Ô Mamma mia !

Ce matin, vers onze heures, j’ai téléphoné à ma mère. Comme il n’y avait pas de tonalité, j’ai joint le service semi- public des télécoms, ou un service similaire de réclamation géré par un algorithme depuis sa lointaine planète. Le message a été clair : ce numéro a été inscrit dans le registre des abonnés absents. Pour les alcooliques anonymes, contacter le 20-20 en tapant le code Whisky. Si l’adresse que vous avez indiquée dans le formulaire est bien celle-ci : 98 boulevard des Allongés, à Puteaux, il s’agit effectivement de cette personne. Pour réécouter le message, tapez 5, avec votre main droite. Pour l’effacer tapez 3 avec votre main gauche. Merci de lécher l’écran de votre smartphone pour répondre à notre enquête de satisfaction.

A 16 heures, j’ai eu confirmation que ma mère venait de décéder après une longue série d’appels et qu’elle s’était fourvoyée en téléphonant à Dieu plutôt qu’au CHU, qui n’est, lui, qu’à une quarantaine de kilomètres, mais où l’on n’accepte pas les chiens non tenus en laisse ni les grabataires qui sentent les pieds sous terre. Autant l’avouer dès à présent, le chien de ma mère s’appelle Pascal Boniface. C’est mon père. A une époque, il exhibait des colliers de rappeur en faux or et des dents de Rottwailers incrustés de faux diamants parmi les immeubles de Puteaux. Il n’aurait pas fait de vieux os si moi, le cinquième enfant de la fratrie, n’avait remonté l’honneur de la famille en inventant le concept de poing sur la gueule, déclinable en claque et en bris de toute machine sujette aux algorithmes. Comment ça, ma mère est morte ? Pan sur ta chiffraison 2.0. (par exemple, un parmi d’autres). Puis je l’ai adaptée aux matches de football. 2-0 pour l’OM , ou 0-2 pour le PSG, qu’importe, ma mère était morte, ma bonne mère qui me regardait jouer au bord de la Méditerranée. Ô pauvre !

Vers dix huit heures j’ai reçu un coup de fil. Il n’y avait pas de numéro 98 au boulevard des Allongés, à Puteaux. Un bug informatique qui de fait m’informait que ma mère était certainement plus vivante que jamais. Allais-je pour autant croire en Dieu, ou à la Providence, plus charnue et aimable que le vieux barbu ?

Je pris mon smartphone et appelai un algorithme de mes amis, qui œuvrait sur la ligne Whisky et en abusait certainement car son message ne tenait visiblement pas les lignes rébarbatives de la programmation orgasmique des développeurs de légendes futuristes. Un peu de jus électrique semblait-il réclamer. Je lui rappelais que je lui avais offert un violon et qu’en pissant dedans il retrouverait les harmonies du temps, du tempo un deux trois quatre, on z’y va .

Finalement, j’ai retrouvé ma mère. Elle était dans les bras de Pascal Boniface, au pied d’un immeuble de Puteaux. Moi, grâce à mon pote algorithmique, je suis descendu en vitesse pour les rejoindre. C’est alors qu’il y a eu cette énorme panne électrique dont, aujourd’hui, personne ne se souvient. Parce que depuis ,il fait noir de jour comme de nuit.

04 07 2022

AK

Ô bonne mer(e), protège tes enfants!

Mini petite souris…

Je connaissais la méthode italienne consistant à accrocher son imperméable à une patère du bureau et à filer au café ou chez sa maîtresse en faisant croire que le fonctionnaire était bel et bien présent, puisque son par-dessus était là, pendouillant au porte-manteau. Mais les temps ont changé, ainsi que le révèle le quotidien québécois La Presse.

Extrait de l’article :

Hydro-Québec a détecté une série d’incidents liés à l’installation de logiciels de mouvement de souris par des employés en télétravail, a appris La Presse. La société d’État dit prendre cette situation « très au sérieux » et pourrait appliquer des mesures disciplinaires.

« Ces logiciels ont connu une explosion de popularité depuis le début de la pandémie de COVID-19. Ils permettent aux employés qui travaillent de la maison de simuler leur présence devant leur ordinateur pendant qu’ils vaquent à d’autres activités, échappant ainsi à la surveillance potentielle de leurs patrons.

Dans un courriel envoyé à des salariés, obtenu par La Presse, Hydro souligne que le téléchargement de tels programmes « contrevient à deux règles de cybersécurité ». La société d’État interdit à ses employés d’installer des logiciels non autorisés afin de limiter les risques d’intrusion de virus ou de cyberattaques, une politique adoptée par bon nombre d’entreprises. »

L’article complet est à lire ici .

