comment les couples profitent des dimanches, pendant que le bon dieu roupille

Quand les nuages plafonnent à hauteur des solives de votre logis, pressurant les vitres, menaçants et lourds d’humidité, comment ne pas désirer dire à la femme qui dort à vos côtés qu’on l’aime, et remonter la couverture jusque sous son menton, en laissant à peine une lande  pileuse accessible, une nuque où poser un baiser chaud comme une grasse matinée dominicale?

Oui, restons là, dans ce pays qui n’existe pas et n’appartient qu’à nous. Attendons sans impatience qu’entre les nuages se dessine une éclaircie, et pendant ce temps, jouons. Inventons mille jeux, toi et moi, jeux de mains, de lendemains, jeux de marins, de passerelles, jeux de passeurs de murailles, de contrebandiers, jeux de flibustiers à la peau boucanée, mousquetons et abordages, jouons à l’épée, aux preux chevaliers, au réveil des princesses prisonnières, blotties dans des lits à baldaquin, à la chasse aux lapins, aux rois faquins, jouons au plus malin, au plus coquin, à qui perd gagne et au petit bonheur la chance, tu veux?

Je préfère, dit-elle, jouer à d’autres jeux: au lit délices, au cédez-à-pépé, à ailes je vais (les chercher dans le bordelais), aux Grands pris et petits gris, aux châtaignes et vin bourret, à la langue de bois des chats perchés, aux communes hautaines et agglutinations, au tir à la corde  raide et misère vache, aux halles caponnes…

Je ne connais aucun de ces jeux, ma Beauté fellinienne. Sans doute y joue-t-on dans les tea-parties, si à la mode aux extrémités politiciennes, cet an-ci. Moi, je ne te propose que des jeux de petit comité, doux comme des quartiers de lune ou de mandarine. Ne deviendrais-tu pas un peu snob, ma Jolie?

Mon mignon, tu t’égares, et si ça continue, on va jouer au chef de gare. D’ailleurs, je sens monter en moi les premières vapeurs, locales et émotives, vite, chéri, ouvre un peu les fenêtres, j’étouffe parmi ces locos motivés amarillos un peu trop bourricots!

Pas question, il pleut et les nuages sont au plus bas dans les sondages. Si tu veux, j’allume la radio. Ou je fais le bonobo. Ou je te relis l’os de Dyonisos de Christian Laborde pour faire hurler les voisins du dessous. Ou je fais la bête à bon dieu, celle qui a bon dos puisque tu ne veux pas jouer à la bête à deux dos, que Brassens a chantée, qui n’était à Sète pas plus ascète qu’un nain sous un pin parasol, je te le rappelle, car question culture, ma chère, tu plafonnes au plancher depuis des lustres.

Moque toi! tu ne fantasmes que sur la mobylette orange de Dyane de Montrouge, et depuis que Nino s’est ravagé le ciboulot tu n’écoutes plus que Compay Segundo et ses potes en buvant des Cuba Libre. Alors, tu peux toujours me faire la morale! Mais ne t’étonnes pas si mon baiser est celui de Tosca, mon gros Scarpia nourri au mascarpone!

Tu as raison, Chinette gourmande, je divague; mais ton refus de jouer à des jeux innocents que je rendrais coupables moralement selon toi me fait hennir. Je piaffe, je rue, je galope dans les avenues de notre petit lit comme une rivière en crue, j’écume comme un trottin au pied du mont saint Michel, ô belle archange qui m’observe de ses yeux pétillants, ô belle ange charnue qui tire les draps à soi, me laissant nu dans le frimas, tremblant, ému, brûlant de désir insatisfait.

Quel baratineur tu fais! Ils n’embauchent pas, au Comité des Beaux Parleurs?

Oh, tu sais, Chérie, le Comité des Défaites, ce n’est pas le Pérou, et pour tout l’or du monde je ne quitterais pas  tes bras qui m’embastillent.

Alors, je t’autorise à donner ce baiser, chaud comme une grasse matinée dominicale; mais va d’abord acheter des croissants. Je prépare le café.

AK Pô

31 10 10

(image illustration : Van Dongen, les artistes du cirque)

5 commentaires sur “comment les couples profitent des dimanches, pendant que le bon dieu roupille

  1. Van Dongen plus très à la mode. Un peu oublié, même et c’est dommage. Peintre mondain, lui reproche-t-on

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