rapide Variation sur un conte apprécié

Suite à la lecture d’un très joli conte pour enfants à peu près sages que je vous conseille vivement de lire ici : « L’assiette de Léonor« , je me suis amusé à en écrire une version très dérivée que je laisse à chacun et chacune le soin d’apprécier ou de me lapider avec des tomates bien mûres, tant qu’il y en a encore en cette fin de saison.

Je m’en souviens très bien. C’était la veille de Noël. Les cadeaux de Léonore remplissaient le placard de la chambre de notre grand-mère, mamie Grandy. On les avait placés en toute discrétion, pour éviter les soupçons et l’impossible taire de l’ancêtre. Pensez au scandale si l’enfant avait deviné que le père Noël était passé la veille, sans qu’on n’en dise rien. J’avais dégoté ce bidule rigolo dans un vide-grenier, un genre d’horloge sans tic-tac avec de petites figurines d’enfants indiquant chacune une heure. Les aiguilles étaient tordues, mais quelle importance? J’avais emballé ce plateau circulaire de papier crépon rose et l’avais serti d’un ruban bleu, ne sachant pas s’il était destiné à une fille ou un garçon. En regardant l’objet, je m’aperçus que dans la ronde des douze d’enfants qui la composaient, miniatures en porcelaine fines comme des biscuits de la fin du XIX eme siècle, manquait à cette horloge murale un personnage, et donc un caractère qui en ferait sa valeur intrinsèque. Quelle figurine manquait, me suis-je demandé. Pas un coucou qui aurait pris la place de l’absent, car il eut été rapidement évincé, peut-être un migrant voulant passer en se rendant invisible, ou, tout simplement, une figurine partie vivre sa vie dans les studios de Cinecittà.

Quand Noël arriva, le sapin illuminé possédait à ses pieds toutes les richesses enfantines, emballées avec soin et déchirées avec frénésie par des enfants innocents aux mains pleines ignorants la source des endroits où ces cadeaux trouvaient leurs origines. Dans une promiscuité que les parents attablés ignoraient, les gosses revendiquaient leur paquet, mais Léonore s’agrippa à celui que j’avais emballé. Elle se mit à l’écart et défit le ruban bleu en silence, et déchira lentement le papier crépon. Le plat d’étain étincela sous les lumières vives que suscitent en général les fêtes familiales. Elle regarda les personnages qui composaient la périphérie du plat, sourit, tant leur beauté et leur finesse la captivaient. Elle ne fit pas attention au trou minuscule situé au centre, aimantée par les représentations des bords, moulées et peintes par des mains adroites et professionnelles, œuvrant pour l’art sans manière. C’était bien là le métier qu’une gamine de huit ans voudrait faire plus tard. Mais quel était cet étrange trou au milieu du plateau, quel artisan marocain aurait-il pu vendre un pareil objet à la manufacture de Sèvres pour qu’elle y incruste ses personnages ?

C’était en vérité un secret de famille. Je ne raconterai pas ici la nature de mon commerce, ni le bassin méditerranéen de mon épouse, ni la sanctitude de sa poitrine, non, je ne parle que d’un conte pour enfant très bien raconté par miss Dom, et de l’intermède épistolaire que propose mes facéties. Ainsi, pendant que les adultes festoyaient autour d’une dinde cuite à point dans un énorme four à bois, Léonore se mit à réfléchir. Ayant abandonné ses autres cadeaux, elle s’approcha de mamie Grandy et lui demanda « c’est toi, le père Noël ? »

La vieille était sourde, mais Léonore voyait bien l’auréole que sa mamie avait au-dessus de sa tête, et cela la fit rire. Son père la gronda et cria « Léonore ne te moques pas de ta grand-mère ! Laisse-là tranquille, qu’elle meure en paix ce soir ! »

Vous allez rire, mais quand sonna minuit, la vieille calancha. On enleva de mon cadeau le coucou et le remplaçâmes par une photo (de quand elle avait trente ans) de mamie Grandy. Puis la famille et les amis festoyèrent jusqu’à l’an nouveau, puis jusqu’à l’encaissement de l’héritage de la défunte (vers Pâques). Léonore suspendit le plateau d’étain, (ou de cuivre tant il avait déteint), au-dessus de la gazinière de son nouvel appartement que l’héritage lui avait permis d’acquérir, en souvenir de ce Noël mémorable. Et de mamie Grandy, qui tricotait avec les aiguilles de l’horloge la vingt sixième heure…

03 10 2020

AK

9 commentaires sur “rapide Variation sur un conte apprécié

  1. 😀 😀 😀 n’importe quoi !!! 😀 😀 😀
    Dis donc quel festin de Noël jusqu’à Pâques !!! J’ai bien aimé ta mémé qui tricote la 26ème heure avec les aiguilles de l’horloge !
    Il y a plein de petites trouvailles qui m’ont amusée !

    Aimé par 2 personnes

    • Exact. Mais une histoire peut en cacher une autre: un trou de mémoire, par exemple, ne laisse pas de trace. Mais la réflexion est juste et habilement pointée. J’aurais du rajouter que le trou avait servi à fixer l’horloge au mur. J’ai donc droit à un épais coulis de tomates!

      Aimé par 1 personne

      • Non je vais garder les dernière tomates, ce sont les meilleures 🙂
        Et pour une troisième version non, autant j’ai aimé le conte de Dominique et ta version autant je ne sais pas en écrire.

        Aimé par 1 personne

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