Ne pas déranger, motif : en Réunion avec Danyel Waro (et Maloya)

 

 

(je n’ai pas trouvé de traduction, alors débrouillez-vous, l’orage approche!)

paroles officielles ♪ La Météo ♪

Do lo i fann an boufad si la kaz mi giny pa dormi, mon ver
la titil na loraz lé dann la bou in mommon i cri(x2)Do lo i fann en boufad si la kaz mon kér la frédi, mon ver
la titil na loraz lé dann la bou son zanfan lé pri(x2)

La meteo lé lotèr don la meteo
Bondyé lao lé lotèr bondyé lao(x6)

Sodron i plèr dann bordaz in kanal té mal aranzé
In gro misyé la pran lavyon péidéor po bat son karé

Sodron i plér dann somaz in fémal po giny son manzé

Kozman in zorey sa domyél lé an zamal pou nou rét fransé

Bann militér la télé don bann militér
Po giny lonér la kozé don po giny lonér

 

 

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dany%C3%A8l_Waro

Une dernière, pour la chaloupe pleine de réunionnais à la dérive et loin du continent bleu blanc rouge:

 

Il y a ponte et pontes

Certes, c’est une première expérience, née de recherches acharnées par des scientifiques de nombreuses nations, ce que jalousent les autres, qui n’y ont pas été admis ; bref, j’ai pondu un œuf. Pas ovale comme celui d’une poule ni emphatique comme un fœtus recroquevillé sur lui-même. Les scientifiques disent qu’il ressemble à un œuf de tortue, mais comme les tortues en pondent des dizaines ils n’ont pas pu se mettre d’accord sur le sujet. Il faut admettre que l’extraction n’a pas été sans risque, et sans l’intervention des meilleurs chirurgiens cet œuf serait mort-né . En effet, j’ai accouché par le nombril, et il a fallu de longues heures d’opération pour dénouer mon cordon ombilical, après que toutes les tracasseries administratives soient réglées.

Dans le bloc opératoire, où j’étais sous anesthésie partielle, j’ai entendu les infirmières et le chirurgien dialoguer. Ils disaient, je m’en souviens très bien, « qu’il est chou, qu’il est beau, Fabergé ne le renierait pas » puis ils l’ont emporté dans un petit pot rempli de liquide jaunâtre, comme celui de mon oncle Henri quand il faisait pipi dans le jardin. Deux aides soignantes sont venues refaire mon lit, me demandant de rester sur le dos, des fois que d’autres œufs en sortent par le même orifice. Elles ne croyaient pas si bien dire. Au petit matin, sept étaient dans mon lit, dont quatre écrasés par mes mouvements nocturnes. Ce qui était, à mes yeux, étonnant, c’était leur propension à se déplacer dans le lit minuscule.

A cet instant entra le médecin de garde. Il vit les petits cocos et me rassura : « elles sont parfaites, vos bestioles ! »

Je répliquai : « ce ne sont pas des bestioles, ce sont des œufs ! »

– »Excusez-moi ! » répondit-il. Infirmière prenez la tension de madame et vérifiez que le cœur de ces œufs bat normalement. L’infirmière s’exécuta. « mais docteur, ils sont encore brûlants ». « Faites votre travail, ou changez de service! ». Les œufs se portaient bien, et une pince à linge ferma momentanément mon cordon. Je pus dormir quelques heures avant de nouvelles visites du corps hospitalier. Je devais être assez ensuquée pour ne pas demander de nouvelles de mes pontes. Sauf que d’autres pontes se dressaient devant moi, me diagnostiquaient.

« -Qu ‘en pensez vous, docteur ?

-C’est une foldingue, elle ne comprendra jamais ce qui lui est arrivé ! »

– »Sa fausse couche ?

– »Non, la cuisson des œufs coque

« -Vous êtes très dur !

« -Vous plaisantez, j’espère ! Tout le monde sait que pour les œufs de tortue il faut compter quinze minutes, et pas trois ! »

AK

25 07 2020

Allumette, gentille allumette…

Belle allumette brûle-moi

Dans le foin j’ai perdu le fil

Et le chas de l’aiguille

Le chat et l’anguille

De cette conversation

Où nous démêlions

Moi tes cheveux

Toi mes lubies

J’avais appris à lire dans tes yeux

Tu lisais dans mon cœur

Mais parmi ces sentiers

Au bord de la rivière

Le chat et l’anguille

L’un sur la barque et l’autre la guidant

Au fil de l’eau

Belle allumette brûle moi

La sécheresse est devenue princesse

Le foin est à sa botte

Et l’eau tarit dans les ruisseaux

Comme tes cheveux

En cascade tombent

De cette conversation

J’ai appris

Que de fil en aiguille

L’amour brûle les doigts.

24 07 2020

Pourquoi j’ai tué mes chats.

 

A quoi servirait la mort si nous pouvions revivre

Sinon à devenir absents de toute humaine pensée

Plus un rire, plus un pleur, juste une saison de deuil

Qui ne fleurirait aucun cimetière, nul souvenir,

Juste remettre ça comme sonnent les cloches

Comme des minarets psalmodient les muezzins 

Revivre comme un verbe qui étourdit l’esprit

Laissant dans le vestiaire la chair qui l’a trahi,

Et de nouveau danser sur l’absence indécente

De ce privilège qu’ont les hommes

De mourir enfin, une bonne fois pour toutes

Pour nous foutre la paix.

(suite à une pétition lancée par les animaux de compagnie et les arbres centenaires du jardin)

(la jalousie des hommes quant au fait que nous avons neuf vies et, côté végétal, de l’endurance élégante  de l’intemporalité)

un reportage (de 2020) très dur et poignant : les fantômes de Karachi

Il faut se poser, prendre 35 minutes  de son temps et regarder cet effarant et effrayant reportage de David Muntaner  concernant la vie (la non vie) de ces femmes pakistanaises encloses dans quatre longs murs. Un monde terrible que la misère, la violence et la mainmise des hommes dirigent. Ce reportage m’a profondément ému, raison pour laquelle je l’ai mis ici.

 

C’est un rectangle de béton immense, massif, planté en plein cœur des quartiers Nord de Karachi. Deux cent cinquante mètres de long, cent vingt de large, c’est l’échelle du monde pour les 1700 patientes qui vivent entre ces quatre murs. La maison Bilquis Edhi est le plus grand hôpital psychiatrique pour femmes de toute l’Asie…

Pourtant les femmes qui sont soignées ici ne sont pas toutes atteintes de maladie mentale. Loin de là. Elles sont plutôt victimes de la violence de la société, victimes de la violence des hommes. Frappées puis répudiées par leur mari, maltraitées par leur belle-famille, stigmatisées par leur propre famille qui leur fait porter le poids de l’échec de leur mariage et les rejette, elles se retrouvent seules et sans avenir. Une condamnation sans retour. Fragilisées, humiliées, elles basculent alors lentement dans la folie. Le seul endroit où elles trouvent refuge, c’est le centre Bilquis Edhi.

Au Pakistan, l’ONG Edhi a remplacé un Etat absent dans de nombreux domaines. De la gestion des orphelinats jusqu’aux maternités en passant par les services d’ambulance et ce centre d’accueil d’urgence pour les femmes, Bilquis Edhi, le seul hôpital psychiatrique gratuit du pays, ultime refuge pour toutes celles qui ne savent plus où aller…

https://www.arte.tv/fr/videos/093391-000-A/pakistan-les-fantomes-de-karachi/

les mini-séries d’Arte : Dawaland

 

Le Taraf de Haïdouks

Taraf de Haïdouks est un ensemble musical de Roms de Roumanie, originaire de Clejani, au sud de Bucarest. Il est le plus célèbre groupe du genre dans l’ère post-communiste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Taraf_de_Ha%C3%AFdouks

 

Extrait tiré du film de Tony Gatlif, « Latcho Drom ».

