Étendre la lascive (épisode 7) : une pause et une idée de résolution de l’intrigue

Au fait, me demanda Hubert, quelle est la raison de votre présence ici ? On ne rencontre que très rarement des étrangers, par chez nous. Mais je ne voudrais pas être indiscret, vous savez. (épisode 6)

                                                                  °°°°°°°°°°°°°°°

La question que me posa Hubert me surprit. C’était une personne très auto-centrée et je sentis poindre chez lui une pointe de curiosité malsaine. J’avais bien sûr une raison fallacieuse à lui exposer : mon journal m’avait dépêché dans cette région pour rédiger un article sur la campagne profonde française, avec mission de décrire le plus précisément possible les mœurs, l’environnement et les modes de vie des habitants. Les lecteurs américains du New York Telegraph étaient friands de ce genre d’article. C’était par hasard que j’avais opté pour ce petit coin, après avoir trouvé l’annonce que la famille Bougy avait passée dans le canard local. « Chambre à louer à la ferme, tarif attractif. Nous sommes membres du syndicat de l’agritourisme de Bourbon Lancy. Contact : 06…. »

Hubert eut un petit sourire : « c’est vrai que cela arrondit un peu nos fins de mois. Ce n’est pas avec vingt vaches, quarante brebis et quelques volailles que nous ferions fortune. Heureusement pour moi, la chasse nous fournit aussi un petit complément. » J’acquiesçai et pris congé, après lui avoir demandé l’autorisation de me balader entre les bâtiments d’élevage et les divers lieux de production qui composaient la ferme. Il me donna son accord et je retournais dans ma chambre faire une petite sieste. Deux heures de l’après-midi ce mercredi, temps couvert, vent léger idéal pour sécher les draps suspendus à la corde à linge. Cependant, vers trois heures, la pluie se mit à tomber. J’aperçus par la lucarne Joseph et Nadine ramasser à la hâte le linge avant qu’il ne soit trempé. C’était une après-midi tristounette qui n’incitait pas à mettre le nez dehors. J’en profitais pour ouvrir ma valise contenant quelques livres et carnets. Un peu de lecture pour une après-midi pluvieux. Je piochais au hasard un bouquin de Maupassant et un autre de Boris Vian, mais me ravisai. J’étais déjà à la moitié de mon séjour et ne possédais que peu d’indices pour mon enquête. Mieux valait, songeai-je, que je fasse le bilan de mes recherches. Pour ce faire, je pris mon carnet vert, celui à la couverture cartonnée imitant une peau de crocodile suisse. Je notais :

la question fondamentale, où était passée Marguerite, disparue sans laisser de trace il y a dix ans, et qui était le bébé abandonné dans sa poussette dans le jardin d’enfant ? Là, bernique ! Seul indice : les deux photos du poupon dans la poussette et la présence d’un chat. Plus deux chiens, Olaf et Amudssen, qui flairent et tourniquent dans la cour de la ferme d’une manière assez obsessionnelle. Quant à la famille, Louise m’a promis des révélations sur sa mère, mais nous avons été interrompus par nous-mêmes (penser à retourner le matelas la prochaine fois). Je dois entreprendre Joseph avec lequel je n’ai pas eu le moindre entretien. Il faut que je le chope juste avant qu’il n’apporte la soupe ou s’il va chercher du fromage râpé pour agrémenter les pâtes (cela lui prend parfois un bon quart d’heure). Nadine, quant à elle, m’intrigue avec son «  je vois que vous ne savez pas ce que signifie passer une douane ! » Y aurait-il un rapport avec le trafic de montres suisses qu’opérait Albert Marchall avant de décéder (Louise devait également m’en parler, mais bon il faudrait une nouvelle literie pour en discuter). Enfin, une visite complète de la ferme s’impose. Je suis persuadé que quelque chose, un objet, une trace (comme la griffure dans la rampe d’escalier que j’avais remarquée en arrivant avec mes deux valises).

J’entendis une engueulade dans la cuisine séjour et un fumet de soupe au lard vint me titiller les narines : c’était l’heure de passer à table. Comme dans Quai des Orfèvres : bon mes petits paysans, vous allez passer à table, foi de John Carpenter !

09 02 2020

AK

(à suivre !)

7 commentaires sur “Étendre la lascive (épisode 7) : une pause et une idée de résolution de l’intrigue

  1. Passer la douane… voyons voir… serait-ce l’accord du proprio pour étendre la lascive ? Nan : c’est fait sans accord préalable, donc c’est autre chose… le trafic quelqu’en soit l’objet se fait normalement sans accord de douane, c’est donc encore autre chose… bref Petit Karouge je vois mal le bout du tunnel, mais je te fais confiance : pas le choix d’ailleurs ni pour toi ni pour tes lecteurs ! Le suspens va changer de camps, qui de toi ou de John Carpenter (Mazette la référence !) va le mieux sen sortir ??? 😀

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