les mardis de la poésie : Joseph Brodsky (1940-1996)

poème tiré du site : https://stihipoeta.ru/3789-oktyabrskaya-pesnya.html

J’ai toujours dit que le destin est un jeu …

J’ai toujours dit que le destin est un jeu.
Pourquoi avons-nous besoin de poisson, puisqu’il y a du caviar.
Que le style gothique gagnera, comme l’école,
comme la capacité de traîner sans se faire piquer.
Je suis assis près de la fenêtre. Aspen à l’extérieur de la fenêtre.
J’en ai adoré quelques-uns. Cependant, c’est fort.

Je croyais que la forêt n’était qu’une partie du journal.
Quelle est l’utilité de la vierge entière, s’il y a un genou.
Que, fatigué de la poussière soulevée par le siècle, l’
œil russe se posera sur la flèche estonienne.
Je suis assis près de la fenêtre. J’ai fait la vaisselle.
J’étais heureux ici et je ne le serai pas.

J’ai écrit que l’ampoule contient la terreur du sol.
Cet amour, en tant qu’acte, est dépourvu de verbe.
Ce qu’Euclide ne savait pas, qu’en descendant jusqu’au cône, la
chose acquiert non pas zéro, mais Chronos.
Je suis assis près de la fenêtre. Je me souviens de ma jeunesse.
Parfois je souris, parfois je crache.

J’ai dit que la feuille détruisait le rein.
Et que la graine, tombant dans un mauvais sol,
ne germe pas; qu’une prairie avec une clairière
est un exemple de masturbation, donnée dans Nature.
Je m’assois près de la fenêtre, étreignant mes genoux,
en compagnie de ma propre ombre lourde.

Ma chanson était sans motif,
mais elle ne peut pas être chantée en chœur. Il n’est pas étonnant
que
personne ne mette les pieds sur ses épaules en récompense d’un tel discours .
Je m’assois dans le noir; comme un rapide, la
mer gronde derrière le rideau ondulé.

Citoyen d’une époque de second ordre,
je reconnais fièrement
mes meilleures pensées comme des biens de second ordre , et
je les présente aux jours à venir comme une expérience de lutte contre l’asphyxie.
Je m’assois dans le noir. Et elle n’est pas pire
dans la pièce que l’obscurité à l’extérieur.

Auteur : Joseph Brodsky

En savoir plus sur l’auteur (pour les curieux) :https://en.wikipedia.org/wiki/Joseph_Brodsky

Page

source page ci-dessus : https://www.persee.fr/doc/cmr_0008-0160_1966_num_7_3_1678

La valise avec laquelle Brodsky a quitté son pays natal, le 4 juin 1972, transportant une machine à écrire, deux bouteilles de vodka et une collection de poèmes de John Donne – aujourd’hui exposée au musée Anna Akhmatova, Saint-Pétersbourg

source : Wikipédia

Couvre-feu, pote aux fesses et pique nique : Vive la Belgique !

En Belgique, cafés et restaurants ferment lundi pour quatre semaines et un couvre-feu entre en vigueur de minuit à 5 heures pour endiguer la « montée en flèche » de l’épidémie.

Vendredi, le pays de 11,5 millions d’habitants recensait près de 192 000 cas de coronavirus et 10 327 décès, ce qui en fait l’un des pays européens les plus endeuillés par la pandémie rapporté à sa population.

Mais les belges s’en sortiront, comme toujours, par l’humour ! Alors courage et rions un peu dans ces temps plus que grimaçants !

Appuyons-nous sur la détente : le tribunal des flagrants délires 28/09/1982

Tous nous sommes fauchés par le croche-pied rigolard de la mort imbécile, et les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot.

La Dernière heure des mots avant les maux

Je me souviens très bien de cet instant. C’était une fin de repas bien arrosée. Les flûtes jouaient l’air de Papageno et Papagena dans le champagne et les enfants dans le jardin piaillaient sous la nouvelle lune. C’est alors que tous mes mots se sont rassemblés dans mon assiette. Ce fut un chahut silencieux qui de toute manière n’intéressait que moi. L’assiette était presque vide, il restait des éclats de pâtisserie et un peu de crème Chantilly sur les bords. Les mots frétillaient comme des têtards, des larves de moustiques, des spermatozoïdes oubliés dans mes rêveries nocturnes. Il y avait autant de mots que de phrases mal construites, de renonciations quant à l’apprentissage des règles de grammaire que ma grand-mère tentait de m’inculquer pendant que ma mère, dans la chambre de l’étage, récitait l’alphabet.

J’avais, bien des années auparavant, joué avec les lettres dans le bouillon qui précédait le pot au feu (que l’on cuisinait sans couvercle). Mais c’est à l’école que j’ai appris à écrire, puis à lire, sans qu’un taré vienne me/nous couper la tête. Ce soir là, donc, les mots que j’avais écrits, prononcés, murmurés, étaient là, dans l’assiette sèche. Ils faisaient soupe et moi, chabrot. On dit qu’il faut que l’eau ruisselle dans les caniveaux pour emporter l’imagination vers les grands bateaux amarrés dans les ports maritimes. Mais que fait-on de celle qui résiste, au fond des assiettes, gouttes salées, pâtisseries légères, sinon leur faire payer leur manque de courage.

Je comprends qu’il est difficile d’imaginer cette scène. Les mots vous regardent, comme des blobs, sans yeux ni corpulence, mous et terriblement présents, incontrôlables, ils vous chatouillent, vous grattent le cervelet et finissent par vous envelopper d’une extrême solitude, car ils n’existent que pour eux-mêmes, et qu’en cela vous êtes leur pantin, leur clown, et parfois leur ombre, quand ils défilent en ribambelle dans les rues de la cité.

Mais revenons à ce vague souvenir, où les flûtes s’enchantaient, que le brouhaha de la soirée laissait peu à peu la nuit, femme rude et belle, devenir reine. Les lettres dans mon assiette je le vis se ressoudèrent, formant des mots que depuis ma plus tendre enfance j’avais appris à surprendre, bien que j’en ignorasse le sens. Le vermicelle de mon enfance, je l’avais avalé, pendant les leçons de grand-mère et l’alphabet de ma mère. Langues maternelles.

Aujourd’hui, je suis vieux. Ce ne sont pas les vermicelles ni le missel ni le coran ni l’évangile ni la torah (dans les lettrines du bouillon il n’y avait pas de majuscules), ce sont les mots, seulement les mots, qui m’aiment et auxquels je tente chaque jour de répandre le parfum, en leur criant : « encore ! ».

Dans ce monde qui pue la mort.

17 10 2020

AK

Un jour un chien l’autre un vieux, et la Seine au milieu

Ce matin là, j’étais triste et errais sur les quais. Dans un magasin d’animaux j’ai surpris ce chiot qui grattait la vitre. Un corniaud comme moi. Je suis rentré, ai acheté ce bâtard qui était un pur produit de sa race, comme moi. La laisse et le collier étaient offerts. J’ai longé les quais avec le chiot apeuré qui n’a pas traîné à pisser un peu partout et c’est alors que j’ai vu ce vieux, affalé par terre (il n’y avait pas de bancs sur les quais, ça attire les clochards), qui pleurait. J ‘avais bêtement baptisé le chiot Gogoaway, un nom qui m’avait traversé la tête, sans doute insufflé par le vendeur de la boutique que j’avais payé en liquide et par quelque rythme musical entendu tel que walking the dog, . Le fait est que le chiot est allé flairer le vieux, comme on tourne autour d’un pot de fleurs pour découvrir quelle plante pousse dedans. Dans un premier temps, le chien sembla dire au vieux c’est mon lampadaire, casse-toi. Mais non. Puis je me demandais devant l’indulgence canine si l’homme à terre sentait la cocaïne. Mais comme Gogoaway n’aboyait pas, ni ne pissait, j’ai secoué le vieux. Il avait cet œil bleu de marin que la vie par ses tempêtes relègue en ville. Perdre les horizons de la mer c’est perdre la vision d’un monde chancelant à jamais . Le chien sauta sur son corps et le balaya de léchouilles, le visage fut sa première conquête car l’homme avait du mal à se réveiller.

