Champignons

J’ai connu des champignons qui ne rêvaient pas d’être cuisinés à la grecque, du temps des dictateurs, d’autres plus tard qui voulaient quitter Paris pour vivre dans les tunnels désaffectés des voies ferrées abandonnées, d’autres encore qui voulaient la gratuité de mes pieds pour se balader hors du piétin des sabots des moutons, et puis de mon côté, le repentir est arrivé quand j’ai versé dans le décor un accélérateur de mauvaises particules automobiles, et je dois l’avouer l’haleine des moutons estivaux quand ma bergère s’est mise à me tricoter des misères, comme savent le faire les femmes atomisées par la routine des essais nucléaires qui laissent passer l’homme de A à H et après, c’est la guerre.

Je ne connais rien des champignons, et pas plus des mycoses et des cors aux pieds. Mieux vaut me jeter la tête la première dans un container dans lequel les mouettes et les goélands viendront s’alimenter de ma vieille carcasse. Tout n’est que riens. Les souvenirs s’en vont, les chansons reviennent, les saisons servies à discrétion sur le zinc de l’oubli, mais toujours un refrain qui sent le matin frais, un parfum un savon (mérité) , un rasoir qui râpe la peau, un rap auquel s’ébarbe une rhapsodie plus ancienne, un miroir qui ne voit que le QR code qu’il génère, un selfie moribond d »elfes et de magies, une glace qui fond sans Alice, sans profondeur, sans merveille : un trou.

Des champignons je ne me souviens que des villes, des quartiers où ils ont poussé en nombre. Des centaines de milliers d’étages, des plus hauts et des magnifiques tout de béton rationaliste , censés accueillir des populations venues reconstruire un pays dévasté par la guerre. Cités sans médailles. Des villes -champignons d’où peu à peu la population se taille, comme un crayon rouge raie la vie de sa sagacité, de son inventivité, de ses envies de vivre plus connes que les riches qui se trémoussent devant des tours absurdes mais loin de leur pays. Tu y vas ? Non, je suis ici chez moi, pas de champignon pour profiter du soleil, oh, fils, ici c’est Marseille !

J’aime ces gens qui disent non et qu’importe le nom qu’ils portent. Les parapluies c’est comme les champignons : ils s’ouvrent à la bonne saison. Quand un lapin, un lutin ou un schtroumpf se met à courir devant toi, c’est qu’il cherche l’ombre. La bonne ombre, celle qui porte en elle les mille couleurs de la ville. L’ombre, c’est le multiple , elle entame le gris et fait renaître au matin les couleurs de la vie .Alors de quoi se nourrissent les mouettes et les goélands quand il ne pleut pas, me diras-tu ?

Ô pauvre, ils vendent leurs plumes sur les quais, aussi poètes que les ombrelles sous le soleil, aussi pressés d’écrire d’autres lettres que l’histoire de l’alphabet et de l’algèbre, entre l’alif et le haschich, peuple incertain mais sûr de lui, logé là-haut, sous l’œil bienveillant d’une Bonne Mère qui les observe de loin. Ô Marseille la seule ville où l’on pourrait mourir à cent ans, suivre un corbillard en rigolant, dire du mal d’un voisin qui n’est pas encorné ou d’un gamin pas encore né, ville de chamailles et de pieds au plancher, champignons fous écrasés par des natifs de n’importe où. Envie de vivre, surtout.

17 12 2021

AK

5 commentaires sur “Champignons

  1. A croire que les Colette ont l’aqueux qui sent fichtrement bon le renard, c’est plus chaud qu’une remise de pène du commissaire vnu pour le constat d’adultère
    Elles laissent le cèpe au coin pour le veine et noeud d’un gland correspondant à leur aboi.
    Raie mue à toujours du coeur pour la narine…
    N-L

    J’aime

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :