C’est épatant !

L’épatant ne l’est pas tant, c’est patent.

j’ai toujours rêvé d’épater la galerie et je crois qu’aujourd’hui j’ai réussi mon coup. Comment trouvez-vous ma Maserati tout droit sortie du garage du concessionnaire? Somptueuse, magnifique, incroyable, n’est-ce pas? Je vous vois tous, là, éblouis, figés d’admiration, bouffis de jalousie! Eh oui, les amis, ce carrosse est à moi, acquis pour une bouchée de pain, que dis-je, offert par la maison!

Le concessionnaire me l’a donnée, tenez, prenez-la, ça nous débarrassera. Il m’a tendu les clefs. Il restait un peu d’essence dans le réservoir, je me suis mis au volant et suis parti. Ni plus ni moins, c’est comme ça, c’est la vie. Je l’ai conduite jusqu’à mon garage, où vous la voyez, rutilante, excessivement galbée, profilée à l’extrême, exposant sous sa vive couleur son caractère puissant, incomparable, dantesque. Ça vous épate, ça, les gars! un type comme moi, qui n’a jamais eu un radis devant lui, pas de quoi payer sa tournée au rade, toujours en carafe avec le boulot, les crédits, les allocs, et là, je me pointe avec cette merveille! Ratatinés, les gonzes!

Euuuuh! attends, Eugène! Ca fait bientôt cinq ans qu’on ne trouve plus une goutte d’essence en Europe, et que les importations de pétrole servent uniquement à alimenter en carburant les chars et la flotte de Big One Air Force, alors ton histoire de bagnole, tu vois…

J’ai toujours rêvé d’épater la galerie, et je crois qu’aujourd’hui j’ai réussi mon coup. J’ai balancé dans toutes les boîtes aux lettres de la ville une copie de l’attestation d’achat du célèbre tableau de Pablo Picasso, Pierreuse la main sur l’épaule (1901), avec en effigie, la reproduction du chef d’œuvre et, en bas de page, souligné au feutre rouge, le nom du propriétaire: moi! J’en ai profité pour repeindre les volets du pavillon et la façade côté rue (côté jardin, ce sera pour plus tard), afin d’accueillir la foule qui ne va pas manquer de se pointer pour admirer ce Picasso (qui fit l’affiche d’une grande expo au musée d’Orsay en 2007). Prix d’entrée: 5 euros. (pour les frais d’entretien du parquet). Après ce coup, ma notoriété sera telle que je pourrai aisément me présenter aux élections, je ne sais pas encore lesquelles, je devrais m’intéresser au sujet sans tarder, et être élu dans un fauteuil. La culture, c’est un bon vecteur pour esbroufer les gens, je te baratine ceci cela, je mélange les couleurs, une goutte d’huile, un coup de pinceau en poil de Montmartre, et monte là-dessus, tu verras l’Assemblée Nationale!

Euuuuh! attends, Eugène! Tu ne te serais pas fait gruger, par hasard? J’étais à Barcelone la semaine dernière, et il me semble bien qu’il était suspendu aux cimaises de la carrer Montcada. Une huile sur bois, si je me souviens bien. Il est sur quel support, le tien, plastique?…

J’ai toujours rêvé d’épater la galerie, et je crois qu’aujourd’hui j’ai réussi mon coup. Oui, les gars! Monica B. a eu le coup de foudre en me voyant en photo dans Pau Match, le magazine des Sourds Malentendants. Elle veut m’épouser. J’ai ici toutes les preuves de ce que j’affirme: Pau Match, Gala Miteux, Express People, tenez, regardez les manchettes, vous n’en croirez pas vos yeux: Monica s’éprend d’un immonde inconnu « ce qui m’a plu chez lui, c’est son air naturellement idiot » (l’Express), « ces petits bourrelets noyés dans ce corps dodu, ces jambes grassouillettes m’ont séduite » (Gala), bref que du dithyrambique à mon égard. Pour une fois que j’assiste aux délibérations du conseil municipal de Monaco, pof, un journaliste me photographie (je suis derrière Vincent C., dans l’angle, à gauche, vous voyez?), comme il y a un clash pendant le conseil, le gars envoie ses images à Pau Match, qui les publie. C’est jeudi, Monica va se faire faire un brushing chez Alex (elle passe sur Canal Plouc le soir à 19h15), tenez Monica, un peu de lecture, voulez-vous un thé, j’en ai de l’excellent, mais non, ne confondez pas tout, ce n’est pas moi qui cause, c’est le grand Alex en personne, et elle feuillette négligemment le zine, lorsqu’à la page vingt six apparaît la photo. Là, je ne sais pourquoi, j’ai frissonné (je réparais la clôture du jardin). J’ai dû penser inconsciemment m…! si jamais elle en pinçait plutôt pour Vincent C. que pour moi (ce qui est tout à fait logique, mais par essence, l’amour est illogique me dis-je pour me rassurer). Monica a pâli. Vous connaissez la suite.

Euuuuh! attends, Eugène! Nous, on veut bien te croire, après tout, c’est plausible. L’amour rend aveugle et les aveugles ont aussi des visions, surtout ceux qui regardent trop la télé. Mais on ne voit pas comment tu pourrais épouser une star alors que tu vis dans un tonneau, comme Diogène, que ton hygiène est plus que limite et que seul ton côté ithyphallique (sur le déclin cependant) puisse éventuellement séduire une femme.

Messieurs, vous êtes de gros jaloux, voilà tout!

Au fait, c’est quel indicatif, pour appeler le Paradis?

 AK Pô

12 11 10

5 commentaires sur “C’est épatant !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :