Dimanche, c’est retour vers le passé (1969) : les Shadoks

petite incursion dans ce monde ubuesque des Shadoks, mais sans shadoks!

(bien qu’ il y ait  Jean Yanne , Daniel Prévost, et Uta Taeger)

Cliquez sur le lien

https://www.ina.fr/video/CPF86615200

https://www.ina.fr/video/CPF90002837

Étendre la lascive (épisode 9) : la fin? …enfin, presque!

Je lui demandais simplement où menait ce chemin que j’avais emprunté. Il me répondit :

A une grande bâtisse, avec un grand parc. Allez-y, vous verrez.

Ce que je fis. (épisode 8)

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J’arpentais donc le chemin, qui sinuait dans les sous-bois. Des chênes, des châtaigners et des frênes constituaient l’essentiel des essences qui composaient ce milieu sylvestre. Une clairière se dessina enfin, qui formait un mamelon que l’on aurait pu dire pubère, masquant à un enfant la ligne d’horizon de son futur parcours pour enfin devenir un homme. Ce n’était plus mon cas. A mi pente parut alors la fameuse bâtisse.

Effectivement, elle était gigantesque. Je n’étais là que depuis trop peu de temps pour en avoir entendu parler. Les gens du coin, que j’avais pu croiser à la poste ou au café étaient peu diserts auprès des estrangers. Ce devait être un ancien haras tels qu’il s’en construisait à la fin du XIXe siècle, entièrement restauré, avec des écuries transformées en habitations. J’atteignis le sommet de la petite colline et là, ma surprise fut énorme. La vue panoramique de l’ensemble de la propriété qui s’offrait à mon regard me stupéfia. En arrière plan, le bâtiment principal, et alentour les annexes, reliées par des passages couverts. Plus proche, un grand terrain engazonné où l’on avait dressé deux très longues tables d’une quinzaine de mètres chacune. Le terrain descendait ensuite en pente douce, vers une rivière au débit synchrone avec la saison. Un ponceau la traversait dans un étranglement du cours d’eau, en extrémité de ce qui paraissait être une des limites séparant le parc du pré ; Je songeais à ce tableau de Goya, la pradera de San Isidro.

Un carillon sonna les douze coups de midi, et soudain une effervescence insolite gagna cet espace jusque là calme : des rares personnes que j’avais observées se joignirent tout un peuple affairé, certains en blouses blanches, d’autres en tenues vertes, distribuant des ordres ou les appliquant, et une horde de fauteuils roulants poussés par des adolescents, des dizaines de vieillards riant ou braillant furent acheminés et installés aux deux longues tablées. Le soleil était vert, me dis-je. C’était donc un EHPAD. Là, après avoir achevé les chevaux, on abattait les vieux et les vieilles en fin de course. J’étais un témoin privilégié, depuis ma butte, mais la curiosité d’un journaliste, quand il s’appelle John Carpenter et travaille pour le New York Telegraph, fait partie du métier.

En quelques pas je franchis le ponceau (de style japonisant) et m’avançai vers les tables où un brouhaha régnait, pimenté de râles et de cris, de voix rauques et de chants liturgiques dévoyés. Dans l’agitation générale personne ne me vit arriver. Un adolescent pousseur me dit bonjour. Je l’arrêtai dans son élan et lui demandai : pourquoi tant d’agitation, aujourd’hui ? Il me regarda avec de grands yeux blagueurs : mais, monsieur, vous ne savez pas ? C’est la Saint Counik, aujourd’hui ! La fête annuelle de notre établissement. Ah ? Répondis-je. Mais monsieur, c’est aussi l’anniversaire de notre bienfaitrice, Marguerite Marchall, décédée l’an dernier, qui a racheté ce vieil haras en 2005, et qui ensuite a passé dix ans à diriger cet EHPAD de façon purement bénévole, dit-on. Mais je dois y aller, m’sieur, je dois faire le service avec les autres volontaires.

A douze heures trente le carillon tinta à nouveau : la soupe était servie, composée de haricots blancs recuits, de pommes de terre, de lard et pour chaque résident, d’un counik que même les lapins auraient refusé. Exceptionnellement, un petit verre de vin et un biscuit furent servis, en respect pour Pierre Véry, auteur de Goupil Mains Rouges (en fait un faux motif pour les aides soignantes leur offrant l’occasion de boire un coup en cuisine).

