Qu’il est bon de mourir, Milo, dans les bras de Vénus

Comme un imbécile j’ai couché dans mon lit des souvenirs

Qui ronflaient puis partaient ailleurs faire la guerre

A des réalités, laissant sous les draps devenus linceuls

L’homme qui vieillissait et ne rêvait plus d’avenir radieux

De ceux que tout être pourrait aisément voler aux dieux absents.

Dans mon lit défait alors sont venues coucher les prophétesses

Parées de soieries, soirées vêtues de belles fesses, ivres de devins de messes

Qui m’emportaient dans leurs chants liturgiques orgiaques

Jusqu’au bout de la nuit dont je ferai la connaissance au matin

A condition de franchir la frontière de la crise de foi

Mais je riais dans mon sommeil et les marchandes de vent

Malgré leurs formes rebondies, leurs yeux pleins d’eaux bénites

Fuyaient quand les chats sautaient sur le plumard

La moustache dressée, les griffes acérées protégeant mes pets

De toutes ces bonimenteuses, jusqu’à ma dernière heure.

Cette heure fatidique où quelques braves vieillardes

Refont le lit du mort, le rajeunissent avant le crématorium

En chantant des chansons paillardes et secouent en riant

La poussière du paillasson pour faire entrer la lumière céleste

La même qui ravive les souvenirs de l’aimable pendard

Qu’elles toutes ont connu dans ce lit dispendieux

Qui n’a jamais cru en de quelconques dieux.

28 07 2022

AK

Holly wood, bois de houx ? hou la la et tralala !

J’attends le dernier coup de minuit ensuite je mange les fleurs

Je les fume et tant pis pour les frites à Eugène, fini le cinoche,

Fin du fin fond d’Hollywood, adieu les stars, bonsoir les étoiles,

D’un glissando sur ma peau tout un cinéma rinascito

Les épluchures de mes larmes sont ma meilleure carapace,

La toile est blanche et derrière quelqu’un se fâche ou sourit,

Cache-toi image, ou je t’attrape, et mes souvenirs te mangeront !

Ma dure peau douce rend long le film et la harpe, depuis Harpo

Devenue Chico Bisonio. Il fait beau ici, tu sais, c’est étonnant. Les gens

Te disent de drôles de mots quand ils ne savent pas quoi te dire,

Ils te posent cette étrange question :

« Avez-vous été drômeur sur Jupiter ? »(*)

Puis ils s’endorment sur vos genoux, plus ignobles

Que des hiboux de basse souche.

Et ce chat, qui tous les quarts d’heure, me demande

De lui lire le CHAIX, et cette jolie femme qui a rendez-vous

Dans un bois, alors que ma mère fête ses 208 ans,

Et moi, qui ne parle ni de toi ni de moi.

Lecteur, que soudain je tutoie, mon Diou! c’est promis, passé minuit

Je mange les fleurs ; ensuite je rentre chez moi : tout gaze

Mister K., je nettoie la façade et hop ! À deux mètres et dix stances

Une femme superbe me vise fatalement, et balpeau !

Pas de trou dans le tricot. Sauvé par les épluchures de mes larmes.

J’ouvre une officine de lecture concertée, déroule un étendoir à lignes,

Un quintet à trois tons et demi et le travail se fait : midnight is rambling.

Il faut parfois coincer les murs sur nos paroles vivantes

Pour que la destruction devienne loi sociale, et mon seul plaisir

A ce jour en tant qu’homme c’est d’écouter Jimmy Oihid,

Savoir qu’il vit et tourne encore, donc qu’il est toujours vivant.

La vie est simple mon vieux Zeppo, il suffit d’être un peu Groucho !

AK

1990 ?

(réf « demain les chiens » de Clifford D Simak 1955)

Moiteur des mouettes, lit de plumes marines

Il doit sans doute rester sur cette planète des pays dont on ignore le nom, des pays minuscules que borde encore la mer. On y trouve des pêcheurs qui ne naviguent plus car ils ont vieilli et leur peau ressemble à des filets troués de rides que les poissons s’amusent à moquer. Alors ces hommes, sans amertume aucune, regardent les vagues, les comptent. La septième est toujours plus haute que les six précédentes, et parfois annonciatrice de dégâts côtiers, selon l’endroit où elle sévit. Juan est de ces pécheurs qui contemplent le mouvement des marées, et il connaît l’affront que les hommes ont porté à la nature marine. Dans ces baies reculées seule la brise gorgée d’iode et parfois le sable dansant nourrissent les oyats et les filins d’acier des bateaux à voile qui claquent leur impatience au vent, réveillant les mâts sans cocagne, dans le port minuscule protégé des tempêtes. Cette musique est la seule richesse de ces gens arrimés à leurs bouts de quais. Ici, tout est déjà parti : le poisson, la population, les charpentiers navals, les jolies femmes, les bals et les chansons. Ne restent encore que de vieilles matrones, des femmes célibataires aux enfants dépenaillés et des vieillards mutiques.

