Le Coronavirus, c’est pas de la tarte ! ( deux mauvaises plaisanteries)

Mars 2011

Ça commence par une plaisanterie lancée au cours d’un banquet. Le lendemain, il a oublié qu’il avait raconté ça. C’est un ami qui le lui rappelle: tu étais tellement bourré que tu ne t’en souviens plus. Tu t’es moqué d’un convive en le traitant d’icône sidaïque. Je ne te cache pas que personne n’a apprécié. Le type a quitté la table. Un arbre a traversé sa route. Il est aux urgences. Attends, c’est pas fini. Il est rhésus A-, comme toi. Et l’hôpital est en rupture de stock. Vas-y.

Il hésite, mais n’a pas le choix; monte dans sa voiture, roule lentement sur la route aux virages en épingles à cheveux. Traverse deux villages aux places désertes. Le temps est caniculaire, c’est le mois d’août. Les prairies ont la couleur du sable, des vaches assoupies au pied de grands chênes le regardent passer. La ville sent la sueur des avenues surchargées de véhicules, les platanes stoppent l’air frais des montagnes et le gave est aussi sec que la main courante d’une association de fainéants. Le parking de l’hôpital est vaste et rempli d’engins hors d’usage. Il se gare. Se présente. Suit la procédure. Attend. Une heure, au moins. Puis, le désinfectant, l’aiguille qui s’enfonce dans le bras. Serrez le poing, s’il vous plaît. Don du sang.

Coton hydrophile et petit bout de scotch. Il sort. L’intérieur de la voiture est une fournaise. Contact, clim, démarrage. Bonne conscience. Libéré d’un poids. Il roule, s’égaie, chantonne. A envie de faire l’amour. Repense à cette femme qu’il a rencontré le mois dernier, avec qui il a passé la nuit. Envie de rebelote. Mais il était tellement ivre qu’il ne se souvient plus de l’adresse. Il reprend la route cursive, traverse deux villages aux places désertes. Arrive chez lui, boit un verre, s’allonge. Sieste vespérale. Dehors, le vent se lève, les oiseaux pépient et les branches secouent une balançoire rustique.

Le téléphone sonne. Il saisit, à moitié endormi, le combiné près du canapé. C’est l’hôpital.

Monsieur

Nous sommes désolés

Mais

Nous devons vous prévenir.

Nous ne pouvons utiliser votre sang.

?…

Vous êtes séropositif.

 AK Pô

14 01 11

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Mars 2020

Ça commence par une plaisanterie lancée au cours d’un banquet. Le lendemain, il a oublié qu’il avait raconté ça. C’est un ami qui le lui rappelle: tu étais tellement bourré que tu ne t’en souviens plus. Tu t’es moqué d’un convive en lui parlant tout près, comme un amant, en le traitant d’icône coronavirale. Je ne te cache pas que personne n’a apprécié. Le type a quitté la table. Un arbre a traversé sa route. Il est aux urgences. Attends, c’est pas fini. Il est asthmatique, comme toi. Et l’hôpital est en rupture de stock, plus de ventoline, plus d’appareils respiratoires. Alors vas-y. Prête leur ta machine, que tu mets tous les soirs pour réguler ton souffle apnéique. Passe t’en quelques jours, pour lui.

Il hésite, mais n’a pas le choix; monte dans sa voiture, roule lentement sur la route aux virages en épingles à cheveux. Traverse deux villages aux places désertes. Le temps est maussade, c’est le mois de mars. Les prairies ont la couleur du verbe, des vaches assoupies au pied de grands chênes le regardent passer. La ville sent le printemps des avenues vidées de véhicules, les platanes stoppent l’air frais des montagnes et le gave est aussi moite que la main courante d’une association d’huissiers. Le parking de l’hôpital est vaste et rempli d’engins hors d’usage. Confinement général. Il se gare. Se présente. Suit la procédure. Attend. Une heure ou deux au moins. Puis, le désinfectant, la paperasse. Il entend dans la chambre voisine : tests de ré-initialisation de la machine, contrôle du souffle, du volume d’oxygène et de la puissance d’insufflation, rythme cardiaque du patient auquel on va destiner la machine. Icône coronavirale, il regrette ce geste de trop, qu’est-ce qu’on peut être stupide avec un ou deux coups dans le nez. Trop tard. Lui sur un siège, dans le couloir embouteillé, l’autre dans un lit, qui s’asphyxie, sent monter la fièvre et s’endort sous l’injection de produits dont il voudrait ignorer le nom.