Je m’attendais quelque part à voir dans la bande des jeunes Joseph, et pourquoi pas Nadine. Mais ni l’un ni l’autre ne se montrèrent. La question me titilla également concernant les cigarettes bizarroïdes que fumait Joseph : qui les fournissait ou du moins qui les finançait ? Vu l’habitat qu’occupait la famille et le peu de rapport financier positif de l’exploitation j’optais pour une autre source de revenus. La fête battait son plein, certains vieux se mettaient, après avoir vidé leur verre et ceux de leurs voisines, à pousser la chansonnette. Le soleil caressait leurs crânes et aucun n’avait encore testé le counik offert à son dentier, ce qui permettait momentanément un son plus résonnable dans les appareils auditifs et moins pernicieux pour les pacemakers. J’en surpris toutefois une dizaine tremper leur croûton longuement dans la soupe pour le ramollir et l’ingérer sans risque de briser leur appareil.

Le carillon sauta direct à deux heures et sonna de nouveau, intimant aux résidents de retourner dans les locaux pour la sieste, et au personnel de ranger, débarrasser et laver tout ce qui avait servi à réaliser cette fête. Il y eut une minute de silence en hommage à Marguerite Marchall, qui avait (il le faut rappeler pour les aveugles et les mal-entendants) donné dix ans de sa vie à gérer cet établissement gracieusement. Un groupe de papis et de mamies surprirent l’assemblée : ils se mirent à entonner une chanson qu’ils avaient composée dans les couloirs de l’EHPAD, qui commençait ainsi :

« Toi mon p’tit bonhomme

Moi ton p’tit verre de rhum

Chauffe le fer, chauffe la fesse

Repasse le chat et j’te caresse

Trala li lala  »

« Mais si tu m’aimes

Mon p’tit bonhomme

Chauffe le fer chauffe la fesse

Et surtout n’oublies jamais

D’étendre la lascive !

Trala li lala »

14 02 2020

AK

en attendant la suite, (sans trop mourir d’ennui)

(en attendant la suite et sans doute fin de étendre la lascive, qui demande un peu de repassage mais le fer est bien chaud!)

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Tu m’as écrit ce soir et ce soir je suis mort

Seul notre amour aveugle s’offre à ma lecture.

Depuis bien des années les lits ne grinçaient plus

Les enfants préféraient courir dans les ruelles,

Le vent froissait des draps que les larmes séchées

Tachaient de pollens, de pissenlits en fleur

Certainement quelques oiseaux, surtout les pies

Parfois larguaient dans le jardin

Comme des bombes leurs plumes

Mais nulle envie ne faisait trembler nos doigts

On n’y croyait pas.

Les enfants couraient dans les ruelles

C’était un lien impertinent qui, pensait-on,

Tracerait en courant un avenir

Pour eux

Mais le talon d’Achille dans la précipitation

Nous fit perdre la guerre, et toutes les batailles,

Alors de quelle nature seront nos souvenirs

Nous qui n’avons qu’un rêve : enfin en finir.

Loin.

04 02 2020

AK

J’ai enfermé la mort dans un placard

Pour l’offrir aux vivants

Mais tous étaient déjà rangés

Et du placard des milliers de cafards

Surgirent et nul ne survécut

Sous les chemises noires

Qu’imposaient les tiroirs.

Ils étaient trop nombreux

Dans la lumière obscure

Trop blafards, trop aveugles

Mais avant tout soumis

Aux peurs aux désespoirs

Pour qu’en êtres vivants ils puissent

Battre la vermine lutter

Contre les blattes, les mensonges

Tant ils avaient vécu

Dans le néant sordide

D’une pensée unique.

08 02 2020

Ponts pontons passerelles estacades

Des passerelles qui relient deux lieux ou se terminent face à l’océan…

Étendre la lascive (épisode 8) : taupe là!

Ma nuit fut très agitée mais le matin me trouva frais comme un gardon. Je me réveillai d’excellente humeur, le ciel s’était dégagé durant la nuit. D’où venait cette expression frais comme un gardon ? Était-ce ces petits appâts accrochés aux hameçons que l’on utilise pour pêcher le brochet, ce poisson carnassier rempli d’arêtes devenu rare dans les rivières et que l’on servait parfois pour se débarrasser d’un membre de la famille, tant ses arêtes étaient plus rudes à avaler qu’une brochette nue. J’enfilais mes bottes, descendis l’escalier et me servis un grand café encore tiède. Louise était dans la bergerie et finissait de traire les brebis. Le vacarme qui en provenait semblait me donner raison. Un silence suivit, et je sortis par une autre porte pour éviter qu’elle ne me trouve à son retour. Je voulais suivre mon exploration des lieux sans être espionné.

