Les mardis de la poésie : Louise Glück (1943-…)

Textes tirés du site : https://dailygeekshow.com/louise-gluck-prix-nobel-poeme/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Gl%C3%BCck

 Un jardin d’été (première partie)

Il y a quelques semaines, j’ai découvert une photo de ma mère
Assise au soleil, son visage rougi comme à la suite d’une réussite ou d’un succès.
Le soleil brillait. Les chiens
dormaient à ses pieds où le temps dormait aussi,
calme et immobile comme dans toutes les photographies.

J’ai essuyé la poussière du visage de ma mère.
En effet, la poussière recouvrait tout ; cela ressemblait à la persistante brume de nostalgie qui protège toutes les reliques de l’enfance.
En arrière-plan, un assortiment de meubles de parc, d’arbres et d’arbustes.

Le soleil se déplaçait plus bas dans le ciel, les ombres s’allongeaient et s’assombrissaient.
Plus j’enlevais de poussière, plus ces ombres grandissaient.
L’été est arrivé. Les enfants
se penchaient sur le massif de roses

Un mot m’est venu à l’esprit, faisant référence
à ce déplacement et à ce changement, ces effacements
qui étaient désormais évidents.

Elle est apparue, et a disparu aussi rapidement.
Était-ce l’aveuglement ou l’obscurité, le péril, la confusion ?

L’été est arrivé, puis l’automne. Les feuilles tournent,
les enfants brillent de mille feux dans une bouillie de bronze et de terre de Sienne.

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Flocons de neige

Sais-tu ce que j’étais, comment je vivais ? Tu sais
ce qu’est le désespoir ; l’hiver
doit donc avoir un sens pour toi.

Je ne m’attendais pas à survivre,
la terre m’engloutissait. Je ne m’attendais pas
à me réveiller, à éprouver
mon corps dans la terre humide
à nouveau capable de réagir, de se rappeler
comment s’ouvrir, après si longtemps,
dans la lumière froide
des débuts du printemps

effrayée, oui, mais de retour parmi vous
m’écriant oui, risque la joie

dans le vent âpre du nouveau monde.

Pressé de quitter l’Europe, Bojo? alors, salut les cockneys !

Images en souvenir de ma londonian break sister ! (détails)

3 janvier 2021 : l’un s’en va l’autre s’en suit…

J’ai du habiter dans un autre monde pour ne plus voir en celui-ci que les pas de ma désillusion, les flaques qui ne reflètent plus les étoiles après l’averse, quand le ciel se dégage de sa tristesse, des mollets et du cul de celle qui dormait encore avec moi dans les buissons, malgré le couvre-feu. Comment ne pas transgresser l’harmonie du plaisir quand bouillonne dans la nuit une marmite autoritaire ?

Je suis vivant.

J’ai conscience que cela reste indépendant de ma volonté et que nombre silhouettes noires dansent autour de mon tombeau (que mes proches creusent en buvant des chopines de Jupiler). La vie la mort, je m’en fous, j’ai embrassé tant de baisers qu’à la dernière heure les lèvres exquises de l’abandon me pendront à l’heure exacte du bonheur d’en finir. Je fermerai les yeux, tes lèvres pétries d’éternité, mes doigts gourds balayant ton ventre chaud, poussés par le vent de noroît, en un dernier mouvement ; ô vous femmes, un ultime baiser que le vagabond sur votre blessure intime ne peut cautériser de son poignard brûlant, criminel aguerri de ce monde d’avant. Quel sera le prochain, y en aura-t-il un ?

Pourtant, c’est curieux, en cette aube qui s’ouvre, une impression un peu bizarre, j’ai ce sentiment de voir la nuit s’effilocher dans cet épais brouillard qui enrobe encore les bois et les collines. Est-ce ton rire, la couette tiède ou les chats qui réclament leur pitance ?

Je suis vivant.

J’ai conscience que cela reste indépendant de ma volonté et ce ne sont pas les flocons de neige qui rendent silencieux mon souffle noirci de tabac blond. J’écoute simplement ma nudité se déshabiller dans le néant des jours à venir, et je ris de mes mauvaises dents d’avoir jusqu’ici su trahir la mort. Le temps m’est compté mais les silhouettes noires des corbeaux ont pour le moment déserté le trou que mes proches creusent en buvant des chopines de Jupiler. Ils volent au-dessus des champs de bataille, croassent et se nourrissent de cadavres d’hommes de femmes et d’enfants, alors que moi, seul dans mon autre monde, je sens encore la chair tiède de tes seins sur ma peau mal rasée, sans comprendre ce que fait dans ma main ce couteau de cuisine brûlant. Mais qu’importe…

Je suis vivant.

