Fatal beauty (le flash du r…)

La plénitude est le premier chemin qui s’offre à la douleur. Ensuite, vient la beauté du monde. Enfin, la viduité de la laideur étendue en paysage factice.

Pour lutter contre la mortalité sur les routes, il fut mis en pratique tout un arsenal répressif qui, pour des raisons dissuasives, eut pour conséquence que les escargots sortent plus que jamais de leurs jardins. Les papillons arrivèrent par la Poste, et les hérissons, chats, chiens, blaireaux putois et martres, (liste non exhaustive) furent considérées comme persona non grata dans les contrats de convention obsèques. Moyen très rentable de remplir les caisses de l’Etat, les radars proliférèrent, invitant ceux qui jusqu’alors en avaient fait leur modus vivendi à envisager d’autres moyens de transport, ou à rester chez eux, à regarder le Grand Prix de Pau sur une chaîne câblée de télévision.

Pour les amateurs de grandes épopées, un DVD de Nationale 7, avec bande son originale de Charles Trenet, s’imposait. Les historiens pourraient y vérifier que les poulets et les perdreaux avaient, depuis ces temps glorieux, changé de camp et remplumaient leur vengeance d’antan avec pas mal de blé. Mieux valait aller au radada que se faire flasher par un radar, celà coûtait moins cher.

Heureusement, tout ça, c’est le Passé.

Non pas qu’il n’y ait plus de pétrole, mais bien que quasiment plus personne n’a les moyens de remplir son réservoir sans se priver du kilo et demi de pâtes qui le nourrit une semaine durant. C’est un choix de société. Soit vous roulez, et alors pour survivre, vous volez, soit vous mangez, et pour vous déplacer, vous syphonnez. Dans les deux cas, une vie de fou, avec ou sans volant. Le sentiment affligeant que saint Christophe vous a laissé tomber vous fait alors tourner votre regard vers 2011, (année de la Chimie, et, pourquoi pas, de la Physique). Vous avez connu Timothy Leary dans les années soixante, voici monsieur Takano, chercheur en physique à l’institut national des sciences des matériaux de Tsukuba (Japon).

Alors qu’il préparait des mihon (*) dans une arrière vitrine de Tokyo, il découvrit que les boissons alcoolisées conféraient, sous certaines conditions, des propriétés extraordinaires à des matériaux tout à fait ordinaires. Notamment au niveau de la supraconductivité. Si, par exemple, on pouvait fabriquer des câbles électriques aériens grâce à des matériaux supraconducteurs, il n’y aurait quasiment pas de perte d’énergie durant le transport. De même, les supraconducteurs repoussent les champs magnétiques, ce qui veut dire qu’ils peuvent faire léviter n’importe quel matériel un tant soit peu magnétisé, y compris des trains. (source: article Courrier International n°1058). Inutile ici, pour un béotien, de s’aventurer plus avant dans les explications…

A quoi bon, dès lors, batailler pour une quelconque LGV à roulettes, quand les japonais et les chinois utilisent déjà le Maglev (Magnetic Levitation), train capable de rouler de 600 à 1200 kmh -mais des études s’orientent vers des possibilités à 3500 kmh, voire 20 000, pour ceux qui veulent aller dire bonjour aux cousins martiens dans la journée-. Toujours sur le principe de la sustentation électro-magnétique. Une technologie dont les chinois disent qu’elle sera efficiente dans dix ans. Mais les moyens de mise en oeuvre seront-ils possibles dans nos petites contrées? (coût de la construction, entretien, etc). Les Etats Unis et la Suisse poursuivent les études, l’Allemagne (le Transrapid) les a abandonnées et la France (l’Aérotrain) perdues de vue. Mieux vaut marcher aux radars, semble-t-il.

Pour les plus terre-à-terre d’entre nous, il faut admettre que le professeur Takano a surtout découvert les bienfaits du vin rouge (présence abondante de molécules antioxydantes). Mais l’histoire ne dit pas s’il devait prendre ensuite la route. Aucun papillon officiel ne s’est scotché sur son fuselage en plexiglas, ont déclaré les autorités compétentes de Tsukuba.

Bref, si vous désirez vous déplacer gratos, allez vous faire magnétiser. Les séances sont un peu chères et les résultats non garantis. Mais il faut croire au progrès, quand survient la panne d’essence sur le bord de la route et que personne ne s’arrête pour vous emmener jusqu’au prochain garage.

La semaine prochaine, nous évoquerons un autre moyen de transport (qui carbure sans gas-oil): le transport amoureux.

 AK Pô

23 02 11

(*) mihon: représentation très réaliste, en cire ou en résine, des plats servis dans les restaurants, au Japon. (Comme la plupart des occidentaux, je me suis fait piéger, il y a quarante ans…)

article du jour sur le sujet:

Sud Ouest du 24 05 2018

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