Les petits délits/res du dimanche

J’ai appris à lire dans le regard des autres mais pour les empêcher de lire dans mes pensées, je les ai assassinés, l’un après l’autre. J’ai commencé avec Germaine, une cousine qui vivait du côté de Lindau, en Allemagne. Nous avions sensiblement le même âge mais sa poitrine en avait deux d’avance sur ma sexualité. Elle riait beaucoup, ce qui m’exaspérait. Le silence, comme les jeux de carpes, était pour moi l’essentiel de ma jeune adolescence, d’autant que les jeux de carpettes m’étaient encore des sonorités inconnues. J’aimais étrangler dans un bois de bouleaux de jeunes vierges, et longtemps cette forme de crime m’a poursuivie. Raison pour laquelle en atteignant ma majorité mes conquêtes amoureuses se sont réduites à zéro. Pour meubler ce vide affectif, je me suis tourné vers les hommes, jeunes éphèbes qui se donnaient rendez-vous le soir dans les bois, entre chênes peupliers et haies de fusains moulant parfaitement leur taille. Mais ils me déçurent car la strangulation était plus difficile qu’avec les femmes aux cous de girafe. A vingt cinq ans, je fus embauché comme bûcheron dans une forêt du Morvan. Je hâlais de gros bourrins sur des sentiers boueux, des percherons d’une demi-tonne, qui tiraient au bout de leurs chaînes des troncs gigantesques que les chinois rachèteraient à prix d’or pour nous les renvoyer sous la forme de meubles en kit à monter soi-même avec une clé hexagonale et un tournevis made in Corée.

C’est dans ces forêts morvandelles que je rencontrai une famille de nains qui vivaient en autarcie depuis une dizaine d’années, ayant du fuir les jardins de petits vieux vicelards qui les exhibaient aux passants et les exploitaient sans honte, quand ils ne les vendaient pas à d’autres vieillards libidineux comme eux. Ils s’étaient acclimaté à leur nouvelle vie, et je pus lire dans leurs yeux qu’ils ignoraient mon parcours criminel. Je me sentais beaucoup de connivences avec eux, sachant que leur amabilité était liée au fait que mon passage régulier dans les layons avec mes deux canassons leur permettait de récolter une bonne moisson de crottin qu’ils utilisaient en permaculture pour faire pousser des champignons et des herbes sauvages leur servant de nourriture et entretenaient leur spiritualité débridée. Robur était leur chef, sa barbe était longue et parfaitement blanchie dans l’eau claire des ruisseaux sans pollutions, sauf les nocturnes. Au bout de quelques semaines nous sympathisâmes et je fus invité à dîner avec eux. Une grande famille : dix gosses, assis en rang d’oignons, deux grands-mères aux narines où poussaient du thym et des herbes de Provence, un oncle aux poils couleur carotte, trois épouses blanches comme la fleur de chou et d’autres invités très propres sur eux (sans doute des prêtres ayant apporté et béni des pains sylvestres). Nous rejoignirent deux olibrius qui vinrent compléter la table, bien mise pour y installer tant de convives.

Robur me fit visiter les alentours (pour éviter que je marche par mégarde sur leur habitation). Il me montra les revues auxquelles il était abonné : Reporterre, La Hulotte, Tout l’Opéra ou Presque (version papier), revues qu’il se fournissait avec la complicité de Maître Corbeau, un volatile très répandu dans le Morvan, contrairement aux cigognes qui ne transbahutent que des nouveaux-nés et des boîtes de petits gâteaux secs de la marque L ‘Alsacienne fabriqués chez Lulu, à Nantes. On les croque à l’envers, du côté de Nevers, avec un petit blanc rapporté de Nogent par les arrière-petits enfants de Mitterrand.

Vînt un moment où le débardage de bois me fatigua. Les chlitteurs étaient morts et ma vocation d’étrangleur impénitent s’étiolait. Étrangler un nain de jardin ou des bois à l’aide de sa longue barbe ne présentait plus d’intérêt. J’avais trente cinq ans. L’âge de créer un foyer. Mais qui voudrait de moi avec mon lourd passé? J’étais désemparé : trop jeune pour fréquenter les sites de rencontre, et dans les bois morvandiaux internet ne possédait pas d’antennes, vu qu’elles étaient ratiboisées par les bûcherons et revendues aux chinetoques comme grumes à valeur ajoutée, trop jeune aussi pour les sites archéologiques (bien que nombre de mes victimes y soient résidentes depuis des lustres, mais les os, c’est sacré, c’est comme un jeu de piste carpienne, une sous-marinade en mer Caspienne, un jeu de dupes qui soulève sa jupe avant de mettre les voiles vers l’Iran et ses carpettes aériennes).