Il sort, quitte l’hôpital. L’intérieur de la voiture sent le dernier souffle d’air printanier. Contact, clim, démarrage. Bonne conscience. Libéré d’un poids. Il roule, s’égaie, chantonne. A envie de faire l’amour. Repense à cette femme qu’il a rencontré le mois dernier, avec qui il a passé la nuit. Envie de rebelote. Mais il était tellement ivre qu’il ne se souvient plus ni de l’adresse ni du nom de la femme. Il reprend la route cursive, traverse deux villages aux places désertes. Arrive chez lui, boit un verre, s’allonge. Sieste vespérale. Dehors, le vent se lève, les oiseaux pépient et les branches secouent une balançoire rustique.

Le téléphone sonne. Il saisit, à moitié endormi, le combiné près du canapé. C’est l’hôpital.

Monsieur

Nous sommes désolés

Mais

Nous devons vous prévenir.

Votre ami est mort.

?…

Vous êtes contaminé. Appelez le 15 de toute urgence. On viendra vous chercher. Pas d’inquiétude, votre machine est prête à l’emploi, nous avons réintégré tous vos paramètres.

27 03 2020

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Mars 2029

Crise économique mondiale. Mais c’est une autre histoire…

Deux roues de poésie, ou les pédaliers célestes

Je ne parlerai pas ici de la poésie astro physicienne des trous noirs et des fontaines blanches, ni de la beauté d’une équation mathématique, quand celle-ci, en son résumé d’écriture, génère tant de possibilités magnifiques pour l’avenir des hommes. Et ce, pour diverses raisons aussi variées que véritables. Tout d’abord, je ne sais ni lire une équation ni voir avec des jumelles la profondeur éblouissante du ciel et de ses composantes illuminantes. Ensuite, parce que mon patron, qui lui me surveille avec ses jumelles et lit dans mes pensées (sauf en dehors des heures de travail), m’inviterait à ne plus écouter France Culture quand je me déplace d’un lieu à un autre, sous prétexte que je course une météorite quand je suis censé trouver des diamants dans les perles de rosée. Bref, je ne parlerai que de la poésie qui colle à la peau de ceux qui la ressentent, c’est-à-dire celle de monsieur Toutlemonde, et de madame Vouzémoi.

La poésie est à la fois une passion et un combat. Inutile de la chercher ailleurs qu’en soi, vous la trouveriez chez un autre, plus lyrique et sensuelle que vous ne pensiez la ressentir en vous. C’est une catharsis, Chez les curés, une épectase (je dis cela pour vous apprendre des mots nouveaux, avec lesquels on peut faire des rimes). Bien entendu, les lecteurs de LPKI manient mieux la langue des chiffres que celle des chats. Donc, je vais parler d’autre chose, ce qui n’est pas coutume, mais pour cela je me dois d’aller m’habiller en coureur cycliste, pour être plus crédible, pour mettre à mon propos un peu plus de muscles, de tripes, de boyaux et de souffle, bref coller à la roue de mon discours tout en évitant de tourner en rond, sauf les jambes (sinon, on n’avance pas).

Ainsi, comme tous les ignares, je trouvais plus de poésie, d’élégance et de distinction à la bicyclette de Régina ma douce oloronaise comparé au vélo de mon oncle Elvish, l’anglais palois portant béret, plus âpre, plus masculin, un brin machiste, solide.

