Ainsi dormira Marc Ogeret, artiste oublié, longtemps longtemps longtemps…

Cet artiste est mort le 6 juin 2018, sans un mot dans les médias (sauf un, qui me l’a appris, mais lequel?)…

rififi dans les alpages, une histoire ancienne ? Pas vraiment !

fin mai début juin 2018 commencent les transhumances dans les vallées pyrénéennes. Ce qui m’a rappelé cette histoire, écrite début 2013.

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« Réfléchis, avant de causer! » disait ma mère. Ma mère est encore vivante, et je ne réfléchis toujours pas, tout comme je ne lui adresse plus la parole (elle est sourde). Enfin, comprenez par là que ce que j’aime, je l’énonce, et ce qui me déplaît, je le dénonce. Je suis un de ces types qui gardent les vaches sur le plancher des brumes sauvages et parfumées. Un de ces idiots de village que l’odeur de la ville a attirés, un de ces chimistes un peu bêtas qui, suivant leurs narines bovines, ont fini par renifler les poivres citadins: un con, un paysou, un ingénu.

Je ne déclinerai pas ici les subtilités d’un Louis Aragon, les impressions qu’un paysan peut ressentir à Paris. Juste quelques propos de promeneur, des commentaires périphériques juchés sur des plateaux herbeux.

La ville ? Pau est donc une ville; ah!

Oui madame, une ville laïque entre deux vierges, l’une sur un rocher, l’autre dans une grotte. Ce que l’on aime, ici, c’est d’aller flâner le dimanche dans les alpages, en regardant à la lorgnette les pauvres se traîner sur le boulevard des Pyrénées. On aime le cliquetis de l’eau dans les abreuvoirs en pierre, les chevaux qui pâturent et le vent léger qui soulève la nappe étendue pour le pique nique familial. On aime les villes dont on s’acquitte pour aller vivre quelques instants d’ailleurs ; puis on rentre, on reprend les rues qui draînent nos quotidiens, on se surprend parfois à découvrir des détails qui échappent à notre routine car, au final, on n’est pas précisément pressés de rentrer, puisque demain c’est boulot, et aujourd’hui: repos.

J’aime ces pharisiens qui broutent le dimanche sur les plateaux penchés, se gavent de libertés que l’espace inaugure, emplissent leurs poumons de cet air égrillard qui les rend gais, audacieux et félibres, poètes spontanés de tous les lieux du monde, qu’ils chantent en communion avec la douceur de l’innocence crasse. Car ici, c’est la guerre. La pire des guerres qui soit: la guerre de l’eau et des origines familiales. Ici est le centre des mondes, le puits des haines et la vertu des simples s’y noie. L’eau est un marché, une adjudication, une tripotée de lois et de décrets. Pour celui qui a soif, pour celui qui fait paître son bétail sur ces hauteurs, l’eau est un puits sans fond, un combat permanent. La montagne a découvert ses prédateurs: l’argent et la rivalité des gens. Le droit de vivre contre celui de payer pour survivre. Dans les cabinets où cette merde coule à flot, on rigole : réponse du loup à la bergère, le plateau du Benou sera bientôt investi par quelques promoteurs, qui nommeront ce lieu « balcon des Pyrénées », par quelques savants renards qui réduiront le grandiose à la taille d’un poulailler industriel renommé résidence alpine de tourisme.

Bien entendu, il ne s’agit ici que d’une fiction, d’un petit texte écrit par un homme en colère, un citadin quelconque, un paysan qui parie sur l’Aragonie d’une capitale locale, dont les préceptes sont les mêmes que ceux qui emplissent le gave: la sécheresse des sentiments, le reniement du partage, l’inéquité des clans. Quand, dans l’autre vallée, un indien survit dans une goutte d’eau. Les montagnes sont sèches, les montagnes sont dures, les cairns et le lait de brebis ne concernent que les étals de halles où se précipitent les pique niqueurs des plateaux, fromagers incertains, des crottins et des bouses. Le bonheur de quelques instants ne serait que l’enfer de ceux qui y ont bâti leur vie, non de ces rigolos qui peuvent, face au précipice, revenir en arrière, regagner la citadelle et ne plus avoir à craindre le loup, l’ours, ou ces sauterelles argentées qui ratissent tout.

La mort aiguisant sa faulx. Alter(s) ego(s).

J’ai pissé des dizaines de fois sur ces prairies offertes, sur le port d’Aste, sur celui de Béost et de Castet, comme une vache, comme un chien entre deux rangées d’arbres, j’avais envie, alors, et pourquoi se gêner, avec pudeur, d’aller mendier sur les alpages la liberté d’un jet follet ? La pluie, la neige, toutes les saisons dansaient et pourtant, vivre ici, tu me prends pour un âne, vivre ici, avec une famille du bétail un robinet d’eau et des revenus potables, tu rigoles, qui voudrait mener ce genre de vie ?

Une ville laïque entre deux vierges ouvrait, dans le sens commun, un chemin pour la morale. Ici, c’est un sentier qui s’en fiche pas mal. Une pastorale hébergée dans un tribunal. D’instance. Les montagnes ne versent de cascadantes eaux que dans les poches trouées des bergers sans étoile. Noyer le poisson, dans les abreuvoirs ossalois. Qui a raison, qui a tort, au final peu importe. Ce qui est lamentable et triste, c’est d’encore en arriver là, à ce constat terrible que l’homme est plus que jamais un loup pour l’homme, et que ce sont toujours les mêmes qui sont pris pour des moutons.

AK Pô

23 03 12

ce texte a été inspiré par des faits relatés dans plusieurs articles de la presse locale à l’époque, parmi lesquels celui-ci :

https://www.sudouest.fr/2012/03/11/soutiens-en-cascade-pour-le-berger-655876-1895.php

Coup(s) de fil

Quand le téléphone a sonné, tout naturellement j’ai décroché. Oubliant dans l’instant que ce téléphone là ne sonnait jamais, ou presque. Une voix masculine m’a demandé d’appuyer sur la touche étoile, au motif que j’avais reçu un important appel. Comme dans ma longue vie le nombre d’appels importants que j’ai reçus est conséquent, mon cervelet a de suite envisagé le risque encouru si j’appuyais sur la fameuse touche : la fortune, le gros lot, le tirage au sort du ticket gagnant parmi des millions d’abonnés au téléphone, hommes femmes enfants lézards chèvres et moutons, exactement la même chose répétée aux heureux gagnants de la province Balpeau. Alors, j’ai appuyé sur la touche fatidique. God bless America.

A l’autre bout du fil, j’ai entendu ma voix.

Un truc étrange qui n’avait rien d’un soliloque. J’ai allumé une cigarette, ai jeté un oeil par la fenêtre et la conversation s’est engagée. Je me posais des questions à voix haute et recevais les réponses par le tube (mon téléphone a une forme de masque de plongée avec tuba et lunettes-écouteurs étanches). Ainsi l’autre zigoto prenait un malin plaisir à m’envoyer des vannes quant à mon passé, narguait mon avenir, se foutait carrément de moi, un peu comme je le faisais dans ma vie courante ; mais se l’entendre dire est une tout autre affaire. Même si cela reste dans un cadre tout à fait personnel. Du coup, j’ai pris la mouche et me suis mis à mon tour à le traiter de ringard de petit rigolo de tartignolet et de cornichon (ce qui est, faut-il le dire, une belle image pour désigner un téléphone).

Moi qui pensais bien me connaître découvris qu’entre autres travers j’avais le sens de la dénégation. Je parvins même à faire hocqueter de tristesse mon alter ego tant je l’assassinais de formules lapidaires. Comment peux-tu me dire ces choses-là, geignait-il, puis : si je t’avais en face je te ficherais une sacrée rouste ( et là, je me tordais d’un rire sardonique effrayant ). Bref la tension monta à un tel point que madame Dieu (qui s’occupait du standard paradisiaque ) dût intervenir. La ligne crachota, rendant l’échange inaudible.

J’avais connu madame Dieu suite à quelques accidents de voiture desquels j’étais sorti indemne. Une très jolie femme, un peu ronde mais dans le sens convenu des giratoires, donc plutôt à droite ( surtout pour ceux qui diabolisent la gauche ). Entre deux grésillements nous échangeâmes quelques nouvelles mon mari vieillit mal et la planète sent le roussi d’ailleurs je vais me faire une teinture, j’hésite entre roux auburn et noisette, tu comprends, ces cheveux blancs qui émergent de mon crâne finissent par me déprimer, et mon divin mari ferait bien de teindre sa barbe couleur fraise, comme on le voit dans les fêtes foraines, là, au moins, on rigole, et toi, petit homme, comment se passe ta vie ? Eh bien, voyez-vous (il faut garder une certaine distance avec les standardistes, fussent-elles divines) j’habite une petite ville de province avec vingt cinq pour cent de pauvres, un urbanisme à la va comme je te pousse et un festival à la con en plein mois d’août ; vous pourriez peut-être me faire gagner au loto, cette année, pour que je puisse fuir cette ville, non, je rigole, je sais que le budget du Paradis est sous scellés, et le montant des factures papales entièrement versées à la mafia terrestre, ah madame Dieu, les temps sont durs sur la Terre, heureusement les musulmans tirent la barbe du Prophète et les chinois se syndicalisent, bref l’espoir fait vivre, mais minablement.