03 01 2021

AK

les faits d’hiver amusants de début janvier

Tiens, un pote à Ernest S. s’est invité à mon réveillon du 2 janvier ! (ci-36 ème dessous)

https://www.sudouest.fr/2021/01/01/insolite-un-sanglier-s-invite-au-troisieme-etage-d-un-immeuble-a-agen-8245061-3603.php

En même temps, le patron de la Caisse d’Epargne new yorkaise pète les plombs, suite à une agression caractérisée d’un écureuil de Central Park à qui il vient de refuser une dose de Pfizer à 60 dollars !

https://www.larepubliquedespyrenees.fr/2020/12/30/les-new-yorkais-victimes-d-ecureuils-agressifs,2773423.php

Bon, maintenant, début d’année, Calmos, Chinou, tu vas te retrouver à courir la gueuze sur les genoux de Ginou-Ginette, et gare à Chinette et ses pâtisseries de Nouvel Ange !

2021, en attendant la nouvelle vague, mettons les voiles !

Article de Sud-Ouest

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Nouveaux amis, may be ?

Heureusement, ils ne sont pas tous cinglés !

Brexit. Le père de Boris Johnson demande la nationalité française pour rester Européen (article Ouest France)

Ou encore Nicola Sturgeon, première ministre écossaise ! (France Inter)

Rions un peu en ce premier jour de l’ânée (Anée désigne la charge qu’un âne porte, plus particulièrement sur son dos)

https://www.franceinter.fr/emissions/morin-a-fait-un-reve/morin-a-fait-un-reve-01-janvier-2021

(début de la chronique à 2.50 minutes)

Sympathie pour les démons (jusqu’à minuit, mais pas après)

Je ne sais pas pourquoi, en cette fin d’année 2020, je me trouve plein d’entrain, en forme, ce qui m’offre l’occasion de me sentir à un niveau exceptionnel de méchanceté. C’est-à-dire de parler de ceux et celles dont j’espère (sans y croire, hélas!) qu’ils ne passeront pas l’année, ou du moins pour certain le 20 février 2021, ou l’hiver, que l’on annonce sibérien. Voici donc une liste non exhaustive de ces salopards.

Bon, d’abord, je commence par moi. J’ai pollué la planète durant des décennies, j’ai roulé dans des bagnoles (et ai parfois dormi dedans) qui consommaient plus de litres d’essence qu’un polonais de vodka frelatée, j’ai vomi dans des sacs poubelle et aimé des femmes qui auraient mieux fait de travailler chez Aurore Boréale plutôt que sur les trottoirs de Manille, c’est une image, j’ai pillé les troncs d’église pour me nourrir de croissants hallals et j’ai renié ma foi pour quelques roses (6), bref je ne mérite que votre mépris, car lui au moins est offert à prix coûtant au Carrefour de l’angle de la rue d’en face, ce Styx que je ne veux nullement traverser, tant je crains qu’il ne me mène au champ makach oualouh, chez le clerc de notaire, monsieur Ed ou Prise Hounic, mon dieu laissez-le moi encore un peu mon porte-monnaie ! Mais si la misère ne tire de mon bas de laine aucun impôt, cela n’empêche pas les réfrigérées à se faire tirer la peau ni les lapins à les sauter dans les poils de leurs manteaux en faux visons danois. Bon, faut suivre mon esprit malfaisant. Comme le font mes potes, sur la liste.

Le premier, exemplaire, c’est gros bébé gâté, le peroxydé à casquette rouge, un sale type qui voulait gagner la guerre contre le monde entier, un dieu de pacotille. Mais comment évoquer un être dont on a déjà bien trop parlé. Un as du tweet tombé dans un trou, bref un gros rat. Oh, et puis à quoi bon évoquer toute cette tripatouillée de dictateurs et les sévices qu’ils imposent à l’humanité partout où ils règnent. Ils sont trop nombreux et ce soir c’est réveillon. En attendant le grand soir, où réveillon s’écriera au pluriel, comme dans humains réveillons nos consciences et ne nous laissons plus berner par ces falsificateurs. Au peuple la paix reconnaissante. Buvons ensemble un verre de vin doux et chantons haut et fort 2020, ferme-la ! Emmène avec toi ces pourfendeurs de liberté.