Juan regarde l’horizon. De la vieille église montent des oraisons funèbres, vaines prières pour les défunts que la mer a engloutis dans leurs barques fragiles. Il regarde, il compte combien de septièmes vagues un jour l’enseveliront d’écume blanche. Mais il finit par ne plus les compter, il s’endort ; la mer est moutonneuse, les vagues en troupeau s’agitent vers le phare qui déjà tremble sous l’écume. Comme les autres, il attend le bateau qui viendra le cueillir à la marée montante et l’emportera loin de ses souvenirs. Il a connu tous les capitaines qui se sont amarrés à sa longue vie, il connaît les récifs qui bordent la baie, les chenaux à emprunter pour quitter le port ou y entrer.

Juan regarde la mer et le soleil encore ce soir se couchera avant lui. Il sourit. Les goélands les sternes et les mouettes rient de le voir ainsi, affalé sur une bitte rouillée devenue comme lui inutile. La marée avec le soir chassera ces moqueurs que tant d’années il a nourris. C’est l’heure pour lui de baisser ses paupières, de clore ses yeux bleus, de laisser sa barbe plonger dans les eaux du trépas. Il écoute le bruit calme des vagues qui viennent s’étendre sur les galets de la plage, celle ou jadis ne venaient jamais les touristes.

Encore deux… encore une…et puis… Adieu !

25 07 2022

AK

Poèmes indéfinis (2001) trouvés dans une boîte à chaussures…

Finalement je suis un être désopilant

Né dans le chant d’une laitue

Au fond d’un jardin en forme d’arrosoir

Sous les étoiles.

Aujourd’hui encore je me sens désopilant

Gai comme un clou, une échelle, un hareng

Né contre un mur plus dur qu’un trou à rat

Au fond d’un jardin musical et très sombre

Demain j’étais enfant qui cueillait des tomates

Le printemps serait comme le joug des bœufs

Et la charrette chantera sous leurs efforts d’esclaves

Le foin qui sentait bon, les musiques , quand

Tout n’était que moissons de morts et de pleurs.

Finalement je suis un être désopilant

Né dans le cadavre d’un bonheur cru

Au fond d’une aube en forme d’encensoir

Maigre parfum de volupté.

Aujourd’hui mon corps accuse mon esprit de lâcheté

Gai comme un cloud, une scale, un scud ?

Né contre une terre qui implose

Plus dure que le sel de l’amertume

Au bout d’un quai aussi loin qu’immortel

Demain le printemps des enfants

Iconoclastes lecteurs, gobeurs de soupes manipulées

Le foin qui sentait bon, tes postillons, mes charres

Au fin fond du jardin : disparus et tant mieux pour eux

Les chacals affamés n’auront plus de jeunesse à dévorer.

12 10 2001

AK

Pendu là par les pieds

La pendule sonne

Il est midi deux

Un tréponème glacial

Me file rendez-vous,

Mais vagabond je vais

Tirer la queue des chats

Et réciter une chanson,

Je vais traîner mon caleçon

Devant les machines

A rincer les mers de Chine

Je suis vieux et rouillé

Installé ad vitam æternam

Café du Vieux Port

Canne et bière avec

L’accent de Marseille

Pendu là, les quatre faire en l’air

La pendule sonne

Là, tout simplement

A midi trois ma vie s’achève

Je regarde la grande Bleue

Divaguer dans mon œil vide.

16 09 2001

AK

Pour écrire, ô stupide animal !

Je dois me soulever

Or cette terre m’écrase

Quand la lumière m’inonde.

Bon pour marcher à l’ombre

De la nuit

Me méfiant des douleurs du jour

Je creuse mon tunnel

Pour survivre, ô stupide animal !