Là-dessus, mon cornichon d’alter ego reprend la parole. T’as pas honte, à ton âge, de demander à une femme certes céleste et divinement modelée par la main facétieuse d’un Dieu désormais parkingsonien de te faire gagner au loto pour fuir ton petit pays et puis t’irais où, c’est partout pareil, tout est standardisé, pensée unique, money money, misère sidérale et luxe méprisant mais non qu’est-ce que tu racontes avec ce fric j’achèterais du sable, un peu de ciment et une bétonneuse solaire, j’irais chercher des galets dans le gave avec mes deux ânes et je construirais une maison remplie de fenêtres, de toutes les couleurs, comme Hundertwasser, avec des arbres sur le toit, des planchers en bois à peine rabotés et des fontaines qui traverseraient les pièces une maison dehors dedans mais à l’abri des hivers et des tempêtes je ferais ça pas comme toi qui me demande d’appuyer sur la touche étoile pour me corrompre l’esprit, pour me vendre je ne sais quelle cochonnerie sous prétexte que je suis l’heureux élu d’une quelconque manigance marchande. Bon, si tu le prends comme ça, d’accord : j’appelle de suite le directeur des ventes.

Soudain, une autre voix inonde ma trompe d’Eustache. Une voix roulante de tonnerre, assourdissante. Est-ce le directeur du festival à la con ? Non, c’est Dieu lui-même : je vous interdis de parler à ma Femme, Elle bosse, Elle, et vous feriez mieux de la boucler je suis peut-être vieux mais je pourrais encore vous mettre une bonne rouste (là, j’entends l’autre rire à côté du combiné, susurrer bien dit chef) et une dernière chose, petit monsieur, quand on a un téléphone qui ne sonne jamais ou presque on ne risque pas de décrocher les étoiles. Alors débrouillez-vous vous même pour faire contre mauvaise fortune bon coeur.

Amen

AK Pô

16 08 11

Voyageur immobile, un coffret magique pour parcourir le monde en musique!

Il existait, voici quelques décennies, une émission sur France Culture intitulée « les chants de la Terre », qui invitait les auditeurs à écouter des musiques traditionnelles du monde entier, des (vrais) griots africains aux chants diatoniques de Mongolie, du guzheng chinois, des putonas maoris, en passant par bien des régions inconnues avant qu’elles ne deviennent parfois républiques indépendantes. On pouvait retrouver quelques albums complets des enregistrements pris sur le vif sur Harmonia Mundi, site encore existant de nos jours.  La collection OCORA de Radio France retrouve ces chemins que la majeure partie des radios ont abandonné pour faire place aux artistes contemporains qui mêlent le traditionnel à l’électronique, (Tinariwen, Césaria Evora, Calypso Rose,  Danyel Waro etc).

Ainsi retrouve-t-on les sources dans cet album (26 euros) qui compile cinq continents en six albums. Mais toute cette musique universelle ne peut offrir qu’un échantillon de nos plaisirs. Quitte à être rébarbatifs, l’écoute ne justifiant pas forcément l’adhésion. Mais la curiosité du voyageur immobile se propage dans des milliers de sons, d’instruments, de chants, qui ouvrent à chacun ses pavillons auditifs aux petits bonheurs.

Le monde est régi par un petit nombre de fous qui nous font marcher sur la tête avec un pistolet chargé sur la tempe. Mais comme il faut vivre, certains, plus nombreux, maintiennent la menace, pour un salaire et de maigres avantages. Les autres, masses innombrables, hurlent dans les stades, chantent et dansent pour calmer leur faim et leur misère. La musique des peuples est faite de traditions, de douleurs et d’espoirs depuis des siècles.