Comme un prénom passe-partout, il me dit qu’il s’appelait Albert. Était-ce vrai ? J’avais eu un chat qui s’appelait ainsi, un miscio (un matou), un poilu hors norme qui avait balayé les toitures les gouttières et les minettes, trois générations d’ « Albert ». Mais l’homme en question était aussi âgé que mon vieux chat disparu. Il venait de perdre sa femme. Peut-être que dans le monde du vivant c’est sa femme qui l’avait perdu. Existe-il des frontières, des murs, entre ici et au-delà ? Juste des idées, dont certaines enflamment les ignorances. Jamais les profits.

J’ai proposé à Albert de lui laisser mon chiot, le collier et la laisse. Il a attendu un moment avant de me répondre. Un moment long comme une mise à jour sur un ordinateur portable. Long comme un parapluie percé quand il faut aller chercher le pain et les croissants dans la bourgade, et puis il s’est redressé, bon sang, il était grand comme un touareg sur son chameau. Il m’a regardé et a souri.

« Tu trouves un chien dans une boutique, et tu veux me l’offrir ! (là, il éclate de rire, puis reprend son souffle). Tu veux me faire plaisir, et en cela je te remercie. Mais en vérité, le chien, c’est toi, qui ne sais rien de ma vieillesse, ni de ses amours ni de sa solitude,en fait c’est toi qui flaire le monde environnant, tes envies de pisser, ces signes, ces territoires où rien ne s’inscrit qu’un autre à son tour flairera, sur lequel à son tour il pissera. La laisse et le collier, le chiot qui gratte la vitre, et toi, vieil endormi au pied d’on ne sait quel lampadaire, sur les quais, un jour dans les rayonnages d’un bouquiniste, un explorateur muni de gants pour rosiers, te cueillera…peut-être.

16 10 2020

AK

Les casquettes rouges du KKK

Un mélange mou
Comme un sortilège
Ça dérange tout
Pour faire leur manège
Tremper son pain blanc
Dans un petit noir
Ça dégage le sang
Ça rend la mémoire !
Coule la moralité blanche
Y’a qu’à s’unir
Et les remonter les manches
Des gros culs blancs

A revoir le coût
Des primates en masse
Ça arrange les loups
Sans laisser de traces
Tremper ses mains sales
Dans des séries noires
C’est aux visages pâles
En signe de pouvoir

Roule, roule
La moralité blanche
Y’a qu’à s’unir
Et les remonter les manches
Des gros culs blancs
Du cul cul clan
Des beaux culs blancs

A un rythme fou
Bercé notre enfance
Un monde bien debout
Qui rompt le silence
Laisser faire et dire
La belle inconscience
Faut pas s’étourdir
Dans l’intolérance

Coule, coule
La moralité blanche
Y’a qu’a s’unir
Et les remonter les manches
Des gros culs blancs
Du cul cul clan
Des beaux culs blancs
Salaud – oh !

Nous sommes mal barrés, mais beaucoup sont déjà rayés de la carte .

Dans son éditorial sur Politis, Denis Sieffert exprime bien le malaise ambiant, qui tourne à la maladie fort contagieuse de la violence état-usienne.

Extrait : « connaissez-vous Marjorie Taylor Greene ? Cette femme de 46 ans appartient à ce qu’il est permis d’appeler la galaxie Trump. Le Président vient de saluer bruyamment sa victoire à la primaire républicaine de Géorgie. « Une future nouvelle star du Congrès », s’est-il réjoui. Cette trumpiste fervente coche toutes les cases de l’ultra-droite conservatrice états-unienne. Pro-armes, pro-life, raciste au-delà de l’imaginable, et proche du Ku Klux Klan… Mais elle présente de surcroît une particularité encore peu connue chez nous. Elle est une adepte du mystérieux réseau QAnon (« Q », initiale du gourou fondateur, et « anon » pour anonymous) qui fait de Trump le preux chevalier sauveur de l’Amérique et du monde contre un vaste complot médiatico-politico-pédophile. Pour Marjorie Greene, l’actuel Président est aux prises avec un « deep state », un État profond satanique dont les membres s’adonnent à des pratiques pédophiles. Les musulmans, qui ne sont évidemment pas épargnés dans ce monstrueux délire, sont accusés de vouloir envahir le gouvernement américain en important également des mœurs scandaleuses… »

L’article est à retrouver ici : https://www.politis.fr/articles/2020/10/trump-et-le-delire-complotiste-42396/

Par ailleurs, les ventes d’armes explosent, en même temps qu’une exacerbation des rivalités entre républicains très ultras droitiers et les démocrates, qui se radicalisent à leur tour.