Vidant des verres emplis de vers

Par amour des grisettes et des merles

Je propose aux idiots une bonne guerre

Puis je m’enfuis dans mon langage avec

Comme unique bagage un petit face à main

Pour m’évader enfin dans la traversée du miroir.

16 09 2001

AK

Cecilia, ô Cecilia (Bartoli) !

C’est plus que magnifique, et je suis vraiment idiot de ne pas mettre un peu plus d’opéra et de musique classique (en tranchounettes pour ne pas lacer les baskets de ceux et celles qui n’aiment pas ça et vont s’enfuir en courant écouter du heavy metal). Pourtant, qu’est-ce c’est bon !

Allez, sept minutes exceptionnelles sur une musique de Vivaldi !

Petites pages écrites pour être lues dans de grands lits (1)

(petites découvertes festives d’un temps passé, année 2001)

La longueur moyenne d’une bite en érection est de quinze centimètres (cf code social 1977 et alinéas). Tous les hommes jeunes se sont mesurés en millimètres et certains, bien que seuls dans la salle de bain, ont fraudé.

La longueur d’une bite ne fait pas un parcours. Preuve en est que les Anglais la comptent en pieds et en pouces, ce qui prouve, outre l’obsolescence du code social de 1977 et alinéas, que ces iliens savent différencier le calibre de la portée.

De fameux érotomanes anglo-saxons et américains tels que Smith, Wesson, Winchester, Browning, prouvèrent en deux temps trois mouvements que la fumée qui monte au ciel s’étage dans le marasme, le marasme étant la forme dite extérieure du conin. Son exacte mesure a été établie par sept nains dotés chacun d’une théorie propre (et laborieuse).

Il n’en fut retenue qu’une, que l’on gratifia de « théorie fondamentale d’Atchoum de Simpletown ». Où les autres voyaient une mine de diamants aux extraordinaires pouvoirs érotiques, il ne vérifia que l’existence d’un large sourire vertical ouvert à son rhume chronique.

Bien que chassé de l’Académie des Sciences en 1998, Atchoum from Simpletown fut un célèbre médaillé : le Petit Larousse lui rendit hommage et lui fit don de cinq (5) hectares de pissenlits dans le frais Limousin (non clôturés cependant).

A vrai dire, le seul problème qui proémine sur la distanciation et l’usage des bites est sa dureté. En effet, le vit est dur uniquement où la vie perdure. Cela pose problème. Zblina le comprit dès qu’elle entra en contact avec cette courte canne blanche qui ne franchissait pas la ligne de démarcation, car elle ressemblait à une baguette de pain décongelée qui finit par moisir. Car les femmes, sans distinction, n’adorent que le pain frais.

(les vieux papiers de 2001 !)

AK

Le Four de Trance 2022

Quand j’étais gosse, entre huit et quatorze ans, avec cinq ou six copains on faisait du vélo, pas de dérailleur ou, pour les plus aisés, une chaîne qui alimentait trois pignons. J’étais alors un gamin assez grassouillet, mais dans les côtes alentour je soufflais et grimpais comme les autres, qui chevauchaient des biclous plus ou moins identiques au mien. Nous accomplissions souvent des boucles de trente kilomètres, avec deux cotes, les parents nous laissaient libres de partir ainsi sur ces petites routes que traversaient les poules et, où souvent les chiens endormis près des portails ouverts des fermes nous coursaient. Nous donnions alors des coups de pédales, véritables sprints, pour sauver nos mollets d’éventuelles morsures.

Avec la canicule, je me suis réfugié dans un canapé pour regarder les forçats de la route du Tour de France. Les étapes de montagne me ravissent, enfin me ravissaient. Désormais c’est un ennui profond qui m’envahit. Les images me deviennent insupportables. Voir cette masse de péquenauds courant derrière les coureurs avec les T shirts à deux balles lancés depuis la caravane publicitaire (blancs à pois rouges), les bagnoles et les motos qui suivent et filment en continu leurs coureurs, les commentaires constants des journalistes, les panneaux publicitaires qui bordent la route accrochés aux barrières de sécurité, les innombrables camping-cars garés au bord de la route, et les forçats qui grimpent, tatoués de publicités du short au casque dont n’émarge que le dossard, les oreillettes individuelles pour envisager la stratégie à suivre, tout cela et plus encore m’agace au plus haut point. Le sentiment devenu constant que l’étape est quasiment jouée d’avance et que le spectacle de l’épreuve en devient un produit éminemment commercial, du marketting.