« – Holà, Karouge, serais tu plus illuminé que Bolsonaro le pyromane ? Aurais-tu vidé les gobelets de vodka de l’oncle Poutine, de Duda, de Loukachenko ? Tu es bourré et mégalo comme Xi Jing Ping suçant son verre de Mei Kuei Lu Chiew devant le congrès du parti (Dans la société chinoise où il faut constamment porter un masque et cacher ses émotions, l’alcool est le seul moyen de pouvoir s’ouvrir aux autres et qu’ils puissent s’ouvrir à nous. ), comme l’autre fou du coin, le Kim Jong Hun, ou encore le Duterte des Philippines, ce casse-noisette nauséeux ! (Une noisette peut contenir deux graines, ce qui est rare (philippin et philippine) . Qu’est-ce qui te prend de parler grand soir, révolution du peuple, des consciences, oh, mon pote, tu ne vas pas nous lâcher en 2021 au moins, passer l’arme à gauche en chantant Bella Ciao ou El ejercito del Ebro, hein ! Tu es des nôtres, tu n’y peux rien, alors cesse de picoler et raconte-nous une bonne anecdote bien croustillante !

-Mais qui me parle ? Sortez de sous la table, félon, que je vous mette une bonne rouste !

-T’as qu’à croire, mon pote ! Moi quand on m’attrape c’est qu’il est déjà trop tard pour celui qui me tient ! Ah ah ah, je suis invisible à l’œil nu mais mon ravage se répand sur toute la planète ! Alors, devine qui je suis…

-Je crois le savoir, tu es le roi de Pandémonium, le nouveau maître du monde, le Covid-Ordure, mais je t’emmerde ! C’est pas à mon tour de descendre les poubelles, demande aux voisins, ces fascistes, qui font la fête au temps du couvre-feu ! Je ne mettrai pas le nez dehors, Chinette, pas avant l’an prochain !

31 12 2020

AK

Meilleurs vœux à tous les gentils lecteurs et toutes les pimpantes lectrices !

Jeannine, tu me les brises!

Il y avait Thérèse et de la poule au pot

Une Thérèse à l’aise c’est beau !

Ce n’était pas le cas de Jeannine, tant elle était susceptible. Tout ce qu’elle a brisé dans l’appartement à cause d’une réflexion mal comprise, est affligeant : les pots de fleurs, les conserves de graisse de canard du Gers, les bibelots en terre cuite d’Ousmane Sow, le vase de Soissons que lui avait rapporté son frère Clovis (bien entendu, j’avais fait un jeu de mots sur ce prénom, « Clovis, le clou de la famille », et vlan ! Par terre, et le parfum de JP Gaultier, avec ses petits matelots pédérastes et les deux jambes féminines ornant l’opercule du flacon, envoyé dans le miroir de la salle de bain, bref, Jeannine était une calamité quand Thérèse me paraissait être d’une gaieté et d’un entrain à la Trenet, que l’on aimerait accompagner (sans traîner ah ah) sur la Marne, puis danser dans une guinguette en buvant du vin blanc. Mais Jeannine, c’était plutôt Jo Manda dans Casque d’Or, un genre d’étoile qui brille sur une lame de surin.

Dire que l’on s’était mariés dix ans auparavant, bénis par l’abbé de Somme, un petit bled du Nord, et que nous étions descendus pour notre voyage de noces à Sète, dans le sud de la France, avec notre Ami 8 break-seat, petite ville où nous avions décidé de construire notre petit nid, assez volumineux pour y accueillir sept nains joyeux qui grandiraient heureux sur les chalutiers lors de la saison de la pêche au thon. Mais tintin. Jeannine n’aimait pas le poisson, ni Hergé, ni Disney. Face aux admirables canaux de Sète elle détournait ses yeux vers Canal+, fumant sans discontinuer des cigarettes roulées avec du papier OCB (Odet-Cascadec-Bolloré). Notre maison, située sur un flanc du mont Saint Clair, devînt très vite une pétaudière, et la fumée du tabac se propagea aux disputes, sans qu’aucun nain n’ait montré le bout de son nez. J’eus un soir cette réflexion : « Sète assez! », qui mît Jeannine dans une telle fureur qu’elle brisa la jolie statuette en verre de Murano (qui coûtait une fortune), un millefiori représentant un cétacé rempli de perles rares aussi nombreuses que du krill dans les eaux arctiques .

