Il m’a fallu attendre que la nuit tombe, que les ombres
Se mêlent à l’obscurité. Juste une grosse lune ampoulée
Remplissant de sa lumière diaphane une évasion certaine.
Et hop, je franchis la clôture et cours dans le champ
Récemment labouré, fais fuir quelques lapins, siffle
Un renard aux abords d’un poulailler, c’est Pâques, c’est cadeau,
J’atteins rapidement l’orée du bois, le ciel est immense
Je renoue mes lacets, adossé au vieux chêne asphyxié
Par le lierre qui se nourrit de sa faiblesse, serpent végétal,
A deux cents mètres mon logis, immobile dans la nuit,
Agréable cachot qui depuis quelques semaines empêche
Toute sortie. Je suis dehors, ni vu ni connu. La nature sent
L’herbe, la brise de printemps, la terre retournée
Brune en profondeur, claire en surface, prête pour les semis,
Les paysans révisent leurs outils de labours dans les hangars
Personne ne songera que la nuit est remplie d’étincelles
Le bois bruisse sous le vent, des animaux s’appellent
Un cerf fracasse de ses sabots les branches mortes
De son adversaire tombé à terre. Les feuilles poussent
Qui s’exposeront pour l’été, grand spectacle annuel,
Sous le climat surchauffé et le chahut du monde à cran
La Nature ne bronche pas, les animaux peu à peu
Comme des millions d’exclus se réapproprient la ville,
Singes, ours, tigres, baleines de parapluies, souris, cafards
Dans l’ombre ils se déploient et leurs rires enfantent
Des beautés et des joies que l’homme avait perdues
Mais il me faut rentrer, dans cette nuit féodale,
Regagner mon cachot et la misère humaine
Avant l’aube, avant que les gendarmes frappent à ma porte
Me demandent : on a retrouvé du lierre sur les passants
De vos chaussures, montrez-nous votre dérogation de sortie,
Monsieur.
10 04 2020
AK
(les paroles de la chanson du velvet pour les non anglophones comme moi sont ici)



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