The snake

« Fuck, it’s a snake ! »

En effet, c’est un serpent qui sortit de sous le lit. Il ondula avant d’aller se planquer sous la commode de la chambre. Gisèle était allongée sur le lit, nue. Elle ne bougeait pas, et en m’approchant je me rendis compte qu’elle ne bougerait plus. Sa peau commençait à prendre une couleur olivâtre dans la maigre lumière du matin.

J’avais dû m’absenter une semaine pour des raisons professionnelles. Représentant pour une grande marque de chaussures, je parcourais tous les mois un vaste territoire, une tournée qui allait du Morvan à la Côte d’Or, en passant par les boutiques franchisées de Paname et ces endroits où les gens vivent encore en sabots, comme la Bretagne et le Béarn. En Normandie les sabots sont réservés aux purs sangs anglo-arabes, et seuls les vendeurs de camembert achètent des grolles, chez Marie Harel, dans une boutique de Vimoutiers , qui pue des pieds quand on y pénètre.

Je suis rentré à la maison à sept heures trente, après avoir roulé toute la nuit sur des routes qui semblaient rallonger les distances plus que les raccourcir. Le verrou de la porte d’entrée était fermé. Gisèle dort peu la nuit et à cette heure matinale je pensais la trouver dans la cuisine, en train de dévorer ses quatre tartines beurrées confiturées et son deuxième bol de café brûlant. Nib. Queue d’ale. Silence. Rien qui tinte aux oreilles. Je suis monté dans la chambre et là, fuck ! Un putain de serpent a surgi de sous le lit, comme déjà raconté ici. L’animal devait mesurer environ deux mètres, deux mètres cinquante maximum. Il n’était ni farouche ni agressif, juste nonchalant. Sa peau squameuse scintilla lorsqu’il rampa sur le plancher jusqu’à la commode. Gisèle n’avait pas fermé les volets et un rai de lumière solaire fit briller ses « écailles ». En palpant Gisèle, j’ai de suite compris qu’elle était entrée dans le monde des animaux à sang froid. Difficile pour un homme de garder le sien à la même température. J’ai composé le 15, je crois. J’étais abasourdi.

Reprenant mes esprits, je fis un constat rapide de la situation. C’est toujours utile quand il s’agit de constater la mort d’une femme avec qui l’on a vécu longtemps. Pure méchanceté certes, mais sans nécrophilie avérée. Que faisait Gisèle nue dans le lit où je la trouvais ? De toutes ces années que nous avions vécues ensemble je ne l’avais vue que vêtue d’une nuisette, parfois d’un pyjama de jogging lorsque l’hiver régnait et qu’ensemble nous formions une double muraille contre le gel nocturne. Mais là, elle était nue. Son corps resplendissait sous le jour naissant. Je ne l’avais jamais vue ainsi, si belle et attractive. Elle était couchée sur le ventre, ce qui expliquait sans doute cette découverte. A l’instar du slogan de mon entreprise : « les deux font la paire ! », je formulais in petto un regret, celui de ne l’avoir jamais assaillie par sa face nord.

Reprenant mon expertise, je remarquais que les draps du lit n’étaient pas tels que des ébats amoureux auraient été susceptibles de les laisser. Il y avait bien des traces mais elles s’assimilaient plus à des vaguelettes que les draps blancs pourraient, éventuellement, agrémenter d’écume. C’est alors que je repensais sérieusement au serpent. Éloigné de la mer, celui-ci aurait-il trouvé refuge dans notre maison perdue en pleine terre ? Nous savons depuis des générations que les serpents de mer alimentent les questions que nous posons aux dieux, que l’âtre comme l’être les attirent dans nos foyers et nos pensées.

D’un coup de balai je fis sortir l’intrus de sous la commode. Oh, ne croyez pas qu »il fut sur la défensive, au contraire, il me fit un large sourire. Deux dents, juste de quoi siffler quand les flics arrivent dans les cités. Il savait ce qui était réellement arrivé, mais sa langue fourchait et nous sûmes que quelque soit l’histoire nous n’en comprendrions rien. Lui l’écrivait de droite à gauche, en arabesques lumineuses, moi en vingt six lettres complexes. Nous discutions ensemble lorsque Gisèle sortit de son coma (que les scientifiques nomment éthylique). Sa peau reprit les couleurs de cette vie qu’oublient les êtres vivants. Elle était gaie, réclama un verre de cognac.

« Rien ne la tuera ! » lus-je dans les yeux globuleux du serpent.

« Pas même une morsure ? Répondis-je

« Pas même !

« Et si nous disparaissions toi et moi ?

« Ah, collègue, il n’y aurait plus ni enfer ni paradis, juste des femmes qui hanteraient les vignes du seigneur ! »

A interpréter ce que racontait le serpent dans nos regards mutuels une certaine amitié nous vînt. Je fis un rapide aller retour dans la cuisine et sortis d’un placard une vieille bouteille de rhum cap verdien, dans lequel une queue de lézard refusait depuis des années de révéler le secret de sa capacité à la renouveler et la remettre en vente sur les marchés dès qu’elle eût repoussé à la taille iguane. Gisèle obtînt son verre de cognac. Ce qui est magnifique, c’est que seuls nos regards entretenaient la conversation. Pas de mots qui ne soient consentis autres que dans le silence. Dans ma hâte d’enfin rentrer chez moi j’avais ôté mes chaussures ainsi que mes chaussettes, prêt à plonger dans le lit douillet. Le serpent sur son cheminement s’était débarrassé de sa mue cyclique. Gisèle de sa nuisette. Je me sentis perdu dans ce moment qui n’évoquait plus ma carrière professionnelle, la seule chose sur laquelle je pourrais encore discourir en connaissance de cause. De Gisèle rien ne pouvait m’étonner, et ses œillades tendaient à rendre moins permissives ses rondeurs.