Où est passée la « gagne » des coureurs d’avant, que racontait Antoine Blondin, et ce féru de Tour qu’est Christian Laborde, raconteur de véritables récits que l’Histoire oublie au profit de la pub, des noms que les équipes ont scotché partout, la grande démonstration de la pourriture d’un sport magnifique où la souffrance est reléguée aux quelques mots d’un commentateur, d’une course poursuite entre un leader et ses challengers.

La foule s’amasse sur les bas-côtés, mais le peloton passe si vite qu’on ne peut distinguer qui est qui, sauf la couleur du maillot (sauf le blanc à pois rouges car beaucoup de spectateurs ont le même). Pas de nom, juste des logos. Les équipes (AG2R, Quick step,Movistar, FDJ…), Quant à la route, quand ce ne sont pas les barrières et les peintures au sol, ce sont de gros encarts publicitaires, ballons de baudruche ou totems indiquant le kilomètre restant, soit avant un sprint, ou le final d’un col. Mais ces sportifs pratiquent les lieux en toutes saisons, ils savent où ils sont, sentent où mener potentiellement une attaque ; pourquoi tant de tralalas, d’indications supplémentaires pour un parcours maintes fois arpenté. Pour la pub , le commerce, l’exportation de l’image nationale…

Je fais ici complètement abstraction de la caravane publicitaire, qui est en elle-même le prélude à l’asservissement des masses. Par ailleurs, je note que dans les Pyrénées le public est beaucoup plus calme (étape Lourdes-Hautacam).

22 07 2022

AK

(remise en route de mon nouvel ordi)

Les mardis de la poésie : Renée Vivien (1877-1909)

Accueil > Les poètes > Poèmes et biographie de Renée VIVIEN > Intérieur

Intérieur

(tiré du site : http://www.unjourunpoeme.fr/)

Renée VIVIEN

Recueil : « À l’heure des mains jointes »

Dans mon âme a fleuri le miracle des roses.
Pour le mettre à l’abri, tenons les portes closes.

Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors,
Contre les regards durs et les bruits du dehors.

Les rideaux sont tirés sur l’odorant silence,
Où l’heure au cours égal coule avec nonchalance.

Aucun souffle ne fait trembler le mimosa
Sur lequel, en chantant, un vol d’oiseaux pesa.

Notre chambre paraît un jardin immobile
Où des parfums errants viennent trouver asile.

Mon existence est comme un voyage accompli.
C’est le calme, c’est le refuge, c’est l’oubli.

Pour garder cette paix faite de lueurs roses,
O ma Sérénité ! tenons les portes closes.

La lampe veille sur les livres endormis,
Et le feu danse, et les meubles sont nos amis.

Je ne sais plus l’aspect glacial de la rue
Où chacun passe, avec une hâte recrue.

Je ne sais plus si l’on médit de nous, ni si
L’on parle encor… Les mots ne font plus mal ici.

Tes cheveux sont plus beaux qu’une forêt d’automne,
Et ton art soucieux les tresse et les ordonne.

Oui, les chuchotements ont perdu leur venin,
Et la haine d’autrui n’est plus qu’un mal bénin.

Ta robe verte a des frissons d’herbes sauvages,
Mon amie, et tes yeux sont pleins de paysages.

Qui viendrait nous troubler, nous qui sommes si loin
Des hommes ? Deux enfants oubliés dans un coin ?

Loin des pavés houleux où se fanent les roses,
Où s’éraillent les chants, tenons les portes closes…

EN DÉBARQUANT À MYTILÈNE
 
Du fond de mon passé, je retourne vers toi,
Mytilène, à travers les siècles disparates,
T’apportant ma ferveur, ma jeunesse et ma foi,
Et mon amour, ainsi qu’un présent d’aromates…
Mytilène, à travers les siècles disparates,
Du fond de mon passé, je retourne vers toi.
 
Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes,
Et ton azur où je me fonds et me dissous,
Tes barques, et tes monts avec leurs nobles lignes,
Tes cigales aux cris exaspérés et fous…
Sous ton azur, où je me fonds et me dissous,
Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes.
 
