Le silence des pierres

J’ai connu des cailloux

Qui chantaient sous mes pas

Des marbres de tombeaux

Qui racontaient la joie de vivre

Le flux des rivières libres

Les doigts glacés et l’orgueil amoureux

Des jouisseurs désespérés

Les hanches musicales de femmes

Pendues aux cordes lacrimales

Les larmes et les bains morts d’Orient

Le sable chaud des plages mercenaires

Mais à présent tout nous échappe

L’hiver est chaud qui nous écharpe

Les cailloux se sont tus

Écrasés sous les tanks, les giving,

Des tombeaux où jadis les feux de saint Elme

Réjouissaient les sorcières les bombes de plastic

Le plastique et l’atome menacent

Nos pieds gelés nos doigts glacés et toi,

Toi que je sais assoupie dans un lit douillet

Je pense aux flux des rivières libres

Aux rires promis de tes enfants heureux

A cette fleur sereine de l’orgueil amoureux

A tes hanches musicales toujours vibrantes

Un jour viendra où, comme les cailloux

Sur le chemin ma vie parmi tant d’autres se taira

Mais je sais que l’oiseau que je n’ai jamais su être

Chantera dans les branches du vieux marronnier

Pépiera dans celles du noyer, du figuier, des pommiers

Foule immense attendant l’aube pour clore mon destin

Cailloux heureux de n’être plus lapidaires.

10 01 2020

AK

Un vendredi « peuple » et « people »: les grèves, François Morel et la belle mère d’Aristide Bruant

Photo copiée collée de « la Dépêche (toi de courir le temps presse) du Midi »

 

plus people mais également tout à fait juste, (même si l’on s’en moque par rapport aux événements actuels), cette chronique de François Morel du 3 janvier 2020:

pour changer d’époque, remplacer « belle-mère » par « retraite »!

 

 

rions un peu : au choix, une statue qui part en fumée ou une autre qui effraie les oiseaux

Il faut deviner de qui il s’agit, mais ce n’est pas difficile!

Extraits article La République des Pyrénées (avec l’AFP°:

Ironiquement baptisée « Statue de la liberté » par son auteur, elle avait été inaugurée fin août dans un village proche de Moravce où sa présence avait fini par déranger les habitants en raison des nombreux curieux qu’elle attirait.

« C’est une attaque contre l’art et la tolérance (…) contre les valeurs fondamentales de l’Europe », a déploré le maire Milan Balazic, regrettant aussi de perdre une attraction pour l’installation de laquelle il avait déboursé 1.500 euros.(…)

https://www.larepubliquedespyrenees.fr/2020/01/09/la-statue-de-la-liberte-trump-part-en-fumee-en-slovenie,2647222.php

La « Statue de la liberté » Trump part en fumée en Slovénie

Dès sa mise en place l’été dernier, cette effigie destinée, selon son auteur, à dénoncer les populismes avait échauffé les esprits, partagés entre groupies et détracteurs.

Interrogé jeudi par l’AFP, l’architecte slovène Tomaz Schlegl à l’origine du projet a dit soupçonner un acte de vandalisme en lien avec l’escalade des tensions au Moyen-Orient depuis l’élimination par Washington d’un général iranien.

Peu de temps après son transfert à Moravce, la statue s’était vue affubler d’une moustache, dans une claire référence à celle du dictateur nazi Adolf Hitler.

« Je crois que ces attaques sont compréhensibles au vu de ce qui se passe dans le monde », a estimé M. Schlegl.

Cet architecte avait expliqué en août que son projet parodique de « Statue de la liberté » avait été inspiré par la statue de Melania Trump, érigée dans un champ près de sa ville natale de Sevnica. Non moins discuté, ce monument taillé à la tronçonneuse dans un tronc d’arbre et parfois comparé à un « épouvantail », est lui toujours en place.(…)

https://www.huffingtonpost.fr/entry/melania-trump-a-sa-statue-diversement-appreciee-en-slovenie_fr_5d1fdbb4e4b04c48141408ec

Cette statue de Melania Trump a été installée dans un champ près de Sevnica,...