Mais.

Le serpent, en silence, se faufila dans les œillets et relaça ma chaussure gauche avec son corps, s’ingérant dans la vie privée de mes chaussures, puis Gisèle prit le relais, chatouillant mon pied droit en attendant que le serpent arpente les orifices de ma deuxième godasse. Dans quel but, pourquoi me voulez-vous tant de mal ?

Gisèle répondit par un sombre regard dans lequel je pus lire qu’elle avait, pendant mon absence, adhéré à L214 et que vivre avec un type qui vendait des chaussures en cuir, en peau de crocodile et de serpent lui était devenu insupportable. Avec l’aide du serpent, en fait une couleuvre arboricole, elle avait mis en place ce stratagème pour condamner à travers moi tous les vendeurs de chaussures. Elle m’attacha à une chaise, le reptile nouant mes bras au dossier ; et mettant bien en évidence mes pieds chaussés de ma paire favorite de godasses (un mélange bicolore de daim et de zébu), elle me photographia sous tous les angles, y compris ceux que l’on dit morts. Puis elle retourna dans la cuisine (sans doute pour chuquer un gobelet de cognac au passage) et revînt avec une paire de sabots en bois bretons ou béarnais, je ne sais pas faire la différence, hormis avec les sabots d’Hélène, la fille du capitaine d’industrie (celui qui a créé le slogan « les deux font la paire ». Ce diable de serpent dénoua mes lacets et Gisèle enfourna mes pieds dans les sabots, avant de reprendre la séance photos du représentant honni des animaux.

Bien que décontenancé, je fis un rapide constat de la situation. Gisèle et la couleuvre étaient partis dans le bureau pour sortir les photos et les expédier au staff de L214. J’avais donc quelques minutes devant moi. Ainsi, en me trémoussant comme un vermisseau, je pus faire glisser mon portable de la poche de mon pantalon jusqu’au sol. Retirant mon pied droit du sabot, je tapais le 15 avec mes orteils. La sonnerie dura un temps infini mais une opératrice finit par répondre, à laquelle j’expliquais la situation. Elle me répondit courtoisement et m’invita à ne pas bouger de mon siège, ce qui risquerait de compromettre mon sauvetage. Je fis doucement glisser mon téléphone dans le sabot du pied gauche et attendis.

Une demi-heure plus tard, on sonna à la porte. Gisèle alla ouvrir la porte. Elle semblait gaie et parlait clairement. Je savais qu’elle avait vidé la bouteille de rhum cap verdien, et que la queue de lézard qui trempait dedans avait dû renouer avec sa taille initiale. C’est alors que deux types, du genre costauds, sont rentrés dans la chambre. Ils étaient vêtus de blouses aussi blanches que les draps du lit de Gisèle, mais sans écume. L’un des deux dit simplement : « ne vous en faites pas, madame, on s’en occupe. »

27 01 2022

AK

Les mardis de la poésie : Dominique Fleurenceau (?-…)

Rien trouvé sur cet auteur, juste une page Facebook : https://www.facebook.com/dominique.fleurenceau/about

Poèmes tirés du site : https://www.bonjourpoesie.fr/vospoemes/Poemes/

Tu as Volé mes Nuits

Cent fois tu as volé mes nuits
Dans le sillage des cieux sans étoiles
Je suis affolé
Troublé jusqu’à perdre la raison
J’ai glissé ma langue
Sur tes seins à moitié-nu
Pour faire la géométrie variable
De ta séduction
En gravissant l’asymptote du silence

Cent fois j’ai essayé de remonter
En amont de ton plexus solaire
La pesanteur de tes caresses
Me jette en aval
De la zone perturbatrice
Pour apporter les couleurs ivres
A l’esthétique classique de ta beauté
Où mes yeux s’accrochaient
Au rythme de nos enchantements
Pour faire de la nuit
Notre complice

Cent fois tu as fait
Le tour de mon coeur
Tu as dessiné le parterre
De ma solitude
Aux rives des pulsations
Mes prairies je les ai construites
Au ciel de tes vallées nocturnes

Cent fois tes mains ont humecté
Mon corps qui gravitait
Dans l’abime de ton océan
Donnant à mes dérisions
Une pente sous-jacente
Qui faisait de mon corps ton otage
J’ai plongé dans le rivage
De ton insomnie
Pour écouter les bruits
De nos  »Je t’aime ».