Bref, j’étais seul dans ce monde obscur. La famille de Robur ronflait à en secouer la cîme des arbres. Lorsque je me souvins de ce petit carnet que j’avais toujours conservé dans la poche arrière de mon pantalon. Le carnet où, forfait après forfait, j’avais noté mes crimes. A ma grande surprise, toutes les feuilles étaient blanches : pas un nom, pas une adresse IP, pas même un dessin licencieux tracé de mes propres mains. Le carnet était désespéramment pur de toute pensée ou acte malsain. Pendant quelques minutes je me demandais si je devais appeler Poutine pour l’embrasser d’ainsi annihiler tous mes péchés. Puis je me ravisais. Pourquoi lui ? J’ai tant de numéros de téléphone dans ma petite cervelle, tant de salauds à appeler en mettant le haut-parleur à son intensité maximum. Et puis, réveiller Robur, sa famille et ses soucis existentiels, à quoi bon ?

Je me suis effondré sur un lit de mousse et ai attendu que tombe le crottin du cul des chevaux. A l’aube viendra la jument de Michao.

Je crois que je vais l’épouser, sa jument.

Chantez loups, renards et belettes, demain il fera beau !

03 07 2022

AK

Mort clinique ou stratégie (climatique) ?

Bon, je dois le reconnaître, ce soir je suis cliniquement mort. Mon dernier lecteur était en fait une lectrice et elle a décidé de mettre fin à nos échanges parce que je ne voulais ni ne pouvais l’épouser, à cause de ma moustache (elle me pensait glabre). Le châtaigner et le noyer qui me font de l’ombre dans le jardin depuis des années ont accepté de m’accompagner jusqu’au trou que je creuse depuis dix ans dans le village où je me planque. Pas de croix sur ma sépulture, juste une motte de terre où les taupes viendront chatouiller mes moustaches. Mes moustaches ! C’est ma vie. Elles ont poussé avec ma jeunesse, ensuite m’ont escorté durant ma vie professionnelle, puis ont blanchi au même rythme que mes cheveux. Les arbres me connaissent, et savent que mes poils chenus colorent aussi la vieillesse des gens qui ont vécu.

Certes, le temps ténu qu’il me reste à vivre m’enchante encore par ces fils tendus entre l’aube et le crépuscule qui constituent la vie, mais jamais le chemin ne peut se faire à l’envers, quand on a parcouru des sentiers devenus labyrinthes, des illusions navrantes et des amours éperdues. Alors, ce soir, à l’ombre du noyer et du châtaigner où mon âme lascive s’étend en ce début d’été, dans le parfum de sève de mon plus beau caleçon, je meurs. Sous la terre retournée il faudra qu’un matin les fleurs de la colère repoussent. Mais qu’on me laisse dormir, je suis cliniquement mort. Dans ce désert médical qui fait danser les chamanettes, quelques heures encore me restent pour survivre à l’enchantement d’enfin mourir idiot, entre les jupes légères et les incantations, avec (espérons-le) un peu d’herbe à fumer, celle qui allume le « feu » qu’alors je serai. (Le feu de saint Elme).

Dehors, la pluie s’est mise à tomber. Elle aussi succombe à la dépression des nuages. Parfois ce sont de gros grêlons et des orages, mais pour le réchauffement climatique je suis ad hoc: je suis cliniquement mort.

Sud-Ouest (une page de lecture offerte sans contrepartie à SO par le Petit K.)

La belle au bois dormant se réveillera toute seule, le chauffage au bois et les baisers, elle devra les oublier. Sans parler des croissants et de la grille de mots croisés ni du programme télé (le supplément du samedi) ni de ma grand-mère Noélie et de sa mort instantanée, le nez piquant direct dans la poêle à frire où elle cuisinait l’omelette de l’oncle Émile. De toute manière, je m’en fous. Ma dernière lectrice a décidé de mettre fin à mes écrits (salaces?) et au final je ne m’en porte pas plus mal.

