Elle me tend les bras, non, elle étend le linge
Sur le fil de l’étendoir, sans barbelés ; elle sourit.
Le fil de fer est rustique et je l’observe faire
Ce geste qui nous sépare, le parfum des lessives,
Elle de l’autre côté, moi ici prisonnier,
Séparés l’un comme l’autre par une simple réalité
C’est ainsi .
Dans le jardin ses enfants jouent, il est seize heures,
Le linge dans le vent clair séchera. Comme mes larmes.
Et de ce monde de jour en jour vécu je comprends
L’inaccessible possibilité de vivre libre et heureux
Dans l’autre partie de cet espace que mes yeux voient.
Elle me tendait les bras, l’image de cette femme
Comme je lui aurais donné ma chemise, sais-tu,
Puisque les gens heureux n’en ont plus besoin,
Mais peu à peu la nuit est devenue glaciale
Parfois un soldat, au travers de la clôture
Offrait des cigarettes avec ses doigts gelés.
Les enfants sont rentrés dans la petite maison
Un maigre feu de bois dans l’âtre les réchauffe
Bien plus loin, bien plus loin,
Discutent les sommités, la table est chaque jour dressée
Et vêtus de beau linge, ils négocient et ripaillent,
Des deux côtés du fil de l’étendoir
Instrument à une corde jouant la même musique
Médiator funambule sur les paroles du vent.
Murs et chemins de frise, répression incongrue
Le général Hiver s’installe à la tablée
Les dirigeants le connaissent bien, ils rient :
« S ‘il n’y avait qu’ici que se passent les choses
On n’en parlerait jamais. Alors, mes amis,
Laissons tous ces migrants mourir de froid,
Ainsi on ne pourra pas dire que nous les avons
Assassinés. »
Tous les convives levèrent leur verre
Et je vis dans le soir qui venait que le linge
Sur l’étendoir était encore dégoûtant
Étaient-ce des traces de sang, je ne sais pas.
16 11 2021
AK

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