Quand on parcourt (bien que voyageurs immobiles) toute la diversité du monde, le côté festif l’emporte souvent sur la tristesse, même si elle est construite sur les lieux qui s’effondrent. Entre Toto Bissainthe (Haïti), Daniel Waro (La Réunion) et les fanfares de Carlo Jones (Surinam), l’accordéon de Maria Kalaniemi, les tziganes sauce Bregovic ou Taraf de Haïdoucs, bien des espaces révèlent le bonheur que la musique, les chants, les danses entretiennent, partout. A écouter cet album, qui évoque quelque part la fugue musicale de l’Homme devant la réalité vindicative et nihiliste du Nain qui se prend pour Dieu (mais ils sont plusieurs à se disputer la place, y compris Dieu dit Allah dit Yaveh), le Nain sourd faudrait-il dire, mais le dire c’est encore se taire à ses oreilles qui n’entendent pas les canons résonner ni les crimes, juste un sifflet de voix dans sa gueule ouverte, voix d’ors et de pouvoirs à lui seul conférés. L’égoïsme est la plus belle et banale mort que chacun se sait attendre, pourvu qu’un trône lui soit offert. Bon, ne nous énervons pas !

Voici quelques jours on apprenait la mort du grand griot Kassé Mady Diabaté, « la voix d’or du Mali », quand, à Paris, un autre malien sauvait un enfant suspendu à un balcon, au quatrième étage d’un immeuble (Mamoudou Gassama). Dans six mois, personne ne s’en souviendra. Et sa galère reprendra, comme celle des autres

Hier, sur ARTE, un film russe : « les nuits blanches du facteur ». Beau film, simple, tourné au nord de la Russie (autant dire que ce n’est pas le Pérou). A un moment, le héros du film parle d’aller à Arkhangelsk (900 km depuis Moscou). Le nom me dit quelque chose. Effectivement, c’est le titre d’un album d’Eric Truffaz, un jazzman que j’aime bien beaucoup merci fermez la parenthèse. Le nom, exotique, me faisait penser à des républiques nouvelles, l’Azerbaïdjan, le Turkmenistan, le Kazakstan; le StanLaurelstan…

Extrait :

 

Pour aujourd’hui, le voyage s’achève ici. Cependant, le chœur des minous vous offre un petit miaulement de satisfaction :

Joseph’s machines

Voici encore un zigoto fort sympathique, qui s’amuse à créer des machines compliquées (mais composées d’éléments simples) pour résoudre de petits problèmes quotidiens variés, mais pas que. C’est un vrai régal. La vidéo présentée ici n’est qu’un exemple des facéties du bonhomme. Cela me rappelle à la fois Alexandre le Bienheureux et Prends l’oseille et tire toi (de mémoire) de Woody Allen (jeune). Mais l’ingéniosité de Joseph lui appartient pleinement et n’a rien à envier aux bricoleurs paresseux les plus chevronnés.

 

Par ailleurs, je recherche la trace d’un film assez court dans lequel deux naufragés sur une île, avec quelques chèvres et un bâti sur pilotis attendent qu’on vienne les récupérer. Ce sont deux barbus chenus. La côte est escarpée… (de mémoire) La particularité de leurs échanges se situe dans le fait qu’ils doublent le dernier mot dans leurs échanges . exemple : « comment vas-tu, tu? ». Ce film doit dater des années 80 ou 90.

Note : découvert sur France Info, hier, « l’instant module » (pour Joseph).

Photo d’illustration : Schnapp Chat

Conneries œdipiennes

Le fils aimait sa mère, qui avait épousé son père car elle en attendait un fils. Le père aimait son fils, bien qu’il lui eût préféré une fille (pour, plus tard soulever sa robe, quand elle serait avocate, disait le père -ce que personne ne croyait-).

Le père étant entrepreneur, ils partirent en bulldozer sur la Côte d’Azur. Comme le bulldozer roulait lentement, chacun d’eux descendait en marche, pour cueillir des fleurs ou faire pipi, ou acheter le pain (…). Mais c’était sans compter sur la fatalité !

Ce fut au terme de la troisième semaine de transit que le père, particulièrement constipé jusqu’alors (sans doute par le manque de rapidité du transit, dû à son véhicule), laissa le volant à son fils, puis courut fort avant sur le bitume avec l’intention de récupérer, affaire faite, l’engin au vol, le reprendre en main, dès que son besoin naturel eût été satisfait, ce qui ne tarda guère.