Selon la police fédérale, il s’est vendu en moyenne 2,3 millions d’armes par mois en 2019. Mais en 2020 les ventes s’envolent : près de 4 millions seulement pour le mois de juin, un record historique. Aux États-Unis, des millions d’armes sont en circulation et beaucoup de débutants s’initient au maniement des armes comme dans l’un des centres de tir situé à Raymond (Mississippi) au sud du pays. ( cf France infos)

En résumé, ce qui me vient à l’esprit (mais comme un nain qui monte sur sa chaise pour revendiquer son bock de bière au comptoir):

Ce qui se passe en ce moment au-delà de l’Atlantique va, comme toujours, atterrir sur nos plages et nos citadelles les plus vastes, puis se répandre comme une pluie diffuse sur l’ensemble des territoires européens. Le règne d’une non-pensée, d’une perte totale d’humanité due à des intoxications verbales, télévisuelles et entretenues (on se demande parfois à quelles fins, tant ceux qui la propagent sont décervelés) par les pseudos réseaux sociaux, les chaînes en continu, la grande majorité des médias, et, finalement, l’individualisation des gens qui ont leur mot à dire sur tout et n’importe quoi (j’en fais donc partie) sans même tenter de comprendre les enjeux, sans tenter d’analyser le pour et le contre, ce qui est devenu très très compliqué par la masse des infos les plus contradictoires et l’impossibilité pour le citoyen d’obtenir des sources claires (administratives par exemple), tout cela laisse monsieur Tout- le- Monde à ancrer ses dérives sur des choix dont il n’est que son propre récif : les îles de la Désolation et des guerres fratricides.

Maintenant, à chacun son jugement dernier, avec ce petit proverbe : « Entre le dire et le faire, au milieu il y a la mer. »

AdeY (photographe) : des nus tombés des nues (ou pas)

https://www.valokuvataiteenmuseo.fi/en/exhibitions/censored-exhibition

(extrait du texte de présentation : )

AdeY est un plasticien multidisciplinaire dansant entre photographie et performance. Les œuvres d’AdeY sont politiquement motivées par des événements culturels et sociaux qui se produisent à travers le monde, explorant comment la société définit qui nous sommes et comment nous sommes perçus.

Les images de l’artiste sont motivées par une attention particulière portée au droit des personnes aux différences, principalement en ce qui concerne les différences d’apparence physique, de genre et de sexualité. Avec une approche humoristique et expérimentale, les images cherchent à mettre en valeur notre vulnérabilité, notre solitude et nos forces. AdeY utilise le corps comme médium pour capturer des moments d’intimité, d’oppression sociale, d’isolement, d’anxiété et de dépression. En pratique, c’est à bien des égards la perception du corps qui est remise en question par l’artiste, en fonction de son propre parcours et de son expérience du corps humain.

https://www.thelittleblackgallery.com/artists/adey/

Vagues à lames de fonds d’écumeurs et de pognon

il suffit de porter ses mains à ses oreilles pour entendre la mer. (proverbe karougien du Sud)

« Dans l’océan été comme hiver, les surfeur.ses sont les témoins de la fragilité des océans et de la dégradation catastrophique de l’environnement. »

https://www.ramepourtaplanete.com/

Si le ridicule ne tue pas, il en va différemment de l’absurdité, quand elle se fait dévastatrice. Il s’agit ici de créer un surf park à Saint Jean de Luz (côte basque)

extraits de l’article de Reporterre :

