Poèmes en prose de Guinguelone (+interview) à Tizi Ouzou

Je n’attendais de moi qu’une main féminine

Pourtant ce sont deux poings qui s’ouvrent

Il faut des souvenirs pour ouvrir sa chemise

Des chemins de vie pour se vêtir de nus

Des sentiers d’inouï où les traces de nuit

M’ont apprises à rêver qu’enfin le paradis

N’avait de sens comme autant de maudits

Taisaient leurs cœurs dans l’enfer des ventres

Le silence s’est endormi l’argent des paroles

Traîne à grands bruits ses casseroles

La nuit s’endort dans des rêves imparfaits

Quand règne aux palais les dentiers corrompus.

______________________________________________

Tu me diras je t’aime comme un romain ses ruines

Et ton amant rira, comme l’enfant qu’il est

Devant ce qu’il croyait et qui voit ce qui est

Il fera beau à Rome, ce qui est coutumier,

Le fascisme enverra son peuple aux cimetières

A la messe on dira des versets pour les morts,

Dehors on masquera les récits de l’Histoire,

Chacun surveillera le mot de trop de l’autre,

Toutes les stratégies changeront pour, à nouveau,

Vaincre l’ignominie.




J’ouvrais toujours des portes qui me claquaient au nez

A coups de poings j’ai gagné ma place sur les quais.

Tu ne sais pas ce que c’est de marcher

Quand démarrent les trains et fument les bateaux ;

Tu ne sens que le parfum des femmes et la sueur des hommes,

Tu reconnais les pauvres, l’artifice des riches

Mais moi j’ouvrais toujours des portes insensées

Aux enfants aux vieillards aux veuves , à coups de poing fermés,

Je m ‘en souviens encore, quand mes yeux balayaient

L’aveuglement des foules, l’horizon des vitesses,

L’étranglement sordide d’un penne dans la serrure

Dont j’avais en main la clef mais ne s’ouvrait jamais,

C’est en tendant ma main que s’est la porte ouverte,

Sans rien demander, le train a démarré, le bateau

Quitté le quai, m’emmenant dans ses vagues insensées

Dans le parfum des femmes et la sueur des hommes.


Je croyais, bien à tort, être un enfant des ruts,

Livré aux bons vouloirs d’immeubles érectiles

Engendré par le foisonnement de cuisses commerciales,

Un enfant qui en valait un autre, réduction comprise,

Un ange dont les bras tendent le bleu des cartes

Sans pour autant voler d’un coup d’aile le fonds de caisse

Un misérable en fait qui serait né entre l’oubli et le besoin

Un de ces êtres qui ont troué leurs poches

A trop y laisser s’y réchauffer leurs mains

Et en toute saison, caresser la paresse

Quand elle se pare de magnifiques fesses,

Aussi souvent que dans le piaulement des bébés

On comprend mieux la différence,

Enfants des ruts, enfants des rues,

La vie s’incline et se morfond, un seul morpion :

L’indifférence.


Interview d’un écrivain (aujourd’hui Wilfrid Guinguelone) :

-ça fait longtemps que vous écrivez ?

-depuis ma plus tendre enfance.

-c’est-à-dire ?

-dès mon premier biberon.

-étonnant !

-certes, mais très vite, car mes parents semblaient rétifs à mes écrits, ou du moins ne savaient pas tout à fait les décrypter, je n’ai conservé que les virgules. J’en ai encore quelques réminiscences, bien que cela soit très ancien.

-qu’est-il advenu par la suite ?

-eh bien, adolescent, quelques jeunes filles ont changé ma vision de la littérature. J’ai pratiqué les ombres blanches, ce qui fut enrichissant pour mon style d’écriture, dont mon œuvre actuelle en porte encore la trace. Sinon, je ne serais pas là pour en discuter avec vous.

-effectivement, et je vous en remercie.

-c’est moi.

-qu’est-il advenu par la suite ?

-vous venez de me poser la question, mais je vais vous répondre, car je suis là pour ça. Voyez-vous, j’ai beaucoup voyagé depuis qu’écrire est devenu ma passion. J’ai visité le palais du facteur Cheval, lu l’œuvre de Jacques Vaché, celle de Thoreau, me suis enivré de sucs dans la tisane de l’abbé Soury, bref j’ai parcouru tous les parfums du monde pour mieux exploiter le mien.

-en relisant vos divers romans, tels l’âne qui battait sa femme, ou l’ogresse qui a connu Jésus, il apparaît comme une contradiction dans la plupart de vos récits. Les uns sont pigmentés d’anecdotes, mis en valeur par une ponctuation donnant une certaine intensité à vos récits, et a contrario vos textes parus ailleurs incitent le lecteur à l’art vraiment extraordinaire du contrepet. Est-ce le reflet de votre jeunesse ?

-cher monsieur, c’est tout l’art du littérateur. Tout comme l’est l’art du politique, tenez, si je vous disais : « quand Trump pète, Jéricho tremble. » Cette remarque n’amuserait personne. Rajoutez une virgule, hors dialogue, et référez-vous à une partition musicale, fin d’une phrase ou d’une partie. Cela peut sembler être un humour du troisième degré, c’est vrai.

-cependant, maintenant que vos vieux jours dorment dans votre lit, quel message laisseriez-vous aux jeunes talents qui ne veulent (absolument) pas mener votre carrière ?

-c’est facile : qu’ils se la pètent, et ils verront plus tard sur leur lit de mort ce qu’ils auront laissé comme traces sur leur passage terrestre. Mais qu’ils s’essuient les pieds avant de se coucher.

-je vous remercie, cher monsieur Guinguelone.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :