Petit sous l’arrosoir de six litres
Assis pleine mer dans la bassine
Quéquette à l’air, notre mère nous lavait.
Depuis mon arrosoir est tout rouillé
Et ce soir je n’ose m’approcher
Du lavoir où discutent les femmes.
Ce n’est pas tant, ce n’est pas temps que ce soir
Je doive abattre le dernier bœuf du village
Car c’est mon lot, c’est la règle ancestrale.
C’est en frôlant de mes oreilles
La discussion de ces toutes belles
Que j’apprends que Martha me veut
Je lui conviens :
« Quand on le frappe il ne dit rien,
Quand on le baise pour sûr il se dresse ! »
Qu’en sait-elle ?
L’arrosoir de six litres d’eau titille l’érection
Désormais lessive liquide au doux parfum de miel
Saurait-elle butiner la fine fleur de mon sexe ?
Assis pleine mer dans la bassine
Le zinc perpétue ses galéjades saponines
Quéquette à l’air ! Lance un poivrot
Tenant fermement son broc de bière en main
On rêve, quand on vit, surtout quand le vit durci
Repasse en mémoire les belles lavandières
Qui battent et rebattent en chantant
Les draps humides sur la pierre froide
Les caleçons les torchons et les amants
Qui les regardent en passant, l’air indifférent,
« Quand on les frappe ils ne disent rien,
Mieux on les baise plus on les dresse »
Et elles riaient ! autour d’elles les papillons
Les lézards et l’eau du ruisseau sur le schiste
Épais coulaient des jours heureux.
Mais il en va des hommes comme des lessives
Noyés dans mille verres d’eau ou las d’être rincés
Par ces chants de sirènes et le son des battoirs
Finissent par, à leur tour, pousser la chansonnette
Dont le refrain s’entend au bar des Amis
Et commence ainsi :
Ma voisine me bassine un peu
N’en faisons pas mystère
Grenouilles de bénitiers
Au fond des baptistères
Lavez nos âmes impies
Nous ferons notre lit
Dans les bras roucoulants
Des lavandières sans maris…
AK
10 10 2004 (repris le 13 05 2021)

Bonus :une chronique de Daniel Morin très amusante (et décalée) de ce jour :
https://www.franceinter.fr/emissions/daniel-morin-l-humeur-originale

Répondre à karouge Annuler la réponse.