Le samedi, quand j’ai deux ronds, je file chez Tonnet (la plus grande librairie paloise). C’est un peu comme chez Emmaüs, on trouve tout, sauf que c’est neuf et toujours sous la forme de bouquins. Vous cherchez un oiseau exotique, des poissons rouges multicolores, les îles de Jean Grenier? Vous croisez au détour d’un rayonnage un Enterrement de Sabres (B. Manciet édition bilingue), le truand don Pablo de Ségovie faisant la vie (Francisco de Quevedo), des pampas poétiques ( Jules Supervielle), des vers libres (Jean Genêt), et des libraires érudits qui sourient mieux que le chat du Cheshire de Lewis Carroll (à ne pas confondre avec les scaroles, qui sont des salades). Et vous tombez nez à nez sur un petit bouquin, qui manque de vous échapper beau (c’est le dernier exemplaire du libraire), je me souviens du tour de France dans les Pyrénées(*), un ouvrage collectif rassemblant un peloton de témoignages divers, de champions cyclistes locaux et nationaux, de passionnés du vélo dont le souvenir perdure, malgré les strates de macadam dont on tapisse régulièrement l’Aubisque, le Tourmalet, l’Aspin, pour mieux effacer des mémoires l’époque héroïque des courses cyclistes.

Alors, me direz-vous, quel rapport avec la poésie?

Tout d’abord, les lieux: la montagne, les cols, les routes qui ne sont que des chemins carrossables. Le temps, magnifique, caniculaire, orageux, diluvien. Les distances qui séparent les étapes (Bayonne-Luchon, 326 km) , le matériel, rudimentaire (pas de dérailleur, de ravitaillement, nécessité de réparer soi-même son matériel…), pas d’oreillettes, pas d’hélicos. Les hommes, enfin, magnifiques, magnanimes, héroïques (Victor Fontan se bricolant -il avait cassé sa fourche- chez le forgeron du village un vélo avec celui du facteur qui n’avait rien d’un engin de course en y recasant ses roues, son guidon et sa selle). La force, la ténacité, le respect de l’ adversaire, et le fair-play (que je n’ai revu qu’exceptionnellement, dans d’autres sports, de nos jours), la dignité et le courage, tous ces ingrédients qui firent que ces hommes créaient une liesse populaire à leur passage (sans parler d’Yvette Horner dans sa deux-chevaux, jouant de l’accordéon debout) et entrèrent, pour certains, dans la légende de la grande boucle.

Mais au-delà des performances inouïes, du travail constant et de l’esclavage des entraînements, naissait ce miraculeux partage entre les foules et ces bagnards de la route, et cette question: qu’est-ce qui pousse les hommes à se surpasser ainsi? L’argent, la gloire? Non, pas à cette époque. La reconnaissance de soi, des autres; le simple fait d’exister au-delà d’un quotidien banal, la transcendance d’une montée en danseuse, la folie serpentine d’une descente au bord de l’abîme, l’impression palpable de fréquenter les dieux, les aigles et, dans la souffrance nécessaire, de se sentir homme parmi les meilleurs d’entre eux, ceux qui ne trichent pas.

C’est en et par cela que la poésie est à la fois une passion et un combat: elle est capable de se répandre par sa volonté propre, d’inonder l’espace qu’elle franchit d’une autre vision des choses, de croire en l’homme qui réalise l’exploit autant qu’en celui qui le regarde. Elle est à la fois précisément personne et tout le monde en particulier.

Et je rejoins le point de départ: Je ne parlerai pas ici de la poésie astro physicienne des trous noirs et des fontaines blanches, ni de la beauté d’une équation mathématique, quand celle-ci, en son résumé d’écriture, génère tant de possibilités magnifiques pour l’avenir des hommes.

Nous appartenons tous à des espaces différents, qui se dissocient dans la forme et se joignent dans le fond. Alors, quand ce qui nous était étranger soudain laisse fleurir une sensibilité jusque là inconnue, que l’on sent grandir en soi une musique dont on ressent les finesses sans en connaître la partition, rien n’est perdu et tout arrive.

La prochaine fois, j’évoquerai la poésie des hommes d’affaires, le soir, au fond des boîtes (de cigares).

AK Pô

10 01 11

(*) édité par Association Mémoire Collective en Béarn bulletin n°21; Avec plein d’anecdotes et d’illustrations d’époque 15 euros

Sud Ouest 26 03 2020 : https://www.sudouest.fr/2020/03/26/vers-un-tour-de-france-sans-spectateurs-c-est-imaginable-assure-la-ministre-des-sports-7364394-4868.php

les mardis de la poésie : René Char (+ salut Manu!)

 

Qu’il vive !

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l’aurore à côté d’une bougie.
Le verre de fenêtre est négligé.
Qu’importe à l’attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Il n’y a pas d’ombre maligne sur la barque chavirée.

Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

On n’emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays.
Les branches sont libres de n’avoir pas de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.
Dans mon pays, on remercie.

 

René Char

 

tiré du site : https://www.poemes.co/qu039il-vive.html

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Hommage à Manu Dibango, décédé ce jour à l’âge de 86 ans, victime du virus.

De la fausse réalité des rêves (fantaisie)

DE LA FAUSSE REALITE DES REVES (fantaisie)

Le sable est rempli de grains de sommeil

Piquants, blonds et gorgés de soleil

Que le marchand évente, ne laissant pour uniques traces

Que l’ombre du doute et le miroir qui lui font face.

Quand les rêves abandonnent les hommes, il ne leur reste qu’une issue: le génie. Qu’est-ce qu’un rêve, sinon un abandon de soi? une mouche est plus réelle qu’ un cocher ramenant sa princesse ivre morte dans son carrosse de luxe. Le rêve brille par son absence quand le pauvre frotte les cuivres de la duchesse, et pourtant de la lampe à huile ne surgit pas le génie attendu au rythme des massages lascifs du chiffon caressant, ni des lessives fraîchement exposées aux vents coulis de l’été, non. La mouche éperonne le sein droit de la comtesse comateuse et le cocher fouette son attelage tout en la regardant, ébahi, subjugué par tant de beauté délétère et céleste, avachie et hoquetante dans le chemin creux qui les ramène au château après une nuit orgiaque. Non. Le génie ne se dérobe pas, ne se cache point au fond des bouteilles vides qui roulent sous le siège, au risque de s’enivrer lui-même d’un tel charivari. Il regarde le rêve s’enfuir dans les yeux de l’archiduchesse et du cocher, dans les globes prismatiques de la mouche de strass collée sur le buste qui flageole, gonfle et retourne cahin-caha à sa petite existence de grande dame fatiguée par les excès, les jugements à l’emporte-pièce, la rivalité amoureuse, cette noble concurrence du néant élevée en plaisir, ces bagues devenues dagues.

Au petit matin, le génie cherche l’homme qui ramasse les rêves. Il le cherche partout, le trouve nulle part. L’homme est parti vider sa besace dans le bas d’un talus. Il trie les débris du rêve: les morceaux de sommeil, les éclats de soleil, les mots écrits, chantés, imaginés, les musiques du corps évanescent qui s’abandonne de bon cœur, les nanogrammes de bonheur dans le reflet des yeux que l’on regarde encore, même clos. L’homme scrute. Ses mains, habituées au toucher, contiennent dans leurs paumes des vies écartelées, des lignes et des cals dont les jours prolongent l’errance, vies qu’il s’ingénie à recoller de ces rêves brisés, morceaux infimes d’une absence infinie. Mais il n’y parvient pas. Parfaitement impossible, bêtement idéaliste. On ne reconstruit pas la vie antérieure, on cimente les rêves pour ne pas abandonner, abandonner le génie issu de nos propres gestes manqués, le génie qui croyait toucher l’âme en habitant le corps. Mais la marquise l’a rendue, son âme, ce matin-là, dans un bois qui jouxtait le château, quand le cocher percuta le plus beau matin du monde, celui des illusions perdues.

AK Pô

20 05 09

Exil en Normandie (les écrits du confins)