Mais l’amour persistait, et cette casse matérielle n’entama qu’un temps notre union. Il me faut admettre que Jeannine avait d’autres attraits tels que des jambes aussi fuselées que celles des flacons de Gaultier, tout comme elle adorait toucher le pompon rouge du bachi de mon costume de matelot en disant « il paraît que ça porte bonheur ». En ces instants de tendresse, je ne pouvais (enfin, c’est arrivé une fois) que lui répondre « ma chérie, tu aimes mon bachi comme j’adore ton bouzouk », et pof ! Elle se mit à chanter comme la Castafiore et brisa de concert les deux boules de cristal que nous avait offert madame Violetta dans sa caravane de la place de Verdun, lors de la fête foraine paloise, ou madame Mona, à Montpellier, bref deux belles boules qui finirent dans la pelle en plastique, plastique qui ce jour-là plaça le corps de Jeannine dans le manche à balai que je tenais en main et dont je venais de signer l’arrêt définitif de toute sorcellerie volatile (Shabbat comme ça) . Avec un peu de temps j’aurais senti sa susceptibilité m’envahir, l’accepter sans mot dire, mais en la maudissant chaque heure à venir. Alors, plutôt vivre avec mes jeux de mots ! Eux me réjouissaient, poussifs, tranquilles, d’autant que la chanson de Trenet continuait à me traverser l’esprit, comme il est dit plus haut mais que le lecteur a oublié, susceptible qu’il est lui aussi, comme Manda dans Casque d’or, prêt à me seriner que les chants les plus beaux sont les plus désespérés…

Allons, viens ma gigolette, viens ma Thérèse aux beaux yeux de Lisieux, et vlan !

« Si tu veux danser avec moi, évite tes jeux de mots foireux, j’en ai ma claque de vous entendre les mecs faire des rimes avec Thérèse, qui aime quand on la… Tu ne pouvais pas les faire avec Jeannine, qui aime quand on la… ?

Beau dommage ! Si ce soir entre la poire et le fromage je suis seul à mitonner une belle poule à Pau, c’est la faute à Trenet !

29 12 2020

AK

Que Manda me pardonne !

Les mardis de la poésie : Allain Leprest (1954-2011)

NU

Nu, j’ai vécu nu
Naufragé de naissance
Sur l’île de Malenfance
Dont nul n’est revenu
Nu, j’ai vécu nu
Dans des vignes sauvages
Nourri de vin d’orage
Et de corsages émus
Nu, vieil ingénu
J’ai nagé dans tes cieux
Depuis les terres de feu
Jusqu’aux herbes ténues
Nu, j’ai pleuré nu
Dans la buée d’un miroir
Le coeur en gyrophare
Qu’est-ce qu’on s’aimait… Samu

Nu, j’ai vécu nu
Sur le fil de mes songes
Les tissus de mensonges
Mon destin biscornu
Mais nu, je continue
Mon chemin de tempête
En gueulant à tue-tête
La chanson des canuts
Nu, j’avance nu
Dépouillé de mon ombre
J’voulais pas être un nombre
Je le suis devenu
Nu, j’ai vécu nu
Aux quatre coins des gares
Clandestin d’une histoire
Qui n’a plus d’avenue

Nu, je suis venu
Visiter en passant
Un globule de sang
Un neutrone des nues
Nu, le torse nu
Je voudrais qu’on m’inhume
Dans mon plus beau posthume

« Pacifiste inconnu »

(texte issu du site : https://www.paroles.net/allain-leprest)

https://next.liberation.fr/musique/2011/08/15/suicide-du-chanteur-allain-leprest_755081

Au Lendemain de Noël et à la veille de l’an nouveau, défaîtes vos passés !

La boîte de Pandore

Si le pire est Avenir

Alors sœur Anne ferme les yeux,

Raconte-moi ta vie, ton Passé, tes amours,

Afin qu’à mon tour de mes paupières closes

Éclosent des baisers, des champs et des forêts,

Juste à temps avant que ne germent les nécroses

Qui flétrissent les roses et les joues des enfants

Si le pire est Avenir

Laisse-le venir,

Il n’y aura personne

Pour l’accueillir.