 

noir chocolat

Tous mes synapses étaient en grève

Et la seule chose qui circulait

Dans mes neurones atrophiés

Était une idée fixe,

Une envie folle d’écrire

Un texte très pur très noir

Avec de l’encre de chocolat

Equateur ou Guatemala

Un texte qui vienne des hauts plateaux

Dont les mots descendent dans la gorge

Et remontent dans le dos leurs doigts

Possédés par la tension et l’extase

Mais sans synopsis point de synapses

Juste des querelles des quenouilles

Filant vers Brest où la grève est de sable

Gris comme une envie folle d’herbes

D’oyats que chatouille le vent du large

De pets splendides sentant l’Amérique

La misère noire d’Haïti du Nicaragua

Une envie folle aussi de t’écrire

Entre deux guerres et mille mondes

Les synapses bloquées aux frontières

De la mort cérébrale de tyrans sans neurones

Un texte très pur très noir

Qui écrirait simplement son histoire

Tel un enfant croque son carré de chocolat

Venu des monts de la Lune ou de Madagascar

Et ce parfum étrange de volupté

Qui flotte, suave, dans les palais

Ivres de liberté et de saveurs notoires

Un texte qui vienne des hauts plateaux

Dont les mots descendent dans la gorge

Et remontent dans le dos leurs doigts

Possédés par la tension et l’extase.

07 01 2020

les mardis de la poésie : Kamal Zerdoumi (1953-…)

À ma mère

Lorsque dans l’espace tout s’éteint
ma mémoire ranime
la chaleur de ton corps
immobile
et ton sourire divin
Ma tendresse aux yeux verts
Mon élixir dans mes enfers
reviens ô ma mère
Je saurai t’accueillir
en faisant de ta présence
la raison de mon existence
et mon suprême divertissement
Lorsque dans mon être
se déploie le chagrin
et de ténèbres colore mes jours
Je redeviens l’enfant d’hier
sourd au silence du cimetière
que tu prendras
par la main

Kamal Zerdoumi, 2018

tiré du site :https://www.poetica.fr/biographie-kamal-zerdoumi/

Arbres

Stoïques
ils se laissent dépouiller
par l’automne
et restent dignes
malgré la chute
des feuilles
Leur deuil
silencieux
se drape d’une toge
de candeur
lorsque vient l’hiver
leur embaumeur
Pourtant la sève
persévère
et circule
Sa foi en le printemps
ne tarde pas à porter ses fruits
En été arbres vous devenez
des oasis d’ombre
Et votre silence parfois est traversé
des bruits de la vie
Ayons votre passion sédentaire
et vos rêves nomades
mystérieuses présences
de bois
artisans
de la vraie sagesse

kamal Zerdoumi, 2019

 

un retour en train (le temps d’une grève)

Jusque là tout allait bien. Le train n’avait qu’un retard de dix minutes et les voix synthétiques du haut parleur étaient branchées sur une unique ritournelle, numéro du train provenance destination desserte des gares. Dix minutes plus tard, une nouvelle annonce indiqua un retard d’une demi heure, le convoi ayant dû faire un détour inopiné par manque d’alimentation électrique sur les voies usuelles. Puis, bien plus tard, les usagers apprirent que le train avait pris la tangente et quitté le pays pour des cieux plus cléments. Un message pré programmé tourna alors en boucle dans le hall de gare nous invitant à quitter les lieux dans les plus brefs délais, car il n’y aurait pas assez de places pour tout le monde dans les bus affrétés en urgence pour palier à l’incident inattendu. Tous les usagers sortirent en même temps, certains mêmes avant d’autres. Dehors, il tombait des cordes.

