étendre la lascive

Comme mon petit ordi a sévèrement déconné (impossible d’activer le clavier, donc chercher la panne, bricoler, finalement réinitialiser le bidule (de : 11 à 19h). Comme tout passe désormais par internet (et les claviers, et les batteries qui ne tiennent plus la charge, les touches qui deviennent q quand on appuie sur a, etc etc), après avoir ré-installé certains programmes (sauf Picasa qui doit être mort archives zéro), j’ai découvert ce texte qui sort de je ne sais d’où, comme moi du trou qu’a creusé cette fameuse panne.

Bon, allons-y :

Qui se souvient encore de l’étrange sommeil sur les balles de foin engrangées dans l’étable, du ronflement de l’homme fatigué et de la paysanne assoupie près de lui, je ne sais. Je ne me souviens que de cet adolescent un peu demeuré et de sa cousine, une fainéante un peu coquine, ronde et comme lui arriérée. Il s’appelait Joseph et elle, si mon souvenir est bon, Nadine. Je me souviens très bien par contre du premier jour où j’arrivai à la ferme avec mes deux valises, l’une remplie de linge, l’autre de livres et de cahiers. Il faisait beau, ce qui était rare dans ce pays venteux aux collines roides souvent plus sombres qu’éclairées par un soleil joyeux.

J’entendis clairement une femme crier : « -Joseph, va étendre la lessive ! ». Sur le seuil de la maison, dans un grand bac en zinc, un tas de linge respirait la liberté d’aller s’étendre au vent léger de ce mois d’été. Trois appels similaires suivirent, mais comme un octave remonte le long d’une gorge de diva, et le fameux Joseph n’apparaissait pas. Il fallut l’intervention du père, Hubert, pour qu’enfin l’adolescent sortit de la grange. « -j’avais compris qu’il fallait que j’étende la lascive, mais je pensais l’avoir déjà fait » dit-il d’une voix chevrotante de crainte.

« -ça va ça va mon fils, je sais que tu as des problèmes auditifs, mais arrête un peu de fricoter avec Nadine, ta cousine germaine. On ne sait jamais où vous trouver quand on a besoin de vous, nom de dieu ! »

Nadine sortit à son tour. Elle avait en main une fourche qu’elle brandit en hurlant : »-et qui étale le foin dans cette ferme, qui nourrit et trait les vaches dans cette ferme qui apprend au fils du patron à devenir un homme dans… »

« -la ferme ! Cria Hubert, la ferme ! Contentes toi de ce que tu sais faire, petite garce ! »

Soudain, la mère m’aperçut, planté derrière la barrière avec mes valises en carton renforcé. Elle me fit signe d’entrer dans l’enclos, souriante. Je me présentais : John Carpenter, reporter au New York Telegraph, j’ai loué une chambre chez vous pour trois semaines, vous vous souvenez, j’espère ?

« – Absolument, je suis Louise Marchall, épouse Hubert Bougy, voici mon mari, mon fils Joseph et ma nièce Nadine. Nous ne vous attendions pas si tôt, mais nous sommes ravis de vous accueillir.

« – De même. Une question cependant, avez-vous des chiens ? »

« – Oui, Olaf et Amudssen, deux gentils toutous qui gardent nos vingt vaches et nos quarante brebis. Ils sont très gentils, et vous sympathiserez vite dès qu’ils vont auront reniflé l’avant boutique et léché la vitrine. Cependant, ils sont très méticuleux sur l’hygiène, leur flair est, dit-on, aussi fin que les chiens des douaniers. D’ailleurs, vous constaterez très vite qu’autant bovins qu’ovins sont d’une propreté exemplaire. Allez, je vous accompagne à votre chambre.

La maison sentait la soupe. Mais pas de ces soupes qu’on mange dans les gargotes, plutôt un mélange de légumes qui auraient copulé trois jours avec un lard de cochon en plein soleil, sur lequel des mouches vertes auraient doré avant de boire le bouillon tiédi par l’appétit de crève-la-faim cambrousards aux paluches énormes. La cuisine et le séjour formaient une unique pièce, et un grand écran plat trônait sur le vaisselier rustique. Ici, la télé vous regardait manger quand sans nul doute la famille la dévorait des yeux. Elle était allumée en permanence, je l’appris par la suite, comme si le ciel risquait d’un moment à l’autre par tomber sur leurs têtes. Pourtant, ils étaient indifférents à ce qu’ils voyaient et entendaient. Ils mangeaient en silence, ou n’ouvrant la bouche que pour commenter l’absence de réaction du fils ou de la nièce, de la mère, quand il fallait aller chercher le fromage râpé dans le réfrigérateur pour agrémenter les pâtes. Jamais sur le monde ils n’ouvraient le bec. Le jugement dernier, ils l’avaient dépassé.

J’ai omis un détail. Ma chambre se situait au premier étage, sous les combles. Quand nous gravîmes, Louise et moi les marches, je constatai que la rampe d’escalier non seulement était branlante, mais qu’elle possédait des striures profondes qui avaient fait éclater le vernis, bien qu’il n’en restât plus grand chose d’origine. Cela m’intrigua, mais je n’y fis que légèrement attention alors. Quant à la chambre, comme en ce qui concerne nos premiers repas, j’y reviendrai plus précisément, si jamais je retrouve l’esprit dans lequel j’ai écrit ce début d’histoire..

21 05 2019 (gasp!)

(à suivre???)

10 commentaires sur “étendre la lascive

    • clique sur le lien juste à la fin du texte : Catégorie: écrits ici et pas ailleurs (heureusement!) et remonte le courant. Attention, il y a des articles intermédiaires et tu tomberas d’abord sur le dernier épisode (« enfin la fin »). Mouline jusqu’à l’épisode 2 (attention à ne pas casser ton fil de canne à pêche).

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  1. Allons bon, tu nous laisses avec la valise devant la porte de la chambre ? C’est malin ! Sais-tu au moins dans quelle pièce tu l’as perdu, l’esprit avec lequel tu as écrit le début de l’histoire ?
    Bonne nuit, je vais revenir demain, on verra bien.

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    • Je ne sais pas si John Carpenter, journaliste au New York Telegraph, sera en mesure de continuer son enquête dans les eaux troubles de ce WE (grand anniversaire des 70 ans de Chinette avec sa famille)🎂

      Aimé par 1 personne

      • Dans ce cas de force majeure et comme c’est l’anniversaire de Madame Chinette, je lui offre pour l’occasion, ma patience (qui pourtant n’est pas ce qui me caractérise le plus) pour lire la suite… dès lundi matin ? 😉

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