Que les hommes sont tristes
Eux qui étaient fontaines
Ils pleurent dans leurs mains,
Celles qui portaient l’eau
Aux lèvres de l’Amour
« Ils ont bu trop de vin » dit Ancona à Bari
« Ils croient en nous comme la misère au pain. »
Elles rirent. Elles aimaient rire et se moquer
Des hommes. Deux vraies femmes.
Ancona : femelle hirsute, grassouillette, bandana
Cerclant son front et derrière un chignon mou, mais
Tout teinté de vert. « Tu verras, les garçons ! De vrais
Lampadaires, lampyres mâles maîtres des ombres ! »
Bari, plus maigre, plus noire aussi. Il ne pleuvait jamais
Chez elle au-dessus des genoux. Plus jeune,
Donc plus impertinente.
« Mais si un homme, dans le creux de ses mains,
Portait l’eau de la fontaine à tes lèvres,
Qu’est-ce que tu ferais ? »
« Je le regarderai »
« Tu pleurerais en le voyant ? »
« Peut-être si lui me regarde. »
Elles rirent de nouveau.
La nuit était tombée sur leurs joues roses
Et elles se repoudrèrent.
Deux belles gosses que Schiele peignit plus tard
(jusqu’en 1917).

recopié le 19 04 2021
(manuscrit retrouvé dans un sac de voyage…
qui sent encore bon les lavandières, quarante ans plus tard)
AK

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