25 12 2020

J’ai mis ma vie aux enchères, ai attendu deux mois :

Elle ne vaut rien sur le bon coin, pas un sourire, pas une offre d’achat

Pourtant je n’en demandais pas cher : être édité chez un libraire

Mais quand ça ne vaut rien mieux vaut se taire et respirer

Dans la nuit un coup de fusil suffit à traverser ta vie

21h44 ça y est des morts et des blessés et toi qui souris

Mon épargné sans compte courant, mon cœur battant

L’écureuil a sauvé ton livret tu le valais bien

Délicieuses noisettes

Et cette pétarade nous en avons ri

Mais quand les miliciens sont arrivés

Et ont hurlé : »où sont vos maris ?» on a toutes tremblé

La vie nous avait quitté, l’une de nous a dit : « dans la cave, en bas »

Et quand ces tueurs y sont descendus, Yasmina a appuyé. Sur le poussoir.

J’étais dans mon fauteuil à lire le Monde, compter les guerres

Dans la permanence de mes tranquillités, automne hiver et été

Les printemps avaient disparu, je lisais et bataillais sur le papier

Avec l’abandon et une autre aventure humaine, mais les enchères montaient

Sur les chairs calcinées, immense champignon explosant le prix de toutes vies

Réduites à néant par la corruption et l’incompétence crasse des dirigeants véreux.

Noël, mon père

C’était un rêve étrange comme les voyageurs les aiment. Une femme au visage très pâle souriant, de fine et aimable corpulence , me tendait un bol de thé, et son kimono s’entrouvrit quand je l’acceptai. Mais non, c’était un autre rêve, des filles de Delhi (ou Calcutta) enfermées derrière des moucharabiehs, qui m’attiraient avec des danses de leurs bras tendus qui promettaient un moment de plaisir pour quelques roupies, je devais juste dénouer leur sari entre deux klaxons tonitruants, puis ma pensée érotique retrouva un de ces bordels du Nevada où des femmes pulpeuses bassinent les plumards , lavent et tatouent leurs clients à l’encre verte des dollars.

Je crois que cette nuit-là je n’ai jamais mis autant de fois Paris en bouteille. Il est vrai qu’à l’époque il y avait peu de maquereaux qui remontaient le canal de l’Ourcq, et que tout le bastringue, j’entends maîtres chanteurs, pickpockets et souteneurs, jouaient à Pigalle, se faisaient tatouer rue Germain Pilon et commerçaient cette drogue que le troupeau des mal aimés, des maubaisés entretiennent encore aujourd’hui.

C’est ainsi que sur son lit de mort Noël, mon père, me parla en ses derniers instants de lucidité. Deux jours plus tard, on le réduisit en cendres dans une usine à porcelaines spécialement conçues pour les expositions annuelles de poteries dans les columbariums. Mais ce fut plus fort que moi, les rêves de mon père Noêl, je voulus les suivre à mon tour. J’étais jeune, enfin, l’âge de tante Julia et de son scribouillard, un peu aventureux car trouillard et très disgracié par une nature qui avait omis de mettre ma pilosité d’être viril sur mes mollets, mon pubis chavannais et mon torse de centaure chironnien. Mais, (il y a toujours un mais), au Japon, quand les cerisiers fleurissent, et que de jeunes femmes au visage poudré vous demandent (l’air pollué de rien) : « Aow ! You’re european ? Oui, je suis français, parlez-vous français vous-même ? Et cela finit dans un hôtel tokioïte à cent vingt euros la chambre et deux cents pour le kimono entrouvert, mais le thé est offert. J’ai remarqué que toutes étaient tatouées, comme tous les troupeaux qu’on mène à l’abattoir.

J’ai pensé que mon père avait oublié  dans ses rêves Melilla, entre Afrique et Espagne, et ces types au pied des immeubles qui faisaient la queue pour aller tirer leur coup de désespoir. Ces mêmes bordels de sénégalais que la colonisation ouvrait aux gens de « couleur » qui s’en venaient mourir sur les champs de bataille pour sauver la patrie.

La vie est devenue un rêve étrange dont ceux qui croient la vivre pensent respirer à l’air libre, une liberté qui en fait les domestiques. Noël, mon père, est parti en fumée un matin de décembre, les poumons noirs de suie et les dents jaunies par le tabac. De mon côté, je cherche encore dans mes rêves la femme nue aux atours naturels, ruban bleu noué autour des reins et bonnet phrygien sur sa chevelure bouclée d’ange. Mais quand à mon tour je devrai éteindre ma lanterne si peu magique, je sais qu’elle sera là, tentant d’encore et toujours rallumer la flamme, comme le font les saintes femmes, celles qui portent au ciel les petits jésus, telles l’étoile brillante d’une nova Vénus aux fesses de minuit.

24 12 2020

AK

Joyeux Noël à tous et toutes !

(et tant pis pour toi !)

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