Cosas lindas del amor pasado. (première partie)

Comme Chinette et Chinou s’absentent pour plusieurs jours, ils ont décidé de vous laisser quelques pages à lire en attendant leur retour. Comme le texte est un peu long, nous l’avons taillé à la hache en deux parties. Ce fut rude, mais P(a)P(a)P(a), c’est à vous de juger !

Cosas lindas del amor pasado.

Je m’appelle Miguel, Michel ici. Ne comptez pas sur moi pour vous parler de la crise mondiale et pleine de soleils misérables, non. Je suis trop jeune, j’ai trente quatre ans. Mes parents vivent ici depuis deux générations, depuis l’arrivée de Franco au pouvoir. Ce sont les seuls, et leurs amis, qui m’appellent Miguel. Ils se sont serré la ceinture. A toutes les époques. Aujourd’hui encore. Voilà pourquoi, quand ce matin mon père est revenu avec un journal régional et ses magazines, je me suis étonné. Etait-il atteint d’amnésie? A soixante dix ans mes parents ont perdu une bonne partie de leurs capacités physiques et morales, plus que mentales. Alors mon père a dit : tiens, chico, lis-nous les magazines, les nouvelles on les connaît par la télé. Et il m’a fourgué un des deux magazines en papier glacé dont je ne citerai pas le nom pour n’avoir point de procès.

Sur la page de couv’, comme on dit, sautillait allégrement une jeune femme aux critères standards, heureuse de bondir en faisant se déclencher les flashes de l’optimisme ambiant. Ma mère était plus ronde, à âge comparable, mais d’une autre châleur introspective. Je lus les gros titres à mon père, que je ne citerai pas, pour les mêmes raisons édictées ci-dessus. Une pub au verso, pleine page, reflétait le sommaire, indigent, des produits et gens qui font l’élégance des revues éducatives et rigolotes destinées au vulgus pecus. Puis une plaidoirie pour dessineux, puis une pub pleine page, que j’annonçais à ma mère en simplifiant : une PPP. Ma mère avait depuis tout temps la peau douce et était la crème des mères, lui expliquai-je sans réellement mentir.

Ensuite, quelques gadgets dont le moindre individu normal se moque éperdument, mais qui rapportent à ceux qui les scotchent sur feuillet un peu moins glacé, un papier révélateur sans trop de bain photogénique. Au verso, interview d’une starlette qui passionne les futures starlettes mises en état d’alerte après avoir lu le pensum. Un carnet intime intégré à l’article, que je passe à l’as, ma mère est très jalouse et a l’oreille fine. L’heure n’est pas aux disputes. Il va être midi, c’est dimanche un peu partout, par ici. Suivent les nouvelles de tous ces artistes qui font la Une de toutes les télés, de tous les films dont la majorité des chaînes sont les productrices, des expos dont on sait qu’elles sont inaccessibles pour la majorité des pingouins qui n’ont pas deux cents euros minima pour se payer un aller retour à Paname, y loger, ces ploucs qui pourront dire ah oui, Cézanne, Picasso, Matisse, au grand Palais, oui, je sais, mais je préfère Rembrandt, histoire d’avaliser leurs manques de moyens et leur éloignement des monts Parnasse culturels. Déroulé sur cinq pages, je cite à mon père d’autres auteurs de théâtre, de littérature, de musiciens, un peu pour éveiller son attention, pour lui rappeler une culture disparue qui sied mieux à ses oreilles. Mais là, à la lecture de ces pages, c’est la mienne qui s’absente.

PPP.

Double page beauté, double page mode, direction les starlettes qui écrivent leur carnet intime comme on biffe une grille de loto. T’as un joli petit cul, toi. Ensuite, la mode pour les mouflets, toujours porteuse pour les mères ( deux doubles pages), ils sont mignons, blondinets ou légèrement roux, blancs cette semaine, on rentre de vacances, la semaine prochaine ils seront bronzés, multicolores, fédérateurs. On verra même quelques pleurs de gosses retournant à l’école, avec une bonne grosse question genre faut-il accompagner nos enfants à l’école, c’est porteur, coco, avec un psycho machin pour nous faire le tour du problème, tiens justement un bouquin sort du même, qui traite du sujet.

Miguel, tourne la page, dit mon père, tu n’as pas à me dire tout haut ce qui n’est pas dans ce canard. Sinon, où irait le monde, hijo de mi corazon!

Je lui décris donc la jeune femme, photo en pied, et lui récite l’article attenant, qui parle des starlettes qui ont un joli cul et dont les producteurs sont pressés de faire la connaissance, quitte à leur fourguer plus tard quelques échantillons de la mode enfantine, sait-on jamais. Une page beauté pour étayer la réussite de la rencontre, puis:

PPP.

A suivre

(AK 28 08 2011)

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