Cette nuit, j’ai eu peur. Non des gens qui m’aiment bien ni de ceux qui me détestent. J’ai eu peur de survivre sur une planète dévastée. Du coup,avec Lucien on est allé boire quelques bandes dessinées au café du coin, chez Ginette. Au comptoir, les trois zombis habituels, les yeux ouverts sur la perspective de ses fesses arrondies. De les voir ainsi la zyeuter,je me suis demandé quels genres de bandes dessinées ils regardaient, jeunes et pas encore poivrots. Sans doute des mangas. Bon, je les laisse à leurs lectures. Je déteste les mangas.
Ce matin, j’ai les idées noires : je viens d’apprendre la mort de Sempé. Comme tout le monde en parle, je me tais, sur l’oreiller. Je vais donc évoquer Franquin(1924-1997), histoire de brouiller les pistes. Ginette a déposé un bon petit déjeuner sur la table de chevet. Avec son art de jouer avec les mots, elle m’a glissé à l’oreille « c’est pour que tu bandes, mon Destiné ». En effet, le café était fort, et noire comme une idée d’André .
A midi, la canicule m’a saisie à l’improviste. J’ai du laisser le réfrigérateur ouvert pendant vingt minutes pour me rafraîchir les idées et le corps avant que celui-ci se mette à fondre abondamment . Ginette m’aurait confondu avec un lapin et hop, dans le faitout le vieux fondu. Heureusement Lucien est arrivé. Il avait l’air triste : « il paraît que Sempé est mort » m’a-t-il dit ; une nouvelle qui sentait au moins cent pets de lapin, vu que toutes les radios et télévisions du monde en avaient déjà causé. « Tiens, Lucien, on va le mettre en bière ton Sempé et trinquer à sa santé. Il doit faire chaud au Purgatoire cet an-ci si Goscinny y loge encore. »
« Au fait, tu as des nouvelles de Franquin ? »
« Aucune, m’a répondu Lucien. Et puis, je déteste les gosses qui lisent les mangas en buvant des fantas. J’en sais quelque chose : je les ai vus dans une auberge de jeunesse, déjà obèses, à Tokyo, affalés avant huit heures du mat sur de petits canapés, en train de se gaver de pop corn en lisant ces petits magazines. Depuis, je ne supporte plus, ça me file des idées noires idéologiques. »
« Bon, comment va Manara, il bande-dessine encore ? »
« Faut croire que oui, mon pote ! Et Ginette,elle te prend toujours pour un lapin? »
« C’est fini, tout ça, mon Lucien ! Elle s’est acheté un concombre masqué chez Mandryka et répand son écho dans la savane. Et bien d’autres aventures encore, sais-tu ! »
« Eh oui, un corbillard peut en cacher plein d’ autres !
https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Franquin

Hommage rapide et succint !
Paresse caniculaire
12 08 2022
AK

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