Elle,(Maria Callas), en rouge et noir

A la croisée des chemins de la mémoire et du souvenir, oubliée par les bureaucrates, aimée par les chemineaux, chantée par les oiseaux, vilipendée par les dictateurs, étrangère parlant tous les dialectes, c’est elle…

Elle, c’est autre chose. Quand elle vous regarde, vous êtes ses pupilles, quand elle marche au soleil, son ombre. Seule la nuit vous trouve en une même teinte, noire rehaussée de rouge passion, telle une robe de la Callas qu’aurait peinte Rembrandt. Jamais pourtant vous ne la vîtes ainsi, cette petite femme aux formes arrondies, que l’eau des gaves a laissée fraîche et vive. C’est normal. Le quotidien efface la réalité des choses, des êtres, tant il est difficile de pratiquer l’art du routinier sans se sentir soi-même une âme de vieux routier. Quels enchantements peut-on attendre des rossignols d’un caroubier quand le contrepet fait sourire la comtesse? Pourquoi met-on les quinquagénaires en quarantaine sur le marché du travail, sinon pour les enferrer, comme de gros animaux domestiques, aux travails.

Elle, c’est autre chose. Quand elle vous écoute, tous les mots surgis de vos lèvres sont des baisers, des cordages servant à orienter les voiles du désir vers sa peau iodée. L’impatience bégaye et vos mains s’agitent, la goélette de votre esprit gîte sous couvert de paroles, la faim vous dévore, tel le grand loup noir face au petit chaperon rouge. Mais que peut-on attendre des contes racontés aux enfants, quand les grands-mères oublient l’almanach Vermot sur leur table de chevet? Que deviennent le pot de miel et la galette, les courses folles en forêt noire, les cerises sur les gâteaux, quand le quotidien efface la tragédie des gestes, des pensées, que s’amoncellent les noirs nuages du chômage qui rougissent le blanc des yeux?

Elle, c’est autre chose. Quand elle prend votre main, tout votre corps transite, quand elle prend votre cœur le sang des pierres roule en légers clapotis, le vent vous parle, l’herbe respire et l’ensemble parfume votre vie si subtilement qu’un renard convierait une rose à éclore, une plume à écrire. Vous n’aviez rien demandé à la vie, la vie vous rend ce rien, composé de mille petits morceaux divins, comme une robe de la Callas qu’aurait peinte Rembrandt, noire rehaussée de rouge passion. Comme un roman de Stendhal.

Elle, elle n’est pourtant pas autre chose que tout cela. Etant partout autant que nulle part, posant sur votre bouche un sourire, dans vos yeux une lumière, c’est un frisson qui vous dénude et vous réchauffe, une larme que votre doigt répand en voluptés fécondes, un instant qui fusionne la tristesse et la joie, un éternel retour à la réalité des choses, des êtres, un art du routinier effaçant le quotidien, son absence de sens. Elle est la décence du temps qui passe, la passionata des jours, l’immédiateté des instants, le combat permanent: c’est tout simplement la Poésie.

AK Pô

15 08 09

(article dédié à… un Passant)

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