Des Gérard pris au hasard

Voici le lien où tout a commencé :

https://dodomartin.wordpress.com/2021/02/13/analepse/

En voici une variation (également très romantique !)

Gérard, je thème.

Ce prénom a illuminé les années cinquante, certainement porté par la beauté et la notoriété de l’acteur Gérard Philipe. Il y eut un peu moins de Philippe, car c’était, avec un P en moins le patronyme de l’acteur.

Déjà, dans la cour de l’école primaire, quand le directeur criait Gérard, trois têtes se tournaient. Mais un seul d’entre nous avait commis un délit (message vengeur à la craie sur le tableau noir, racket de billes ou menaces sur les plus petits). Quand le directeur appelait Philippe, ils étaient deux, élèves exemplaires à tous niveaux. Je pourrais ici vous rappeler la chanson de Boby Lapointe (nous étions trois). Il fallut attendre le collège et la mixité pour que de trois nous devînmes une trentaine, parmi les trois cents cinquante élèves qui hantaient les lieux. Et quand le surveillant général hurlait, nous nous cachions sous les jupes des filles (le port de la jupe était encore permis, et mon dieu, qu’elles sentaient bon!). Et les Philippe sous l’appel se mettaient au garde à vous, chacun son balai pour nettoyer la cour ou laver le carrelage des couloirs. Tout cela constituait la prime jeunesse des Gérard, dont l’arrivée des Kévin, Bryan, Morgan, et compagnie(s) brisa la notoriété et l’intérêt géostratégique de la présence en cours. Ainsi assista-t-on progressivement à la désaffection des Gérard dans les collèges, et les lycées oublièrent ces adolescents, incapables de survivre aux horizons que la société leur fixait. Certes, ils savaient lire, écrire, faire des calculs simples, parler l’anglais avec des intonations du sud, à l’instar des écossais qui roulent les « R », mais l’aventure, les exploits et les amours guidaient leurs ambitions à la Gérard Philipe : beaux gosses, sveltes, passionnés par la vie, ils s’enfuirent de ces prisons, sauf trois, que l’éducation fît demeurer dans les institutions. Ils écriraient et graveraient dans le marbre ce prénom. L’un s’appelait de Nerval, l’autre de Villiers (à ne pas confondre avec son frère Philippe) et le troisième n’était que pure fantasmagorie, mais néanmoins l’initiateur de la fameuse cérémonie dite « des Gérard d’or ».

Les Gérard étant trop nombreux, de Manset en passant par Depardieu, il ne sera question ici que d’un seul, un inconnu cent pour cent pas connu du tout, mais que j’ai personnellement connu. Ce qui me donne le droit et le loisir de l’évoquer ici. Il faisait sa fac à Chambéry et venait passer ses vacances de février à Valloires, un petit bled savoyard de 1086 habitants l’été et plus de vingt mille l’hiver, en comptant les moutons dans les bergeries, les loups et les chiens de traîneaux. C’était un très bon skieur, qui godillait dans la neige le jour et rôdaillait (pour ne pas dire piquait du nez) dans la poudreuse le soir, dans les deux night clubs du coin. J’avais alors une amie, Marion, qui en tomba folle amoureuse. Bien qu’elle fût bien plus jeune que lui, une dizaine d’années les séparait, Marion prit des initiatives auxquelles céda Gérard. C’était les vacances et tout semblait permis, avant qu’elle remontât à Paris, où elle vivait avec son père, un vieillard cacochyme qui la menaçait de lui couper les vivres si elle abandonnait ses études et, surtout, le vieux Lucien, le chien cagneux à moitié borgne de son père qui, pour l’anecdote, se prénommait Philippe.