Exil en Normandie

Marcel, mon petit Marcel, je ne te le répéterai pas deux fois : maintenant que nous allons être confinés chez papi et mamie en Normandie, je t’interdis de chausser tes patins à glace, que tu confonds avec des patins en moleskine pour glisser sur le parquet ciré, et ne fais pas l’imbécile, pas de trottinette ni de skate dans la cour gravillonnée, tu m’écoutes ? Comprends donc que papa est fatigué, nous avons mis huit heures pour arriver ici, quand il en faut trois en temps normal par l’autoroute. Oui, Marcel, nous avons pris de petites routes et avons du mentir aux gendarmes quatre fois en leur disant que mes parents étaient à l’agonie. Oui, mamie est arrivée plus tard que nous avec le coffre plein de victuailles, mais cela ne t’autorise en aucun cas à rayer les tomettes de l’entrée et de la cuisine, ni le plancher en chêne du séjour, du salon et de la bibliothèque où papi fait sa sieste. Tu auras ton goûter à l’heure habituelle, mais sois sage et ne réveille pas le vieux, qui ne nous attend pas. C’est une surprise, alors silence, d’accord ? Oui maman. Je peux aller aux cabinets ? Bien sûr, mais avec les patins. J’ai oublié tes pantoufles à Paris, on t’en achètera ici, sauf s’il y a pénurie. Bon, je rigole. En province, ils ont tous des sabots, sauf en Charente, mais là-bas c’est par flemmardise. Autre chose, mon fils, si quelqu’un te demande dans la rue du village si tu viens de Paris, réponds-lui que p’têt bien que oui, p’têt bien que non. Il te prendra pour un gosse du coin qui fait les courses pour ses grands parents interdits de sortie pour cause de pandémie. Si l’épicier, qui te voit tous les étés et sait que tu voles des bonbons dans ses rayonnages (comme tous ces petits saligauds de parisiens) te demande ce que tu fais là, hors saison, tu réponds mes parents m’ont perdu sur le sentier des douaniers et je suis rentré tout seul. Il te dira alors : c’est vrai, ça ? Bin, p’têt bien que oui, p’têt bien que non. Alors, tu pourras faire les commissions et chaparder quelques friandises quand il te tournera le dos. Mais en attendant, pas de patins à roulettes, de vélo de ballon de foot, juste du calme, si jamais tu réveillais papi nous n’aurions plus qu’à rentrer illico à Paris, tu comprends, Marcel ? Oui maman. Je peux jouer à la Nintendo dans ma chambre ? Oui, mais avec un casque sur la tête. Promis ? Promis maman.

Marcel avait dix ans et son papi Léon 82. Mamie Françoise était discrète et son lieu de résidence principal était la cuisine. Ce qui faisait que le vieux couple ne se réunissait qu’à l’heure des repas. Mais nous fûmes bien accueillis, Roland et moi, Louise. Il sut gérer le motif de notre arrivée hors saison et il faut reconnaître que Léon et Françoise n’étaient pas mécontents de voir du monde en ces temps catastrophiques d’enfermement obligatoire. La première semaine se passa bien, le temps était clair et doux. Puis, sous l’influence maritime, le ciel se chargea de nuages, de plus en plus lourds, et Marcel commença à s’ennuyer. Le vent et les averses en vinrent à signer un pacte interdisant au gamin de jouer à l’extérieur. Alors l’ennui devint plus difficile à supporter : pas de copains, les jeux vidéo devenus une obligation finirent par lui être insupportables. Il n’avait qu’une envie : ravager le carrelage et les planchers avec ses patins à glace (précision : ils étaient rangés -et oubliés- à côté des chaînes à neige dans le coffre de la voiture).

Papi Léon en prit conscience, les crêpes et les gâteaux de Françoise ne suffisaient plus. Louise sa mère et Roland déprimaient. L’accès aux plages et aux chemins de balade étaient désormais étroitement surveillés . Tout le monde attendait qu’un nouveau monde advienne. Mais ici on avait la chance de posséder un espace de vie suffisant pour se livrer à des activités ludiques. Le jardin offrait ses tâches pérennes et saisonnières, à l’intérieur de la maison le ménage le nettoyage des vitres (une fois par an en Suisse dit-on) la cuisine et le repos, la lecture et la musique (papi adorait le bel canto, donc quelques opéras italiens).

Léon termina sa sieste ce jour-là et appela Roland. Il retira alors une cordelette qui pendait à son cou, au bout de laquelle se trouvait une petite clé. Une clé qui permet d’ouvrir un tiroir d’assez grande dimension. Vas dans ma chambre, Roland, dans la grande armoire tu trouveras un tiroir qu’ouvre cette clé. Elle contient une boîte en fer blanc de bonne dimension. Prends-la et descends la. Je t’attends. Roland s’exécuta. Cinq minutes plus tard, il était dans la bibliothèque du vieux. Vas chercher ton fils, maintenant, s’il te plaît. Le gamin faisait grise mine. Léon lui tendit alors la grosse boîte. Elle était lourde pour un enfant et les décalcomanies dont elle était décorée se décollaient pour certaines. Marcel posa la boîte par terre. Ouvre la, petit morpion ! dit sur un ton péremptoire le grand-père.