Certains bus arrivaient à la hâte et l’on dénombra une dizaine de victimes dont deux agents en tenue relevèrent les identités, l’adresse, et mailèrent les condoléances aux familles. Tout était bien organisé. Les bus démarrèrent en trombe, ce qui est logique au vu de la pluie qui tombait alors en hallebardes et taillait des croupières aux retardataires, dont la plupart durent s’agglutiner dans des taxis sans vérifier le tarif kilométrique de ceux ci, ce dont ils se repentirent par la suite. Jusque là, tout allait bien. Ou presque. Antonio ne savait pas où atterrirait Julietta, sous quels cieux plus cléments annoncés par la voix synthétique, tout à l’heure. Ainsi, quand le hall de la gare fut totalement désert et tous les bus et taxis partis, il décida de rentrer à pied chez lui, sous l’averse. Il marcha deux cents mètres et fit halte sous un abribus de l’avenue des Désirs. Il sortit de sa poche de pantalon le petit paquet enturbanné qu’il voulait offrir à Julietta, à son arrivée. Il aperçut, à quelques centaines de mètres, cinq ou six bus à l’arrêt, plantés dans l’avenue. Une tache sombre les environnait, mouvante. Il n’eut aucun mal à constater que les engins étaient en rade et les passagers débarqués. Panne de gasoil. Rien d’étonnant, rien que du supra normal. Les réservoirs pratiquaient la politique du flux tendu et n’étaient donc remplis qu’ad minima. Il pensa : jusque là, tout va bien.

Du paquet cadeau pas plus grand qu’un mouchoir de poche il extirpa un de ces instruments qui révolutionnent les mentalités abruties, un téléphone multi-fonctions connecté sur le Net, qui permet, selon le mode d’emploi en plusieurs langues, de vous faire partager en temps réel tous les événements de la planète, de tchatter avec vos amis et de jouer au tiercé en ligne, ou au poker, ou de commander une pizza, et mille choses encore, dont l’essentielle, l’ineffable : alors, t’es où ? Mais Julietta, justement, ne possédait pas ce bijou de technologie, ainsi qu’il est simple de le comprendre, vu qu’Antonio l’avait dans sa main. Il put néanmoins, par quelques manipulations vraiment très simples, géolocaliser Julietta, car la mode étant à l’incrustation de puces Rfidées en matériaux composites avec soin de la peau incorporée et lotions anti-acnéennes offertes pour toute puce achetée, son repérage fut des plus rapides. Il ouvrit la page google earth et zooma. Julietta était bien dans le train, un catalogue en main, visiblement insouciante du retard pris et de la destination modifiée. Il faut admettre que le train filant plein nord, rien ne supposait une grande modification de clarté malgré l’heure avancée. D’ailleurs, l’été battait son plein dans les environs de Gdansk, où le train cheminait alors.

Antonio, constatant que sa Julietta ne se tracassait pas plus que le train avançait, réserva un billet d’avion pour Stockholm, avion qu’il prendrait dans un aéroport distant d’une quarantaine de kilomètres. Jusque là, tout allait bien. La mobylette de son père, pièce de musée poussiéreuse mais en parfait état de marche ( les vieux entretiennent le matériel, sourit-il ), dormait dans le garage depuis plusieurs années, un jerrican plein d’essence à ses côtés. Il reprit sa marche, accéléra en croisant les bus arrêtés autour desquels maintenant une bagarre générale s’était déclenchée pour la réappropriation des bagages, valises de formes et de couleurs uniformes qui créaient le doute, et dont les étiquettes déchirées par les accrochages entre individus ne faisaient plus foi et généraient la violence aveugle. Les agents en tenue usèrent des mêmes méthodes que dans la cour de la gare, tout était réglé comme du papier à musique.

Arrivé à proximité de chez lui, rue des Empires, il aperçut les taxis stationnés en file indienne, et entendit les chauffeurs hurler qu’ils ne rendraient les bagages qu’une fois la course payée, et les passagers crier au loup que les tarifs excessifs étaient passibles des tribunaux, mais comme il n’y avait pas de tribunal dans le secteur, on en vint aux jeux de manches et aux coups de poings. Il n’y eut, dans ce laps de temps, que quelques blessés et beaucoup d’embouteillages. Une heure plus tard, Antonio quittait les faubourgs de la ville. Une heure plus tard, il garait sa mobylette dans un endroit discret de l’aéroport. Une heure plus tard, l’avion décolla. Le train arrivait à peine en gare de Riga, où un soleil splendide inondait la ville de ses lumières vespérales. Julietta dormait sur son siège, le catalogue posé sur ses genoux. L’image l’attendrit, et il eut hâte d’atterrir à Stockholm, l’angoisse au ventre quant à la quantité de kérosène contenus dans les réservoirs de l’avion. Mais faire le voyage en planeur aurait été bien plus long qu’un long courrier dans une boîte e-mail.

