Quand le fruit est trop mûr laisse-le pourrir.
L’homme était hors de lui et fit sauter les gonds
De la porte d’entrée. Il n’avait qu’une envie, aller
Voir ailleurs s’il y était. Et c’est ainsi qu’on le trouva
Au pied d’un mur dans la position du poirier
Les jambes vers le ciel, la tête dans la poussière
Il chantait à tue-tête tout en faisant l’autruche
Ô épaisses lumières qui portent ma faiblesse
Dans cette nuit sans fin, sans appétit de vivre,
Je ne suis plus que l’autre, ma chair s’est dissoute
Et lui vagabonde partout où rôdent les rumeurs
Aller voir ailleurs si j’y suis et me perdre sans bruit
Les jambes vers le ciel froid, dans les fleurs de givre,
Chanter les derniers mots que seuls les murs écoutent
Quand le fruit est trop mûr, laisse-le pourrir.
L’homme était hors de lui et je l’ai vu s’asseoir
A l’ombre d’un cyprès, sur le marbre glacial,
Tout d’abord j’ai pensé que c’était mon père
Mais en fait c’était moi qui faisait le poirier
Le nez reniflant les cendres d’un quelconque passé
Ô épaisses lumières qui portent ma fatigue
Sous cette pleine lune que découpent les ombres
Spectre féroce, loup garou affamé de jeunesse
Rêvant d’un coq égorgé avant l’aube sublime
Quand le fruit est trop mûr, laisse-le pourrir.
Je ne suis plus que l’autre, ma chair s’est dissoute
Je vagabonde dans le marc de café des jardins
Nourrissant les lombrics et les poissons d’eau douce
Pécheur à la ligne qui, le long des rivières
Regarde passer sa vie à l’ombre d’un vieux chêne
Puis, jambes vers le ciel, plonge et se noie
Dans l’illusion perfide de n’être qu’une chose :
Une poire talée pourrissant gentiment. au pied d’un mur en ruine.
27 02 2021
AK
Note : l’ image d’illustration représente bien une poire : c’est ma pomme (ressemblant, non?)

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