les mardis de la poésie : Louis Calaferte (1928-1994)

Vous

Vous ne savez pas combien je m’obéis durement

Entre moi et vous, il y a moi.

Vous ne vous en doutez toujours pas, mais je suis là.

Mon
Dieu, tenez-moi dans votre élévation.

Mettons

si vous voulez

un badigeon bleu pomme et des larmes de lait ou de miel

un smoking de chez le grand faiseur

un accent d’angora quelque chose d’antique

étincelles en moire le cuir anglais d’antan

un glabre majordome deux ou trois aunes du plus noble des shirting limited
C° and C°

Milan à l’Opéra la virtualité insigne d’un grimoire

une grappe de fruits le craquant d’un biscuit et même un peu d’orgeat

Mettons

si vous voulez

un cerveau d’astronome
Et ce sera la nuit

Vous êtes belle

belle

belle

Vous êtes belle comme un calorifère

Si je vous disais tout !

On ne vous pardonne pas de vous suffire à vous-même.

Indécise cité des femmes vos mains

beaux peignes effilés

vos mains de feuilles fortes ô mains fidèles et adroites nous vous fûmes confiés indociles à vous fuir mains d’ondées ô gracieuses à nos têtes
d’enfants exerçant leur science exorables légères

mains à bouquets mains à blessures mains salutaires à nos fronts Épouses des enfants

Si vous voulez le fond de ma pensée, préparez-vous à une chute vertigineuse.

Vous avez laissé faire un monde de corruption.

Vous avez laissé faire un monde de mensonge.

Vous avez laissé faire un monde de lâcheté.

Vous avez laissé faire un monde d’ignorance.

Vous avez laissé faire un monde de routine.

Vous avez laissé faire un monde de pauvreté.

Vous avez laissé faire un monde de souteneurs.

Vous avez laissé faire un monde d’équarrisseurs.

On arrête.

On emprisonne.

On torture.

On assassine.

Et maintenant – qu’est-ce que vous espérez ?

Non, je ne suis pas mort, mais que ça ne vous empêche pas de m’envoyer des fleurs.

RÉCOMPENSE

Si vous êtes raisonnables toute la semaine

Si vous faites bien vos devoirs

Si vous apprenez bien vos leçons

Si vous ne vous battez pas avec vos camarades

Si vous ne tirez pas la queue du chien

Si vous mangez bien votre soupe

Si vous ne faites pas crier votre grand-mère

Si vous vous lavez les mains avant de vous mettre à table

Si vous vous brossez bien les dents

Si vous allez vous coucher sans pleurer

Si vous faites votre prière tout seuls

Si vous êtes bien sages avec maman

Dimanche on ira voir papa à l’asile

Je vous laisse tomber.
Je ne marche pas dans vos conneries d’avenir idyllique.

Choses dites (CME, )

Wikipédia (extrait) :  »

Louis Calaferte, fils d’un père immigré italien, maçon, et d’une mère stéphanoise, couturière à domicile, passe son enfance – à la fin de laquelle son père meurt de tuberculose – et son adolescence – correspondant aux années de guerre 1939-1945 – entre Lyon et la Haute-Loire.

Après l’obtention du certificat d’études, il travaille tour à tour comme garçon de courses, manutentionnaire dans une entreprise textile, manœuvre dans une usine de piles électriques, puis apprenti dessinateur dans un cabinet de dessins sur soierie. À cette époque, grâce à des retransmissions radiophoniques, il découvre le théâtre et s’essaie à l’écriture de nombreuses pièces1.

En , il quitte Lyon pour Paris, espérant devenir comédien. S’ensuivent quatre années de misère et de doute pendant lesquelles il continue néanmoins d’écrire. Des rencontres décisives ont lieu : en 1949, avec Guy Rapp, comédien et metteur en scène, qui lui apportera son amitié et l’encouragera à écrire ; en 1950, avec Guillemette, qui partagera sa vie ; avec Joseph Kessel, à qui il soumet, en 1951, le manuscrit de Requiem des innocents. Ce « père en littérature », lui prodiguant ses conseils, et après l’avoir fait retravailler, le présente à l’éditeur René Julliard. Le livre est aussitôt accepté, publié en 1952 et suivi, en 1953, de Partage des vivants, qui connaît un réel succès critique.

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