Hélas ! Le fils, aimant sa mère, n’avait d’yeux que pour elle, jetant son œil et son dévolu sur le giron maternel ; ainsi il écrasa involontairement le père sorti des fourrés. Ah, fatalité, tout n’est que fatalité !

Sans percevoir le désastre en cours, le fils culbuta la mère (c’était un adolescent fougueux!). Malgré l’éjaculation précoce dont il souffrait, le jeune homme forniqua la tendre quinquagénaire, mûre émule de Vénus. Hélas ! Hélas ! (3 fois, ça suffit) Étant elle-même atteinte de ménopause printanière, elle succomba au charme fou de cet enfant désobéissant, et mourut sur la banquette siglée « réservé  PMR» du bulldozer.

Lui, remonta sa culotte sur ses fesses, sans se douter le moins du monde de la peine éternelle encourue après de tels méfaits. La machine, quant à elle, avançait toujours, et comme le caractère de l’ado l’incitait à plus de rapidité (c’était vraiment le fils de son père, en y ajoutant sans doute son problème d’éjaculation précoce), il décida de laisser choir ce moyen de transport, et fit de l’auto-stop pour continuer sa route vers la Côte d’Azur.

Une fort belle femme s’arrêta sur le bas-côté, appétissante dans son cabriolet. Il pensa que cabriolet devait, ou devrait être un nom donné à une pâtisserie. Ils s’acheminèrent assez rapidement vers une de ces géographies qui mélangent Grand Canyon et Grand Gosier, vers une de ces notions que réprouve la morale, en deux mots ils s’assimilèrent à la sexualité de quinze pour cent des citoyens de ce pays (jours ouvrés uniquement -stat 1980- NDLR).

Mais quelle ne fut pas sa stupeur en fouillant le sac-à-main de la femme d’y découvrir une photo de lui, gamin !

Il sortit en hâte du cabriolet en hurlant : « je ne peux pas voir ça, je ne veux plus voir ça ! ». Il retourna vers la bagnole, arracha les deux essuie-glace, et se creva les yeux avec.

Enfin, il comprenait à présent la dure fatalité des bulldozers : son père avait une maîtresse dont il était le fils, et il avait forniqué sa mère, qu’il avait pris pour la maîtresse de son père !

God damned !

AK Pô

23/12/1980

tes conneries, AK…

Fatal beauty (le flash du r…)

La plénitude est le premier chemin qui s’offre à la douleur. Ensuite, vient la beauté du monde. Enfin, la viduité de la laideur étendue en paysage factice.

Pour lutter contre la mortalité sur les routes, il fut mis en pratique tout un arsenal répressif qui, pour des raisons dissuasives, eut pour conséquence que les escargots sortent plus que jamais de leurs jardins. Les papillons arrivèrent par la Poste, et les hérissons, chats, chiens, blaireaux putois et martres, (liste non exhaustive) furent considérées comme persona non grata dans les contrats de convention obsèques. Moyen très rentable de remplir les caisses de l’Etat, les radars proliférèrent, invitant ceux qui jusqu’alors en avaient fait leur modus vivendi à envisager d’autres moyens de transport, ou à rester chez eux, à regarder le Grand Prix de Pau sur une chaîne câblée de télévision.

Pour les amateurs de grandes épopées, un DVD de Nationale 7, avec bande son originale de Charles Trenet, s’imposait. Les historiens pourraient y vérifier que les poulets et les perdreaux avaient, depuis ces temps glorieux, changé de camp et remplumaient leur vengeance d’antan avec pas mal de blé. Mieux valait aller au radada que se faire flasher par un radar, celà coûtait moins cher.

Heureusement, tout ça, c’est le Passé.

Non pas qu’il n’y ait plus de pétrole, mais bien que quasiment plus personne n’a les moyens de remplir son réservoir sans se priver du kilo et demi de pâtes qui le nourrit une semaine durant. C’est un choix de société. Soit vous roulez, et alors pour survivre, vous volez, soit vous mangez, et pour vous déplacer, vous syphonnez. Dans les deux cas, une vie de fou, avec ou sans volant. Le sentiment affligeant que saint Christophe vous a laissé tomber vous fait alors tourner votre regard vers 2011, (année de la Chimie, et, pourquoi pas, de la Physique). Vous avez connu Timothy Leary dans les années soixante, voici monsieur Takano, chercheur en physique à l’institut national des sciences des matériaux de Tsukuba (Japon).