De Stockholm il prit un taxi suédois comme il se doit puis sauta dans un ferry à destination de Tallinn, capitale où le train arriva à l’heure, heure locale ou universelle, les estoniens s’en moquaient éperdument, comme ils se moquaient bien de savoir d’où venait ce train, puisque de toute manière il arrivait à l’heure. Jusque là tout allait bien. Antonio replaça le portable dans son papier cadeau, réassortit les rubans frisés et re-scotcha l’étiquette du magasin où il l’avait acquis. Puis il se dirigea dans le hall des arrivées. Comme si de rien n’était. Comme si tout allait bien. Se mettant sur la pointe des pieds, il vit Juliette descendre du wagon, pousser sa valise à roulettes avec son petit manche rétractable en acier, s’avancer vers la sortie à petit trot. Quand à son tour elle le vit, elle fit un bond et courut l’embrasser. Ils restèrent ainsi enlacés une bonne dizaine de minutes, sous les lumières froides du hall de gare. Dix minutes.

Désormais, tout irait bien. A partir de là. A partir de Tallinn, où ils vivraient sans retard, à l’heure où les trains entrent en gare, à l’heure où le monde se connecte et rame au timbre des voix synthétiques, des jusque là, tout va bien. Ainsi qu’il est raconté ici.

AK Pô

08 10 11

(oups! déjà paru! tant pis, bis repetita placent!)

un vieux diable entre noir et blanc

Diable servile qui vend aux filles des jupons frais

Que la jeunesse soulève enchante et fait rire

Sache que l’encre de ma plume trempe dans la farine

Pour mieux décrire mes nuits les tiennes, la nôtre,

Sache qu’aux chiffons secs la noirceur d’un tableau

N’est jamais l ‘abandon des traces d’une craie,

Que sur le fil fragile d’un cheveu qui blanchit

La jeunesse construit ses dernières lueurs,

Telle une blanche et infranchissable ligne tracée sur le macadam

Ce soir encore diable servile j’écraserai ton nez dans la farine

Entre les jambes blanches des filles aux jupons frais

Dans l’infinie jeunesse abandonnée des dieux je blanchirai ta nuit.

01 01 2020

les expressions oubliées : « mon cul sur la commode »

Je sens qu’un petit vent de culture souffle en ce début d’année!

Intéressant article de Claude Duneton pour décortiquer cette expression:

https://www.lefigaro.fr/livres/2009/04/16/03005-20090416ARTFIG00374-mon-c-sur-la-commode-.php

Après ceux du Président français, les vœux de Chinette et Chinou

Nous, on aime bien la république Framboise, distribuer des tartelettes sans craindre les éclairs (chocolat ou café) des pétards, même quand on se sait surveillés de près par des petits russes et leurs espions cubains bourrés de rhum, nous on est des petits choux, la crème de la Nation, tendance tartes aux (presse) citrons.

Alors pour 2020, nous avons décidé de partager ces petits gâteaux de vieux enfants gâteux, en chantant joyeusement ces chansons d’avant-guerre :

 

 

les mardis de la poésie : Maurice Carême (1899-1978)

Nouvelle année

Oui, oui, mon petit chat,
Reste bien dans mes bras.
Dehors, il fait si froid
Que personne ne passe
Et que les blocs de glace
Remplacent les pavés.
Je te raconterai
Cendrillon, Barbe-Bleue,
La Belle au bois, les Fées.
La vieille année est morte ;
Les serpentins l’emportent.
Mon chat, écoute-moi :
Reste bien dans mes bras.
Dehors, il fait si froid !

Maurice Carême

 

simple vie

C’est du soir en fruit,
De la nuit en grappe
Et le pain qui luit
Au clair de la nappe.

C’est la bonne lampe
Qui met, sur les fronts
Rapprochés en rond
Sa joie de décembre.

C’est la vie très simple
Qui mange en sabots,
C’est la vie des humbles :
Sourire et repos.

Maurice Carême

tiré du site : https://www.poesies123.com/auteur/maurice-careme/

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