« Dernier né des projets de surf park, celui de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques) bat un record de proximité avec l’océan Atlantique et ses vagues naturelles : situé à 1,5 kilomètres de la côte, il est à moins d’un quart d’heure du premier spot de surf. S’il voit le jour, les clients pourront surfer les vagues artificielles avec une vue imprenable sur… l’océan. Pour le moment, la colline abrite en son sommet des terres agricoles où pâturent des animaux et une zone boisée sur les pentes. Mais à l’automne 2019, les conseillers municipaux ont voté le changement du plan local d’urbanisme (PLU) et ces zones inconstructibles sont devenues des zones à urbaniser en priorité. »

Mais le phénomène est plus large :

« Dans les Landes, une « vague baladeuse », comme la qualifie Didier Tousis du collectif local NouTous qui s’y est opposé, a fait une première apparition à Saint-Geours-de-Maremne avant que le projet ne tombe à l’eau car sa rentabilité questionnait. Le projet a réapparu peu de temps après à Castets, une autre commune des Landes. « Dans le premier projet, on nous parlait d’un investissement de douze millions d’euros et ce n’était pas rentable. À Castets, on nous annonce soixante millions d’investissement, et ce serait rentable ? » ironise l’opposant. Un seul entrepreneur landais, Julien Blanc, a annoncé investir à hauteur d’un million d’euros et la région Nouvelle-Aquitaine sollicitée pour accorder une subvention a décliné la proposition. Les porteurs de projet ne répondent plus aux questions, ce qui laisse penser que cette deuxième vague landaise a elle aussi fait plouf, même si les opposants restent vigilants.

À Saint-Père-en-Retz (Loire-Atlantique), le scénario se répète. Après un combat acharné des opposants débuté à l’automne 2018 et un désistement du département, les porteurs de projet ont disparu des radars. »

Pétition contre ces aberrations environnementales !

En Seine saint Denis, à Sevran, un surf park est également en gestation :

https://www.20minutes.fr/paris/2827731-20200725-seine-saint-denis-surfer-sevran-non-sens-ecolo-social

« Le modèle économique de ces infrastructures, qui reposent sur des investissements de départs importants, reste flou. Et le prix d’entrée, estimé a minima à cinquante euros par personne ferme les portes de ces structures à beaucoup de bourses. C’est pourtant à Sevran, en Seine-Saint-Denis, dans une ville où le revenu moyen est inférieur à la moyenne nationale, qu’un des plus grands projets de surf park actuellement sur la table est porté par une filiale de Bouygues, la société Linkcity. Le projet ne s’arrête pas au seul surf park : sur trente-deux hectares de terres, dont certaines sont agricoles, un pôle d’urbanisation autour de nouvelles liaisons de métro pour attirer des habitants et des visiteurs dans cette ville du 93 est prévu. Face aux critiques sur le fossé entre la réalité sociale de la ville et le coût de ce loisir, les tenants du projet assurent que des tarifs préférentiels seront proposés aux jeunes de la commune. »

On croit rêver ! Des tarifs préférentiels pour les jeunes de Sevran…

Lire l’article complet : https://reporterre.net/Les-luttes-se-multiplient-contre-les-surf-parks-absurdite-environnementale

En même temps, dans le désert de Californie :

https://www.surfsession.com/articles/piscines-vagues/kelly-slater-annonce-creation-plus-grande-vague-artificielle-monde-227203984.html

« Se dirige-t-on tout droit vers une nouvelle hérésie environnementale ? À l’heure où la planète suffoque, que l’eau se fait rare et que l’heure devrait plus être à la sobriété heureuse plutôt qu’à la société de consommation, ce nouveau projet d’envergure à de quoi faire trembler. 

Mais avant de lutter contre un problème, il faut prendre conscience de ce dernier. Voilà donc l’information. Une information révélée par The Guardian, un célèbre journal britannique, 3e site d’info le plus consulté au monde derrière le Daily Mail et le New York Times. 