Alors qu’il préparait des mihon (*) dans une arrière vitrine de Tokyo, il découvrit que les boissons alcoolisées conféraient, sous certaines conditions, des propriétés extraordinaires à des matériaux tout à fait ordinaires. Notamment au niveau de la supraconductivité. Si, par exemple, on pouvait fabriquer des câbles électriques aériens grâce à des matériaux supraconducteurs, il n’y aurait quasiment pas de perte d’énergie durant le transport. De même, les supraconducteurs repoussent les champs magnétiques, ce qui veut dire qu’ils peuvent faire léviter n’importe quel matériel un tant soit peu magnétisé, y compris des trains. (source: article Courrier International n°1058). Inutile ici, pour un béotien, de s’aventurer plus avant dans les explications…

A quoi bon, dès lors, batailler pour une quelconque LGV à roulettes, quand les japonais et les chinois utilisent déjà le Maglev (Magnetic Levitation), train capable de rouler de 600 à 1200 kmh -mais des études s’orientent vers des possibilités à 3500 kmh, voire 20 000, pour ceux qui veulent aller dire bonjour aux cousins martiens dans la journée-. Toujours sur le principe de la sustentation électro-magnétique. Une technologie dont les chinois disent qu’elle sera efficiente dans dix ans. Mais les moyens de mise en oeuvre seront-ils possibles dans nos petites contrées? (coût de la construction, entretien, etc). Les Etats Unis et la Suisse poursuivent les études, l’Allemagne (le Transrapid) les a abandonnées et la France (l’Aérotrain) perdues de vue. Mieux vaut marcher aux radars, semble-t-il.

Pour les plus terre-à-terre d’entre nous, il faut admettre que le professeur Takano a surtout découvert les bienfaits du vin rouge (présence abondante de molécules antioxydantes). Mais l’histoire ne dit pas s’il devait prendre ensuite la route. Aucun papillon officiel ne s’est scotché sur son fuselage en plexiglas, ont déclaré les autorités compétentes de Tsukuba.

Bref, si vous désirez vous déplacer gratos, allez vous faire magnétiser. Les séances sont un peu chères et les résultats non garantis. Mais il faut croire au progrès, quand survient la panne d’essence sur le bord de la route et que personne ne s’arrête pour vous emmener jusqu’au prochain garage.

La semaine prochaine, nous évoquerons un autre moyen de transport (qui carbure sans gas-oil): le transport amoureux.

 AK Pô

23 02 11

(*) mihon: représentation très réaliste, en cire ou en résine, des plats servis dans les restaurants, au Japon. (Comme la plupart des occidentaux, je me suis fait piéger, il y a quarante ans…)

article du jour sur le sujet:

Sud Ouest du 24 05 2018

Tu Mucem? Alors moi aussi!

Tant qu’à être à Marseille, une visite au Mucem (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), réalisé par l’architecte Rudy Riccioti, s’imposait. En voici quelques images prises sous le ciel bleu :

Marseille, ville ouverte à guichets fermés.

A la veille de la grande finale de foot (le 16 mai) c’est toute une ville qui se prépare à la fête. Dans ce premier « album photo », Chinette et Chinou se sont rendus dans la basilique sacrée pour prier la Bonne Mère, lieu où une vue à 360° s’offre sur la ville et ses presque 3 millions d’habitants, banlieues comprises. Il suffira donc de regarder les images en se disant que chaque (hum!) but marqué fera trembler la ville et les monts alentours, sans parler du raz de marée que la Méditerranée ne manquera pas de faire naître dans la cité phocéenne. Mais pour l’heure nous n’en sommes pas là, étant juste enclins au bonheur de contempler une ville vivante, cosmopolite et un poil bordélique.

Cosas lindas del amor pasado. (deuxième partie)

cosas lindas… (suite et fin)

PPP

Relaxez vous, mes petits vieux. Comme dans ces musées où vous n’irez pas, une boutique bourrée de produits dérivés s’offre à votre désir consumériste.Vous n’avez besoin de rien mais êtes tenté par tout. Pourquoi ne pas réserver un corbillard avec son âne et ses fanfreluches, c’est l’occasion ou jamais, Padre, Madre?

