La vie est parfois cruelle pour le commun des mortels, mais elle l’est chaque jour pour les montreurs d’ours que l’absence d’animal a rendu, fatalité supplémentaire, chômeurs. Et si la race de ces plantigrades s’est fortement restreinte, celle des montreurs d’ours a quasiment disparue. Quelques rares spécimen hantent encore les pistes sablonneuses d’un vague désert circulaire, mais le nomadisme des montreurs d’ours, autrefois légendaire, n’apparaît plus dans notre société actuelle que sous la forme d’une illusion d’optique, tant il faut avouer que sous leur épaisse fourrure, nul ne saurait constater la présence qui de l’animal, qui de l’humain.
Toutefois, pour peu que l’on y prête attention, et que l’on soit initié à certaines pratiques, il sera possible d’approcher de près ces personnages étranges que sont les montreurs d’ours. Le repérage en est simple. En effet, bien que soumis aux rudes épreuves de la misères uns promènent encore leur humaine progéniture dans les vastes parcs des métropoles. Il faut noter ici que le meilleur moment pour les apercevoir se situe exactement trois heures après le coucher du soleil. Là, en effet, tapi dans quelque épais fourré, vous tenant à l’affût, vous aurez toutes les chances d’en surprendre un et, si vous êtes enclin à une chance exceptionnelle, de l’entendre parler à son enfant.
Alors dans la nuit fraîche de l’automne, vous verrez le montreur d’ours dresser son index vers les cieux, et dire à son fils :
« -Regarde, elles sont là, mère et fille, endormies ; elles ronflent… »
(Manifeste Ringard)
juin 1982
AK


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