Les mardis de la poésie : Amable Tastu (1795-1885)

Fantaisie

La paix, toujours et vainement briguée,
La paix me fuit ; oh ! je suis fatiguée !
Je voudrais vivre, et ne veux plus courir :
Vivre, pour moi, serait ne rien entendre,
Ne rien prévoir, surtout ne rien attendre,
Rêver enfin, car penser c’est souffrir.

Que j’ai de fois, durant les longues veilles,
D’un monde fée évoqué les merveilles !
Monde, où du moins souhaiter c’est avoir !
A tout esprit fier, avide, mobile,
Hôte d’un corps paresseux et débile,
Le ciel devrait ce magique pouvoir !

Ces vieux secrets, traités de rêverie,
Dons de cabale et de sorcellerie,
Albert-le-Grand, Flamel et ses fourneaux,
Tout manque à l’homme amoureux de mystère ;
Et j’ai regret au peuple élémentaire
De l’air, du feu, de la terre et des eaux.

S’il était vrai que la flamme folâtre,
Sur mes tisons dansant en jet bleuâtre,
Fût un génie ardent, capricieux !
Si, du milieu d’un tourbillon de cendre,
En pétillant, quelque beau salamandre,
De mon foyer s’élançait radieux !…

Si, tout-à-coup, dans la nuit pluvieuse,
Des gouttes d’eau la chute harmonieuse
Me révélait un être intelligent ;
L’esprit des eaux, esprit au doux murmure,
Mêlant aux flots la verte chevelure
Que sur son front presse un réseau d’argent.

Si les soupirs des vents et des tempêtes,
Sombres concerts, mugissant sur nos têtes,
Étaient la voix des puissances de l’air !
Sylphes légers, qui volent sur la brise,
Laissant au loin flotter leur mante grise,
En plis obscurs, d’où s’échappe l’éclair !…

Oh ! qu’à mes vœux une force brûlante
Fraîrait alors une route moins lente !
Que de doux bruits passeraient dans mes vers,
Bruits fugitifs, nés de l’empire humide !
Comme soudain quelque souffle rapide
M’emporterait au bout de l’univers !…

Toi, terre, hélas ! qu’attendre de tes gnomes,
Nains malfaisants, hideux semblant des hommes !…
Taisons des vœux qu’ils n’exauceraient pas.
Il n’est pour moi, dans leurs trésors sans nombre.
Qu’un don, un seul ! La fosse étroite et sombre,
Incessamment béante sous nos pas !

Amable Tastu.

tiré du site :https://www.poesie-francaise.fr/poemes-amable-tastu/

Extrait de Wikipédia :

« 

En 1816, elle épouse l’imprimeur perpignanais Joseph Tastu3,4, qui la trompe5. Un an plus tard, elle met au monde un fils, Eugène. L’année suivante, en 1819, son mari quitte Perpignan et se rend à Paris pour reprendre l’imprimerie libérale des frères Beaudouin, au no 36 rue de Vaugirard. Sous son nom de plume d’Amable Tastu, elle écrit et publie des poèmes qui lui apportent la notoriété. C’est la muse romantique par excellence. En 1851, la rose « Amable Tastu » est créée en son honneur6. En 2018, à l’initiative de l’association « Les Amis d’Amable Tastu » dont la vocation est de faire revivre cette femme et, grâce au concours de la Société d’horticulture de la Moselle, est créée une nouvelle rose « Rose Amable » par l’obtenteur Méla Rosa.

Après des années de prospérité, les affaires de son mari déclinent. La crise économique de 1830 a raison de son imprimerie : il fait faillite. Amable abandonne alors la poésie pour se livrer à des productions alimentaires afin de subvenir aux besoins de sa famille. Christine Planté précise: « Elle dut vivre de sa plume en rédigeant des travaux alimentaires pour combler l’indigence de son mari ruiné par la révolution de Juillet et inapte à se refaire »5. Elle collabore régulièrement au Mercure de France et à La Muse française1. Elle publie des ouvrages pédagogiques, des traductions, des sommes historiques, un Cours d’histoire de France, publié en accord avec le ministre de l’Instruction publique, un volume sur la littérature allemande, un autre sur la littérature italienne. Elle est également l’auteure de libretti pour des musiciens comme Saint-Saëns7. »

Amable-Tastu-par-Constance-Mayer.jpg
photo Wikipédia

Amable-Tastu-par-Constance-Mayer.jpg ( image )Wikipedia

5 commentaires sur “Les mardis de la poésie : Amable Tastu (1795-1885)

  1. Restons « Amables’. Bon, après mon jeu de mots bien pourri, je te tire mon chapeau. Tu nous a fais une belle présentation d’AmmableTastu et de sa poésie. Les femmes sont à l’honneur 😉.
    Bonne soirée Karouge
    John

    Aimé par 2 personnes

    • Je ne te cache pas qu’aujourd’hui m’est parvenu un bouquin commandé à une petite maison d’édition ( éditions sauvages, à Quimper) de Salah Al Hamdani, un auteur qui me chamboule depuis que je l’ai découvert chez toi. Il fera l’objet de mes mardis de la Poésie de la semaine prochaine. Quand je dis qu’il me chamboule, c’est peut-être exactement l’effet que peu d’auteurs m’ont fait, à leur lecture. C’est bien, c’est rassurant, le monde des lettres est encore vivant, quand celui des arts du spectacle, des artistes etc crèvent la gueule ouverte…
      Bonne soirée, Maître John !😉

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