Jeudi suintait d’odeurs suaves et de prémonitions que mes sens aux aguets subodoraient. J’examinais ainsi l’intérieur et le pourtour des bâtiments agricoles, l’étable, le poulailler, la bergerie, la grange à foin, et le hangar agricole où dormaient le tracteur rafistolé et quelques machines désenchantées : un semoir, une épandeuse à fumier, une herse rigide, une benne, une bétaillère sans roues, bref tout un musée du monde agricole qui s’abandonnait et rouillait dans les courants d’air d’une mort annoncée.

J’aperçus Hubert, dans la cour, en pourparlers avec le vétérinaire. La discussion était animée. J’en profitais pour visiter plus précisément l’étable, les vaches faisaient l’amour dans le pré, j’étais tranquille. Il y régnait une odeur que bien des citadins échangeraient contre des kilos de CO² , de dioxyde de carbone, des tubes de Ventoline, des sprays anti-stress fabriqués dans des pays lointains. En un mot, ça sentait la vie animale, et cette odeur s’était répandue jusqu’à l’intérieur de la ferme elle-même, si l’on excepte la cuisine dans laquelle, (comme jadis on pendait à la porte des gousses d’aïl pour chasser les démons), une soupe de haricots blancs, de pain dur et de lard cuisait en permanence.

Il me faut reconnaître que, pour une petite exploitation, elle était bien entretenue. Mais je n’y trouvais rien qui puisse orienter mes recherches. Pas de trace d’une poussette sous le hangar, qui fut recouverte de toiles d’araignées pour mieux la masquer, au grand dam des costards de Villani. De ce côté-là, c’était pari perdu. Un tas de vieux meubles empilés sous un appentis en bois me fit sourire : toute une cuisine, chaises, table et meubles de rangement en mica, la grande mode des années soixante dix, finissait de ne pas pourrir sous les avanies du temps. Seuls les supports en aggloméré en subissaient les affres, se désolidarisant du produit synthétique de l’ère pétrolière.

La voiture du vétérinaire s’en alla et Hubert gueula. Mais étant encore dehors, l’heure du repas n’était pas d’actualité. Il était onze heures du matin. J’entrepris donc d’aller me balader dans les pâturages alentours. D’un côté les vaches, de l’autre les brebis. Les champs étaient en pente et mes bottes glissaient, la pluie d’hier ayant humidifié l’herbe du chemin. Arriva un moment curieux : sur un fil de clôture était suspendu le cadavre à moitié sec d’une taupe. La bestiole se balançait avec nonchalance sous le vent paisiblement matinal. C’était une tradition dans ce petit pays, qui permettait aux paysans d’exposer leur territoire face à ce fléau que constituaient les taupes, un genre de guerre froide encore pratiquée malgré la globalisation de la chasse aux sourciers, aux sorcières et aux lanceurs d’alerte.

Mais ce qui m’intrigua, alors que je cheminais en m’éloignant de la ferme, fut d’en trouver d’autres, comme s’il se fut agi d’un parcours initiatique. Comme un vagabond dans une ville ouvre l’œil en passant, en quête d’un carrelage de Space Invader scotché à l’angle d’une rue, et s’ amuse d’en débusquer un autre, marche plus loin, parfois très loin, et en découvre encore un autre. J’ignorais où menait ce chemin, que je suivais par distraction et plaisir champêtre. A environ un quart d’heure de marche, il bifurquait. Deux arbres majestueux en délimitaient le passage. Un châtaigner et un noyer. Ils avaient bien cent ans. Mais l’odeur de fumée que je sentis venait plus certainement d’une cigarette : Joseph, adossé au châtaigner, en grillait une. Il ne put m’éviter, mais ne renonça pas à taffer, me regardant droit dans les yeux. C’était finalement le meilleur endroit pour nous rencontrer et discuter face à face.

-Tiens, Joseph ! Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu fumes ? A ton âge !

-J’ai quinze ans, je fais comme je veux

-OK, mais à dix euros le paquet, comment tu les finances, tes clopes ? Ni tes parents ni Nadine ne fument.

