Sur les chiens et, au-dessus, des lunules

Personne ne put oublier que Jean Bernard avait trucidé sa famille un soir d’été avec un coupe-ongle. Qui se serait douté qu’un coupe-ongle pourrait devenir l’arme d’un crime quand la strangulation suffit, avec ou sans les ongles ? Mais nous vivons des avancées technologiques qui dépassent l’entendement. Nos animaux domestiques, chiens et chats, nous abreuvent de messages dont la majeure partie est étudiée par des laboratoires internationaux. La complexité des études viendrait du fait, selon le docteur Lupus de l’université Don-Ne -C -Où la célèbre DNCO de Californie ou du Michigan, que les animaux s’expriment dans des langages différents selon leur origine.

Patti et moi, Lance, reporters de l’agence Plumplum and Pudding, sommes allés enquêter dans le fin fond d’un laboratoire du Michigan (occasion pour nous de visiter ce grand pays) où une trentaine de chiens, issus de pays différents étaient rassemblés pour en faire l’analyse linguistique, mais également génétique.

En Europe, c’est bien connu, les chiens n’aboient que quand la caravane du Tour de France passe. Jamais cependant ne s’est posée la question : qu’en est-il du passage des campings cars ? Une question qui a intrigué les chercheurs de la DNCO. Ils commencèrent leurs recherches par des chiens locaux noirs, connus sous le nom de leur propriétaire

Dread Zeppelin

Pour affiner leurs recherches, ils cherchèrent une femme qui avait du chien et amadouerait les animaux. Puis, les recherches s’accentuèrent entre pékinois de Floride et Danois du Jutland, plus quelques patous des Pyrénées élevés par des mamies polyglottes et des Huskies un peu timbrés. Sans parler des loulous de Poméranie et des Saucisses à pattes de la Costa Azzura . Bref, ce fut un bel échantillonnage que le professeur Lupus, de la DNCO, du Michigan, put explorer et étudier.

Qu’en advînt-il ? Nos recherches furent difficiles au début. Chaque animal s’exprimait dans sa langue et la plupart manquaient d’eau, ou se moquaient de nous en tirant la langue. Cependant, petit à petit, nous arrivâmes à créer un langage universel, par de simples gestes et léchouilles, au départ, puis par des sons gutturaux qui semblaient alimenter un langage commun qui n’était plus babélien ni biblique. C’était étonnant, fragile et assez complexe. Patti employa même le terme « ébouriffant ».

Alors que nous étions allongés sur une natte, dans la vaste cage métallique en forme de tour Eiffel où étaient rassemblés les chiens, l’un d’eux péta si fort qu’une dizaine d’autres se réveillèrent. Nous étions plongés dans un demi-sommeil, et la flatulence nous parla : « qui a retrouvé mon trou de balle ? » aboya le black dog. Les autres animaux ne comprirent pas ce que disait le chien de Dread Zeppelin, car comme déjà dit, ils parlaient tous des langues étrangères. Mais tous, à notre grand étonnement, comprirent le propos de Black Dog. Le langage de ces chiens venus de partout ou presque était bel et bien universel.

Bien que nous fassions semblant de dormir, recroquevillés en chien de fusil sous notre couche austère, nous sentîmes que la rébellion s’organisait. La première chose à faire était que chacun puisse récupérer son trou de balle, constituant sa réelle carte d’identité, avant de risquer d’être décimé par des Jean Bernard avec leurs coupe-ongles criminogènes. Les chiens connaissaient le danger, surtout les musiciens : jouer de la gratte sans ongles au bout des pattes était comme demander au Christ de n’être plus le clou du spectacle que le monde entier réclamait à cor et à cris.

Malheureusement le directeur de l’agence Plumplum and Pudding nous envoya un mail qui nous demandait de cesser notre enquête immédiatement. Nous avalâmes quelques croquettes avant de quitter les lieux (les garde-chiourmes nous avaient laissé la clé). Nous apprîmes plus tard que nous avions été dénoncés par un berger allemand venu renifler notre anus pendant la nuit, à la recherche de shit. Une odeur suspecte, humaine. Nous avons quitté les laboratoires de la DNCO et avons pris l’avion pour Paris. Patti était désolée. Nous étions si près du but !

Depuis nous reniflons les crottes qui parsèment les trottoirs parisiens et les croupions des poulets qui veillent au grain en pétaradant. Une bien triste fin pour nous, qui étions pleins d’ambitions et investiguions les plus importants sujets dont la Presse ne parle jamais. Pour seul réconfort, nous trouvâmes un chanteur dans un cabaret, qui chantait avec une voix qui ressemblait de loin à un aboiement en français. C’est son témoignage qu’à présent nous mettons en ligne :

14 08 2022

AK

7 commentaires sur “Sur les chiens et, au-dessus, des lunules

    • Eh oui ! dommage que l’agence Plumplum and Pudding nous (Patti et moi, Lance) ait coupé les vivres. Les croquettes, finalement, c’était plein de vitamines.

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    • Je cherche un(e) traducteur(trice) en langue canine. Attention ! cette offre n’est pas valable pour les chats, car le poste est déjà pris par le grand chercheur du Petit Pays, nominé dans la catégorie des Féiibres . de langue féline. (récompensé par l’Université des Langues de Chat, sise dans Pandémonium, capitale des Minous Ronronnants°

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  1. enfin un reportage suivi d’une analyse qui nous change un peu de Gala et des chaines inféodées à Bolloré et autres Arnaud, la France, notre douce France, n’a pas, malgré les efforts de ses dirigeants, un si grand retard en matière d’études scientifiques, humaines et animales; à venir, je crois, une analyse sur les moeurs des rhododendrons, par le même auteur, vieux connaisseur de la nature, qui mérite le prix Nobel de la Chienne de Vie

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