Puis le gros morceau, le LOCAL. Oui, une vie existe en dehors de la banlieue parisienne. Quelques sportifs et sportives renommés y vivent entre deux vagues de pub. Suivent des articles qui ne disent rien que le bonheur, le ciel bleu et le changement des marées qui remplissent tranquillement les filets des pêcheurs. Ensuite, on va dîner, poissons de saison, vacances sempiternelles et si un orage éclate, on se réfugie sous la véranda, éclairée aux bougies, c’est sympa, et c’est gratuit. Puis on fait un peu bosser la copine d’à côté, avec l’espoir qu’un jour de reportage elle nous invitera à manger des huîtres à la bordelaise.

Et là, surprise, on découvre un de ces rigolos qui nous allonge la vie avec bonheur. On se demande par quel chemin il a pu s’encarter dans le magazine. On se demande s’il n’est pas ami avec une starlette qui aurait réussi son casting non parce qu’elle a un joli petit cul mais simplement un sacré talent. Ce type en a. Comme quoi, Padre mio, tu n’as pas dépensé ton argent pour rien, lui dis-je. Mais il s’est endormi. Mamita, ça t’intéresse toujours, ma lecture? Va, va, chiquito, au moins tu instruiras les mouches.

Retour sur des créatifs (soyons sympas), un bon point pour le magazine. Une balade, mille fois faite, un standard semblable au chemin de saint Jacques, rien de nouveau sous les écluses, si ce n’est un petit coup de pouce genre on vous fait de la pub, merci de rédiger votre chèque à l’ordre de … . Puis, comme d’hab, on retourne au restau, avec une certaine addiction du côté de la sublime concha, hein, Mamita, tu te souviens, ces gueuletons, les paradores aux prix accessibles, la grande vie d’alors, pour vous, les émigrés qui gagniez bien plus que vos compatriotes faisant le même boulot, côté espagnol. Et cette solidarité, cette conscience et cette confiance que vous aviez, de réussir, en vivant dans le strict nécessaire, et ces fêtes d’alors! Et puis, petit à petit, je m’en souviens, l’argent que vous gagniez est passé dans les achats nécessaires à votre nouveau mode de vie, la maison, les appareils ménagers, puis tout ce qui était lié à la marche du progrès, micro ondes, cafetières à capsules, trois téléphones dans les 41 m2, les écrans plasma, les abonnements télévisuels, internautiques, les poêles qui se nettoient toutes seules, les chiens qui n’aboient pas, les caravanes qui vous incitent à la meilleure façon de marcher ( là, je me rendis compte que j’avais tourné deux pages du magazine, l’ennui m’ayant assailli). Ma mère s’était à son tour endormie.

De toute manière, suivait une routine de rentrée scolaire, cartable, , trousses, agendas, une double page autour du restaurant de Donostia et quelques aventures en vrac, dont un avertissement concernant le risque de chercher des champignons après l’ouverture de la chasse, et autres petits vestiges de la tranquillité assumée avec de grands yeux ouverts sur l’irréel.

PPP.

Chroniques boursoufflées des diverses analyses psychologiques et auto-médications suivirent.

PPP.

PPP.

Deux recettes de cuisine, tendance estivale, avec leur pendant viticole, région Aquitaine oblige, comparatifs sur trois pages, une grille de mots aussi fléchés qu’un carrefour giratoire avec, pour les fashion victimes et autres starlettes, un défraiement global et forfaitaire de quelques centaines d’euros et, éventuellement, de la layette et deux bouteilles de vin de Loire à écluser dans le Lot et Garonne avec une carte postale dédicacée par une célébrité cinématographique en cours de promotion, un test à la noix, quelques conseils aussi probants qu’une consultation gratuite d’avocats en quête de clientèle, des fariboles sociétales, des pingouins en immersion, quelques jeux et, pour clore définitivement votre culture endolorie, un courrier des lecteurs à savourer pleinement.

Mais, heureusement, comme le chat veut finir en beauté ( Bashung): un horoscope vous dira tout des articles à lire la semaine prochaine.

Car ici, tout n’est que faux luxe, calme soporifique et volupté surfaite.

Tu attendais le soir, mais la nuit est déjà tombée.

AK Pô

28 08 11

Cosas lindas del amor pasado. (première partie)

Comme Chinette et Chinou s’absentent pour plusieurs jours, ils ont décidé de vous laisser quelques pages à lire en attendant leur retour. Comme le texte est un peu long, nous l’avons taillé à la hache en deux parties. Ce fut rude, mais P(a)P(a)P(a), c’est à vous de juger !

Cosas lindas del amor pasado.