Dans un tiroir j’ai retrouvé une vieille lampe de poche (avec Wonder, les piles ne s’usent que quand on s’en sert ») cadenassée de lampyres, de verres luisants. Alors la nuit, quand le noyer et le châtaigner roupilleront, bercés par la brise estivale, sous ma motte, j’écrirai. Mais c’est moi qui chatouillerai les moustaches des taupes. Et les chamanettes caresseront l’herbe qui poussera entre mes pieds.

02 07 2022

AK

(les petits bruts du jour ou de la veille)

Les vieux : danger pudique ou dictature mondiale ?

Je suis loin d’être intelligent,(mais c’est de famille), les acronymes me sont très souvent étrangers, de PO (rectifié : PE) à HPI en passant par la Lorraine et d’autres provinces que j’espère encore visiter quand mon niveau de vie repassera le cap financier du remplissage de mon réservoir d’essence automobile qui n’en peut mais.En bref, je suis un vieux con qui conduit une vieille bagnole et regarde plus le paysage que la route. Je suis devenu un danger public. Le code de la route est oublié, roulé dans les ronds-points à chaque carrefour, ces poulpes dont certaines branches versent dans les friches ou les champs de maïs, mais l’avenir y construira un nouveau lotissement de cinquante parcelles de 500 m² à prix exorbitant que les néo-ruraux s’arracheront depuis qu’ils désirent quitter le paquebot des villes. Entre Titanic et « fluctuat nec mergitur », voire Exodus…

Comme tous les cons qui vieillissent j’ai du mal à comprendre le monde qui ne me parle plus. La surdité, l’impuissance (sexuelle ou autre), l’absence de désir d’aller gravir les montagnes, ou de faire une délicieuse escalope avec une belle salade (contrepet), tout cela me réduit à bouillonner à petit feu dans la marmite où jadis les africains cuisinaient les missionnaires tout en chantant Alléluia. (Vers Marseille, c’est plutôt allez l’OM). Les temps changent.

Les temps changent mais seul le vent emporte nos mémoires. Qui se souviendra de l’Ukraine, et ce n’est vraiment qu’un maigre exemple. Deux millions de déplacés vers la Russie, peuple aggloméré à la Grande Russie, gens et enfants (maris on ne sait où relégués) à qui l’on donne des passeports et verse des pensions(*) en tant que population intégrée au nouvel Empire, c’est à dire peuple ukrainien qui devient par la guerre peuple déchu de sa propre identité, effacé de ses véritables racines et transformé par une dictature sans aucune pitié, ou piété, soumis simplement à abandonner ses droits au profit d’un mensonge qui n’a d’autre vertu que de le fondre dans la masse des fantasmes guerriers. Une forme soft mais exemplaire de génocide, ni plus ni moins. En regardant tout autour de la ronde planète, le phénomène est en expansion constante. Les salauds trouvent toujours des alliés pour bâtir leurs châteaux forts.

Je suis loin d’être intelligent. En cela je pourrais revendiquer le droit d’être le porte parole de deux milliards d’imbéciles et de crève-la-faim ; pourtant c’est impossible. Et personne ne se demande pourquoi. Heureusement, je suis là pour vous l’expliquer :

Quand je me réveille du bon pied, à des milliers de kilomètres d’autres vont se coucher. Le jour et la nuit ne peuvent pas se réconcilier, ils ont un cycle immuable. Et puis, les fainéants d’un demi-globe feront toujours la nique à ceux de l’autre. Malheureusement nous avons la malchance inouïe d’avoir sur la planète de grands génies destructeurs, qui vont enfin régler le problème : ils vont éteindre le soleil pour que la nuit règne en maîtresse absolue. Et dans les champs d’Ialou, gonfleront les lampyres en minuscules étoiles.

01 07 2022

AK

(*) intervention de Jean Quattremer (sans la mienne) et reportage sur LCI hier

À poil, Josette !

Dans son petit monde, celui qui enferme les individus les plus fragiles, Josette régnait en parfaite maîtresse. Elle ne possédait comme bagage ni le comment ni le pourquoi, mais les quelques abrutis qui l’entouraient, et dont j’étais alors, se satisfaisaient d’un rien ou de néant complet. Il serait simple de croire que seules sa physionomie, son exquise corpulence, nous faisaient en tant qu’adeptes, croquer son discours comme du chocolat aux amandes En fait, nous avions ouvert notre puérilité d’adolescents, jusque là enclins à compter nos poils sur nos pubis et ceux de la moustache sous le nez, poils qui ne poussaient pas plus vite en les oignant de crottes de pigeons comme le certifiaient les magazines parisiens qui se répandaient dans la campagne pour mieux nous ignorer. Nous fumions la barbe du maïs en toussant et Josette, qui venait de fêter ses seize ans, relevait sa jupe, sa culotte rouge et nous montrait l’état où en était alors l’origine d’un monde, celle qu’elle portait en elle, même si Courbet et ses pinceaux l’ignoraient.

