Haïti, chérie (épisode 9)

Il était temps..

Je me finis ma journée tranquillou avec un bouquin, je finis les histoires de cul de l’ancien (*D. Laferrière). Il t’en filerai presque la gaule tellement qu’il te décrit ça finement ce bougre. La douche est prise, elle m’apporte une fraîcheur toute relative, je sais qu’il faut que j’reste en extérieur encore un peu, vers 22h l’air devient plus doux, c’est qu’on se mettrait presque un petit drap sur le corps blessé. Je pensais pas écrire ce soir, faut que ça vienne tout seul pas que ça se force. Finalement j’ai le cul posé à même le sol et que j’entends des petits bruits sourds, en fond. Je finis par me lever les fesses, je suis fainéant mais je reste curieux dans ces moments là. Merde que j’avais pas vu, le ciel derrière moi est plus noir que le regard d’Voix d’ange l’autre soir. Mais c’est que ça commence à péter, enfin que je me dis, enfin je vais pouvoir l’avoir mon petit orage tropicale. Je fais le malin, je me pose cul sur la chaise, face à lui. Que je le défis mon Jésus, montre moi ce que t’as dans le bide mon pote, fais moi flipper un peu. Je suis pas con, j’ai débranché tout mon attirail, pas envie de voir mon confort baisser en me pétant un chargeur ou que sais je. Je m’installe doucement, ordi sur les pattes, cheveux mouillés qui me caressent la nuque, petit ginz dans le cendar, plastoc dans la bouche, je le tête le bordel, j’en profite, je suis pas gourmand, goutte par goutte que je la bois mon eau. On m’avait prévenu avant de partir, hydrate toi jeune et pense à pisser qu’ils m’ont dit les Belges. A se demander si on me prend pour une truffe, non non des infections urinaires ça arrive. Ces babtous sont décidément tellement fragiles, qu’une partie a fini rapatrié à cause du palu, le cérébral, grand cru, tu peux crever en moins de 48 heures l’ami, que j’ai pas peur que j’connais je leur dis. Méfie toi mon ami, le temps nous le dira. Bref, je suis face à face avec Jésus et les éléments, le ciel noircit de plus en plus mon château, je sais pas si c’est la nuit qui tombe ou si les nuages commencent à prendre le pas sur la vie. On se croirait dans un film, comme si le bonheur s’était fait la malle, c’est le Diable qu’arrive, mon gus évangéliste doit être au fond du lit, bible et croix à la main, que ça doit en dire des belles prières ça oui. D’un coup PAM, Dieu me montre la taille de ses couilles, que ça te fend le ciel le truc, jamais vu ça, une dizaine d’éclairs en même temps, j’avoue qu’il commence à prendre le pas sur les miennes le frangin. Je connais la chanson, que je te les compte les secondes qui me séparent de l’enfer, ça semble loin.. Les gens restent calmes, continuent leurs petits achats. Puis d’un coup c’est le noir complet, et que ça commence à courir dans les rues pour rentrer chez soi, j’me dis que le bouquet final va commencer. Là je lève la tête j’écris plus, j’attends de voir. Je file un dernier coup de regard en mode panoramique, reste quand même un bout de ciel pas peint à l’Ouest, une combinaison de couleurs, Nuit étoilée de Van Gogh, en direct et gratos. Pas de secret, les orages, en France comme ailleurs, ça te fait rentrer tout le monde fissa, et que ça se délecte ou que ça se cague dessus en cachette. Perso je continue à faire le fier face à cet ouragan d’éclairs, je file une main hors de ma petite terrasse 5 étoiles, pas de pluie.. C’est le vent qui pointe son nez le premier, il te caresse d’abord, c’est après qu’il te pète ta baraque. La mienne est certes vide, mais je peux te dire que c’est du vrai béton, j’ai essayé d’y foutre une punaise pour m’accrocher un truc au dessus de mon bureau, autant te dire qu’elle a fini dans mon doigt la conne. Toute tordue de ma haine, pas eu de remords à la balancer celle-ci, j’en aurais plus avec mes litres de plastocs qui commencent à meubler ma piaule. Le vent s’agite, il rigole plus, il est continu désormais et que ça me frétille les tifs, mhhh… L’odeur changerait presque, un mélange de brûler et de frousse, que ça sent bon. Je sens que le bordel se dirige calmement au dessus de ma tête. Ca y est, ça flotte et que ça éclaire toute la ville. Le show commence, il est au dessus de nous. Les gamins crient, l’apocalypse démarre. Jamais vu un tel brouhaha, les klaxons signifient que chacun veut rentrer au bercail et au plus vite, mon ordi prend la flotte, faut que je rentre putin mais j’peux pas bouger mon cul de cette chaise. Mon écran bouge tout seul, il va péter, je m’en fous je veux rester là, j’ai pris qu’une petite douche toute façon, plus beaucoup d’eau, fallait en laisser un peu au Guy, si j’avais su je me serai même pas doucher. Putin que c’est bon, l’odeur, l’odeur change encore, ça sent le goudron mouillé et l’été maintenant, ca me pète les tympans ces éclairs, je me prends des rasades de flotte dans la gueule, mes doigts commencent à être mouillés, il fait un noir total. Je vois que quelques moustiques qui passent devant mon écran tremblotant, le bruit de la pluie sur la tôle. Les moustiques me laissent pépouz, comme s’ils voulaient me laisser une trêve pour admirer le spectacle. A toute les potes. Je pense à tous ces arbres que j’ai vus ces derniers jours, feuilles vers le bas, assoiffés les mecs. Il flotte trop, je dois rentrer mon PC, ma machine à écrire prend trop tarif et sans elle je suis comme Guy sans sa daronne. Je le pose fissa et je retourne dehors, presque envie de me foutre à poil pour communier avec mère nature, mais bon, je sens que ça va me retomber sur la gueule. Bonne nuit.

14/07/2021 – 21h30

©Poussin Laventure

Parole Celebre De Toussaint Gratuit
(Wikipédia)

2 commentaires sur “Haïti, chérie (épisode 9)

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