Je m’appelle Miguel, Michel ici. Ne comptez pas sur moi pour vous parler de la crise mondiale et pleine de soleils misérables, non. Je suis trop jeune, j’ai trente quatre ans. Mes parents vivent ici depuis deux générations, depuis l’arrivée de Franco au pouvoir. Ce sont les seuls, et leurs amis, qui m’appellent Miguel. Ils se sont serré la ceinture. A toutes les époques. Aujourd’hui encore. Voilà pourquoi, quand ce matin mon père est revenu avec un journal régional et ses magazines, je me suis étonné. Etait-il atteint d’amnésie? A soixante dix ans mes parents ont perdu une bonne partie de leurs capacités physiques et morales, plus que mentales. Alors mon père a dit : tiens, chico, lis-nous les magazines, les nouvelles on les connaît par la télé. Et il m’a fourgué un des deux magazines en papier glacé dont je ne citerai pas le nom pour n’avoir point de procès.

Sur la page de couv’, comme on dit, sautillait allégrement une jeune femme aux critères standards, heureuse de bondir en faisant se déclencher les flashes de l’optimisme ambiant. Ma mère était plus ronde, à âge comparable, mais d’une autre châleur introspective. Je lus les gros titres à mon père, que je ne citerai pas, pour les mêmes raisons édictées ci-dessus. Une pub au verso, pleine page, reflétait le sommaire, indigent, des produits et gens qui font l’élégance des revues éducatives et rigolotes destinées au vulgus pecus. Puis une plaidoirie pour dessineux, puis une pub pleine page, que j’annonçais à ma mère en simplifiant : une PPP. Ma mère avait depuis tout temps la peau douce et était la crème des mères, lui expliquai-je sans réellement mentir.

Ensuite, quelques gadgets dont le moindre individu normal se moque éperdument, mais qui rapportent à ceux qui les scotchent sur feuillet un peu moins glacé, un papier révélateur sans trop de bain photogénique. Au verso, interview d’une starlette qui passionne les futures starlettes mises en état d’alerte après avoir lu le pensum. Un carnet intime intégré à l’article, que je passe à l’as, ma mère est très jalouse et a l’oreille fine. L’heure n’est pas aux disputes. Il va être midi, c’est dimanche un peu partout, par ici. Suivent les nouvelles de tous ces artistes qui font la Une de toutes les télés, de tous les films dont la majorité des chaînes sont les productrices, des expos dont on sait qu’elles sont inaccessibles pour la majorité des pingouins qui n’ont pas deux cents euros minima pour se payer un aller retour à Paname, y loger, ces ploucs qui pourront dire ah oui, Cézanne, Picasso, Matisse, au grand Palais, oui, je sais, mais je préfère Rembrandt, histoire d’avaliser leurs manques de moyens et leur éloignement des monts Parnasse culturels. Déroulé sur cinq pages, je cite à mon père d’autres auteurs de théâtre, de littérature, de musiciens, un peu pour éveiller son attention, pour lui rappeler une culture disparue qui sied mieux à ses oreilles. Mais là, à la lecture de ces pages, c’est la mienne qui s’absente.

PPP.

Double page beauté, double page mode, direction les starlettes qui écrivent leur carnet intime comme on biffe une grille de loto. T’as un joli petit cul, toi. Ensuite, la mode pour les mouflets, toujours porteuse pour les mères ( deux doubles pages), ils sont mignons, blondinets ou légèrement roux, blancs cette semaine, on rentre de vacances, la semaine prochaine ils seront bronzés, multicolores, fédérateurs. On verra même quelques pleurs de gosses retournant à l’école, avec une bonne grosse question genre faut-il accompagner nos enfants à l’école, c’est porteur, coco, avec un psycho machin pour nous faire le tour du problème, tiens justement un bouquin sort du même, qui traite du sujet.

Miguel, tourne la page, dit mon père, tu n’as pas à me dire tout haut ce qui n’est pas dans ce canard. Sinon, où irait le monde, hijo de mi corazon!

Je lui décris donc la jeune femme, photo en pied, et lui récite l’article attenant, qui parle des starlettes qui ont un joli cul et dont les producteurs sont pressés de faire la connaissance, quitte à leur fourguer plus tard quelques échantillons de la mode enfantine, sait-on jamais. Une page beauté pour étayer la réussite de la rencontre, puis:

PPP.

A suivre

(AK 28 08 2011)

un petit rab de zizique : Zoufris Maracas

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