Dans son petit monde, celui qui engendre les grandes paix, Josette laissait parler les ignorants, les gamins de seize ans qui regimbaient sur le sens de la vie inculqué par leurs parents et désiraient pourtant suivre son cours, mais sans se sentir piégé. Josette insistait là-dessus : aimez-vous mais ne vous mariez jamais ! Beaucoup râlaient : oui, mais la réception à la mairie, à l’église, puis l’apéro et les cadeaux de la liste de mariage, les toasts, les petits fours, le champagne à gogo, la confrérie des buveurs et les larmes des parents, puis l’animation, les flonflons, la fête qui dure jusqu’à l’aube. Inoubliable. Mais cinq ans plus tard, on divorce. Encore du pognon dans l’escarcelle des avocats.

Josette sait de quoi elle parle. Dans son petit monde elle a connu des gens heureux, d’autres qui attendaient de se remémorer au bas de la rue le code pour remonter dormir dans le lit conjugal. Pourtant dans l’ espace réduit de sa tête elle s’est éprise d’une raison sans nuance : la nuit est devenue soleil. Parce que son esprit, ce sanctuaire idéologique, a explosé dans l’univers de son mensonge, de sa compréhension des monstres adolescents qui l’entouraient. On la vit ainsi parcourir les rues des beaux quartiers, composant des sonates sur les touches des digicodes, jouer du xylophone sur les clôtures métalliques ; et les gredins en sarabande qui l’accompagnaient finirent tous en maison de correction, et pour certains à l’orphelinat de Maisons-Alfort ou au zoo de Vincennes, qui venait de perdre son singe, âgé de 98 ans, qui cessa de soliloquer en glissant sur une peau de banane expédiée par un des jeunes voyous de Josette.

Deux ans passèrent et les gosses découvrirent que Josette finalement ne possédait pas le charme ni le charisme d’un smartphone, et que sa pilosité masquait de fait l’écran de leurs fantasmes. Plutôt que de compter les poils de leur pubis, ils en firent pousser un dans la paume de leur main , celle qui ne tenait pas le portable, et le photographiaient chaque jour pour montrer aux autres imbéciles qui avait le plus long, le plus frisé, le plus splendide, bref, le plus crétin, mais bon, Pépère là tu crois pas que c’est ton texte qui est carrément con ?

J’admets, je ne veux pas chercher la bagarre, surtout quand, à leur âge, je fumais la barbe du maïs sous la tribune en bois du stade municipal et que Josette en fait était déjà un fantasme, vu que les seuls poils que j’avais vus étaient ceux de Marcelle, qui en avait plein les jambes à quinze ans et ceux de ma grand-mère qui parsemaient son menton…

29 06 2022

AK

(les petits bruts non remaniés!)

Panne de jus!

-Bon, Chinette, tu m’excuseras, mais je vais aller faire une petite sieste, mais pas trop longue, avec tout ce que j’ai à faire !

-Ah ! Pourquoi dis-tu ça ? J’aimerais que tu me dises quel est ton planning et les travaux du jour.

-Ben, euuuuuhhh…

-Je vois Chinou que tu vas encore être débordé aujourd’hui. Entre ne rien faire et ne pas franchir la ligne blanche de ta flemme, ta journée va être exténuante.

-Ne te moques pas de moi, Poulette, je vais t’en donner une liste, de mes travaux, que même Hercule notre chat ne saurait réaliser. Tout d’abord, préparer les chandelles, faire fondre la cire et tester les mèches, donc jouer avec le feu :

Les dirigeants d’Engie, EDF et Total Énergie sont unanimes. Dans une tribune publiée ce dimanche 26 juin dans le « Journal du Dimanche », les patrons des trois énergéticiens français invitent chacun à « limiter immédiatement » ses « consommations d’énergies ».(Sud Ouest du jour).

Ne fais pas les yeux ronds , on dirait un chat qui chie dans la braise, comme disait mon père.

Ensuite, il faut que j’épuce l’ordinateur de tous ses spams, hameçonnages, faux mails etc. A ce propos, sais-tu où est rangée ma masse ?