-N’leur dites pas, c’est tout ce que je vous demande. Par contre, vous pouvez me demander l’heure ! Et il se mit à rire bruyamment. Sans doute y avait-il dans sa cigarette une autre substance pour qu’il soit ainsi hilare.

L’occasion était excellente mais son esprit avait certainement passé une douane que je ne me sentais en rien de contrebander. Je lui demandais simplement où menait ce chemin que j’avais emprunté. Il me répondit :

A une grande bâtisse, avec un grand parc. Allez-y, vous verrez.

Ce que je fis.

11 02 2020

AK

les mardis de la poésie : Kenneth White (1936-…)

L’air du large
Qui sait aujourd’hui
ce qu’est l’inspiration
la grande inspiration
qui a besoin d’espace
et qui prend son temps
la grande inspiration
commence avec une lente et profonde respiration
dans l’air du large
 
 Mémorial de la terre océane (Édition bilingue) Kenneth White Mercure de France 2019

tiré du site : https://www.mondeenpoesie.net/

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Une plage

Ici
on laisse le monde derrière soi

lieu désert
en dehors des aménagements

les vagues
ont voyagé trop loin
pour être familières.

tiré du site : https://poesie.blogs.la-croix.com/

 

Kenneth White

 

Attention, fragile !

Un petit court métrage d’animation pour démarrer la semaine (sans casser les assiettes de chez Chartier , photo de la vignette):

Étendre la lascive (épisode 7) : une pause et une idée de résolution de l’intrigue

Au fait, me demanda Hubert, quelle est la raison de votre présence ici ? On ne rencontre que très rarement des étrangers, par chez nous. Mais je ne voudrais pas être indiscret, vous savez. (épisode 6)

                                                                  °°°°°°°°°°°°°°°

La question que me posa Hubert me surprit. C’était une personne très auto-centrée et je sentis poindre chez lui une pointe de curiosité malsaine. J’avais bien sûr une raison fallacieuse à lui exposer : mon journal m’avait dépêché dans cette région pour rédiger un article sur la campagne profonde française, avec mission de décrire le plus précisément possible les mœurs, l’environnement et les modes de vie des habitants. Les lecteurs américains du New York Telegraph étaient friands de ce genre d’article. C’était par hasard que j’avais opté pour ce petit coin, après avoir trouvé l’annonce que la famille Bougy avait passée dans le canard local. « Chambre à louer à la ferme, tarif attractif. Nous sommes membres du syndicat de l’agritourisme de Bourbon Lancy. Contact : 06…. »

Hubert eut un petit sourire : « c’est vrai que cela arrondit un peu nos fins de mois. Ce n’est pas avec vingt vaches, quarante brebis et quelques volailles que nous ferions fortune. Heureusement pour moi, la chasse nous fournit aussi un petit complément. » J’acquiesçai et pris congé, après lui avoir demandé l’autorisation de me balader entre les bâtiments d’élevage et les divers lieux de production qui composaient la ferme. Il me donna son accord et je retournais dans ma chambre faire une petite sieste. Deux heures de l’après-midi ce mercredi, temps couvert, vent léger idéal pour sécher les draps suspendus à la corde à linge. Cependant, vers trois heures, la pluie se mit à tomber. J’aperçus par la lucarne Joseph et Nadine ramasser à la hâte le linge avant qu’il ne soit trempé. C’était une après-midi tristounette qui n’incitait pas à mettre le nez dehors. J’en profitais pour ouvrir ma valise contenant quelques livres et carnets. Un peu de lecture pour une après-midi pluvieux. Je piochais au hasard un bouquin de Maupassant et un autre de Boris Vian, mais me ravisai. J’étais déjà à la moitié de mon séjour et ne possédais que peu d’indices pour mon enquête. Mieux valait, songeai-je, que je fasse le bilan de mes recherches. Pour ce faire, je pris mon carnet vert, celui à la couverture cartonnée imitant une peau de crocodile suisse. Je notais :

la question fondamentale, où était passée Marguerite, disparue sans laisser de trace il y a dix ans, et qui était le bébé abandonné dans sa poussette dans le jardin d’enfant ? Là, bernique ! Seul indice : les deux photos du poupon dans la poussette et la présence d’un chat. Plus deux chiens, Olaf et Amudssen, qui flairent et tourniquent dans la cour de la ferme d’une manière assez obsessionnelle. Quant à la famille, Louise m’a promis des révélations sur sa mère, mais nous avons été interrompus par nous-mêmes (penser à retourner le matelas la prochaine fois). Je dois entreprendre Joseph avec lequel je n’ai pas eu le moindre entretien. Il faut que je le chope juste avant qu’il n’apporte la soupe ou s’il va chercher du fromage râpé pour agrémenter les pâtes (cela lui prend parfois un bon quart d’heure). Nadine, quant à elle, m’intrigue avec son «  je vois que vous ne savez pas ce que signifie passer une douane ! » Y aurait-il un rapport avec le trafic de montres suisses qu’opérait Albert Marchall avant de décéder (Louise devait également m’en parler, mais bon il faudrait une nouvelle literie pour en discuter). Enfin, une visite complète de la ferme s’impose. Je suis persuadé que quelque chose, un objet, une trace (comme la griffure dans la rampe d’escalier que j’avais remarquée en arrivant avec mes deux valises).

J’entendis une engueulade dans la cuisine séjour et un fumet de soupe au lard vint me titiller les narines : c’était l’heure de passer à table. Comme dans Quai des Orfèvres : bon mes petits paysans, vous allez passer à table, foi de John Carpenter !

09 02 2020

AK

(à suivre !)

Étendre la lascive (épisode 6) : de la volupté du sommeil

Après le repas, durant lequel Hubert et Louise moquèrent la coupe de cheveux de Joseph, alors que Nadine restait le nez plongé dans son assiette, j’ai regagné ma chambre, pour y faire une petite sieste. Étendu sur le lit au sommier en fers plats croisés agrémenté d’un matelas à ressorts et coton pulvérulent tant il était antique, mais où nombre poussières d’étoiles s’étaient couchées sur la toile de jute, je regardais le plafond avant de clore mes paupières. Outre quelques taches d’humidité et des morceaux de peinture écaillées en rupture de cohésion sociale (le plafond de la sécu se situant au ras des pâquerettes, celui-ci avait conservé les traces de nombres luttes et vicissitudes, bien plus nombreuses que les sept ciels qu’aurait réunis un lit à baldaquin. Et les nubiens sculptés sur les poteaux du dosseret n’incitaient guère à de quelconques escapades dans les lupanars de Tanger ou des BMC.

J’allais fermer les yeux lorsque je découvris deux fils de soie arachnéenne tendus entre la lucarne et le plafonnier, qui scintillaient parmi les toiles d’araignées ancestrales que prisaient les comtes de Bohème, de Transylvanie, les costards de Villani. Je tentai vainement de savoir si une bestiole à huit pattes se trouvait dans la pièce, observant les angles tridimensionnels du haut des murs de la chambre. Une espionne, envoyée par la concurrence (le Daily Télécom), chargée de copier mes articles et de m’en usurper le copyright (in the web). Un genre parasitage russe dans la campagne américaine/française. Mais je sombrais dans un sommeil torpide, ayant cette vision fulgurante : Joseph versant dans le cruchon de vin du déjeuner quelques cachets de somnifère (en vente libre dans les para-pharmacies d’extrême orient). De fait, je me réveillais l’esprit embrouillé, comme ce récit, vers seize heures.

Dans la cour un tracteur qui devait dater de la révolution de 1917, pétaradait. Je me levais, légèrement vacillant, et allais jusqu’à la lucarne : Hubert, au volant de la machine, transportait dans les fourches du tracteur (qu’il avait bricolé) une meule de foin sur laquelle les deux gosses étaient juchés, riant en restant bien accrochés aux cordages liant la meule. Leur bonheur, jailli dans cette petite aventure, cet espace restreint et le minuscule trajet du voyage, me touchèrent. Les chiens tourniquaient en jappant, il faisait beau. Il était rare de voir des gens heureux dans cette contrée perdue, et je les observais depuis ma vigie quand Louise frappa à la porte.

Tenez, John, je sais que vous aimez le thé vers tea time, et j’ai préparé quelques biscuits secs en cachette pour vous. Elle déposa le plateau sur la table de chevet, et tout en parlant, s’assit sur le rebord du lit, commença à se déshabiller, déclarant d’une voix douce : j’ai encore des confidences à vous faire, sur Marguerite Marchall, son mari et Micromégas le petit chat. Mais à une condition, répondez-moi de suite, John Carpenter, j’ai beaucoup à faire.Je donnais mon accord. Elle posa alors son soutien-gorge rouge 105C sur la table noircie par le frottement de l’ennui, assez épaisse pour y poser les coudes du désespoir sans céder au suicide : s’il vous plaît, John, une fois encore, je vous prie d’étendre la lascive !

