un balayeur distrait m’a réduit en poussière

Le temps court sur le fil à linge de l’étendoir et nous, suspendus dans nos vêtements propres, comme des marionnettes laissons le vent nous faire danser. Heureux d’être caressés dans le sens du poil, nous parfumons l’espace en virevoltant ; cependant le soleil se voile. Qui éteindra la lumière des siècles ? Un de ces faux-culs qui firent naître des croyances obscures, ou ces papes juchés en haut de leurs buildings, qui font fi de cette misère dont ils tirent profit ? Le pouvoir est l’ultime puissance des hommes qui veulent renverser des dieux illusoires.

Tu m’attendais au pied de l’escalier, j’arrive par le ciel : un balayeur distrait m’a réduit en poussière. Sur le fil à linge quelques mains inconnues ont noué des cordes un peu bizarres, qui glissent, semblables à des lacets dans les œillets de chaussures, taille indéterminée, champ de bataille minée. L’ombre se disséminera à la nuit tombée, des salamandres viendront au pied de l’étendoir récupérer le sperme des pendus et l’étendard des marionnettes qui, encore cette nuit, danseront sous la lune d’opale. Ce sera la dernière nuit des hommes libres, mais les nains de jardin viendront sauver les plus humbles victimes, eux qui vivent dans l’ombre savent comment survivre. Les chats, les hérissons, les crapauds, sont leurs amis. Les nôtres.

Mais nous, accrochés à nos illusions, l’ignorons. Voilà pourquoi nous sommes dans une telle situation, ridicules épouvantails suspendus au-dessus des cours de la Bourse, des spéculations et des discours haineux, nous naviguons sur le fil de fer qui se barbelise, le temps funambulant sans que rien ne nous arrête : le vent caresse nos peurs, nos craintes de chuter, chut ! N’en dites rien à mes voisins, ce sont peut-être eux qui ont lancé la nouvelle, vous savez, ce crime contre l’Humanité qui interdit de vivre sous peine d’en mourir. Silence, monsieur, des labos nous feront un jour une peau blanche pour tous, et nous attendons les avancées de la science scientologique, évangélique, multi-usurpatrice, en nous cloisonnant chez nous, en évitant de rire jaune, de paraître en contre-jour sur les cloisons en plâtre de nos maisons.

Les temps sont difficiles, mais celui qui court sur le fil de l’étendoir, oh, lui, c’est autre chose : il veut croire. Il veut croire qu’un jour reviendra où tous ces vêtements chamarrés de marionnettes redeviendront les habits d’êtres humains.

AK

01 11 2018

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