Kelly Slater et sa société ont annoncé leur intention de construire « la plus grande vague artificielle au monde » à partir de 2021. Et, comme son ancêtre à Lemoore, la nouvelle piscine va s’asseoir à plus de 160 kilomètres de l’océan le plus proche. Cette dernière devrait en effet se situer en plein milieu du désert californien… »  

« Au programme ? Un complexe de 160 hectares… qui comprendra un complexe hôtelier à service complet, 600 maisons résidentielles, un club privé, plusieurs lieux de restauration et, bien sûr, la piscine à vagues. La construction devrait bientôt commencer du côté de Coral Mountain à La Quinta, en Californie. Le projet devrait être ouvert en 2022. On ne connaît pas encore à ce jour les tarifs, ni à qui le complexe sera ouvert. »

Alors, basta cosi !

les mardis de la poésie : Mokhtar el Amraoui (1955-…)

La symphonie errante

Je cherche mes rallonges telluriques,
Mes incommensurables sphères
Dans les dilatations de l’exil,
L’ombre ivre de ma soif
Dans la sécheresse de l’arôme somnambule.
Je cherche mes imprécations
Creusant les sillons du retour
Contre les serres des vautours,
Ton ombre aux aguets
De cet éveil cinglant
Erection du soleil
À la symphonie errante du dromadaire !
Je cherche le râle éclaté
De mes vertèbres lyres en délire,
S’étouffant de leurs notes déportées,
Mes soupirs tonnant de bleus fuyants
Dans l’inatteignable voyage
De ce papillon qui s’éreinte
En poursuites trébuchantes,
Au-delà de ses rêves brisés !
Je rêve de comètes,
D’astres flamboyants,
De méduses lunes
Ouvertures transparentes
Des inextinguibles profondeurs !
Je rêve, muet,
Dans la soif de tes pas,
Sur les sables du voyage
Auquel je t’invite vers les prairies rouges
Et leurs feux bleus !
Ô muse de mon départ !
Astre scintillant
Sur les lèvres ouvertes des vagues !
Il n’y a plus de toits !
Pluie d’encens rouge
Sur tes seins embaumés
Dans le linceul de l’extase
des rencontres crépusculaires !
Viens de mes reviens fatigués !
Je te prêterai les ailes immaculées
De mes Icare exilés.
Je te montrerai
L’axe de l’impact pluriel,
L’agonie du cogito carnivore,
Ce manteau d’erreurs spectrales !
Viens !
Accroche-toi aux tiges sans amarres
De cette forêt éclatée !
Reviens de mes viens
Qui valsent dans l’aube
Des intraduisibles fermentations !
Nous écrirons la grandeur du menu moineau
Echeveau des sens triangulés !
Cet azur qui nous appelle
Nous retrace dans nos fibres de nouveau-nés !
Reviens
Au commun des immortelles mésanges assoiffées.
Je te composerai,
Sur le clavier des escaliers,
Une symphonie qui te mène
Jusqu’à mon perchoir d’exilé.

© Mokhtar El Amraoui in « Arpèges sur les ailes de mes ans »

tiré du site : https://afropoesie.com/2020/10/06/la-symphonie-errante/

Mokhtar El Amraoui est né le 19 mai 1955, à Mateur, en Tunisie. Il est poète tunisien d’expression française. Il écrit pratiquement depuis l’âge de 14 ans. Il aime passionnément la poésie. Selon lui, elle peut être d’un grand secours pour l’humanité! Il a publié deux recueils. Un premier s’intitulant “Arpèges sur les ailes de mes ans” en 2010 et un second ” Le souffle des ressacs”, en 2014. ”…

in http://www.margutte.com/?p=12938&lang=fr

Autres poèmes sur youtube lus par l’auteur :

in https://www.youtube.com/channel/UCUHbGByZGcYu_ST-10v6Zrw/videos

Ne nous privez pas de ce petit bonheur, monsieur Giono.

Tout le monde chasse au bonheur.

On peut être heureux partout.

Il y a seulement des endroits où il semble qu’on peut l’être plus facilement qu’à d’autres. Cette facilité n’est qu’illusoire : ces endroits soi-disant privilégiés sont généralement beaux, et il est de fait que le bonheur a besoin de beauté, mais il est souvent le produit d’éléments simples. Celui qui n’est pas capable de faire son bonheur avec la simplicité ne réussira que rarement à le faire, et à le faire durable, avec l’extrême beauté. »

On entend souvent dire : « si j’avais ceci, si j’avais cela, je serais heureux », et l’on prend l’habitude de croire que le bonheur réside dans le futur et ne vit qu’en conditions exceptionnelles. Le bonheur habite le présent, et le plus quotidien des présents. Il faut dire : « j’ai ceci, j’ai cela,je suis heureux ». Et même dire : « malgré ceci et malgré cela, je suis heureux. »

Les éléments du bonheur sont simples, et ils sont gratuits, pour l’essentiel. Ceux qui ne sont pas gratuits finissent par donner une telle somme de bonheurs différents qu’au bout du compte ils peuvent être considérés comme gratuits.

