Poème animalier

La nuit est trop profonde pour y creuser un trou.

Dans la gueule du loup se tait le bavard hibou

Qui debout au comptoir racontait des histoires

D’avant la fermeture des becs de gaz, des sans le sou

Que la lueur réchauffait, leur apprenant à lire la vie.

La tendresse du soir traverse les hommages

Qui font dans les campagnes naître les hommes sages

Les arbres qui renoncent à vieillir sous la hache

Encore munis de feuilles que le vent parfois sabre

Les nyctalopes dansent parmi les pipistrelles

Nuit dense et aveuglement intense,ils n’ont d’ailes

Que les chouettes dans les bois et les clochers

Que cette fête importune éloigne et que l’aube oublie.

Certains animaux, nocturnes, voulurent enterrer le soleil

Mais personne ne voulait creuser le trou profond

Arguant du fait qu’ils en auraient un jour besoin.

Quand les champs de blé seraient moissonnés,

Quand les bec de gaz ne seraient plus honorés,

Le loup ajouta : quand sous la pleine lune d’été

Nous irons nous baigner dans les piscines privées,

Les taupes renchérirent , nous sommes aveugles

Mais nous connaissons tous les tunnels, les tranchées

Qui nous font vivre, alors, creuser un trou

Pour le remplir de nuit profonde est ridicule.

Tous furent d’accord, sauf le loup, le nez masqué,

Qui s’apprêtait à se rendre au bal des embusqués.

Soudain, le renard prit la parole.

Amis, dit-il, notre devoir est immense

Les hommes ont tenté de combler

Mille trous, la sécu, la dette, l’enfouissement de Bure,

Même les trous de cul des fraudeurs au pouvoir,

Et nous, qui sommes-nous, chouettes et hiboux,

Au fond de la logique , monticules de terre, rats d’égouts

Qui donc a dit, lors de cette assemblée :

La nuit est trop profonde pour y creuser un trou ?

On vit alors sortir de dessous une table un doigt sale

Et une voix chevrotante déclarer : c’est moi !

Tout le monde applaudit, enfin, ceux qui le pouvaient,

Mais le renard leva la patte gauche. Silence !

Pour clore notre séance, amis plumitifs et poilus

Je propose que dès maintenant nous sortions cette vaine

Mémoire de nos plaines et de ces champs lugubres :

Honorons donc, ensemble, cette légende : le trou normand !

La légende dit que Noé ne sauva que les animaux qui n’étaient pas ivres, mais ce sont des racontars !

01 12 2022

AK

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