En avant la musique!

 

 

les mardis de la poésie : Shizue Ogawa (1947- …)

L’arbre en colère
 
Près des rails il y avait un arbre en colère
qui portait des excroissances tumorales sur son tronc.
L’arbre était là à écouter les trains,
ses branches, courbées en forme de coude, pointaient leurs ongles vers le ciel.
Chaque articulation était pleine de colère
dans le champ printanier d’astragales de Chine
à côté d’une route illusoire qui se prolongeait en arc-en-ciel.
 
Une lumière était réfléchie par la surface du champ.
Des rayons se projetaient dans les yeux.
L’arbre en colère était solitaire
dans le soleil printanier.
Il était là sans donner ni bourgeons,
ni pousses, ni fleurs.
Des globules ronds de sève sortaient des excroissances.
Les branches noires pendant à angles aigus
révélaient le pouvoir de l’arbre.
 
Ah ! Le rêve ondoyant de l’arbre, comme des vagues de chaleur !
L’arbre ne souhaite pas toujours rester là en colère
et aborde tranquillement le jour à venir.

Forêt de Belgique, forêt de poètes 
 
Plantons des arbres dans la forêt de Belgique.
Plantons-en beaucoup, amis poètes.
Debout dans le vent, chantons nos chants.
Les peupliers sont des sopranos.
Les chênes, des basses.
 
Rassemblez-vous avec vos instruments et jouez.
Frappez tout
ce qui donne un son.
Poètes, tous.
Amis, tous.
 
Apportez le sol de vos pays.
J’apporterai l’eau de l’Asie,
et en la versant, nous nourrirons les arbres.
Dans la forêt de Belgique,
faisons pousser une luxuriante forêt de chant.
 
Les arbres en chantant étendent leurs branches au loin
et joignent les mains.
Poètes ! Regardez vers le ciel et chantez –
les chants de votre pays,
les chants forestiers de votre pays bien-aimé.

Note de l’auteur :
Ce poème a été composé après que Shizue Ogawa eut reçu une première invitation, régulièrement renouvelée, pour la Biennale Internationale de Poésie de Liège en 2005, en remerciement pour la Belgique.

poèmes issus du site :  (de nombreux poémes figurent sur le site)

https://www.larevuedesressources.org/Arbre-en-colere-arbre-attriste-arbre-aimant-ses-amis.html#forum6250

 

Shizue Ogawa

Née en 1947 au Hokkaido, Shizue Ogawa a fait des études d’anglais au Japon avant d’y devenir elle-même universitaire. Ses très beaux livres bilingues, Water – A Soul at Play (I), Flames, A Soul at Play (II) et Sound, A Soul at Play (III) parus entre 1999 et 2007 dans son pays, présentent, côté à côte avec les poèmes originaux japonais les traductions en anglais dont elle est la co-traductrice avec Donna Tamaki.
L’expression discrète de sentiments parfois puissants se double d’un sens profond de l’unité entre l’humain et le cosmos, les animaux, les plantes et même les pierres. La plupart de ses poèmes développent un humour joyeux qui conteste les approches toutes faites du réel. Sa thématique va d’une attention, d’une présence entière aux moments et aux incidents en apparence les plus anodins jusqu’à un absurde onirique, joyeux ou cauchemardesque ; réalisme et imaginaire se mêlant souvent dans le même poème.

in https://www.temporel.fr/_Shizue-Ogawa_

un récit très kakigori (addendum)

résumé épisode  précédent : https://lepetitkarougeillustre.com/2020/07/15/un-recit-tres-kakigori-suite-et-fin/