-Celle que tu as utilisée la dernière fois lors du Front Populaire, ou celle de tes salariés du temps où tu les faisais bosser ?

-Moque-toi, tu verras quand le Grand Soir viendra, plus de jus pour cuisiner les nouilles, faire tourner l’électro-ménager : frigo plaque chauffante four batteur cafetière lave vaisselle lave linge télé ventilateur aspirateur micro-onde radio sèche cheveux yaourtière machine à pain anti-moustiques chargeur de batterie, même les étoiles ne brilleront plus et là, pour sûr, tu rigoleras moins, Chinounette !

-Pour le moment, je sais que tu vas passer ton temps le nez collé à ton écran et que rien n’avancera dans cette maison. Voilà ce que je sais !

-Rhôô ! Laisse-moi travailler, dès que j’aurai fini ma sieste.

-Et moi, qu’est-ce que je deviens dans tout ça ? Je suis quand même concernée par ta fainéantise chronique, non ?

-Bien entendu. Mais je vais te faire un aveu : j’étudie.

-Ah, le rigolo !

-Oui Madame, j’expérimente chaque nuit le moyen de stocker l’énergie des éclairs par temps d’orage. J’ai inventé un capteur qui n’en est encore qu’à sa phase initiale mais que je compte développer dès qu’un industriel pourra m’en assurer financièrement la réalisation. Je suis un laboratoire de recherches permanent, ça t’en bouche un coin, hein ?

-Tu me fais mourir de rire, vu que tu es loin d’être une lumière.

-Mais j’ai des idées.

-Pour ça, personne n’en doute, pas même Hercule.

-Bon Chipounette, on en reparle après ma sieste, d’accord ?

-D’accord. Je te réveille à quelle heure ?

-Bof, disons quand le repas sera prêt.

27 06 2022

AK

(un petit texte à la bonne franquette!)

Aujourd’hui encore, je pense à eux : les amants d’Ukraine et de partout où…

Donne moi l’ombre de ton sourire

Pour que la Mort explose dans nos rires

Même si nous savons déjà que nos éclats de voix

Ne survivront pas aux cris aigus des pires désarrois.

Quelles sont, dis-moi, les choses qui aident à vivre ?

Les aubes nues qui naissent dans tes yeux

Que les voleurs de temps sur le parcours

Des jours n’ont pas encore pillés : nos oreillers.

Dormons alors les oreilles calées, sourdes

Aux bruits des guerres et des famines

Laissons glisser nos corps meurtris au bas du lit

Dans le sang des rivières qui mène toute vie

Vers ces noirs rivages qui remplissent nos nuits

Donne moi l’ombre de ton sourire

Que s’y installe enfin la volupté de nos derniers soupirs.

24 06 2022

AK

Jeff, un doigt au bout du destin

Voici deux jours que Jeff a décidé de reprendre son destin en main. Sa femme n’était pas contre, ça se comprend : elle est partie avec deux valises, les cartes bleues de son mar(r)i et son portable à elle qui fait GPS, inclus Mappy et plein d’applications subalternes qui la rendent indétectable sur sa décision, ses mouvements, son identité et ses désirs de trouver ailleurs l’homme de sa vie, celui qui rechargera pour un temps ses batteries. L’amour est devenu une grande cuisine sans ustensiles ni lave-vaisselle (fabriquées en Bretagne). Une borne, un jalon politiquement incorrect.

Pendant ce temps Jeff roupille. Certes, il s’est levé pour pisser dans la nuit et en a profité pour récupérer son nounours que Josepha son épouse avait planqué dans le buffet, celui qui a encore une clef pour l’ouvrir. Jeff a découvert la planque en même temps que la lettre d’adieu de Josepha et la fameuse clé dissimulée dans l’enveloppe. Peut-être qu’en tant que narrateur il me faudra vous en lire le contenu. Pour l’heure, patience. Tenez, voici des cartes à jouer pour battre votre coulpe.

Josepha, par contre, n’a pas trouvé la clé de l’Aston Martin de son époux. Elle a pris un taxi et rejoint la gare la plus proche, environ trente bornes, puis s’est engouffrée dans le premier train qui se présentait. Elle s’assit sur le siège à côté duquel un type séduisant lisait un journal breton, « le Jourd’hui », journal dont elle ignorait l’existence mais qui l’intrigua . « C’est un journal local ? » demanda-t-elle à son voisin. « Oui madame, il paraît deux fois par jour. » Le message était clair : engager la conversation pouvait aux yeux de Josepha recharger les batteries à plat ventre de sa rupture d’avec Jeff.

