. Je me lève, vais fermer les rideaux. Je n’aime pas que l’on me regarde quand je ne vois pas qui m’observe. Ce soir, ils sont peu nombreux, il pleut des cordes. Derrière les rideaux tirés, la paix règne. Je me suis tant battu pour avoir la paix que je m’invente des relations va t’en guerre par distraction. Par exemple, je tire la queue du chat, qui dort sur le dossier du canapé. Ce qui fait japper le chien. Qui aboie. Réveille les voisins, qui tapent sur la cloison et dont les vibrations du mur créent une insomnie spontanée chez la voisine du dessous qui voudrait trouver un mari prévenant, riche, bien fait et honnête, cultivé, ayant le sens de l’humour et non fumeur. Du coup, je tire à nouveau la queue du chat, qui s’est réfugié sur l’armoire.

Direct live. Le 15 est passé. Ai-je payé mon troisième tiers? Mes factures ErDF, Gaz, mon loyer, ma femme de ménage, mon abonnement à Toutokaz, vais-je sauver l’Europe en prenant un crédit à la Chinese Bank, reverrais-je un jour mes enfants partis faire un stage chez Lanza Del Vasto, participerais-je au prochain partage du monde en un seul morceau, vais-je enfin attaquer Shakespeare tome 1 poèmes drames historiques comédies 1 collection la Pléiade (2 euros dans un vide grenier), et me laisser pousser une barbe de lecteur comme ceux qui ont là, ici et maintenant, le courage de suivre en direct la télépathique réalité d’un ordinateur portable manipulé par des doigts experts avec une profusion de commentaires salaces, pigmentés, vulgaires, prodigués par une girafe aux boucles créoles qui raconte à qui veut l’entendre, au public, au chat qui se balance sur un cintre dans la penderie, au chien qui jappe en écoutant Gershwin, à la voisine du dessus qui a trouvé le même type que celle du dessous recherche désespérément et qui lui fait une vie, enfin, si l’on peut dire, un enfer quotidien serait le terme le plus approprié mais bon, je ne vais pas tirer la queue du lecteur pour entendre miauler les girafes. Je me suis tant battu pour avoir la paix que je ne ferai rien pour déclencher celle des autres dans l’âme d’un canon, dans la beauté d’un droit.

Tiens. Je découvre, sur la table, un crayon à papier et d’autres, de couleur. Au lieu d’écrire des mots, j’aurais pu les dessiner, les colorier comme font les gosses, entre pleins et déliés. Mais là où je suis rendu, j’efface en direct live. Pas de reprise, pas de couleurs, pas de marges où raconter ses blagues. C’est du noir sur blanc, intouchable, immédiatement effaçable. Pas de mine de plomb, pas de vibrations quand l’écrit tombe à pic, juste l’illusion des mots tapés sur un clavier silencieux. Adieu, marguerites, adieu, Remington, Olivetti, magies des bandes bicolores, des originaux tachés d’encre, de vin et de graisses. Quand tout cela fondra, nos écrits, nos dessins et que nos paroles seules survivront dans cette Babel barbare où chaque clan porte son mauvais message, nous redeviendrons poussières, en direct depuis hier.

AK Pô

20 09 11

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