Les mardis de la poésie : Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)

Poème tiré du site : https://www.poeticous.com/jean-pierre-claris-de-florian/

Jean-Pierre Claris de Florian, né à Sauve le 6 mars 1755 et mort à Sceaux le 13 septembre 1794, est un auteur dramatique, romancier, poète et fabuliste français.

Les serins et le chardonneret

Un amateur d’oiseaux avait, en grand secret,

Parmi les œufs d’une serine

Glissé l’œuf d’un chardonneret.

La mère des serins, bien plus tendre que fine,

Ne s’en aperçut point, et couva comme sien

Cet œuf qui dans peu vint à bien.

Le petit étranger, sorti de sa coquille,

Des deux époux trompés reçoit les tendres soins,

Par eux traité ni plus ni moins

Que s’il était de la famille.

Couché dans le duvet, il dort le long du jour

A côté des serins dont il se croit le frère,

Reçoit la becquée à son tour,

Et repose la nuit sous l’aile de la mère.

Chaque oisillon grandit, et, devenant oiseau,

D’un brillant plumage s’habille ;

Le chardonneret seul ne devient point jonquille,

Et ne s’en croit pas moins des serins le plus beau.

Ses frères pensent tout de même :

Douce erreur qui toujours fait voir l’objet qu’on aime

Ressemblant à nous trait pour trait !

Jaloux de son bonheur, un vieux chardonneret

Vient lui dire : Il est temps enfin de vous connaître ;

Ceux pour qui vous avez de si doux sentiments

Ne sont point du tout vos parents.

C’est d’un chardonneret que le sort vous fit naître.

Vous ne fûtes jamais serin : regardez-vous,

Vous avez le corps fauve et la tête écarlate,

Le bec… Oui, dit l’oiseau, j’ai ce qu’il vous plaira ;

Mais je n’ai point une âme ingrate,

Et mon cœur toujours chérira

Ceux qui soignèrent mon enfance.

Si mon plumage au leur ne ressemble pas bien,

J’en suis fâché ; mais leur cœur et le mien

Ont une grande ressemblance.

Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien,

Leurs soins me prouvent le contraire :

Rien n’est vrai comme ce qu’on sent.

Pour un oiseau reconnaissant

Un bienfaiteur est plus qu’un père.

Le crocodile et l’esturgeon

Sur la rive du Nil un jour deux beaux enfants

S’amusaient à faire sur l’onde,

Avec des cailloux plats, ronds, légers et tranchants,

Les plus beaux ricochets du monde.

Un crocodile affreux arrive entre deux eaux,

S’élance tout-à-coup, happe l’un des marmots,

Qui crie et disparaît dans sa gueule profonde,

L’autre fuit, en pleurant son pauvre compagnon.

Un honnête et digne esturgeon,

Témoin de cette tragédie,

S’éloigne avec horreur, se cache au fond des flots ;

Mais bientôt il entend le coupable amphibie

Gémir et pousser des sanglots :

Le monstre a des remords, dit-il : ô providence,

Tu venges souvent l’innocence ;

Pourquoi ne la sauves-tu pas ?

Ce scélérat du moins pleure ses attentats ;

L’instant est propice, je pense,

Pour lui prêcher la pénitence :

Je m’en vais lui parler. Plein de compassion,

Notre saint homme d’esturgeon

Vers le crocodile s’avance :

Pleurez, lui cria-t-il, pleurez votre forfait ;

Livrez votre âme impitoyable

Au remords, qui des dieux est le dernier bienfait,

Le seul médiateur entre eux et le coupable.

Malheureux, manger un enfant !

Mon cœur en a frémi ; j’entends gémir le vôtre…

Oui, répond l’assassin, je pleure en ce moment

De regret d’avoir manqué l’autre.

Tel est le remords du méchant.

En savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Claris_de_Florian


2 commentaires sur “Les mardis de la poésie : Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)

    • Plus sympa, « L’alligator » de Robert Desnos :

      Sur les bords du Mississipi
      Un alligator se tapit.
      Il vit passer un négrillon
      Et lui dit : « Bonjour, mon garçon. »
      Mais le nègre lui dit : « Bonsoir,
      La nuit tombe, il va faire noir,
      Je suis petit et j’aurais tort
      De parler à l’alligator. »
      Sur les bords du Mississipi
      L’alligator a du dépit,
      Car il voulait au réveillon
      Manger le tendre négrillon

      Aimé par 1 personne

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