Soir d’hiver

Un soir je scrutais, mes yeux enfonçaient l’allée
Regardant danser sur les versants d’une vallée
La silhouette des fleurs qui dessinait la colline
Le son du vent perçant sa robe de mousseline

Que mes oreilles recherchent le ton romantique
Dans une proportion de notes à l’échelle harmonique
Comme un poème qu’on déclamait au clair de lune
En goûtant les beautés de la nature à la une

Les oiseaux jetant dans leur nid, des p’tites plumes
Les arbres dépouillent de leurs feuilles en costumes
Tout le décor naturel, ma propre muse s’élance
Vers Polymnie pleins de mystère et de silence

Les étoiles argentent le ciel des couleurs d’ambre
La lune périgée, trainant son manteau d’ombre
Et de l’équateur le soleil s’est exilé
On n’entend plus entonner le choeur étoilé

De ces amants qui défilaient deux à deux
Sous un tourbillon de joie se ruant peu à peu
Les filles bien moulées dans leurs robes de diaphane
Quel tableau synoptique! Quelle scène persane!

Port-au-Prince Ensanglanté

Du chaud soleil qui se lève à la liberté
Qui aurait fleurie, le peuple à l’unanimité
Prend le chemin des urnes en des cris de joie
Aux hurlements mêlés, pour poser son acte de foi

A peine qu’on commence à remplir son devoir
Civique, d’horribles escadrons sous un ciel noir
Débarquaient; tuant le droit, tuant l’avenir
Et l’honneur – Semant le deuil comme souvenir

Carnage affreux!

Port-au-Prince plongé dans une consternation profonde
Sous les grands yeux de tous, le vrai pouvoir se fond
A la rue Vaillant le sang coule en rivière

Démocratie! Que de crimes ont commis en ton nom
L’avenir est mort, poignardé. Oh! quel renom
Aux fascistes la gloire, aux gueux la civière.

29 Novembre 1987

Aucune description de photo disponible.
(Dominique Fleurenceau, image Facebook)

Si j’avais les ailes d’un ange… (Angelo dixit)

« Angelo, mon bébé, qu’est-ce qu’il t’arrive, pourquoi tu pleures ?

« Maman, puisque je suis ton ange, pourquoi je n’ai pas d’ailes ?

« oh, c’est la faute à ton père. Il veut que tu gardes les pieds sur terre.

« mais aujourd’hui j’ai dix ans, et des rêves plein la tête !

« Garde-les pour plus tard, bien au chaud, pour qu’ils deviennent réalité, Angelo.

« Tu crois qu’un jour, maman, je pourrai grimper en haut des arbres si je n’ai pas d’ailes ? Mes bras manquent de muscles et des ailes me seraient plus utiles que les sabots que papa m’a offerts à Noël !

« Tes sabots te serviront bientôt, et puis l’an prochain, tu y trouveras un cadeau sous le sapin. Papa m’a dit que des outils de jardinage, ça te plairait. C’est vrai ?

«  Ah oui, c’est chouette ! Mais en attendant, il va me voler dans mes plumes, les toutes petites qui poussent sous mes aisselles et sont toutes noires et douces. La nuit j’en fais des cauchemars, et ce n’est pas la chouette qui hulule au sommet du grand chêne qui me raconte des histoires.

« Mais quelles histoires, Angelo ?

« Eh bien, que je ne volerai jamais de mes propres ailes !

« Les chouettes sont des menteuses. D’abord sais-tu pourquoi elles ne dorment pas la nuit ?

« Dis !

« Parce qu’au temps jadis elles frayaient avec des grands ducs, toute la Noblesse qui faisait la noce du lever du jour jusqu’au bout de la nuit. Un soir apparut soudain une pie, une sacrée chanteuse de cabaret. Son plumage noir et blanc rendit fou amoureux ces nobliaux empanachés qui voulurent la prendre sous leur aile, mais la pie résista et s’enfuit avec un vieil hibou, un serf campagnard qui vivait dans un clocher délabré. Hélas, quelque temps plus tard, ils se disputèrent et la pie alla loger dans le nid haut perché d’un chêne, dissimulé par mille branches et dont les feuilles masquaient l’entrée, quand venait l’été. Le hibou, que la séparation avait rendu fou, hanta toutes les églises de la région à la recherche de la pie, mais dut se résigner. Chaque nuit il bouboulait, plein de morgue et de tristesse.

« Maman, c’est pas plein de morgue qu’il faut dire, mais plein de morve.

« Chut ! Laisse-moi continuer Angelo, ou j’appelle ton père qui va t’apprendre la langue française à coup de dictionnaire Larousse (modèle de poche, il n’en a pas d’autre).

« Oui maman, j’écoute.

« Une nuit pourtant le hibou fit une belle rencontre : une chouette très chouette, pas une du genre qui effraie, mais une dont on sentait qu’elle en avait dans la Hulotte, ce qui faisait sa réputation dans les salons mondains. Ils frouèrent ensemble et ne se quittèrent plus. Robert Desnos qui passait un soir sous le clocher de Compiègne, (un peu avant d’être arrêté et ensuite déporté) lui inspirèrent même un poème.

« Tu le connais, ce poème, maman ?

« Bien sûr, comment l’oublier ? Tiens, écoute :

Ce sont les mères des hiboux
Qui désiraient chercher les poux
De leurs enfants, leurs petits choux,
En les tenant sur les genoux.

Leurs yeux d’or valent des bijoux
Leur bec est dur comme cailloux,
Ils sont doux comme des joujoux,
Mais aux hiboux point de genoux !

Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
Ou dans la cabane bambou ?
A Moscou ? Ou à Tombouctou ?

En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?
Hou ! Hou !
Pas du tout, c’était chez les fous.
Robert DESNOS

« Oui, c’est beau maman, mais la pie, qu’est-ce qu’elle est devenue ?