J’aime bien narguer le lecteur en lui racontant que l’histoire est finie. Mais ce coup-ci je me suis fait avoir. Pourtant tout était parfaitement mené. Or il a fallu que ce putain de John Carpenter, ex-journaliste de je ne sais plus quel canard, vienne plonger son nez dans mon histoire. Cet enfoiré s’est fait passer pour un employé de l’hôtel Hilton de L.A., avec la phrase passe-partout : « Votre petit déjeuner est servi, madame, puis-je entrer ? » utilisée dans tous les palaces de la planète, avec autant d’idiomes que de pays. Ce salaud était là par hasard, mais il a de suite flairé quelque chose de louche. A la réception de l’hôtel le nom d’Hélène Dancourt a froissé ses oreilles. Lui est revenu un film dans lequel l’héroïne portait ce nom. Puis l’accent maternel de cette élégante femme ne confirmait pas sa nationalité américaine, il lui manquait un chuintement de la langue sur le palais, un apocope sur la fin des mots, bref, une distorsion de langage qui l’intriguèrent.

John Carpenter assistait à un congrès sur l’extra-territorialité des crimes aux États-Unis, et des mafias qui les entretenaient, côté Pacifique. Du côté de New York se tenait le même congrès, orienté sur les crimes issus des mafias européennes et russes. Autant dire qu’il s’ennuyait ferme. Raison pour laquelle il aborda Hélène quand elle se présenta au bar. Elle lui lança un regard froid comme on déshabille un iceberg sans voir de prime abord ce qu’il cache dans sa culotte. Mais John était élégant, un beau gars disaient ses collaboratrices du journal, et il parcourut sans aucune gêne le regard d’Hélène. Celle-ci le déshabilla très vite : il avait le physique ludique, étoilé et longiligne de Li Pong, un petit embonpoint suffisant pour cacher des tablettes à dévorer dans le noir, bref ce con a pris ma place pour raconter l’histoire mais attention, mec, je t’attends au tournant.

Au pays du Soleil Levant, les empreintes et traces d’ADN retrouvées dans l’hôtel Bespoke de Tokyo avaient parcouru tous les ordinateurs. On recherchait sur tout le territoire une nommée Agnès Girard, que tous les éléments de l’enquête désignaient comme étant la meurtrière du type dont le cadavre avait été retrouvé dans le lit du Bespoke. A 6000kms de là, attablés dans le somptueux palace, dînaient Hélène et John. Une façon plus yankee de finir dans le même lit. Ce qu’ignorait Hélène était le fait qu’en réalité John Carpenter ne cherchait que des indices pour alimenter son enquête. Il avait suffisamment de jolies femmes à sa portée qu’Hélène ne lui fournirait aucun supplément d’âme (il va me rendre jaloux, ce grand couillon , parole de narrateur!).

John tendit une cigarette à Hélène quand le repas s’acheva. Elle l’accepta. Mais la manière dont elle la saisit augmenta son doute sur sa véritable nationalité. Elle la saisit du bout des doigts, comme un objet d’art. C’était une Craven A sans filtre. Curieusement la main d’Hélène tremblait légèrement, et elle avoua que son père fumait les mêmes, quand elle était gamine. Il y a bien longtemps… C’est là que john prit réellement ma place :

« vous ne vous appelez pas Hélène Dancourt, vous êtes française, je le sens à votre léger accent, alors, dites-moi qui vous êtes et ce que vous faites ici, nom de dieu ! »

« OK, je n’insiste pas. Je suis en fuite et je ne sais pas ce que je fuis, ni qui.Oui, je suis française, je me nomme Agnès Girard et j’en ai marre ! Je suis poursuivie par un narrateur fou et maintenant par un journaliste en quête d’infos plus décérébrées que le cadavre que les flics qui ont trouvé Li Pong dans mon lit et dont on m’accuse du meurtre, alors que j’étais ici, à 6000 kms, dans ce grand hôtel de Los Angeles. Et toi, John, qui frappe à la porte, moi qui hésite, putain, faisons l’amour, oui baisons pour oublier ce connard qui raconte l’histoire, caché dans le placard. Désolé, dit John, je n’aime faire l’amour que dans des armoires normandes.

AK

16 07 2020

cinq minutes (musicales) dans les bras de Gainsbourg Serge

 

 

 

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