Lisbonne (textes parus ailleurs) + Souchon, belle chanson

 

Les dinosaures ont des prénoms qui stimulent l’atome. Crochu?

 (texte paru dans Alternatives Pyrénées.com)
3 Notes

Près de la rampe du  largo de san Domingos, tu sais, sur la gauche de la place du Rossio, quand tu viens du Chiado, à Lisbonne, près de cette église (sao Domingos), brave et ancienne, tu trouveras les cohortes de peuples vendus à tous les vents, soumis à toutes les tragédies, tu trouveras les Casimir qui vivent dans la misère la plus noire, et toi, tu prendras le tram 28 pour aller au château saint Georges, qui domine l’Alfama et monteras lentement les rues sales de la Mouraïa, sans bouger un pied.

Tu grimperas les champs ardus de la misère , quelques verres de ginginhia dans le gosier, avalés sur le largo sao D., un chapeau neuf sur le crâne, acheté par plaisir chez un vrai chapelier jouxtant la buvette, disant à ta compagne : « cette ville est magique ». Plus tard, tu y retourneras, une autre femme à ton bras, et la beauté de Lisbonne que vivra ton baiser répétera les mêmes mots : « cette ville est magique ». Et ton ami Casimir, devenu méconnaissable, aura vécu entre temps mille morts qui feront que ce qu’il pouvait, avec gentillesse et esprit de partage ancestral, jadis t’offrir et te donner, sera devenu sa guerre et sa survie ; car on n’offre pas sa misère, on la vend.

Tu regarderas Lisbonne s’offrir sous la lumière du matin, depuis le château, du soir depuis le Barrio Alto. Lui,  ton ami Casimir, enrôlé à quinze ans dans la guerre d’Angola, du Mozambique, des colonies portugaises initiées par Vasco de Gama jadis, encore enfant, dans ces guerres innommables de feu et de sang coulant à flots comme un bateau ivre calfeutrant ses cambuses en trafiquant l’or noir, Casimir dans la rua Augusta, qui mène les touristes vers la place du Commerce (place où jadis les « premiers » enfants des rues réglaient l’ordonnancement des places de parking, place sans charme aucun alors, et qui est devenue piétonne depuis), Casimir dans la rua Augusta a appris.

Les guerres lui ont enseigné le geste, exact, qui consiste à saisir avec une tendresse inouïe le poignet de ta femme, Casimir a appris,  par la faim qui a fait de sa vie un unique chemin, un sentier, une sente, jamais une déroute, à parler plusieurs langues, à raconter, loin des ignominies de son vécu, la chance que tu auras avec ce bracelet de cuir autour de ton poignet. Et il est vrai que tu as de la chance, toi, avec tes escudos européens, une chance inouïe de te planter là, sur l’esplanade Sao Pedro de Alcantara, à regarder le soir coucher ses couleurs sur ta vie lisboète.

Rue du XIV juillet, Pau, la population portugaise semble, visuellement, en forte baisse. Mais beaucoup de ces gens, qui ont sensiblement mon âge, et réciproquement, ont vécu les dernières guerres coloniales et la dictature de Salazar, nombre d’entre eux partaient au combat durant deux ans je crois, à l’image de « notre » guerre d’Algérie. Les nouvelles générations, troisièmes pour la plupart, ne retourneront pas au pays. C’est mon avis. Leur avenir est ici. Casimir d’ailleurs va racheter l’épicerie, se spécialiser dans la gibelotte de lapin et la bouteille de rosé à deux euros ( ce qui est assez cher, à l’automne, pour les champignons de Paris, frais émergés des pâturages où paissent nos divines laitières). Casimir est un ami, et carnaval est son habit. Nous verrons bien.

Mais ce n’est rien.

AK Pô

14 06 2013

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