« Ah, mon Angelo, mon petit angelot, sache que la pie est avant tout voleuse, ainsi qu’excellente bavarde et jacassière. Elle s’installa à proximité du domaine des grands ducs, du côté de Palaiseau, dont elle dévalisa l’argenterie et tout ce qui brillait, jour après jour. Elle fit fortune avec un certain Rossini, avant de lui tourner le dos, et de prendre par là même un tir de chevrotine dans le bréchet, où elle avait caché sa dernière rapine : une cuillère en argent . Triste fin, mais drôle d’oiseau !

« Bon, ça ne me dit pas comment je pourrais aux arbres sans ailes.

« Angelo, mon petit, je viens de passer une heure à te raconter des histoires pour te dissuader d’atteindre la canopée en battant des bras. Tu n’as pas d’ailes, c’est tout. Ce qui pousse sous tes aisselles, on appelle ça la puberté. Patience donc. Dans quatre ou cinq ans, tu seras adolescent, tes omoplates seront saillantes et ta chair peu à peu se percera d’ailes parfaites et bien arrimées, pas comme cet imbécile d’Icare qui les a scotchées avec de la paraffine dont on fait les cierges, à Lourdes.

« C’est long, cinq ans !

« Bon, ça suffit ! Si tu es si pressé…Papa ! Papa !

« Oui, qu’est-ce qui se passe Ninetta ?

« Angelo veut des ailes. Ce gosse nous casse les pieds !

« Attends, je vais régler le problème. »

Un temps. Le père revient avec un fusil en main et pan pan !

« Miracle ! » s’exclament les parents en regardant leur fils s’élever dans le ciel.

«  Comme spectacle, c’est vraiment chouette, pas vrai, Ninetta ?

24 01 2022

AK

A Bubulle et aux poissons qui voient rouge

A Bubulle et aux poissons qui voient rouge je voudrais montrer la manière dont je souscris à leur peine maintenant que la nouvelle est tombée :

« AgroBiothers, géant des aquariums, a décidé d’arrêter de commercialiser des bocaux ronds pour poissons rouges, . Ces bocaux sont trop petits, ne permettent pas d’installer de système d’oxygénation ou de filtration de l’eau et contreviennent au bon développement des petits poissons. »

Ainsi, pauvres amis ne pourrez-vous plus narguer les vilains matous qui passent des heures à vous voir tourner en rond dans vos cellules en forme de bulle, transparentes mais non cristallines comme le sont celles des voyantes de bonne aventure. Ainsi vous différencierez-vous des humains des mégapoles qui tournent dans leur logement de 9 m² mais paient un loyer exorbitant (les shoebox tokoïtes) alors que vous, c’est en général logé gratis et poudre de mie de pain à foison, ce qui vous empêche de grossir et donc d’être cuisiné en ces temps terribles de faim de tout. Peut-être est-ce pour cette raison que les vendeurs d’aquariums ont décidé de décupler le volume de vos logis transitoires. En vous nourrissant ad minima vous prendrez du poids et de l’ampleur. Alors hop ! À la casserole les petits carassins dorés, et autres cyprinidés. Mais ceux qui auront tendance à vous mettre dans une poêle doivent savoir qu’il ne faut pas vous conserver dans un bol, tout comme les sardines ou les maquereaux qui ne gardent leur saveur que dans des boîtes en fer blanc (bien que les maquereaux préfèrent les boîtes de nuit et le vin blanc pour conserver leurs privilèges). Sans parler des rollmops et des harengs fumés. Bon, excusez-moi, je ne voulais pas me moquer, petits ides.

Le verre qui vous cerne me dit-on abîme vos yeux, qui deviennent globuleux et aveugles. C’est triste. Cependant, sachez qu’il se passe dans le monde des choses tout aussi effroyables que la situation dans laquelle vous êtes, mais cela n’empêche pas l’empathie que vous m’inspirez. C’est donc avec détermination que je lance une pétition, avec ce slogan qui se suffit à lui-même : « libérez les poissons rouges ! »J’attends les signatures du monde entier, et tant pis si ma démarche tombe à l’eau, au moins aurais-je essayé. Mais attention ! Ne libérez que les poissons rouges, pas les exocets (missiles) ni les barracudas (sous-marins) ni les maquereaux et les requins ni les piranhas (véhicules blindés suisses) ni les baleines (parapluies nucléaires), non et non, seuls les petits carassins sont concernés.

Bon, qu’en penses-tu Bubulle ?

Pas de réponse ? OK, je fais chauffer la poêle, tu tiendras compagnie aux deux rougets achetés au marché, à Lille. Les harengs, c’est à Dunkerque, mais pas avant mardi gras.

Allez, adieu Bubulle, je te décoince !

23 01 2022

AK

Entre montagne et océan, une balade dans le petit pays.

L’hiver entre montagne et océan, période sans vagues touristiques. Calme, volupté et petits zoziaux !

Les mardis de la poésie : Kamal Zerdoumi (1953-…)

Tiré du site : https://www.poetica.fr/ pour l’ensemble de cet article.

(en mettant en ligne, je vois que cet auteur est déjà dans cette rubrique. Bis repetita placent !)

Biographie :

Né au cours de l’été 1953 à Casablanca, Kamal Zerdoumi, de père algérien, avocat, et de mère juive sépharade, mère au foyer, entreprend, en 1973, des études de lettres modernes à l’université de Lille 3. Il obtient une maîtrise es lettres modernes, mention TB. Son travail portait sur les romans de Raymond Roussel, un écrivain déconcertant. Plus tard, il obtiendra un DEA sur LE CLEZIO. (…/…)

Alliés

Kamal Zerdoumi

Faites vos bonds étonnants
mes mots mes dauphins
dans l’indigo de l’inconscient
Apprenez-moi le langage
mystérieux
de votre transparence
à nager dans l’origine
antidote de mon
errance
A califourchon
sur vos dos métissés
permettez
qu’au cours de
ce beau voyage
je trace des signes
pour vous
dessins familiers
sur ma feuille
mon métier à tisser
Faites la beauté coutumière
mes mots mes dauphins
avant de repartir au large
et laisser le poète
à sa marge

Kamal Zerdoumi, 2019

Arbres

Kamal Zerdoumi

Stoïques
ils se laissent dépouiller
par l’automne
et restent dignes
malgré la chute
des feuilles
Leur deuil
silencieux
se drape d’une toge
de candeur
lorsque vient l’hiver
leur embaumeur
Pourtant la sève
persévère
et circule
Sa foi en le printemps
ne tarde pas à porter ses fruits
En été arbres vous devenez
des oasis d’ombre
Et votre silence parfois est traversé
des bruits de la vie
Ayons votre passion sédentaire
et vos rêves nomades
mystérieuses présences
de bois
artisans
de la vraie sagesse

kamal Zerdoumi, 2019

« Je les mangerais bien tout cru » (comme dirait Zem à Mourre au fond de la campagne)

C’est l’heure où dans la chaumière l’ogre Zem allume le feu, où l’ogresse Mourre dans son chaudron verse l’eau pour la soupe. La nuit s’installe à peine que déjà les brandons de petit bois s’enflamment et que plongent les légumes nus dans l’eau tiède.

La lune monte lentement dans le ciel et lorsque l’eau de la marmite bout l’ogre sent son estomac gargouiller.

« Mangerons-nous un enfant ce soir ? » demande-t-il à sa femme.

« Non, mon chéri, il y avait grève à l’Éducation Nationale et du coup pas un seul gamin qui ait fait l’école buissonnière . C’est misère pour nous. Mais j’ai dans le congélateur un vieux con qui suffira pour ce soir, sauf qu’il se prenait vivant pour un dur à cuire et peut-être devrons-nous dîner plus tard que prévu, ce soir, mon gros loup ! »

« Pas grave, ma Mourre, nous siroterons quelques verres en attendant la fin de la cuisson tout en nous remémorant de bons souvenirs de jeunesse, quand nous croquions la vie à pleines dents blanches. »

« C’est vrai que nous avons vécu des jours et des nuits merveilleux. Je me souviens des brochettes de mésanges bleues, de rouge-gorges et de merles que nous dégustions à l’apéritif avant de terroriser ces petits monstres de gamins qui attrapaient les chardonnerets avec de la glu. Quel âge avaient-ils, ces petits morpions, dix ans maximum, mais la chair ferme et les muscles fondants sous la dent. »

« Oui, je m’en souviens très bien. C’étaient les plus jeunes enfants du cantonnier, un putain de nègre qui en avait sept, que la mère éduquait avec beaucoup de courage et d’amour, des gosses très polis sauf ces deux oiseaux-là. Leur père est mort jeune, il venait de passer la cinquantaine, et le bruit a couru dans le village que sa mort était due au vieux con qui trône dans le congélateur, mort que l’on a imputée à une erreur de diagnostic quant à une ancienne maladie coloniale. On ricana longtemps dans le village en suspectant que celui qui avait des ampoules aux mains avait succombé au médecin qui se prenait pour une lumière, quand il lui aurait suffi de n’être qu’un puits de science bienfaisant pour la population, chrétienne. Les autres, dans le trou ! » 

« Enfin, nous au moins savons ce qu’il est devenu ! Ce n’est pas comme le directeur de l’école, sans doute un juif sépharade. Je te le dis, mon Zem, il me faisait à la fois peur et plaisir : le voir maigrir grève après grève, pourchassé par les enseignants gauchistes et le ministre des affaires étagères où s’empilent les directives, de jour comme de nuit, sans parler des personnels inter classes sociales, des postes à mi temps et du temps partiel à répétition quotidien. »

« Tu exagères, ma Princesse. Avoir un cheptel de quatre cents têtes dans une cour de collège est une forme de richesse à nulle autre pareille ! Imagine les réserves de nourriture et les économies que nous ferions, sans parler des bénéfices quant à la revente de leurs smartphones. »

Une nouvelle idée frappa alors l’ogre. «  Et si nous mettions dans d’autres lieux les gosses handicapés, qui nuisent à la bonne image de nos petits génies pleins de vitalité, de force et d’esthétique comme les filma en son temps Hélène Riefenstahl ? Tu vois un peu comme dans l’hymne « cara al sol » des franquistes, tous égaux sous leur tablier mais sans ces hordes d’enfants mal formés, débiles, aux problèmes moteurs, aux fauteuils roulants, bref à toutes ces misères du monde incapables de défiler à notre avènement qui, quand nous serons élus, finiront dans la remise réfrigérée de notre Histoire. Nous les dévorerons jusqu’au dernier ! »