La vie moderne passe pour être peu propice au bonheur. Toutes les vies, qu’elles soient anciennes ou modernes, sont également propices au bonheur. Il n’est pas plus difficile de faire son bonheur aujourd’hui qu’il ne l’était sous Henri II, Jules César ou Virgile. La civilisation a même parfois ajouté la liste des éléments du bonheur. Un des moyens de n’être pas heureux, c’est de croire que les éléments premiers étaient seuls capables de donner le bonheur. Si l’on croit par exemple que l’arc roman était seul capable de savoureuses satisfactions esthétiques, on passera sans les voir devant les admirables réalisations architecturales que la technique a suscitées. Dès qu’une architecture s’est résumée dans son utilité, elle est belle et donne du bonheur (les barrages, la construction extraordinaire de Shell-Berre, le jour, puis la nuit, où elle est comme un palais féerique).

Le bonheur est, pour une part, la multiplication des émotions de la curiosité par la culture. Les grands ensembles architecturaux des siècles passés mariaient la pierre et l’églogue. Il est, certes, toujours possible de venir chercher ce qu’ils proposent et de le faire concourir à la chasse de notre bonheur.eut toujours se servir aux mêmes fins de délices métaphysiques (cathédrales de Paris, de Reims, de Chartres, etc, extérieurs, intérieurs, vitraux), mais les centrales, les gares, les raffineries de pétrole sont autant de véhicules modernes pour les nouvelles grandes évasions.

Il n’est pas de condition humaine, pour humble ou misérable qu’elle soit, qui n’ait quotidiennement la proposition du bonheur : pour l’atteindre, rien n’est nécessaire que soi-même. Ni la Rolls, ni le compte en banque, ni Mégève, ni Saint-Tropez ne sont nécessaires. Au lieu de perdre son temps à gagner de l’argent ou telle situation d’où l’on s’imagine qu’on peut atteindre plus aisément les pommes d’or du jardin des Hespérides, il suffit de rester de plain-pied avec les grandes valeurs morales. Il y a un compagnon avec lequel on est tout le temps, c’est soi-même : il faut s’arranger pour que soit un compagnon aimable. Qui se méprise ne sera jamais heureux et, cependant, le mépris lui-même est un élément de bonheur : mépris de ce qui est laid, de ce qui est bas,de ce qui est facile, de ce qui est commun, dont on peut sortir quand on veut à l’aide des sens.

Dès que les sens sont suffisamment aiguisés, ils trouvent partout ce qu’il faut pour découper les minces lamelles destinées au microscope du bonheur. Tout est de grande valeur : une foule, un visage, des visages, une démarche, un port de tête, des mains, une main, la solitude, un arbre, des arbres,, une lumière, la nuit, des escaliers, des corridors,des bruits de pas, des rues désertes, des fleurs, un fleuve, des plaines, l’eau, le ciel, la terre, le feu, la mer, le battement d’un cœur, la pluie, le vent, le soleil, le chant du monde, le froid,, le chaud, boire, manger, dormir, aimer. Haïr est également une source de bonheur, pourvu qu’il ne s’agisse pas d’une haine basse et vulgaire ou méprisable : mais une sainte haine est un brandon de joie. Car le bonheur ne rend pas mou et soumis, comme le croient les impuissants. Il est, au contraire, le constructeur de fortes charpentes, des bonne révolutions, des progrès de l’âme. Le bonheur est la liberté.

(…/…)

Extrait du chapitre « la chasse au bonheur », tiré du roman de Jean Giono ayant le même titre, collection folio Gallimard 1988

Le tout gentiment retranscrit par un homme jusqu’ici plutôt bienheureux (pourvu que ça dure!)

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