les 160 moutons de Bernadette Soubirous

Chinette et Chinou aiment se balader de temps en temps à Lourdes. La cité mariale fête en ce mois de février les 160 ans des apparitions de Bernadette Soubirous (elle en a eu une bonne dizaine semble-t-il). Ce n’est pas tant l’aspect religieux qui nous mène, mais bien le plaisir d’entendre parler italien, espagnol, polonais, sri lankais, philippin(?) et certainement bien d’autres langues et dialectes (il y avait très peu d’africains, c’est dommage : pas de sango, de wolof…) dont nous ne pouvions qu’écouter la musique des mots, cette musique qui ennoblit les oreilles et ravive les cœurs dans une ferveur commune, sans anicroche, multiraciale, avec ses corollaires commerciaux. (Lourdes, Fatima, Czestochowa, les trois piliers européens)

20 000 personnes étaient attendues, et quand l’on sait qu’en cette période la petite sous-préfecture (14 300 habitants en 2016) est dans le genre ville morte, il est réjouissant de croiser du monde (…du monde entier) dans les ruelles qui penchent vers la Grotte. Mais à vrai dire, il y a deux villes : la partie basse, où se situent les sanctuaires et la basilique du Rosaire, et tous les espaces dédiés (basilique souterraine, bâtiments de culte annexes , hébergements, soins aux malades et handicapés, accueils des pélerins, etc). Tous espaces confondus, cette « ville » située près du gave de Pau doit bien avoir une superficie au moins égale au tiers de la totalité de la commune, sachant que Lourdes n’a pas de banlieue (autres villages accrochés en périphérie).

Si, aux alentours des sanctuaires, on nage en pleines bondieuseries, avec ses dizaines de boutiques aux dimensions parfois identiques à de vrais supermarchés, il n’en va pas de même avec la partie haute de la ville, qui constitue le centre urbain. Malgré la présence de touristes étrangers (beaucoup d’italiens croisés), le sentiment, pour ceux qui comme nous s’y promènent régulièrement ou qui y vivent), est que le centre ville se porte mal, avec ses boutiques qui ferment les unes après les autres, phénomène certes que l’on retrouve dans la majorité des villes moyennes mais qui est ici, vue la taille de la ville et son nombre d’habitants, beaucoup plus visible. Il est vrai qu’avec ses 120 hôtels (du sans étoile aux 4****), un personnel nombreux et saisonnier métisse la ville haute de couleurs et de paroles exotiques. Certainement pas payés des mille et des cents, ils fleurissent à la terrasse de quelques cafés dès que le soleil réchauffe un peu la place des halles (soit entre trois et cinq heures de l’après-midi, le temps de la pause). S’ajoute à cette population quelques sonneurs de cloche de bois, qui iront le soir dormir au sanctuaire, s’habiller, avant de re-partir mener leur vie de misère.

La ville est dans une cuvette, que domine le château sur un éperon rocheux. Au pied du castel de petites rues descendent vers la dévotion et les marchands du Temple, puis, quand on franchit les blocs de béton, l’espace s’ouvre. Tant de gens handicapés, en chariots roulants, poussés par des bénévoles, qui trahissent la froidure du temps sous leurs couvertures imperméabilisées, qui vont en pélerinage caresser le rocher magique, la foi qui bourdonne dans leurs cœurs, et l’eau bénite servie au rythme des cierges qui brûlent…Croire ! Mais en qui, en quoi ?

Certainement pas aux lendemains que certains nous (en)chantent.

AK Pô

11 02 2018

Ptcq

4 commentaires sur “les 160 moutons de Bernadette Soubirous

  1. Philippin, oui, vous avez probablement entendu parler philippin. Les Philippines sont un des pays les plus catholiques et peuplés du monde.
    Cette drôle de langue non écrite et donc sans orthographe ayant subi l’énorme influence de l’espagnol oral, et que les Philippins parlent entre eux en le mélangeant à l’anglais international.
    Petit exemple, nos amis philippins, pour vous demander « comment vas-tu ? » disent Kamusta ka. Ce kamusta est évidemment issu de l’oral « Como esta » 🙂

    • (j’ai rectifié deux tirs de votre commentaire : subI et philiPpins…).
      Merci pour votre commentaire, qui m’en rappelle un autre : mon frère a passé deux ans (dans l’armée), du côté de Mururoa (les îles de la Société, dans le Pacifique) (il y avait encore des essais nucléaires, à l’époque) et il s’était doté d’un petit manuel (à l’usage des militaires) rouge, avec des phrases types. Je me souviens de celle-ci : « un torpilleur est entré ce matin dans le port de Papeete » (ce qui est très utile pour ouvrir un dialogue avec un autochtone). Je n’ai gardé qu’un mot de cette langue ( alphabet de 13 lettres): ava-ava : cigarette. Celle-ci, comme le manuel, sont partis en fumées depuis, moins irradiées que les essais nucléaires d’alors…

      • Alors, si vous voulez vous amuser, voici un exemple plaisant que je viens de copier dans une discussion entre miens amis philippins, à propos d’un concert donné la veille à l’université de Bucalan, ainsi annoncé, ce qui est déjà tout un programme, « La Purisima Concepcion Sta. Maria Bulacan Chorale Festival » :

        – « sana next time makasama kayo mga ate at kuya para mas power ».
        Même sans rien y comprendre, ça tient du sublime 🙂
        sinon, cela peut vouloir dire qqch du genre « espérons que la prochaine fois, avec vous, frères et sœurs, nous serons plus nombreux pour avoir plus de puissance ».

        L’expression « Kuya Jacques » me fut affectueusement attribuée, ce qui ne me ravit qu’à moitié mais signifie « grand-frère Jacques ». C’était tellement gentil et un honneur que je ne dis rien de ce que cela m’évoquait en français 😀

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