« C’est une excellente idée mon beau Zem, mais pour l’heure évitons la polémique. Tu sais très bien que 400 000 et quelques de ces gosses ne rentreraient pas dans notre réserve idéologique sans susciter un lever de fourchettes sondagières à notre encontre. Contentons-nous de soutenir quelques cons, jeunes et vieux, violents comme au Trocadéro, qui conspuent et agressent les journalistes de l’AFP, profitent de leur masse pour régner et enfreindre la liberté dont ils se revendiquent. Ils sont nos meilleurs apprentis cuisiniers »

« Laissons cela, mon ogresse. As-tu mis un bouquet garni et du sel pour la cuisson des légumes tout nus ? Mon ventre gargouille comme si j’avais avalé un architecte tel que Ricardo Bofill ! Dis, quand passons-nous à table ? »

« Un peu de patience, le vieux con n’est pas encore tout à fait cuit ! »

16 01 2022

AK

Des chats de Tombouctou aux baguettes de chez Leclerc…

Comme il n’y a pas de peaux de lapins on suspend aux fils électriques des peaux de chats (Tombouctou) :

(article AFP lu dans « la République des Pyrénées« ):

extrait :

« Kadi Ben Wahab bombe le torse, esquisse un sourire (mais pas trop non plus: il faut paraître grave) et pose fièrement avec sa bande, une dizaine de garçons de Tombouctou qui chasse le chat la nuit tombée.

Kadi, ses copains et les jeunes garçons de Tombouctou perpétuent une vieille tradition de la ville: la nuit venue, ils se transforment en redoutables chasseurs. Ils capturent des chats, les égorgent, les cuisinent et les mangent.

Puis ils jettent la peau de l’animal sacrifié sur les câbles électriques. Pour les Tombouctiens, les dizaines de trophées qui pendent des fils font partie du décor. »(…/…)


Maintenant, passons à la baguette à 29 centimes de Leclerc. Ça n’a l’air de rien et l’opération est censée sauvegarder le pouvoir d’achat des clients de cette entreprise, qui sous son aspect « social » mis en avant comme d’habitude masque certainement des réalités beaucoup plus commerciales. Personnellement, je boycotte les centres Leclerc depuis quelques affaires (employés licenciés, plainte contre une cliente qui avait volé -de mémoire- deux steacks hachés pour nourrir ses enfants, etc).

https://www.capital.fr/entreprises-marches/une-caissiere-de-leclerc-licenciee-pour-avoir-fait-des-courses-pendant-sa-pause-1398827

https://www.capital.fr/votre-carriere/licencie-pour-une-banane-un-employe-de-leclerc-va-aux-prudhommes-1253140

https://www.avantage-entreprise.com/2133-avantages-salaries-E.-Leclerc/avis-et-note-des-salaries

Article paru dans « la Dépêche du Midi« . Extrait :

« Céréaliers, meuniers, boulangers… Ils n’ont pas tardé à réagir au coup de com’ de Leclerc. Entre la hausse des cours des céréales, de l’électricité ou des salaires, ils y voient une annonce « démagogique ». La FNSEA, le principal syndicat agricole, dénonce dans un communiqué « des prix volontairement destructeurs de valeurs ».

« C’est provocant de la part de Leclerc au moment où tout le monde essaie de vivre de son métier », affirme à La Dépêche le président de la Confédération nationale de la boulangerie Dominique Anract. « Leur but, c’est quoi ? C’est de rincer des professions comme ils l’ont fait avec les disquaires, les pompistes ou les pharmaciens pour avoir la mainmise et remettre un prix normal ? C’est choquant, c’est scandaleux », s’indigne le patron des boulangers. »


Enfin, pour en finir avec les paysans, place aux tracteurs autonomes (à 500 000 euros) !

Article paru dans Ouest France

Le John Deere « 8R » à Las Vegas.

Anvers et contre riens (une affaire de virus qui part en eau de boudin)

Ce matin, j’ai acheté chez le boucher huit mètres trente deux centimètres de tripes, d’intestin grêle et de gros colon, en souvenir de ma mère dont c’était l’anniversaire. L’artisan avait tout nettoyé, et s’il a trouvé les bijoux qu’elle avait avalés, tant mieux pour lui, ce n’était que du toc. Pas de voyage à Anvers, donc, où il pensait finir sa vie dans une famille aisée dont il ignorait le nom, avant même que cette histoire ne débutât. Je me présente : John Martin Sholler, né voici une soixantaine d’années dans une petite ville de province. Tout allait assez bien jusqu’à l’arrivée du virus, il y a deux ans. Je venais de toucher mon premier salaire de retraité et si j’emploie le mot salaire, c’est que je l’avais gagné à bosser plus de quarante deux ans pour une société qui se réduisait à un bal masqué de gourgandins et de salonardes qui m’avaient exploité alors que je sortais à peine de l’adolescence. J’ai fait plein de métiers, toujours pour les mêmes et ma récompense à présent me disais-je serait d’enfin faire la fête, de sauter sur mes cannes anglaises et de botter le cul des capitalistes, bien qu’il n’en passât jamais un seul dans mon quartier.