Comment décrire l’émerveillement d’un gosse qui découvre d’autres choses ?

Il y avait là tout l’univers d’un grand-père du temps où il était enfant : les voitures Dinky toys, les cyclistes en fer blanc, en métal ou en plastique moulé de Bonux, avec lesquels il jouait au tour de France en les faisant glisser sur le parquet, les Anquetil, Bobet, Bahamontès, Simpson, Darrigade (…), un petit train électrique mangeur de piles des cafés BIEC, il y avait des cow boys des indiens des tipis des totems des soldats sudistes, nordistes, des bagarres et des combats inventifs et loin des vraies guerres, mille assortiments pour composer le temps que pour quelques mois il faudrait supporter. Marcel, à la vue de ces jouets désuets, aurait pu dire : c’est quoi, ces vieux trucs, ça pue le rance, moi c’est playmobil mangas et tablette. Bien sûr, il aurait pu le dire. Comme des milliers de petits parisiens exilés en Normandie.

Quand il sauta au cou de son grand-père, celui-ci lui demanda : tu ne serais pas un peu normand, toi ?

P’têt bien que oui, p’têt bien que non !

21 03 2020

AK

(les écrits du confins)

Je sais que confins s’emploie au pluriel mais je fais ce que je veux!

Voir article France Info.

Quoi qu’il advienne, aujourd’hui c’est le printemps.

un moment de gaieté  avec Henri Dès…

que faire quand on ne bouge pas ?

(conf J-3)

Eh bien, on fait travailler son imagination. Certes, ce travail n’est pas rémunéré, mais il a tendance à rendre joyeux quand la situation ne l’est pas. Du moins chez Chinou et Chinette. Exemples :

Nous avons créé un super bilboquet avec un plat à tajine et un gros pomelos :

Puis on a joué à TROUVE L’INTRUS:

Ensuite, on s’est raconté l’histoire de l’araignée BANANE, la croqueuse de fruits :

 

Puis, un peu de sculpture (avec ce qu’on a sous la main):

Enfin, on a ouvert les vieux carnets de Chinou qui dormaient dans la cuisinette planqués dans un des tiroirs du vaisselier :

Ah, ça fait du bien de déconner un peu, non?

 

A bons chats Vilain Coronat …(les écrits sans confins)

17 03 2020 conf J2

Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que les cinq chats présents qui vivent encore (nous en avons perdus pas mal, disparus ou écrasés) à la maison sont soucieux. Eux-mêmes semblent prendre en considération le mal que nous, humains, traversons. Ils mangent peu, dorment beaucoup et font montre d’une tendresse accentuée à notre égard, surtout au mien car je les laisse parfois entrer dans la cuisine où une moindre portion de nourriture leur est alors offerte. Ils déposent en remerciement de petites bestioles sur le perron : un lézard, une souris, très rarement un oiseau (une tourterelle de Turquie dont ils savent que le chant m’agace).

Tout cela paraît simple mais ne me convient pas. Alors j’ai décidé de les interroger, assis à la table de jardin où ils aiment s’étaler au soleil. Quand il y a du soleil, comme aujourd’hui. C’est Pirouette qui est arrivée la première me faire ses hommages. Cinq minutes de mamours avant d’entamer la conversation. Je lui ai demandé (je traduis en simultané pour les lecteurs qui ne pratiquent pas le langage félin) ce qu’elle pensait de la situation. Elle ronronna en tournant à 180° ses oreilles : c’était chaud pour les hommes, le danger était partout. Cependant, comme elle parcourait les rues de la ville la nuit, elle me rassura : les gens de ton pays dorment encore sur leurs deux oreilles, mais caresse encore les miennes car ma vigilance s’amenuise d’heure en heure Je sens la pluie des larmes. Oh, me dit Pirouette, demande donc à Petit Lion ce qu’elle en pense, je suis épuisée.

