L’ambidextrie, don ou calamité ?

Pour les gens simples d’esprit tels que moi, il existe une certaine magie à croiser, au hasard d’une rencontre, des êtres qui se révèlent parfaitement ambidextres. L’étonnement qu’ils me procurent va de la poignée de main que l’on hésite à tendre de crainte de se fourvoyer à cette curieuse manière de coiffer leurs cheveux, la raie au milieu. Un monde merveilleux, car différent, s’offre alors à ceux et celles qui manipulent en permanence les accessoires quotidiens toujours avec la même main, le même bras, et qui, au cas où cette main maîtresse viendrait à être défaillante, s’en plaignent longuement en attendant la guérison, l’arrivée du docteur et parfois de l’archiprêtre, quand il passe ses vacances par là. Parfois un pape, de retour de visite à Lampedusa, bénit la masse défavorisée d’un signe de croix que dessine son bras gauche dans l’air compatissant et lourd. Un geste aux pestiférés, sans doute, les gauchers ayant pour réputation d’être natifs de Pandémonium, la célèbre cité des Enfers, où les travailleurs battent le faire en se croisant les bras, dit-on au Paradis, situé quelques étages au-dessus de cette belle contrée qu’est le Nowhere, le pays où le soleil caresse mais ne calcine pas.

Mais revenons aux ambidextres, tant qu’un exemple fameux chatouille mes paumes et mes plantes : Cédric Villani. Cet homme, que j’admire par ailleurs, et que j’admirerais encore plus si je comprenais la mécanique quantique du dérailleur Shimano ( à ce propos, merci à vous, monsieur Cimino de Palerme, de m’offrir un vélo neuf car vous avez réduit en poudre le mien lors de mes vacances dans l’Aspromonte -et merci de l’avoir fait, j’étais alors incapable de grimper la moindre colline -). Cédric Villani est le stéréotype de l’ambidextre : la chevelure également répartie de part et d’autre de sa raie avec élégance et classe, pas un tube capillaire de plus d’un côté ou de l’autre, la trace régulière des dents du peigne menée par la main droite ne se différenciant en rien de celle menée par la gauche, qui de plus ne néglige pas l’ombre d’un poil, ni la longueur millimétrique du fin poil qui s’étend jusqu’à la baie de Rio, il enseigne la magie des mathématiques aux enfants fourbus, tout comme le physicien Yves Klein s »amuse des adultes, des chats et des moutons (…) sur France Culture. Il surveille les doigts dressés dans la classe, compare, analyse, synthétise et, au final repère l’enfant planqué près de la fenêtre, ce petit garnement qui regarde le soleil allumer sur le pré vert son désir d’évasion loin de Belle Ile en mer, (où pourtant bien des enfants aimeraient aller), au lieu de suivre le cours traitant de la stratégie du noeud de cravate formulé par une seule bande de tissu entortillée en anneau de Moebius, de la soie, plus douce et plus maniable que le chanvre et l’indien réunis, noeud qui dissimule deux bouts dissemblables, mais étonnamment conformes à la vision surréaliste de deux bras jetés autour d’un cou.

Cependant, l’ambidextre ne sait comment se positionner, tant au niveau du noeud de cravate qu’à celui de sa pensée dualiste, ou duelliste ou duettiste. Son bras gauche est jaurésien quand le droit se veut pompidolien. Quand d’une main il tient le pain, de l’autre il mange la soupe. Ce qui induit de profondes disputes internes, des colères et, parfois, des renoncements. Le téléphone sonne-t-il ? il regarde le numéro s’afficher sur l’écran et, selon les quatre premiers numéros qui s’affichent, décroche, ou pas. L’ambidextre décroche généralement quand il ignore la raison des appels, mais en authentifie la provenance régionale. Et la grande majorité de ces appels ne posent que cette question inutilement répétitive : « quand pensez-vous nous rendre visite  ? nous avons du pain frais à la maison et un peu de jambon que les mouches dégustent avec de la confiture de coings. ». Question posée en général par les gens simples d’esprit, qui, comme nous, (car il faut bien passer du moi au nous quand on s’embarque dans une telle galère sur l’ambidextrie), ne savent plus où se situe la droite de la gauche et ont pourtant un sacré besoin de se secouer les puces, surtout quand ils gravissent les cols alpins, pyrénéens ou ceux enclins à y disposer de fantasques cravates pour dérouter, mathématiquement, toute logique sur le parcours en lacets reliant deux ou trois cols assez collet-montés pour les amateurs de nœuds papillons.

Pour les gens simples d’esprit tels que vous, car bien entendu je m’exclus de ce discours, préférant aller jouer du piano à quatre mains (deux gauches et deux adroites, réparties chaotiquement sur les dièses et les bémols) sur les genoux à l’ombre d’un accordeur aveugle, défaire mes bretelles pour m’offrir à l’accordéon d’une femme souple et pleine de souffle, bref je laisse tomber cette affaire qui ne remplira ni ma poche gauche, ni ma poche droite, mais je le regrette, c’était bien parti, sans compter mes pieds qui maintenant ne savent plus où danser, entre le clavier et le pianola, et Cédric Villani qui va bien se ficher de moi, si un jour il lit ce texte, ce que je ne lui souhaite pas. Ni à vous. Mais pour vous, c’est trop tard  !

AK Pô

09 07 13

EsP

Sur Cedric Villani, entré en politique il y a environ un an.(2017)

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