Je vous le dis tout net : les jours augmentent et le coût de la vie aussi. Alors investissons nos économies déjà maigres dans le CRAC40. Les pauvres et les miséreux de ce monde n’ont pas de ressources, celles-ci ayant été privatisées par les locataires permanents des palais et des statues mémorielles en leur honneur. Alors, si jadis la populace ne demandait selon la légende que du pain et des jeux, l’heure est venue de taxer le pain et de privatiser le service public dont la gratuité d’accès est un véritable scandale. Car qui paie la redevance ? Les pauvres ! Qui regarde la télé quand il n’y a rien à voir d’autre que toujours les mêmes navets pour lesquels les vendeurs de boissons caramélisées ne paient aucun droit, ceux-ci étant tombés dans le domaine public. Chantres de la gaieté falsifiée, du tout sourire aux dents blanches, des publicités ciblées et des séries maintes fois rediffusées ; qui les regardent encore ? les pauvres cons, les arriérés mentaux qui ne s’abonnent pas à Netflix, à Prime, à OCS, à Salto, aux plateformes payantes en tout genre. Mais attention ! Il ne faut pas tuer le con, source de revenus. Juste l’abrutir avec des petits jeux qui apparaissent en bas d’écran ; une question stupide, tapez un ou deux, 0.99×2 euro par SMS ou téléphone. Un gagnant sera tiré au sort parmi les bonnes réponses. Les pauvres, notamment les vieux, sont ignares et/ou malvoyants. Un jour ils appuient sur la touche un, l’autre sur la deux. Ils ne gagnent jamais. Seule leur facture de téléphone engrange leurs errances. Voilà pourquoi il faut investir dans la misère, physique et mentale des pauvres dont on a sorti de la tête tout esprit critique, les inonder de publicités adaptées à l’heure d’écoute, en général des pubs pour maigrir, des trucs et des bidules pour lutter contre l’arthrose, des serviettes anti-pipi… Sans parler des réseaux sociaux et des croyances dites alternatives sur des sujets cruciaux, auxquels ils accèdent en un clic sur leur écran de téléphone portable à manipulation simplifiée. Sans aide psychologique, juste un code à quatre chiffres.
Ce préambule n’est que prétexte à faire évoluer notre société humaine vers l’animale. Ne t’inquiète pas pour l’avenir mon fils, tu finiras bête, oublieux du passé et de tes ancêtres, ne sachant plus faire une division, une multiplication, sans l’aide de ton Samsung, tes mains n’écriront plus et se contenteront de taper avec une vitesse vertigineuse sur ton clavier, mais pas de souci, tu seras connecté, que tu le veuilles ou pas, à ces jeux vidéos qui régiront ta vie, ton temps et peut-être, s’il reste un peu de temps pour l’enfer, tes enfants.
Vous me direz que les animaux ne forment pas une société, mais sur quels arguments pouvons-nous nous baser ? N’avons-nous donc pas constaté que de nos jours quand le chien du voisin aboie nulle caravane passe, que les poules ne se font plus écraser en traversant la route, mais que les poulets nous cabossent car on leur en a donné la possibilité, que si les oiseaux ne pondent pas des œufs carrés c’est par ignorance du théorème de Pythagore. Ignorez-vous pourquoi les sangliers broutent dans les golfs et les terrains de sport en retournant allègrement la pelouse ? Ce sont en vérité d’anciens supporters humains mécontents des résultats du match qui s’est déroulé contre les bœufs musqués de Nouvelle Zélande et les bœufs moins costauds de nos provinces nationales. Et puis, savez-vous pourquoi les lièvres dansent dans les prés au clair de lune ? Ah, voilà de quoi nous clouer le bec, non ?
De fait, nous sommes en train de devenir tout simplement inutiles ou utiles à ne rien devenir sur cette planète. Il suffit de regarder quelques images de Tchernobyl pour constater comment la nature a repris ses droits sur ces espaces anéantis par l’homme. Toute une vie animale y a prospérée, certes contaminée, mais réelle. Les animaux s’en foutent, de toute façon, ils ne construisent ni usines nucléaires ni mégalopoles infernales. Ils se moquent bien que le ciel leur tombe sur la tête, quand les hommes par une simple panne d’électricité voient toutes leurs immenses capacités industrielles et numériques se casser la gueule avec eux. Alors certains se replieront sur le diktat d’un Dieu : « que la lumière soit et la lumière fut ». Allumons nos chandelles et prions chantent les évangélistes et donnez-nous votre misérable pension pour acheter les générateurs dont Dieu a besoin (surtout pour mes potes et moi). Alléluia ! Ceci étant une des raisons, et pas la seule, de taxer les pauvres, de privatiser la télé et la radio d’État, et d’abrutir les gens qui regardent bouche ouverte la tétine des vendeurs de boissons caramélisées et les dents souriantes et blanches des grandes gueules qui règnent dans le vaste univers médiatique.
Je ne sais pas si je suis devenu un peu bête en écrivant ce texte un peu/très con, mais c’est réconfortant de se sentir bête d’une pensée humaine (sans locomotive).
10 01 2021
AK


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