Petit Lion était encore au fond du jardin, se chauffant sur une bâche que le soleil tiédissait. A proximité de la table, sur le tas de bois que l’hiver avait réduit roupillait Bouboule, le gros chat à poils longs comme sa fatigue chronique et sa libido excessive. Je lui tendis la main. Il ouvrit un seul œil : bien suffisant pour répondre à un humain qui n’a pas encore servi les rations de croquettes. Il se tourna sur le dos et je caressai son ventre. Il aimait ça, se prenait pour un pacha. Je réitérais ma question. Il me sourit. Sur l’instant j’eus envie de le prendre par la queue et le pendre comme un miquet dans un manège de fête foraine. Mais il ronchonna entre ses dents aux incisives aiguisées : les hommes sont stupides, ils n’ont que ce qu’ils méritent : le chaos et la fin des haricots. Je rétorquais : tu crois ? Il sourit de nouveau et me répondis : tu verras, si vous vous en sortez, votre vie recommencera comme celle que vous viviez avant. Vous, les hommes, êtes inconséquents, le Pouvoir vous a rendu fous et fous vous resterez ! Ce jugement, issu d’un chat dont la toison eut pu servir de chapka à un anachorète sibérien me stupéfia par sa justesse. J’en fus très dépité.

Vers seize heures, j’ouvris quelques boîtes pour nourrir mes interlocuteurs. Petit Lion arriva en trottinant, prenant l’air d’un chat féral, ou d’un général dirigeant une centrale d’achat pour chats. Je tentais de l’interroger mais il avait la gueule dans la gamelle, et sa réponse fut lapidaire : nous on ne sait ni lire ni écrire, on connaît la jungle plus que Rudyard Kipling et vos histoires de Disneyland on vous les laisse. Tu as compris, homme ? D’ailleurs, où est ta femme ? A la cuisine, c’est ça, elle prépare la tambouille pendant que tu nous parles. Tu devrais avoir honte ! Mais tu es comme les autres, infecté par la peur, nourrissant la panique et râlant sans arrêt sur le bonheur que tu ne comprends pas posséder ni administrer aux autres, sauf à nous, qui ne sommes que des animaux de compagnie. Ah, si nous n’étions pas là, tu n’aurais pas conscience de l’inquiétude que nous avons te concernant. Allez, merci pour le gueuleton !

Ces paroles m’avaient complètement décontenancé. Aucune envie d’interroger Micromégas, le plus jeune de la troupe. C’était un vrai pot de colle. S’il m’apercevait, fumant sur le perron, il se pointait à pattes raccourcies pour se frotter à mes jambes, ne manquant aucune ouverture de porte pour pénétrer la cuisine et se frotter aux paquets de croquettes, qu’il ne mangeait pas. Parmi ces félins il offrait une naïveté déconcertante. Son obstination à vouloir grimper sur mes épaules était la source de bien de réprimandes de ma part. Jusqu’à ce jour où il me susurra à l’oreille ce qui suit :

« Micromégas est un géant de trente-neuf kilomètres de haut, jeune savant doté d’environ mille sens et habitant une gigantesque planète de Sirius. À la suite de travaux d’entomologie contestés par un fanatique du clergé de sa planète, il est chassé de la cour. Il part alors en voyage dans l’univers « pour achever de se former l’esprit et le cœur». (source wikipédia, à consulter!)

Son ennemi était le nôtre : un Nanomégas ridiculement petit, vorace et bravache.

Il ne faut jamais donner sa langue aux chats, ils en possèdent déjà toute la grammaire et le vocabulaire. Mais ils aiment bien qu’on les écoute ronronner, quand ils sont confinés avec nous dans de maigres espaces…de vie.

17 03 2020

AK

Buvons un coup (virtuel) pour la saint Patrick !

wikipédia :

Le personnage de saint Patrick

Évangélisateur de l’Irlande, saint Patrick aurait expliqué le concept de la Sainte Trinité aux Irlandais lors d’un sermon au roc de Cashel grâce à un trèfle, en faisant ainsi le symbole de l’Irlande (l’emblème officiel du pays étant la harpe celtique). La légende raconte que c’est à ce moment-là qu’il chasse tous les serpents du pays, action qui symbolise la conversion du peuple irlandais : les serpents représentent les croyances polythéistes celtiques des irlandais, assimilées à Satan, rendu responsable de l’ignorance du Dieu véritable. Chaque année, les citoyens d’Irlande mettent un trèfle à la boutonnière pour se souvenir de cet enseignement religieux.

A la santé des irlandais !

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