Une histoire vraie ? (suite et fin)

Il fallut moins d’une semaine pour que les rats des villes organisent le blocus du stock de céréales. Ils formèrent un groupe qu’ils nommèrent « les rats-zpoutine », dont la finalité était de limiter au maximum l’intrusion des rats campagnards, qui se nommèrent eux-mêmes les « ratsistants » dont le but était de reprendre possession des graines qu’ils avaient toujours produites et dont désormais ils étaient privés. Leur étendard portait l’intitulé « U-graine ». Il y eut une longue phase d’observation des deux camps. Les nains de jardin, modifièrent le nom de leur organisme, qui devînt ONU (Organisation des Nains Utopiques). Ceux-ci commencèrent par tatouer sous le poil des rats le sigle U-G, pour les différencier de leurs pourtant frères les R-Z. Parmi les paysans du petit Pays, nul n’aurait su différencier les uns des autres, car aucun de ces rustres ne s’aventurait plus dans le hangar depuis la récolte. L’odeur y était pestilentielle et allumer une cigarette explosif. Les vapeurs et la chaleur qui s’exhalent des silos deviennent très vite insupportables et très nocives. Donc les épis égrenés séchaient en paix, et les rats R-Z pétaradaient en grignotant un grain par ci par là, ce qui bien entendu amoindrissait leur vigilance. Les nains en profitèrent pour grappiller des quantités non négligeables de maïs dont ils tirèrent profit, notamment avec les chats turcs et égyptiens qui s’en servaient d’appât pour attirer les oiseaux de mauvaise augure dans le cœur même de la citadelle.

Le conflit sembla connaître un armistice entre les belligérants, chacun cherchant une stratégie pour chasser l’autre. Ils étaient frères mais par la guerre étaient devenus ennemis. Les uns, chassés des métropoles voulaient trouver refuge dans des lieux calmes et nourriciers, les autres ne désiraient que conserver leur territoire ancestral, et s’il y avait de la place pour tous dans ces espaces naturels, pourquoi alors se battre inutilement ? D’où venait cette haine de l’autre qui ne profitait qu’à ceux qui l’avaient ordonnée ? On parlait dans les deux camps du Maître des Poubelles, et durant tout ce temps aucun accord ne venait entériner un semblant de paix. Les jours et les semaines passaient ainsi dans un statut quo qui ne satisfaisait personne. Les nains de l’ONU étaient harassés de tenter de transiger, les silos menaçaient d’exploser sous le moindre mégot atomique, bref c’était une vraie catastrophe pour les rongeurs, et les surmulots chargés de surveiller les frontières en errant dans les sillons des champs en périphérie des murailles.

Comme tout doit finir un jour, ce furent les nains de jardin qui mirent fin au conflit. La citadelle avait un fort besoin d’éboueurs et de laveurs de caniveaux, d’arroseurs de plantes suspendues, de lèches-bottes et de ramasseurs de champignons. On recruta donc prioritairement les rats des villes, en faisant table rase du Passé et vodka pour tout le monde (cette boisson ressemble à de l’eau de source, paraît-il). Ce fut un jour historique : la signature d’un traité de pets biologiques dans une nuée d’applaudissements que des milliers d’habitants firent claquer entre leurs mains. Sauf ce couillon que l’on avait fini par capturer, le Maître des Poubelles, qui demanda une dernière cigarette avant que ne débutât son procès.

La suite, mieux vaut éviter de la connaître…

13 09 2022

AK

photo illustration : Boursip 2022 (festival de reportages gratuit et en plein air)

9 commentaires sur “Une histoire vraie ? (suite et fin)

  1. Mon petit K, tu mérites bien l’appellation « grand historien du terroir », délivrée toutes les années non bissextiles, quoique asexuées. Petit bémol : le pet, biologique ou non, est nocif pour notre planète bien aimée. Mais, mon petit K, l’erreur est la marque des grands.

    Aimé par 1 personne

    • « le pet, biologique ou non, est nocif pour notre planète ».

      Que dire alors des lanceurs d’alertes, qui font le « pet » pour surveiller la Planète ?
      (L’expression est apparue au début du XIXe siècle et n’est pas une référence à des gaz intestinaux, mais une abréviation de pétard. Quand on fait le pet, on vérifie qu’il n’y a pas de danger et que l’alerte n’a pas à être donnée.)

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