Reçois dans tes vergers un couple féminin,
Île mélodieuse et propice aux caresses…
Parmi l’asiatique odeur du lourd jasmin,
Tu n’as point oublié Psappha ni ses maîtresses…
Île mélodieuse et propice aux caresses…
Reçois dans tes vergers un couple féminin…
 
Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique…
Ressuscite pour nous les lyres et les voix,
Et les rires anciens, et l’ancienne musique
Qui rendit si poignants les baisers d’autrefois…
Toi qui gardes l’écho des lyres et des voix,
Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique…
 
Évoque les péplos ondoyant dans le soir,
Les lueurs blondes et rousses des chevelures,
La coupe d’or et les colliers et le miroir,
Et la fleur d’hyacinthe et les faibles murmures…
Évoque la clarté des belles chevelures
Et les légers péplos qui passaient, dans le soir…
 
Quand, disposant leurs corps sur tes lits d’algues sèches,
Les amantes jetaient des mots las et brisés,
Tu mêlais tes odeurs de roses et de pêches
Aux longs chuchotements qui suivent les baisers…
À notre tour, jetant des mots las et brisés,
Nous disposons nos corps sur tes lits d’algues sèches…
 
Mytilène, parure et splendeur de la mer,
Comme elle versatile et comme elle éternelle,
Sois l’autel aujourd’hui des ivresses d’hier…
Puisque Psappha couchait avec une Immortelle,
Accueille-nous avec bonté, pour l’amour d’elle,
Mytilène, parure et splendeur de la mer !

Poèmes tirés du site : http://www.paradis-des-albatros.fr/

Autres textes à lire sur https://www.dico-poesie.com/

Biographie (wikipedia): https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9e_Vivien

Extrait : Pauline Mary Tarn, alias Renée Vivien, est née le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 dans le 16e arrondissement de Paris, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française aux multiples appartenances littéraires, relevant à la fois du Parnasse, du Symbolisme, du Préraphaélisme, et du romantisme tardif qu’est le Naturisme à la Belle Époque. Demeurée l’une des grandes icônes du génie féminin à travers les siècles, son œuvre fait constamment l’objet de nouvelles recherches.

Les œufs cuisent-ils plus vite quand sévit la canicule ?