Les saisons passèrent et Marion finit par obtenir son diplôme. Sa correspondance avec Gérard s’était effilochée au cours du temps, mais un fil épistolaire (marque DMC, unique sponsor de mon site) tenait bon. La neige avait disparu des stations de ski, les canons qui artificialisaient les pistes étaient rouillés, il ne restait plus pour passer ses vacances que la mer. Ainsi, libérée de ses études, Marion put proposer à Gérard de la rejoindre en Croatie, son père lui ayant attribué une somme rondelette pour ce faire. La réponse arriva en mai : c’était OK. Rendez-vous à Porec le 25 juillet, hotel Park Plava Laguna (237 euros mais nous couperons la poire en deux chérie). Certains objecteront que l’Adriatique est une mer très polluée, et que si l’eau y est à température plus qu’agréable, c’est du fait des rejets industriels qui en bordent la côte. Raison pour laquelle, sur l’autre rive, Dubrovnik a fortifié sa ville depuis belle lurette. Le thème principal étant de recréer l’analepse de notre héros et non la prolepse dudit, revenons à ce mouton prénommé Gérard. Il vient lui-même de passer brillamment son concours pour entrer dans la fonction publique, (mais comme il n’a pas fait son service militaire, il s’engage dans le privé), après deux ans de fac à Chambéry, puis à Valloires, en télétravail du fait de la pandémie. Il va aborder sa vingt huitième année (pour rappel, Marion en a dix huit et quelques poussières d’ange). Si ses souvenirs d’enfance lui offrent quelques tranches de gaieté in petto, il a conscience d’être devenu un homme à part entière, ce qui inclut une libido moins stoïque qu’épicurienne, une sexualité débridée et surtout ne pas oublier de se raser le matin avant d’aller bosser avec de vieilles badernes à chair molle. Raison pour laquelle dans la tête de Gérard trotte un jeu de marelle : un deux trois, je prends mon pied, quatre cinq je la chevauche, six sept je la conquiers et hop ! A nous le ciel! Précision : il était ingénieur dans la traction, chez Pomagalski, donc très instruit sur tout ce qui est tire-fesses, télésièges et cabines qui montent avec ardeur et redescendent plus lentement. Alors, le courriel de Marion l’invitant à se tremper les pieds et faire l’amour en Croatie, pays des ours et des croates (pléonasme?) l’enchanta. De plus, sur les photos de l’hôtel (Tripadvisor, mon futur sponsor), il y avait huit oreillers sur les lits, quatre pour chacun des heureux hôtes. Ils iraient manger ensuite des pâtes chez Artha, se baladeraient dans la vieille ville, visiteraient la basilique euphrasienne, voire la grotte Baredine, à Jama ? Puis ils feraient l’amour…

(à suivre?)

14 02 2021

AK

14 commentaires sur “Des Gérard pris au hasard

  1. Oui, c’est très bien ! Mais… je n’ai certainement pas tout saisi pour le coup (c’est pas un scoop !)… Histoire vraie ? N’ai-je pas déjà lu cette histoire chez Madame Dominique (Analepse) ?

    Aimé par 1 personne

    • En fait, c’est très simple surtout avant que ça ne se complique : Dominique a écrit un texte et propose (analepse) d’en écrire la suite dans nos petits blogs, qui feront florès en les partageant. Mais Karouge, l’autre Cadichon du web, a déjà entamé son histoire (sur le prénom Gérard) la veille. Donc sans rapport direct avec les intentions de Dominique, reçues vers midi ce jour valentintinois (les horloges suisses n’ont pas les mêmes aiguilles, surtout au niveau des trotteuses). Notre égérie suisse demande simplement, pour continuer l’histoire, d’y conserver quelques éléments de son récit initial ( Marion, Croatie, Valloires, Porec etc, et bien entendu Gérard, qui en est le thème central -l’analepse- je pense). Boum badaboum j’écris mon texte en y incluant ses données, tant que faire se peut. Donc, comme je comprends que cela risque de vider ta cervelle et ton verre de whisky, je m’arrête là. Maintenant, si ce n’est pas clair, demande au maëstro (tout pour l’opéra ou presque) de te le chanter a capella. Il est expert ! (ou à MC Do)
      Bonne soirée entre tes quatre oreillers.

      Aimé par 2 personnes

    • Oui, mais reconnais que c’est ta faute! Tu m’expédies dans des endroits inconnus qui, en temps de confinement, pourraient me faire rêver ! (sauf que je suis attiré vers l’Ecosse et l’Islande)

      Aimé par 1 personne

    • Merci de ton appui, vers …

      C’est toujours mieux qu’une danse macabre! (mais attention, la fin de l’histoire n’est pa encore écrite !)

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :