un récit très kakigori (addendum)

résumé épisode  précédent : https://lepetitkarougeillustre.com/2020/07/15/un-recit-tres-kakigori-suite-et-fin/

J’aime bien narguer le lecteur en lui racontant que l’histoire est finie. Mais ce coup-ci je me suis fait avoir. Pourtant tout était parfaitement mené. Or il a fallu que ce putain de John Carpenter, ex-journaliste de je ne sais plus quel canard, vienne plonger son nez dans mon histoire. Cet enfoiré s’est fait passer pour un employé de l’hôtel Hilton de L.A., avec la phrase passe-partout : « Votre petit déjeuner est servi, madame, puis-je entrer ? » utilisée dans tous les palaces de la planète, avec autant d’idiomes que de pays. Ce salaud était là par hasard, mais il a de suite flairé quelque chose de louche. A la réception de l’hôtel le nom d’Hélène Dancourt a froissé ses oreilles. Lui est revenu un film dans lequel l’héroïne portait ce nom. Puis l’accent maternel de cette élégante femme ne confirmait pas sa nationalité américaine, il lui manquait un chuintement de la langue sur le palais, un apocope sur la fin des mots, bref, une distorsion de langage qui l’intriguèrent.

John Carpenter assistait à un congrès sur l’extra-territorialité des crimes aux États-Unis, et des mafias qui les entretenaient, côté Pacifique. Du côté de New York se tenait le même congrès, orienté sur les crimes issus des mafias européennes et russes. Autant dire qu’il s’ennuyait ferme. Raison pour laquelle il aborda Hélène quand elle se présenta au bar. Elle lui lança un regard froid comme on déshabille un iceberg sans voir de prime abord ce qu’il cache dans sa culotte. Mais John était élégant, un beau gars disaient ses collaboratrices du journal, et il parcourut sans aucune gêne le regard d’Hélène. Celle-ci le déshabilla très vite : il avait le physique ludique, étoilé et longiligne de Li Pong, un petit embonpoint suffisant pour cacher des tablettes à dévorer dans le noir, bref ce con a pris ma place pour raconter l’histoire mais attention, mec, je t’attends au tournant.

Au pays du Soleil Levant, les empreintes et traces d’ADN retrouvées dans l’hôtel Bespoke de Tokyo avaient parcouru tous les ordinateurs. On recherchait sur tout le territoire une nommée Agnès Girard, que tous les éléments de l’enquête désignaient comme étant la meurtrière du type dont le cadavre avait été retrouvé dans le lit du Bespoke. A 6000kms de là, attablés dans le somptueux palace, dînaient Hélène et John. Une façon plus yankee de finir dans le même lit. Ce qu’ignorait Hélène était le fait qu’en réalité John Carpenter ne cherchait que des indices pour alimenter son enquête. Il avait suffisamment de jolies femmes à sa portée qu’Hélène ne lui fournirait aucun supplément d’âme (il va me rendre jaloux, ce grand couillon , parole de narrateur!).

John tendit une cigarette à Hélène quand le repas s’acheva. Elle l’accepta. Mais la manière dont elle la saisit augmenta son doute sur sa véritable nationalité. Elle la saisit du bout des doigts, comme un objet d’art. C’était une Craven A sans filtre. Curieusement la main d’Hélène tremblait légèrement, et elle avoua que son père fumait les mêmes, quand elle était gamine. Il y a bien longtemps… C’est là que john prit réellement ma place :

« vous ne vous appelez pas Hélène Dancourt, vous êtes française, je le sens à votre léger accent, alors, dites-moi qui vous êtes et ce que vous faites ici, nom de dieu ! »

« OK, je n’insiste pas. Je suis en fuite et je ne sais pas ce que je fuis, ni qui.Oui, je suis française, je me nomme Agnès Girard et j’en ai marre ! Je suis poursuivie par un narrateur fou et maintenant par un journaliste en quête d’infos plus décérébrées que le cadavre que les flics qui ont trouvé Li Pong dans mon lit et dont on m’accuse du meurtre, alors que j’étais ici, à 6000 kms, dans ce grand hôtel de Los Angeles. Et toi, John, qui frappe à la porte, moi qui hésite, putain, faisons l’amour, oui baisons pour oublier ce connard qui raconte l’histoire, caché dans le placard. Désolé, dit John, je n’aime faire l’amour que dans des armoires normandes.

AK

16 07 2020

16 commentaires sur “un récit très kakigori (addendum)

    • Merci, c’est très gentil de me faire passer cette vidéo (très courte mais bon!). En effet, ça swingue !
      A noter également la très belle salle avec sa magnifique charpente .
      Par ailleurs, j’habite au centre du triangle des villes que tu peux voir mentionnées tout en bas de cette page à gauche. La Corrèze n’est pas toute proche, mais moins loin que Marseille !
      Bonne soirée Maëstro!

      Aimé par 1 personne

  1. En Corrèze, tu aurais pu assister à une version « swing » de Carmen ! 😉
    Mais bon, l’année prochaine, nous prévoyons de donner tout Carmen, en VO, avec solistes, mises en scène et orchestre. J’en ai déjà les genoux qui jouent des castagnettes.

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    • Il va y avoir du monde, si je rajoute la double personnalité d’Hélène Dancourt/Agnès Girard. Une scène un poil érotique dans un espace confiné, ça risque d’être à la mode en ce moment! Et c’est bon pour le scénario (et le moral)…

      Aimé par 1 personne

  2. Très astucieux et très fort de t’y retrouver dans les méandres que tu te crées sans gâcher le récit!
    C’est une histoire à tiroirs même s’il n’y a pas de tiroir dans les armoires normandes et rien ne t’empêche de les ouvrir un à un, bref de poursuivre le récit.

    Aimé par 1 personne

      • Ton parrain, il est au congrès de New York (« Du côté de New York se tenait le même congrès, orienté sur les crimes issus des mafias européennes et russes »), il ne peut pas intervenir pour le moment ! mais plus tard, chi lo sa?

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