La vraie histoire de Guillaume Tell

Quand le soir tombe et que mûrissent les pommes, je pense à Guillaume Tell. Le bougre, ancien mercenaire, a bien vieilli depuis ce mois de novembre 1307. A l’époque, il devînt héros national de la Suisse, ainsi que narré dans les livres d’Histoire :

« Selon la tradition, Guillaume Tell aurait été obligé de viser avec son arbalète une pomme placée sur la tête de son fils.

Le bailli (gouverneur) Hermann Gessler décide de vérifier la loyauté de son peuple en faisant hisser son chapeau au bout d’une perche sur la place publique d’Altdorf, en exigeant que chacun saluât son couvre-chef aux couleurs de l’Autriche.

L’ancien mercenaire, Guillaume Tell, passa plusieurs fois devant le poteau sans faire le geste exigé…
Pour le punir, Gessler lui ordonne de percer d’un carreau d’arbalète une pomme posée sur la tête de son fils 
Walter.

Tell s’exécute et atteind le fruit sans toucher l’enfant.

Figure probablement légendaire, l’archer demeure pour tous les Suisses le héros national par excellence. » (source : Guillaume Tell avant la RTS)

Depuis, les glaciers de la belle Helvétie ont fondu, et le récit que la légende a construite de ce pauvre Guillaume est révolue. En effet, le héros est devenu miraud et quelque peu sénile, comme en atteste une équipe de scientifiques éminents ayant pu, au travers du métavers, retracer cette page de l’Histoire dans la réalité de l’époque.

Les recherches internationales et les rapports divulgués permirent de noter quelques aspects que nul ne peut, à ce jour, nier. Les voici résumés :

D’une part, l’arbalète de Tell était parfaite, taillée dans les meilleurs bois du canton de Vaud, la flèche (ou carreau, ou trait) fine et lustrée à la cire d’abeille des meilleurs alpages. Aucun scientifique n’est revenu là-dessus, et nul pot de vin n’a été versé sous la table, il n’y en n’avait nul besoin. Sauf qu’en 1307, les mercenaires (ceux qui vivaient à Bâle) buvaient comme des trous. Et Guillaume faisait partie de cette engeance. Parti courir la gueuse dans le canton d’Uri, il fut pris en flagrant délit de débauche dans le presbytère de l’église d’Altdorf en compagnie de la femme d’Hermann Gessler, dont tous savaient dans le comté qu’elle appréciait l’odeur du sable chaud des légionnaires et des arbalétriers renommés, tel Guillaume Tell et pas ces loufiats d’Untel et de Télautre, venus plumer les riches autrichiens avec de faux chapeaux tyroliens.

Par malheur, Guillaume avait un fils, Walter, qui venait d’avoir dix huit ans et que son père, pour le protéger des mauvaises langues vernaculaires des Grisons, du Tessin et du Valais, avait vivement conseillé de porter les prénoms de Paulo, Romuald et Wilfrid selon les cantons qu’il traverserait. Malheureusement, lors d’une votation, la carte d’identité du gamin (Walter Paulo Tell) souleva le doute du contrôleur. Guillaume et son fils furent arrêtés sur le champ.

Les archives metaversées au dossier des explorateurs de cette affaire permirent de découvrir avec stupéfaction que dans la petite ville d’Altdorf, outre la famille Gessler, régnait également la famille Nestlé et ses affidés italiens, les Buitoni, natifs de Bellinzona. La population, dans ce canton d’Uri, était pauvre et les citoyens, au passage des nantis, faisaient chapeau bas, espérant pour la plupart une aumône tombant dedans. Cela ne plaisait pas à Guillaume Tell, ni à son fils, qui ne se nourrissaient que de couenne de porc et de pommes de terre crues. Mais Gessler avait surpris sa femme en compagnie de ce conquérant fantasque de Guillaume. Il se devait de venger son honneur, lui qui paradait dans les rues avec son chapeau en plumes d’Autriche. Or, quelle belle revanche que de provoquer le vieil arbalétrier en lui intimant l’ordre de viser et tirer sur une pomme splendide de Martigny placée sur la tête de son fils, s’il voulait devenir une légende vivante, au même titre que le sont les petits suisses Zermatt et les barres de chocolat Lindt. Guillaume accepta. Il n’avait pas le choix : Nestlé ne laissa disponible qu’une pomme fripée, le reste étant transformé en compote pour bébés.

C’est ainsi que le drame arriva.

Malgré son arbalète fabriquée et usinée dans les meilleurs ateliers du royaume, Guillaume ce soir-là but encore comme un trou. Au matin, alors qu’il s’apprêtait à remplir sa tache de libérateur populaire, que son fils, droit comme un i eut mis la pomme talée au sommet de son crâne, la vision de Guillaume se brouilla. Et le carreau alla se planter dans la pomme d’Adam de Walter, qui ne fit pas le poids. Du moins, c’est ainsi que les argonautes du métavers ont décrit les faits, que le narrateur en chair et en os vient de vous raconter.

18 04 2022

AK

7 commentaires sur “La vraie histoire de Guillaume Tell

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