Les mardis de la poésie : Oswald Durand (1840-1906)

Dédicace

Poème tiré du site : http://www.dadychery.org/2011/12/30/two-poems-by-oswald-durand/

À M. Demesvar-Delorme, à Paris

Votre élève d’hier, aujourd’hui vous convie
À faire un bon accueil à ses Rires et Pleurs;
À les prendre en pitié, quoique dans votre vie,
Les rires étaient souvent fuis devant les douleurs.

J’ai chanté nos oiseaux, nos fertiles campagnes,
Et les grappes de fruits courbant nos bananiers,
Et le campêche en fleurs parfumant nos montagnes,
Et les grands éventails de nos verts lataniers.

J’ai chanté notre plage où la vague se brise
Sur les pieds tortueux du raisinier des mers;
Nos sveltes cocotiers, qui prêtent à la brise
Des sons purs qu’elle mêle au bruit des flots amers.

Puis, la joie et l’amour, aux radieux visages,
Avant devant mes yeux fait luire leur beauté,
Je faillis oublier — nous sommes si peu sages! —
Qu’il fallait s’éveiller dans la réalité.

À quel autre qu’à vous dédirais-je ce livre,
Oiseau de notre sphère, a votre souffle éclos
Ces pages qu’au lecteur insouciant je livre,
Comme le ruisselet aux mers livre ses flots?

À quel autre qu’à vous qui fûtes notre maître,
Et, plus tard, notre guide et notre conseiller,
À quel autre qu’à vous qui les avez fait naître,
Dedirais-je ces vers que d’autres vont railler?

Sur la plage où du flot on suit les folles danses,
Quand vous alliez rêver un volume à la main,
Du chantre de Milly les douces « Confidences »
Vous inspiriez des chants redits le lendemain.

Et, tandis qu’à vingt ans, en lisant Lamartine,
Dans votre coeur, pour lui, naissait l’amour sacré,
Malgre nos dix printemps, dans notre âme enfantine,
Votre nom grandissait de prestige entouré

Enfant, nous ecoutions, l’âme sereine et gaie,
En sons harmonieux votre coeur s’épancher;
Ces vers que, maintenant, notre lèvre bégaie.
Pour vous dire merci, vont bien loin vous chercher.

Journaliste, tribun, puis chantre de nos gloires :
Ignace Nau, Milscent, Boisrond, Coriolan.
Votre nom est resté dans toutes les mémoires,
Tous les coeurs, vers le vôtre, ont pris un noble élan.

Les flots vous poussent loin de la rive chérie,
Mais de nos coeurs, ami, rien ne peut vous bannir.
Je fous offre ce livre, écho de la patrie,
Dont l’exil rend encor plus cher le souvenir.

Ne vous étonnez pas si, jusqu’en cette France
Où votre nef s’endort loin des vents querelleurs,
Compatriote aimé, grandi par la souffrance,
J’ose vous égayer de mes Rires et Pleurs.

Oswald Durand est né au Cap-Haïtien en 1840. Il a perdu ses parents lors du tremblement de terre de 1842 et a été élevé par sa grand-mère à Ouanaminthe. Son éducation formelle a pris fin après deux années d’école secondaire (lycée), et il était en grande partie autodidacte. Durand a travaillé comme ferblantier jusqu’à ce que Demesvar Delorme l’encourage à soumettre sa poésie aux journaux. Durand a passé un certain temps en prison en 1883, mais a ensuite été député pendant six mandats consécutifs. Plus tard, il a travaillé comme éditeur du principal journal du pays Le Moniteur et une revue satirique Les Bigailles. Il a reçu des funérailles d’État à sa mort en 1906 après avoir été honoré pendant un an d’une pension du gouvernement haïtien.

Un peu plus, qui vaut beaucoup (pour moi) :

https://jfjpm.blogspot.com/2011/12/un-beau-peme-doswald-durand.html

Un beau poème d’Oswald Durand

Tiré du recueil de poèmes Rires et Pleurs.
                                                 ***
SI!

Si je connaissais l’Italie,
Où Raphael fit ses tableaux :
Florence, où la douleur s’oublie ;
Venise, où brillent les falots ;
Chantant alors la barcarole,
Sitôt qu’arriverait le soir,
J’aimerais dire à ma frivole :
Allons rêver dans ma gondole,
Là-bas, auprès du vieux manoir ! »

Si je connaissais les Espagnes :
Madrid, avec sa senora ;
Séville et ses blondes campagnes ;
Grenade où brille l’Alhambra ;
Le soir, lorsque l’heure s’envole,
Faisant frissonner le roseau.
Je dirais à mon Espagnole :
Allons causer au pied du saule,
Là-bas, au bord du clair ruisseau ! »

Puis les castagnettes d’ivoire,
Des bois réveilleraient l’écho ;
Les filles au corset de moire
Viendraient chanter le boléro ;
Alors, dans ma crainte jalouse,
Voulant pour moi seul ses grands yeux,
Je dirais à mon Andalouse :
« Allons danser sur la pelouse,
« Là-bas, où les cœurs sont joyeux ! »

O Suisse, pays de mes rêves !
Si je connaissais tes villas,
Tes lacs et leurs riantes grèves,
Tes bois parfumés de lilas ;
Je pourrais oublier l’Espagne,
Venise, aux somptueux palais,
Et je dirais à ma compagne :
« Allons dormir dans la montagne,
« Là-bas, où sont les vieux chalets !

Mais, je ne connais que nos mornes
Où se penchent les bananiers ;
Nos cieux, nos horizons sans bornes,
Nos bois, nos zéphyrs printaniers.
Le soir, quand le vent se pavane,
Courbant nos joyeux champs de riz,
Je dis alors á Marianne :
« Allons aimer dans la savane,
« Là-bas, sous les manguiers fleuris ! »

PUBLIÉ PAR DR. PIERRE MONTÈS 

( photo de la vignette article : masque de Chinette pour ses gamins du théâtre)

3 commentaires sur “Les mardis de la poésie : Oswald Durand (1840-1906)

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