Mais voilà que se pointe l’autre enfoiré de virus, l’inconnu nanométrique qui vient encombrer une existence que je pensais enfin peinarde. Dans les mois qui ont suivi son intrusion, je me suis peu à peu senti misérable, à l’image d’une masure que les publicités nomment passoires thermiques, ou passoires énergétiques. J’en ressens les mêmes symptômes : j’ai froid quand il fait froid et chaud quand il fait chaud. Cette phrase est superbe, j’ai dû la concevoir quand j’étais planqué sous la couette avec Juju, ma petite gonzesse qui a connue les salons et les bals de gourgandins affiliés aux gens de biens, pas des généreux non, des gens pleins de pognon qu’ils ont gagné par héritages successifs de leurs parents, et qui balaient des pieds les parquets cirés de la notoriété mondaine. De vrais ploucs, mais cultivés à la truffe généalogique, celle qui pousse au pied des chênes où l’on suspend en riant quelques brigands sans en avoir retiré la chaîne pour qu’ils pèsent plus sur l’opinion des paysans, ces couards sans pèze qui ne manipulent la fourche que pour remuer le vrai fumier, celui des étables.

Juju et moi nous couchons tard, cela nous donne l’impression de vivre plus longtemps que la plupart des esclaves qui bossent et rentrent chez eux éreintés en klaxonnant sous nos fenêtres pour nous faire râler. Les vieux sont des pestiférés, et leur logis une passoire thermique mais eux, au moins, mangent des pâtes tous les jours, quand les esclaves se contentent de riz qu’ils passent au chinois pour n’en pas perdre un grain. Je le sais, j’ai un ami chinois qui me l’a dit. Peut-être n’ai-je pas tout compris, notamment quand il a orienté la conversation sur les routes de la soie. Juju et moi en étions restés aux bals masqués et aux costumes si doux à porter de la Haute Société (j’adore mettre des majuscules pour situer la hauteur des pendus qui se balancent dans les jardins de la Noblesse du Pouvoir). Finalement, j’ai botté le cul de mon ami chinois et nous sommes, ma petite bonne femme et moi, bien marris de ne pouvoir agrémenter notre logis de tous les outils nécessaires à calfeutrer notre existence dans notre espace réduit : déshumidificateur, chauffage, vêtements chauds en pseudo ours polaires réduits en poudre de verre, lectures sournoises des modes de montage de la moindre étagère, bref, nous devenons jour après jour, des passoires énergétiques tocs qui ne savent plus différencier l’hiver de l’été, les doigts de pieds gelés gagnés par l’onglée (onglet chez mon boucher), malgré les chaussettes russes trouées poutiniennes, ce vénérable tsar du goulag de Navalny, introuvables dans ce petit pays malgré l’existence du cirque de Gavarnie, où sans passe sanitaire des milliers d’acrobates évoluent en surfant sur des pistes enneigées, glacées comme des esquimaux .

C’est d’ailleurs ce que m’a rappelé le boucher ce matin. Elle avait des tripes, votre mère, monsieur John Martin, savez-vous ? Sur la fin de sa vie elle m’a signé un papier m’autorisant à vider tous ses boyaux, à ne conserver que le meilleur d’elle-même et de donner aux gourgandins et aux salonardes ce que contenait ses intestins. Mais je dois vous avouer un secret. Ce n’est pas là où vous pensez qu’elle cachait son magot. Vous m’avez dit que c’était tant mieux pour moi, si je le découvrais tout en découpant une douzaine de côtelettes ou un gigot. Est-ce exact, John Martin ? Je ne pus qu’obtempérer. Eh bien, la vérité la voici : votre mère a tout investi dans un appartement d’Anvers, dans le quartier des diamantaires. Pendant vingt ans elle avait dissimulé son acte de propriété dans son entremichon. Le manuscrit original, l’acte notarial comme on l’appelle, m’a pris beaucoup de temps car j’ai dû le faire expertiser par six bourgeois, à Calais. Mais alors, dis-je, à quoi bon avoir nettoyé les intestins de ma mère, puisque vous êtes devenu légataire de cet appartement en découpant son entremichon ? Eh bien, j’avais d’abord attaqué la tuyauterie, c’est une des règles du métier. Mais aussi, mon bon monsieur, pour payer les droits de succession. Rien n’est simple en ce bas monde, vous le savez comme moi. Tout part en eau de boudin si vous ne maîtrisez pas les us et coutumes des trancheurs de lard que sont les agents du fisc. Mais je vous connais, vous êtes un de mes meilleurs clients, alors si je vous révèle cette histoire, c’est pour vous faire une fleur, un genre de ristourne. Je vous rajoute les trente deux centimètres gratis, parce que c’est vous. Votre petite bonne femme va en être ravie. Avec des pommes et une bonne purée, ça passe tout seul. A propos, si vous désirez aller à Anvers avec votre copine, je vous donne l’adresse de son appartement. Il est loué actuellement à un vieillard du nom de Blaise Cendrars, qui était son amant, à qui j’avais coupé un bras par mégarde dans une tranchée de viande bovine, mon couteau avait alors ripé et zou, le pépère s’est retrouvé un bras en moins. Il n’y a que les couteaux suisses qui soient fiables, monsieur John Martin, tous les livres de coutellerie vous le diront.

Bon, je dis huit mètres à un euro soixante le mètre. Ça nous fera donc un total de 12,80 euros. Vous réglez par carte ou en liquide ?

12 01 2022

AK

(dans la série les couillonades, oui !)

Animal, pas si mal (Nestlé règne sur toi, Purina mais je n’en parlerai pas ici)

Je vous le dis tout net : les jours augmentent et le coût de la vie aussi. Alors investissons nos économies déjà maigres dans le CRAC40. Les pauvres et les miséreux de ce monde n’ont pas de ressources, celles-ci ayant été privatisées par les locataires permanents des palais et des statues mémorielles en leur honneur. Alors, si jadis la populace ne demandait selon la légende que du pain et des jeux, l’heure est venue de taxer le pain et de privatiser le service public dont la gratuité d’accès est un véritable scandale. Car qui paie la redevance ? Les pauvres ! Qui regarde la télé quand il n’y a rien à voir d’autre que toujours les mêmes navets pour lesquels les vendeurs de boissons caramélisées ne paient aucun droit, ceux-ci étant tombés dans le domaine public. Chantres de la gaieté falsifiée, du tout sourire aux dents blanches, des publicités ciblées et des séries maintes fois rediffusées ; qui les regardent encore ?  les pauvres cons, les arriérés mentaux qui ne s’abonnent pas à Netflix, à Prime, à OCS, à Salto, aux plateformes payantes en tout genre. Mais attention ! Il ne faut pas tuer le con, source de revenus. Juste l’abrutir avec des petits jeux qui apparaissent en bas d’écran ; une question stupide, tapez un ou deux, 0.99×2 euro par SMS ou téléphone. Un gagnant sera tiré au sort parmi les bonnes réponses. Les pauvres, notamment les vieux, sont ignares et/ou malvoyants. Un jour ils appuient sur la touche un, l’autre sur la deux. Ils ne gagnent jamais. Seule leur facture de téléphone engrange leurs errances. Voilà pourquoi il faut investir dans la misère, physique et mentale des pauvres dont on a sorti de la tête tout esprit critique, les inonder de publicités adaptées à l’heure d’écoute, en général des pubs pour maigrir, des trucs et des bidules pour lutter contre l’arthrose, des serviettes anti-pipi… Sans parler des réseaux sociaux et des croyances dites alternatives sur des sujets cruciaux, auxquels ils accèdent en un clic sur leur écran de téléphone portable à manipulation simplifiée. Sans aide psychologique, juste un code à quatre chiffres.

Ce préambule n’est que prétexte à faire évoluer notre société humaine vers l’animale. Ne t’inquiète pas pour l’avenir mon fils, tu finiras bête, oublieux du passé et de tes ancêtres, ne sachant plus faire une division, une multiplication, sans l’aide de ton Samsung, tes mains n’écriront plus et se contenteront de taper avec une vitesse vertigineuse sur ton clavier, mais pas de souci, tu seras connecté, que tu le veuilles ou pas, à ces jeux vidéos qui régiront ta vie, ton temps et peut-être, s’il reste un peu de temps pour l’enfer, tes enfants.

Vous me direz que les animaux ne forment pas une société, mais sur quels arguments pouvons-nous nous baser ? N’avons-nous donc pas constaté que de nos jours quand le chien du voisin aboie nulle caravane passe, que les poules ne se font plus écraser en traversant la route, mais que les poulets nous cabossent car on leur en a donné la possibilité, que si les oiseaux ne pondent pas des œufs carrés c’est par ignorance du théorème de Pythagore. Ignorez-vous pourquoi les sangliers broutent dans les golfs et les terrains de sport en retournant allègrement la pelouse ? Ce sont en vérité d’anciens supporters humains mécontents des résultats du match qui s’est déroulé contre les bœufs musqués de Nouvelle Zélande et les bœufs moins costauds de nos provinces nationales. Et puis, savez-vous pourquoi les lièvres dansent dans les prés au clair de lune ? Ah, voilà de quoi nous clouer le bec, non ?

De fait, nous sommes en train de devenir tout simplement inutiles ou utiles à ne rien devenir sur cette planète. Il suffit de regarder quelques images de Tchernobyl pour constater comment la nature a repris ses droits sur ces espaces anéantis par l’homme. Toute une vie animale y a prospérée, certes contaminée, mais réelle. Les animaux s’en foutent, de toute façon, ils ne construisent ni usines nucléaires ni mégalopoles infernales. Ils se moquent bien que le ciel leur tombe sur la tête, quand les hommes par une simple panne d’électricité voient toutes leurs immenses capacités industrielles et numériques se casser la gueule avec eux. Alors certains se replieront sur le diktat d’un Dieu : « que la lumière soit et la lumière fut ». Allumons nos chandelles et prions chantent les évangélistes et donnez-nous votre misérable pension pour acheter les générateurs dont Dieu a besoin (surtout pour mes potes et moi). Alléluia ! Ceci étant une des raisons, et pas la seule, de taxer les pauvres, de privatiser la télé et la radio d’État, et d’abrutir les gens qui regardent bouche ouverte la tétine des vendeurs de boissons caramélisées et les dents souriantes et blanches des grandes gueules qui règnent dans le vaste univers médiatique.

Je ne sais pas si je suis devenu un peu bête en écrivant ce texte un peu/très con, mais c’est réconfortant de se sentir bête d’une pensée humaine (sans locomotive).

10 01 2021

AK

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