J’ai atteint le rivage insensé où les vagues de pluie
Font naître les marées et masquent l’horizon
Il est temps de faire halte, le sable plante mes pieds
Dans la nudité brûlante d’un immémorial miroir
Attendre la fin, les dernières léchures d’un vent glacial
Qui m’enveloppe et ne me transporte plus, sec
Et torpide comme une vie heureuse et solitaire
Debout, splendide dans l’oubli dans les bras de la nuit,
Ultime sensation de mon corps frémissant sous les embruns,
Fièrement dressé dans l’attente d’une morsure, d’un baiser,
Passager désormais immobile que seule l’écume aspire
Au lent cheminement des vagues qui refluent, sensibles,
N’osent pas enfoncer mes hanches dans la mollesse sablonneuse,
Alors que de la ville monte le bruit des fusils, des canons,
Je ne bougerai pas : l’océan est trop profond, mes pensées
Aussi absurdes que mes doigts appuyant sur la gâchette,
Quelqu’un de toute façon le fera à ma place, un enfant peut-être,
Que le vent marin aura poussé vers la folie meurtrière d’un père
Un de ceux si nombreux qui inventèrent l’Enfer, et offrirent
Pour tout héritage une terre morne sans avenir, sans devenir,
Puis des vagues de pluie viendront les marées de sang
Ruisselantes dans les bois et les campagnes, tsunamis
Témoins irréfragables d’une réalité devenue quotidienne.
07 11 2020
AK

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