lettres à Henriette (1973-1980): 1976

Tel Aviv le 25 mars 1976

Depuis les deux mois que je me cache dans la forêt du bois de Pau, il m’a fallu beaucoup de patience et d’instinct pour subvenir à mes besoins. Bien qu’en ayant émis le désir le plus féroce, ce n’est que ce matin qu’un contrebandier m’a enfermé dans sa musette afin de me receler à un riche homme d’affaires qui m’a lui-même transporté jusqu’ici. L’histoire n’aurait rien d’extraordinaire si je n’ajoutais le fait -étrange- que tout ceci est faux. En vérité, nous sommes en Israël depuis lundi par l’avion Athènes-Tel Aviv. Nous avons trouvé du travail ici, au youth hostel (auberge de jeunesse), logé nourri payé environ dix francs par jour. Je peins et Isa cuisine. Cela nous assure la survie et la non dépense de nos minimes ressources (350 francs chacun). J’essayerai de travailler plus tard pour gagner plus d’argent du coté de Eilat (comme mercenaire -c’est faux-), afin de pouvoir soit retourner, soit continuer -je pense-. Je me refait une santé qui s’était un peu étiolée. Huit heures de travail par jour, mais assez tranquille pour le moment. Nous restons ici jusqu’au 15 avril minimum, avant d’aller vers Jérusalem ou autre. Tutti va bene. Pour écrire -je n’ai rien reçu à Athènes, à mon grand étonnement-voici mon adresse:Youth Hostel Tel Aviv Israël. Hier soir -damned-j’ai bu du whisky à mon grand plaisir -j’en rêvais-. Bon, afin de ne pas sombrer dans la banalité, je vais me coucher. See you later.

Reprise le 26/03. Encore une journée qui s’achève par un sommeil bien remontant. Je mange beaucoup. Il y a peut-être une ouverture pour faire la saison ici, jusqu’en septembre, de travailler non comme « volontaires » mais comme permanent. Nous verrons d’ici peu selon les conditions (demander 50£ par jour – 1£ israëlienne= 0,60 fr environ) entre autres. Bref avec le temps nous verrons, demain c’est le jour du sabbah (samedi), mais nous travaillons quand même. La faune d’oiseaux est assez admirable et surtout différente. C’est dingue la part que prend le travail sur l’imagination : regarde, je suis tombé de plain pied dans la banalité quotidienne. La seule chose qui me réclame, c’est le lit étroit comme le Bosphore et profond comme Lautréamont. Si je reste travailler ici pour une période donc de plusieurs mois (?), je te réécrirai pour que tu m’expédies des affaires (vin rouge et livres pornos) et quelques sous (par mandat lettre international) que je rembourserai plus tard soit-en sûre (pour une fois au moins être sûre de quelque chose!). Du courrier fait plaisir. Avez-vous des nouvelles de Pat ?

Tchao bambinis

Salutations respectables à Syl

Shalom

Youth Hostel

32 Bnei Dan

Tel Aviv

Israël

Note 2019: la livre israëlienne n’était pas convertible, comme les drachmes en Grèce, et les seuls visas que nous pouvions obtenir étaient pour le Kenya et peut-être l’Ethiopie (du fait  de la forte communauté de Falashas)

5 commentaires sur “lettres à Henriette (1973-1980): 1976

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