Jeannine, tu me les brises!

Il y avait Thérèse et de la poule au pot

Une Thérèse à l’aise c’est beau !

Ce n’était pas le cas de Jeannine, tant elle était susceptible. Tout ce qu’elle a brisé dans l’appartement à cause d’une réflexion mal comprise, est affligeant : les pots de fleurs, les conserves de graisse de canard du Gers, les bibelots en terre cuite d’Ousmane Sow, le vase de Soissons que lui avait rapporté son frère Clovis (bien entendu, j’avais fait un jeu de mots sur ce prénom, « Clovis, le clou de la famille », et vlan ! Par terre, et le parfum de JP Gaultier, avec ses petits matelots pédérastes et les deux jambes féminines ornant l’opercule du flacon, envoyé dans le miroir de la salle de bain, bref, Jeannine était une calamité quand Thérèse me paraissait être d’une gaieté et d’un entrain à la Trenet, que l’on aimerait accompagner (sans traîner ah ah) sur la Marne, puis danser dans une guinguette en buvant du vin blanc. Mais Jeannine, c’était plutôt Jo Manda dans Casque d’Or, un genre d’étoile qui brille sur une lame de surin.

Dire que l’on s’était mariés dix ans auparavant, bénis par l’abbé de Somme, un petit bled du Nord, et que nous étions descendus pour notre voyage de noces à Sète, dans le sud de la France, avec notre Ami 8 break-seat, petite ville où nous avions décidé de construire notre petit nid, assez volumineux pour y accueillir sept nains joyeux qui grandiraient heureux sur les chalutiers lors de la saison de la pêche au thon. Mais tintin. Jeannine n’aimait pas le poisson, ni Hergé, ni Disney. Face aux admirables canaux de Sète elle détournait ses yeux vers Canal+, fumant sans discontinuer des cigarettes roulées avec du papier OCB (Odet-Cascadec-Bolloré). Notre maison, située sur un flanc du mont Saint Clair, devînt très vite une pétaudière, et la fumée du tabac se propagea aux disputes, sans qu’aucun nain n’ait montré le bout de son nez. J’eus un soir cette réflexion : « Sète assez! », qui mît Jeannine dans une telle fureur qu’elle brisa la jolie statuette en verre de Murano (qui coûtait une fortune), un millefiori représentant un cétacé rempli de perles rares aussi nombreuses que du krill dans les eaux arctiques .

Mais l’amour persistait, et cette casse matérielle n’entama qu’un temps notre union. Il me faut admettre que Jeannine avait d’autres attraits tels que des jambes aussi fuselées que celles des flacons de Gaultier, tout comme elle adorait toucher le pompon rouge du bachi de mon costume de matelot en disant « il paraît que ça porte bonheur ». En ces instants de tendresse, je ne pouvais (enfin, c’est arrivé une fois) que lui répondre « ma chérie, tu aimes mon bachi comme j’adore ton bouzouk », et pof ! Elle se mit à chanter comme la Castafiore et brisa de concert les deux boules de cristal que nous avait offert madame Violetta dans sa caravane de la place de Verdun, lors de la fête foraine paloise, ou madame Mona, à Montpellier, bref deux belles boules qui finirent dans la pelle en plastique, plastique qui ce jour-là plaça le corps de Jeannine dans le manche à balai que je tenais en main et dont je venais de signer l’arrêt définitif de toute sorcellerie volatile (Shabbat comme ça) . Avec un peu de temps j’aurais senti sa susceptibilité m’envahir, l’accepter sans mot dire, mais en la maudissant chaque heure à venir. Alors, plutôt vivre avec mes jeux de mots ! Eux me réjouissaient, poussifs, tranquilles, d’autant que la chanson de Trenet continuait à me traverser l’esprit, comme il est dit plus haut mais que le lecteur a oublié, susceptible qu’il est lui aussi, comme Manda dans Casque d’or, prêt à me seriner que les chants les plus beaux sont les plus désespérés…

Allons, viens ma gigolette, viens ma Thérèse aux beaux yeux de Lisieux, et vlan !

« Si tu veux danser avec moi, évite tes jeux de mots foireux, j’en ai ma claque de vous entendre les mecs faire des rimes avec Thérèse, qui aime quand on la… Tu ne pouvais pas les faire avec Jeannine, qui aime quand on la… ?

Beau dommage ! Si ce soir entre la poire et le fromage je suis seul à mitonner une belle poule à Pau, c’est la faute à Trenet !

29 12 2020

AK

Que Manda me pardonne !

9 commentaires sur “Jeannine, tu me les brises!

  1. Outre le texte marrant comme tout, tes compagnons me plaisent infiniment, j’ai une vraie passion pour les oeuvres d’Ousmane Sow, ne pas avoir vu son expo sur le Pont Neuf à Paris sera l’un des grands regrets de ma vie, quant à Manda, dieu, le regard de Manda!!!

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    • N’oublies pas Simone Signoret ! (ni Charles, le Trenet, pas le De Gaulle). Ici, on est plus loin de Paris que du Sénégal. (Mais Madrid et le Prado, comme Barcelone et son musée Picasso, et Gaudi sont à six heures de route)…Bonne soirée à toi (je ne sais pas encore comment te pseudo-nommer ! entre miss Do, Maëstro et maître Ibonoco…)

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      • Ben Signoret n’était pas au top de sa beauté dans Casque d’or, par contre Reggiani même si on ne peut pas parler de beauté était très séduisant en mauvais garçon mais tu ne peux pas comprendre évidemment 😉
        Pour le surnom comment faire encore plus compliqué? 😉 ou alors Sa Majesté ça fera l’affaire. (Non j’rigole hein! )

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      •  » par contre Reggiani même si on ne peut pas parler de beauté était très séduisant en mauvais garçon mais tu ne peux pas comprendre évidemment ».
        Tout visage qui porte la lumière m’est sensible, homme ou femme, voire gamin (mais plus dans le regard que dans la complétude du visage).
        Pour le pseudo, il viendra, Cléomâtre (de l’île de Beauté, ah ah !)
        Bonne soirée !

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