J’attendis mercredi pour tenter d’obtenir quelques éléments de la part de Joseph, qui paraissait le mieux placé quant au legs de sa grand-mère Margot. La veille, mardi, je rédigeais un court article pour le New York Telegraph, que j’allais poster moi-même dans la boîte à lettre du village. Ce village était un peu semblable à la mairie du XXIe parisienne : c’était un vieux commerce , on pouvait y boire un coup sans le dire aux technocrates, y déposer des lettres (qui seraient distribuées par la poste une ou deux semaines plus tard), y acheter des légumes du coin (bien que la grande majorité des habitants les y cultivent déjà dans leurs potagers). La mairie était ouverte au public deux jours par semaine, on pouvait y déposer sa trottinette, son acte de mariage ou de décès, mais souvent me raconta Hubert on y déposait des œufs pourris pour que les estrangers ne viennent pas nous emmerder, avec les anti-chasse, les anti-corridas, et les anti- lard de cochons qu’on nous accuse de donner à nos vieux quand ils ont cassé leur dentier sur des couniks rassis et ne peuvent plus mâcher. Enfin, monsieur, c’est insensé !

Au fait, me demanda Hubert, quelle est la raison de votre présence ici ? On ne rencontre que très rarement des étrangers, par chez nous. Mais je ne voudrais pas être indiscret, vous savez.

(à suivre?)

07 02 2020

AK

municipales 2020 : votez pour moi, je suis tout seul!

Lu ce matin sur France infos :

(extrait de l’article):

Une vieille église, six maisons en pierre et une cabine téléphonique hors service. Voilà, vous avez fait le tour de Rochefourchat, minuscule village de la Drôme, situé sur les hauteurs de Saint-Nazaire-le-Désert. « Ici, il n’y a pas de querelles de clochers », prévient le maire, Jean-Baptiste de Martigny. Et pour cause : le village est le moins peuplé de France (à l’exception des villages « morts pour la France », totalement détruits lors de la Première Guerre mondiale), avec seulement un habitant, selon les derniers chiffres de l’Insee. Monsieur le maire, qui n’est pas un résident permanent de la commune, connaît une drôle de mandature et une campagne pas comme les autres, quelques semaines avant les élections municipales.

Jean-Baptiste de Martigny, avocat à Paris de 42 ans, a acheté sa résidence secondaire dans la petite commune en 2006. Ce village « très sauvage, très préservé de la ville » situé à plus de 600 km de la capitale est l’endroit idéal pour un citadin pressé. Deux ans après son arrivée, il est élu maire de la commune avec 100% des suffrages exprimés. Une ascension fulgurante due en réalité au fait que l’ancienne maire depuis 25 ans désirait prendre sa retraite politique. Ici, pas de campagne électorale, mais plutôt une discussion autour de la table. « Ce sont des fonctions de représentation et il y a beaucoup d’aspects juridiques, donc j’avais une prédisposition par mon métier », se contente d’expliquer le maire.

Une mairie… qui fait office de gîte

Au quotidien, la gestion de la ville n’est pas trop contraignante. Les quatre conseils municipaux de l’année (le minimum légal) se font dans la mairie, qui fait aussi office de gîte. Trois chambres doubles, un clic-clac, deux salles de bain… et une table en bois avec une toile cirée pour délibérer entre élus, autour d’un bon repas de préférence. Les sept conseillers municipaux ont le même profil que le maire : ils possèdent tous une résidence secondaire dans le village et sont inscrits sur la liste électorale locale. A une exception près : le seul habitant de la commune est aussi représenté, au poste d’adjoint. Mais cette personne préfère rester discrète sur son identité pour profiter de la vie paisible d’unique Rochefourchatien de France.

Avec ce nombre restreint d’administrés, les décisions semblent plutôt faciles à prendre.

article complet ici 

Dans les commentaires, il est dit que pour pouvoir voter dans une commune, il suffit d’y posséder un bien (résidence secondaire, terrain, etc) et de payer des impôts locaux (fonciers). Je vais acheter un terrain vague à Paris et me présenter à la mairie !  Tremblez, Griveaux, Dati, Hidalgo et Villani, j’arrive!

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