Le beurre fondait comme l’argent et l’avenir de Jean, qui pensait qu’avec son magot il passerait au soleil le restant de ses jours. Le beurre demi-sel brunissait au fond de la poêle où il cassa et plongea deux œufs, le seul plat qu’il savait cuisiner sans avoir vraiment appris qu’en cassant ces œufs il aurait pu battre les cartes d’une omelette, en y ajoutant sel poivre et quelques grammes de fromage râpé pour la rendre plus goûteuse. Hélas, il n’avait plus un rond pour acheter quoi que ce soit, et les deux œufs noyés dans le beurre noirci le narguaient. Ils semblaient lui reprocher d’être un raté, un type incapable d’assumer le braquage de deux poules de luxe qui sortaient de chez Van Cleef et Arpels©, les célèbres joailliers de la place Vendôme, en ce mercredi de juillet caniculaire. Ces femmes avaient la nuque bien dégagée et de leur cou pendait un collier comme on les aime dans la haute société des gens qui se foutent du monde. Jean les avait attaquées de dos, déclipsé leur monture et d’un revers de main arraché les pendeloques, avant de s’enfuir en Scooter© dans les rues de Paris, celles qui ne sentent pas le parfum des beaux quartiers. Tout en roulant il comprit ce que signifiait la fable de « la poule aux œufs d’or », alors que coulaient les deux rivières adamantines dans la poche de son veston. Il remercia son ancêtre Jean de la Fontaine, songeant que cette fable était d’une autre valeur que celle de Perrette et son pot au lait. Mais le destin réunit souvent les espoirs déçus, comme ce fut le cas pour Jean, son avenir et ses œufs au plat.
Une fois rentré chez lui, il admira le scintillement des bijoux sur la table de son studio du sixième étage. C’était beau, mais ce n’était pas tout : il fallait les fourguer à un receleur, et il n’en connaissait pas. Il avait agi par opportunisme, simplement parce qu’il était présent là, place Vendôme, dévorant un sandwich pendant sa pause de coursier sur le siège de son Scooter© (qui n’était pas un Piaggio©). Finalement, il opta pour les puces de saint Ouen et s’y rendit le samedi matin, jour non ouvré mais ouvert aux petits trafics illicites. Il fit la tournée des brocanteurs, antiquaires, vendeurs de montres et de bibelots chinois. Tous lui répondaient qu’en fait, sa marchandise était du toc, ni plus ni moins, tout juste bon à intéresser quelques rappeurs qui adoraient le clinquant les lunettes noires et les manteaux synthétiques en faux renard des toundras sibériennes. Comme il s’épuisait à ne trouver aucun potentiel acheteur, il brada les bijoux à un ruffian vêtu comme un duc, un nommé Roland Dorgelès, qui lui laissa sa carte de visite et l’invita le lendemain dans un boui-boui de Montmartre, où il avait son QG. A midi trente, alors que sonnaient les cloches de la basilique du Sacré Cœur, sur la Butte, Jean pénétra au restaurant chez Plumeau, où Roland l’attendait, installé à une table en retrait. Ils déjeunèrent d’un hamburger frites (cuisson belge) et d’une glace américaine au parfum pistache (sans pistache), puis se mirent d’accord sur le montant de la vente : cinquante euros par pièce. Jean accepta, noyé par le baragouin du duc et les verres de mauvais rouge qu’il avait ingurgités, éberlué par la faconde de son acquéreur. Roland offrit le pot de vin et tendit sous la table un billet de cent euros, pendant que Jean lui tendait, de l’autre main, le paquet de bijoux enveloppé dans la gazette de la Butte Rouge, un vieux journal communiste qu’il venait de trouver au pied d’un peintre amateur qui essuyait ses pinceaux avec.
La transaction effectuée, le duc s’éclipsa, laissant à Jean le soin de payer la note sauf le vin, qui en fait était compris dans le menu. Tout heureux, Jean remonta sur son Scooter© et redescendit la Butte jusqu’à la rue Ordener. Il trouva une station service et refît le plein, avant de regagner son domicile, avenue d’Orléans. Il s’arrêta deux ou trois fois boire une bière sur le parcours. La canicule de ce mois de juillet était véritablement intense, ce qui justifiait à ses yeux ces arrêts, bien qu’il ne conduisît pas la bouche ouverte. Arrivé au pied de son immeuble, il cadenassa son engin autour d’un lampadaire qui sentait le dog day new yorkais, puis courut chez l’épicier arabe ouvert sept jours sur sept acheter du beurre, des œufs, du fromage râpé et une bouteille de Gevrey Chambertin ( en promo car tombée du camion). Avec les faux frais, l’essence et le restau, lui restait un billet de cinquante et trois euros trente en pièces. Le commerçant glissa le billet dans une petite machine aux reflets verdâtres et lui signifia qu’il était faux. Bref, la poisse, comme Perrette. Il paya avec sa monnaie et repartit avec une boîte de six œufs et une plaquette de 125 grammes de beurre (demi-sel, car il était breton).
Le lendemain, lundi, le Scooter© ne démarra pas et son absence au poste de travail dans les délais impartis fut considérée comme une faute grave chez son employeur, Hubert Allès. Il fut licencié sur le champ. Pas d’indemnité, fallait être à l’heure mon gars ! Lui répondit-on par texto. C’en était fini de l’avenir, du magot et de la belle vie au soleil des tropiques. Il lui faudrait trouver un autre esclavage. Pour cela, il lui fallait lire les petites annonces dans son Smartphone© connecté, qui était sa seule richesse et son unique potentiel pour dégoter un boulot. Plongé dans ses recherches tout en cuisant ses deux œufs au plat (sur six) qui le narguaient dans la friture, il fut attiré par un gros titre dans le journal ;
« Un vol stupéfiant a eu lieu mercredi dernier place Vendôme. Deux poules de luxe se sont faites dérober leurs colliers d’une valeur de soixante cinq mille euros ( certes, du bas de gamme) à la sortie de la joaillerie Van Cleef et Arpels©. Le voleur présumé est toujours en cavale, mais les journalistes de BFM TV© enquêtent sur une piste que leurs propres caméras de surveillance constante de l’actualité ont semblé déterminer. Il s’agirait d’un jeune homme mangeant un sandwich dont on ignore pour l’instant avec quels ingrédients celui-ci était composé. L’auteur du vol était assis sur un Piaggio© de couleur rouge. Les investigations continuent. »

Jean reposa son portable. Les yeux des deux œufs avaient changé de couleur ; de jaunes ils étaient passés au blanc. L’air de dire on est là, maintenant on a compris que tu as eu raison de tenter ta chance, même si tu es quand même le dernier des cons.

