une histoire très locale de l’étroitesse d’esprit

Petite allégorie concernant un site local (que je ne citerai pas) sympathique et convivial devenu camp retranché de nombrilistes très droitiers adeptes des coups de ciseaux (texte retrouvé par hasard, datant de 2018)

Dans ce petit Pays vivaient quelques éminents personnages qui régnaient sur une maigre populace mais en tiraient assez de profits pour se réjouir de leur sort privilégié et entretenir ainsi une petite Cour pleine de contentement et de costumes de soie qu’en quelques occasions ils sortaient du placard, associant ainsi leurs privilèges aux regards d’une population crédule.

Ces maîtres étaient peu nombreux, trop, ils n’auraient pas régné. Ils se nommaient Gibet, Sanglot, Vidhalgo, Ricardo del Fournil, Jules de la Vallée, Léna la Douce. Ils s’étaient unis sous une bannière dont ils se souvenaient, ou tentaient d’oublier, la rédaction en des temps antérieurs : « C’est vous qui le dites », modifiée en « Chez nous, la vérité ne s’exprime que si elle correspond à la nôtre ». La charte datait, et celui qui l’avait écrite galopait désormais sur les cimes plus proches du ciel que de la terre. Il est vrai qu’au départ, le texte complotait contre le seigneur local, Tocque-Manette(*), et soutenait le fringuant Tête-de-Chou, qui prit le pouvoir une décennie plus tard, mais fut honnis par la confrérie, comme il en va toujours dans les petits Pays que les gros nombrils tentent d’investir en croyant illuminer les citoyens de leurs analyses critiques.

La dérive débuta quand le grand escogriffe, aimable Don Quichotte des Pyrénées, préféra aller planter sa lance sur les sommets enneigés de ces montagnes légendaires, laissant ouverte la voie successorale du renouveau et de la prospérité. Ainsi le peuple mit sur le trône un homme apparemment compétent, affable et réceptif : Gibet. Pour l’aider dans sa tâche, qui était de rendre les gens heureux, Léna la Douce accepta de l’accompagner. Le peuple était satisfait, chacun trouvant de quoi nourrir son imaginaire et faire son pot-au-feu quand le désir lui venait d’en manger. Quelques années passèrent, la convivialité faisant son œuvre. Les richesses du royaume étaient redistribuées, les discussions caracolaient au son des disputes, bien normales dans ce petit Pays où les uns sont pour et les autres contre.

Mais cela déplut à l’un des membres de l’Assemblée (qui n’était pas encore devenue une Cour). Maître Sanglot vînt se plaindre, déclarant qu’on l’humiliait, que sa docte et profonde analyse de la vie locale était bafouée, car de vie locale lui seul en parlait, exprimait avec tout le bon sens dont la nature l’avait pourvue, la vérité, l’unique et divine vérité dont il était l’apôtre comme la poutre est à l’œil la vision du monde. Le doute s’était installé dans le royaume, les sbires de Tête-de-Chou(*) remontèrent promptement les ponts-levis de la forteresse locale, et Gibet retrouva son monde en périphérie, dans son charmant moulin à eau qui battait de l’aile. Maître Sanglot avait-il raison de pleurer ? Certes, il apportait de l’eau au moulin, qui jusque là se portait bien, mais sans consonances locales, quand le but en avait été ratifié par de multiples recours (d’eau). Oui, il fallait parler à la population de ce qu’il advenait de la politique locale au premier chef (Tête-de-Chou), laisser la poésie et les rigolos en retrait, faire taire les échanges conviviaux qui n’avaient rien à faire ici !

Une scission apparut au sein de l’Assemblée, et les plus concernés décidèrent de mettre à exécution leurs points de vue : les uns de contribuer à exercer la liberté d’expression que la charte évoquait, et maître Sanglot d’aller pleurer dans son coin. Six mois passèrent, qui envenimèrent les relations, et les plus hautes instances de cette docte société déclarèrent chacun, individuellement, jeter l’éponge, plutôt que de s’étriper sans véritable raison. Mais c’était ignorer la dualité bourgeoise de certains, qui mettent la poussière sous le tapis pour accuser la bonne, et attendent leur heure pour renaître et prendre le plein pouvoir qui correspond exactement à leur ambition.

Car, à vrai dire, c’est maintenant que le conte prend sa part de réalité et ce, sans virtualité. Quand la rupture fut établie, vérifiée et actée, que les plus honnêtes, ceux qui portaient avec cœur le rôle qui leur était alloué, et qui donc démissionnèrent ainsi qu’ils l’avaient dit, Gibet rappela ses troupes, mises en repos jusqu’à la fin du conflit. Ainsi vît-on maître Sanglot réinvestir les lieux, accompagné de Ricardo del Fournil, et d’un nouveau venu, Vidhalgo. On rapatria Jules de la Vallée, perdu dans les bois, et un ancien maître du Barreau, toujours utile en cas de conflit entre majeurs. L’eau put alors se répandre à nouveau, noyant les contradicteurs potentiels dans un jus fort, étrange mélange d’urine fasciste et de sang tauromachique, condamnant au silence quiconque y plongerait la moindre phrase. Quant à Don Quichotte, que la neige fasse le deuil de ce qu’il avait créé et de ceux qu’il avait séduits, car c’est la même histoire qui se raconte ici.

Comme dans tout conte il faut une fin que les enfants comprennent, et les empêchera de croire aux fantômes qui racontent qu’ils le deviendront eux-mêmes si, par malheur, l’histoire finissait mal. Ainsi, pour les réconforter, sachez que cette triste troupe ne trouva refuge que dans son attitude mensongère, et que ses membres finirent par se dévorer entre eux. Mais l’histoire ne dit pas qui fut dévoré le premier ni comment fut pendu le dernier…Quand les citoyens s’éveillèrent !