En face de ces deux voyageurs s’assirent, à la halte suivante, une femme gironde et un vieux singe usé à force de monter aux arbres pour recueillir les noix de cocos insoumises dont les touristes raffolent dans les îles, surtout les suisses, qui en font leurs cocktails favoris agrémentés de glaçons alpins, une denrée rare.

Jeff, de son côté, mit le couvert : deux assiettes, couteau fourchette sur la nappe. Une drôle de nappe-monde, en fait. Les chats connaissaient la situation mais n’avaient nulle envie de crever de faim par ce que cet abruti de Jeff avait perdu sa femme. Les chats, en fait, râlaient qu’un homme puisse ainsi laisser une épouse s’envoler. Eux, tabarnac, lui auraient volé dans les plumes, à cette oiselle. Jeff pensait en fait changer de vie. En dégoter une au marché noir, au marché aux puces électroniques. Renaître dans un monde facile plus virtuel que sa vertu terrestre qu’il savait ne pas être éternelle.

Qui jugerait alors ses actes violents, ce vent mauvais qui balayait de disputes la concordance des temps, des conjugaisons conjugales, qui donnerait raison à Josepha, dans cet univers complexe où le destin reste un chemin qui mène nulle part ? La question, dans l’immédiat, ne se posait pas.Il savait cuisiner un œuf au plat, cuire des spaghettis al dente avec des lardons rissolés, les cuisiner à la mode Carbonara, en chantant des airs d’opéras italiens dont il ne connaissait pas les paroles ni l’histoire ou l’intrigue. Josepha lui avait longtemps reproché, alors qu’il faisait du théâtre amateur, de lui entendre dire : » ce soir, je vais me faire une italienne avec les autres acteurs ! ». Le narrateur relut la lettre qu’avait rédigée Josepha et se demanda s’il devrait également lire les fautes d’orthographe dont ce billet regorgeait. Ne serait-ce pas faire offense aux lecteurs de la langue de Molière, de Rabelais et de sa belle-mère, qui en rapportait depuis trente ans du carnaval de Dunkerque pour les collectionner. La mère de Josepha, soit dit en passant, était une grande fêtarde. Quand elle se retrouvait seule avec Jeff, elle faisait ses gammes avec cet engin festif, et lui serinait en buvant une goulée de bière : « Ah, mon petit Jeff, avec moi t’es pas tout seul , pas comme le vieil Eugène qui n’avait jamais la frite! »

Ces pensées rémanentes torturaient le destin de Jeff quant à la finalité de sa mort, le destin étant toujours écrit au coin d’une table de restaurant quand dans son immonde coupelle, la note point. Vers quelle destination se rendait désormais Josepha, quel amant d’un soir, de quelques jours, serrerait-elle dans ses bras pendant que dans la poêle deux œufs frits dansaient ? Il se rendit alors compte qu’il y avait de l’eau dans le gaz, lorsque l’huile giclait gentiment au-dessus de la poêle. Le destin est ainsi fait que l’on ne l’attend que dans les instants improbables où il se présente. Ma grand-mère Noélie en fit l’expérience au siècle dernier, alors qu’elle cuisinait une omelette à son fils de soixante ans, dont la famille disait qu’il était encore puceau, par pure méchanceté. Elle piqua du nez dans la poêle. Raide morte la vieille. Jeff songea qu’avec des pâtes à la Carbonara elle aurait sans doute survécu, vu les petits tuyaux que cette fabrication engendre dans sa conception.

Trois jours plus tard Jeff reçut un message de Josepha, que le narrateur ne peut manquer de vous livrer :

« Jeff, tu n’es qu’un salopar(d). Ta CB est bloquée et ton chéquier refusé partout. Tu as bien manigan(sc)é ton coup. Je me suis faite grugé(e) par le rédacteur en chef du journal qui paraît deux fois par jour, le « Jourd’hui », et par son chauffeur obsédé qui veut que j’aille faire dodo avec son pote aux grandes oreilles, bref je n’ai plus une thune et le chef de gare refuse de me faire crédit sur Oui Oui, tous pareils ces vieux singes, ces femmes girondes qui veulent me faucher la place ! »

Il répondit de suite : « mais les deux valises que tu as prise en me quittant étaient, tu le sais, pleines de fafiots, non ? »

« Sauf qu’ils étaient tous faux ou maculés d’encre. Mon pauvre Jeff, si la vie n’était pas si cruelle on aurait pu utiliser l’encre pour écrire un best seller ! »