18 07 2022
AK

Place Vendôme, Paname

Canicule et bascule

Nous passions un long moment caniculaire. Rebecca commençait à fondre, et ce n’étaient pas les médocs qu’elle avait achetés sur internet à prix d’or qui y étaient pour quelque chose. La chaleur fait fondre la graisse, et pour ce faire, moi, Daniel son mari, lui ai proposé d’aller bronzer dans le transat du jardin. Je la massais avec une pommade bio sur son corps exposé mais non muséal. Auparavant, je lui avais enjoint de se peser sur la bascule, afin de comparer l’impact du soleil et celui des cachetons pour maigrir. Elle resta trente et une minutes avant de revenir en trombe dans la maison et se précipita sous la douche tiède. Je lui demandai de mettre une bassine sous ses pieds et de ne pas se savonner, juste frotter son corps avec ses doigts. Sa peau en sueur ressemblait à un marais salant et je pus récupérer la bassine à demie pleine, la sortir à l’extérieur pour que l’eau s’évapore et qu’il ne reste que la fleur de sel fournie par sa sueur après dessiccation.

La chair de Rebecca, sous la demi-heure passée au soleil, avait pris la couleur des crevettes dont se nourrissent certains échassiers pour maquiller leurs plumes dans les rizières de Camargue. Cependant, la serviette posée sur le transat ne comportait plus que quelques maigres traces de gras, et je rageais intérieurement de ne pas être allé la retirer dès que Rebecca avait quitté le siège. Le gras avait fondu et des mouches finissaient de boulotter le peu qu’il en restait. Elle prit deux cachetons (sa cure d’amaigrissement) avant de s’installer sur la balance pour continuer l’expérience. Le résultat frôlait l’égalité. Puis elle revînt et liquida un demi-litre d’eau gazeuse ; je lui avais dit cent fois que le gaz contenu dans l’eau ne fait pas plus maigrir que les épinards sans beurre, mais elle disait se sentir plus légère, comme si elle avait bu quelques coupes de champagne. Face à ce point de vue je ne possédais aucun argument, tant les bulles de ce plaisant breuvage me faisaient le même effet.

Vers dix sept heures nous atteignîmes le pic de chaleur tant redouté : 40° à l’ombre. Bien au-dessus des températures de nos masses corporelles. Nous nous mîmes d’accord pour sacrifier le contenu du frigo et du congélateur. Bien calfeutrés dans la cuisinette, nous ouvrîmes en grand les deux portes du meuble électroménager et fîmes tourner les pales du ventilateur acheté chez Centrakor, un balayeur d’air peu puissant mais, placé stratégiquement face au réfrigérateur il pulsait un air sibérien. Avant que les glaçons ne fondent, nous nous préparâmes un Gin fizz et avalâmes quatre cônes de glace réservés habituellement pour les soirs devant la télé. La température chuta de quelques degrés et nous redonna temporairement goût à la vie, l’ancienne, l’anté-caniculaire.

Pendant ce temps les incendies ravageaient la Gironde et le Sud de la France. Et nous, Rebecca et moi, nous gobergions et profitions d’un endroit clos rafraîchissant pour oublier le monde, le réchauffement climatique, les inondations, la grêle, les tempêtes, les vagues d’exilés meurtris, affamés, assoiffés, la disparition d’espèces animales (car il n’y avait plus assez d’eau pour faire flotter l’arche de Noé). Et soudain, panne générale : plus de jus, plus d’eau, plus de gaz, plus d’internet, plus de Rebecca, juste un brouillard épais qui sentait la pinède calcinée, un court-circuit géant répandu sur toute la planète. C’est à ce moment-là que je fis rentrer les chats dans la maison : sur le perron, ils grattaient et étouffaient. Rebecca avait fondu dans mes rêves (sadiques?), il ne restait qu’eux et moi. À présent totalement hagard face à ces catastrophes qui s’enchaînent, n’osant pas mettre les pieds dehors par crainte d’être dévoré par l’ignoble chaleur, je réfléchis à qui je pourrais vendre, plus tard, l’iode de la sueur des hommes, femmes et enfants, qui combattent les feux, tous les feux, ici, ailleurs, partout, comme nous tous, qui sommes le sel de la Terre :

«  Nous sommes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. » (Matthieu)

17 07 2022

AK

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