AK

22 04 2018

(*) Tocque-Manette, surnom d’André Labarrère, maire de Pau, mort en 2006

(*) Tête-de- Chou : François Bayrou, actuel maire de Pau

12 commentaires sur “une histoire très locale de l’étroitesse d’esprit

  1. Merci Karouge, c’est gentil.🙂
    Je ne prévois pas de déplacement pour l’instant, mais si la déconfiture se poursuit, je pourrais alors envisager de QUITTER MON DÉPARTEMENT (ohhh!), voire FAIRE PLUS DE 100 km (ahhh!).
    Pour l’instant, la question que nous nous posons, avec l’ensemble vocal dont je fais partie, est : pourrons-nous aller en Corrèze mi-Juillet ? Et la réponse est : il faut attendre les annonces de début Juin sur la suite de la déconfiture.
    Bonne soirée.

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    • j’espère pour toi que la situation va s’améliorer et que vous pourrez aller en Corrèze avec ton chœur européen! Pour ma proposition, pas de problème, on verra où le temps nous mène! Bonne journée Maëstro!

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  2. Quand l’homme à la Tête de chou (pour moi, Gainsbourg, rencontre François B dans la belle ville de Pau), il y a pataquès (qu’est-ce ?).
    Ce genre de comportements se retrouve partout, ce qui fait que je comprends (je crois) ton billet, même sans connaître le microcosme picrocholin de ta belle (je crois) région.
    Hélas, trois fois hélas (quatre fois hélas, même, au diable les varices), on retrouve ce genre de comportements (bis) dès que se crée un groupe de plus de 3 personnes. C’est le cas notamment dans les associations type Loi de 1901, souvent créées avec les meilleurs objectifs du monde, bénévolat, aide aux personnes en difficultés, chorales,… où les querelles de pouvoir ne tardent pas à prendre le pas sur les objectifs initiaux des dites associations. C’est pour ça que j’adore l’humaninité (même si parofis elle me gonfle grave).
    Très bonne journée à toi, Karouge.
    (P.S. tu sais quoi, je songe à créer une association de défense de LPKI, dont je serai évidemment le président [il ne me manque qu’un secrétaire et un trésorier et je dépose les statues]). 😉

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    • Pour les statues, faudra d’abord poser le socle des statuts!
      Mais je suis tout à fait de ton avis : les Ego priment toujours sur la volonté commune. J’en ai, comme toi et nombre d’entre nous, une bonne expérience.
      A la fin de la pièce, au théâtre, quand les spectateurs cessent d’applaudir on tire le rideau. Dans les associations 1901 (et les autres) quand une action est menée à terme, réussie, on embrase les Ego.
      Il est des gens valeureux, nombreux et dévoués. Je n’en suis pas, mais mon simple respect est de savoir que leur humanité n’est ni dans leurs grosses têtes ni dans leur porte-monnaie.

      Enfin, oui, c’est une belle région que mon petit pays; je t’invite à venir la visiter. Si cela t’intéresse, écris-moi à l’adresse en bas de page à gauche. On verra comment faire.

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  3. Pas compris non plus ce que tu veux démontrer mais je me doute, bref t’inquiète pas j’ai pas la lumière jusqu’au dernier étage 😉

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    • Sûr, c’est pas simple à comprendre pour ceux qui sont complètement étrangers à la vie locale, et je le comprends. Au-delà de l’anecdote, peut-être, faut-il y voir l’accaparement lent mais bien orchestré d’un pouvoir absolu sur ce qui était un genre de démocratie participative. C’est difficile à expliquer mais au final c’est très simple : le slogan « c’est vous qui le dites » est bafoué, évacué d’une charte dont les fondements sont la libre expression des participants (hors injures, racisme etc). Le Don Quichotte dont il est question a créé ce site en 2003, au début dans un esprit politique (contre Tocque-Manettes), mais finalement ce même site a accueilli des gens qui aimaient s’exprimer et échanger sur différents niveaux, ce qui en faisait la diversité autant que l’attractivité. La prise en main qui a suivie, dès lors que Don Q. a cédé les rênes a vu l’émergence d’une radicalisation des intervenants, et la mise au ban de ceux qui ne pensaient pas la même chose (une censure ubuesque!). Donc, la montée lente et surtout bien organisée d’un courant très droitier (sous l’aspect gentil libéral un peu con con ciblant la Chine mais pour la corrida -même couleur de drap-peau- jusqu’à un ex(?!)du RN).
      Bon, je ne vais pas en faire un roman. Juste ceci : quand vous partez de bons sentiments, que vous entretenez des relations amicales et franches avec les gens qui vous entourent, vous avez dans votre esprit une créativité et un plaisir à partager vos idées et vos mots. Quand un petit groupe, minuscule, (le triumvirat associatif : président, secrétaire trésorier) et quelques membres du conseil d’administration(?) prennent le pouvoir, accèdent aux manettes et font leur cuisine sans que les lecteurs ne puissent rien en savoir (la censure), tout s’effondre. Il en va ainsi des nations administrées par des dictateurs grotesques et dangereux . C’est l’effet papillon, ici pris à l’envers.

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  4. Je n’avais pas compris car ce n’est qu’à la fin du billet que j’ai lu le nom des protagonistes, il me faut donc une seconde lecture avec le nom des acteurs ! je croyais qu’il s’agissait d’un groupe de blogueurs, or c’était d’un groupe de menteurs ! (ce qui n’est pas incompatible !)

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