De sa plus belle plume il écrivit ces derniers mots :
« Il suffit de deux gouttes d’eau dans une clepsydre pour modifier le temps ? » Ainsi s’achevait sa thèse. Il relut maintes fois cette dernière fois, mêlant à l’orgueil satisfait du résultat une sensation jubilatoire proche de l’extase. Deux gouttes d’eau, songeait-il, rêveur quant aux fleuves qui en charrient des millions de mètres cubes par seconde.Ainsi avait-il travaillé sans relâche pour réaliser son plus profond désir : modifier le temps en arrosant le Sahara. Il ne fallait, pour ce faire, qu’évaluer le nombre exact de grains de sable dont celui-ci germait. Puis, prenant la quantité proportionnelle d’eau (la base de départ étant le rapport sable-eau de la clepsydre),on verserait celle-ci uniformément sur le désert. Le résultat serait instantané ; il l’avait prouvé dans sa thèse : une modification du temps telle que jamais Humanité n’en avait constaté. C’était incontestablement une découverte révolutionnaire. Sa mise en œuvre susciterait un grand enthousiasme parmi les populations concernées. Une ère nouvelle s’ouvrait pour le monde entier.
Deux gouttes d’eau, pensez ! N’était-ce point franchement merveilleux d’aborder l’Éternité par le simple biais de deux gouttes d’eau ? Il relut pour la xième fois la dernière phrase. Mais que se passait-il ? L’émotion était trop forte. Deux taches d’encre masquaient soudain la plupart des mots inscrits. « Il suffit -pât »- dans -pâté- modifier le temps. » L’aboutissement de ses recherches avaient entraîné de légitimes larmes de joie et celles-ci transformaient à présent le grandiose résultat en un brouillon illisible ; le papier fondait en une masse informe, malléable,baignant dans son jus d’encre noire. Et dans la cervelle du pauvre chercheur, anéantie par ce spectacle stupéfiant, voguait une phrase :
« Il suffit de deux gouttes d’eau dans une clepsydre pour faire d’un œuf à la coque un œuf dur. »
(1982?)
AK


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