La désabusion.

Nino Ferrer, avant de se suicider dans un champ de blé, avait inventé ce néologisme. Tout est résumé dans ce mot. Désormais, pour que la mort soit amusante, ou du moins caressante, Chinou a écrit un texte. Que pouvait-il faire d’autre?

Depuis que je marche dans les décombres, le jour m’indifférencie. Alors, je m’attache à la nuit. Elle est longue. J’ai éblouï mes yeux avec de l’encre noire, comme s’ils n’attendaient de moi qu’un précipice dans lequel tomberait ma raison, mon envie de plonger une exhubérante vitalité dans le vide restreint de l’espace létal.

C’était un genre de nuit dont on ne voudrait plus se réveiller au matin. Pourtant, j’ai marché. Le matin est venu, il glissait sur mes jambes ses bas de souffrances et d’ennuis. Je vivais l’après. J’étais un fantôme cherchant l’âme d’un homme en qui me réfugier. Il n’y en avait pas. Alors, j’ai regardé l’ombre, qui peu à peu entourait la forêt dans laquelle je m’étais caché, avec la fantaisie d’une femme qui, peut-être, s’y serait cachée aussi. Un tableau. Mais point. J’étais planqué dans la peau d’un homme. Au mileu du bois une clairière s’est ouverte, comme un rire spontané au milieu de la mitraille. J’ai souri, l’herbe était rase. Des troupeaux venaient de la brouter, sans doute. Et puis, j’ai aperçu cette petite maison. L’ombre s’est rétrécie, jusqu ‘à ne devenir qu’une petite boule noire à mes pieds : c’était un jeune chat. Il était midi. Il se frotta sur mon pantalon. Avec l’aisance d’une femme amoureuse. J’aurais du pleurer qu’un chat noir ait avalé mon ombre, mais ses yeux étaient si beaux que j’en ai ri.

J’ignorais jusque là qu’une ombre me chemine jusqu’à en devenir moi-même instinctif, animal. Une déception ne suffisait pas, il fallait un drame, une tragédie. Il fallait des mots pour raconter l’indicible et des cibles pour justifier le malheur, et je n’en avais pas. Juste l’ombre et ce chat noir qui frottait mes vêtements avec l’ardeur saltimbanque des colosses d’argile, qui impressionnent, que l’on respecte, et qui, aux premières pluies disparaissent dans l’anonymat. Dans l’absence.Ces feux de saint Elme que l’on voit dans les cimetières pour peu que l’on s’y rende, la nuit. Tout comme je marche dans les décombres, un chat noir scotché à mes mollets, qui me guide et par de petits miaulements me dit que ma raison pourrait verser dans le précipice. De fait, avec prudence, nous évoluons dans des chemins plus creux qu’intéressants, et soudain : pris au piège.

Une guerre se déclare, qui n’a rien de drôle. Les drôles , ce sont des gosses, des petits charentais, qui font la guerre aux gones, qui pensent au creux de leurs guerres enfantines que plus tard, ils seront…et peu y parviennent. Alors, tant que ce sont des enfants, ils se disputent et se battent. J’étais de ceux-là.à Angoulême.

Mais aujourd’hui je marche dans les décombres.

Nous avons tous en nous quelque chose de Tenessee, quelque chose qui nous construit et l’autre qui , allégrement,nous détruit.

AK Pô

27 01 2018

Ptcq

 

2 commentaires sur “La désabusion.

    • Un petit chat noir jamais pourtant ne colorera une nuit sans étoiles ! raison pour laquelle les chats, la nuit, sont gris (mais on peut humainement être gris pour d’autres raisons !)

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