Un jour un chat mangea une panthère
Elle sommeillait sur une branche d’acacia
Lors d’un rêve agité une épine la transperça.
C’était une panthère des neiges, à la robe exquise,
Que cette fin d’été réchauffait en attendant l’hiver
Ses frimas et la maigre pitance, lièvres et becs aux lèvres
De quelques trappeurs pris à leurs propres pièges.
Il n’y a pas d’acacias dans les montagnes que tu décris
Dit l’enfant, ici ce sont sapins, mélèzes et hêtres,
C’est mon papa qui me l’a dit quand il m’a suspendu
Au ballon sonde de la station météorologique
Dont il est responsable ; le vent était terrible
J’ai été transporté dans les airs comme un rêve
Et c’est alors que j’ai vu le chat manger la panthère
Assassinée par le gigantesque piquant de l’acacia.
Moi, j’ai vu : comment, avec ses incisives il a découpé
La peau, retroussé la chair et, presque intacts,
Les morceaux de viande dont il aurait pu seul se régaler.
Tel un taxidermiste professionnel, le chat a vidé
Tous les organes du pauvre carnassier, laissant aux renards
Et autres prédateurs partager son couvert, lui rassasié
Mais prévenant : ses griffes agiles comme des aiguilles
Recousirent ce que ses incisives avaient tranché.
Avec adresse, ses ongles rétractiles et ses dés de velours
Lointains apprentissages furtifs sur les canapés de salon
Il travailla au point de croix la majesté d’un costume de roi.
Je l’ai vu faire, papa, mais tu ne me crois pas,
Tu ne me crois jamais, tu te moques de moi, je sais,
Mais j’ai vu partir maman tout à l’heure, elle avait
Une drôle de valise et le chat a aussi disparu.
25 09 2020
AK


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