« C’est quoi, ça, un best seller? »

« Un roman pour belle mère, pauvre idiot ! »

« Josepha, prends ton destin en main, je m’occupe du mien. » Et Jeff partit au théâtre rejoindre une italienne, dont la langue et le décor étaient plus vivants que morts…

Quant aux chats, ils dorment sur le dos de Noélie, dans une plaine d’Ukraine où la cuisine nourrit encore ses habitants (ne les oublions pas)

24 06 2022

AK

(texte brut…)

Traumatisme

Traumatisé, voilà ce que je suis. A l’âge de neuf ans, j’ai dû m’enfuir, poursuivi par des esquimaux glacés, d’un cinéma de village. C’était mon premier film au cinéma : « les canons de Navarrone ». J’avais en poche un franc pour payer l’entrée et en resquillant m’offrir une glace à l’entracte. Mon père, qui était militaire de carrière, m’avait donné quitus pour aller voir ce film.

Quand j’ai enfin franchi la barre des dix ans d’existence, le cinéma présentait « la guerre des boutons » d’Yves Robert. Interdiction du père d’aller voir ce film, Peut-être faisait-il la différence entre canons et guerre ? En fait, le film était sorti en 1962, mais dans la salle obscure du bled n’était arrivé que trois ans plus tard. Personne ne se plaignait, il y avait un cinéma, d’environ deux cents places [de mémoire), une glacière où logeaient les fameux esquimaux et une corbeille en rotin remplie de bonbons de chez la mère Philomène, qui avait la réputation d’y laisser sa goutte au nez chronique quand elle nous servait ses friandises, ce qui alimentait, au-delà des bonbons, nos conversations entre gosses. Selon son état de faiblesse et les médications qu’elle prenait, nous goûtions la menthe, l’arnica, la giroflée, le papier d’Arménie (son parfum fumigatoire), la violette de Toulouse et le nègre de Banania d’Antoine Blondin (dans les fruits du Congo).

Le temps bien sûr a passé. Les esquimaux ont fondu et l’ouvreuse de l’entr’acte s’est retrouvée à faire des ménages chez le maire et le curé, le pharmacien et le docteur, et aussi chez ma grande sœur qui avait fait fortune en piquant les fesses des veufs sans enfant. « Fram, l’ours polaire », qui fut mon premier livre d’enfant, sans trop d’images influentes sur le récit, est parti lui aussi sur la banquise climatique.

Je suis traumatisé, je l’ai dit. Devenu adulte, j’ai aimé une femme plus que d’autres rencontrées au travers de mes explorations sur la banquise des nuits blanches. Je voulais inconsciemment retrouver Fram, mon petit nounours fétiche, mais c’est Martha qui s’est imposée. Durant quelques années, le réchauffement climatique s’est accentué dans notre relation et nos rapports ensuite sont entrés dans l’ère glaciaire. Jusqu’à ce jour où Martha s’est évanouïe. Évanouïe dans la nature, deux valises en mains. Je l’ai vue monter dans ce taxi qui emmène les gens sur les chemins du non-retour. J’étais donc seul, effondré dans le fauteuil, Caruso et Farinelli, mes deux chats favoris, sur les genoux, qui ronronnaient.

C’est la raison pour laquelle je déteste les chats, et si j’en ai aujourd’hui dix autour de moi c’est que je considère qu’il vaut mieux être entouré d’ennemis plutôt que d’amis, car les amis trahissent quand la haine ne change jamais de trajectoire.

Pour combler ma solitude désormais maladive, j’achète une vingtaine de livres par an, mais essentiellement de la littérature anglaise. Je les dévore, suis devenu boulimique et ai pris dix kilos, soit trente depuis trois ans. Nous puisons notre force de nos imperfections. J’ai pensé à en parler à Vladimir, mais ma sieste a été trop longue. Je crois qu’il pleuvait déjà des bombes quand je me suis assoupi. Où donc ai-je mis mon imperméable et mon parapluie nucléaire ?J’ai du mal à ouvrir les yeux,mes paupières sont bétonnées et le ciel encore tout noir d’ombres toxiques. Ouate noire, combats incessants. Je sens des doigts qui me caressent. Sans doute les baleines de mon parapluie transpercé d’actualités…traumatisantes.

« La guerre, mon fils, c’est pas du cinéma. » disait mon père.

(sur des bribes, bouts de phrases de septembre 2014)

AK

22 06 2022

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