colchiques dans les prés… (les Baronnies, Hautes Pyrénées)

Petite balade dominicale entre Lourdes et Bagnères de Bigorre, avant que le froid s’installe…

http://www.coeurdespyrenees.com/les-baronnies

un balayeur distrait m’a réduit en poussière

Le temps court sur le fil à linge de l’étendoir et nous, suspendus dans nos vêtements propres, comme des marionnettes laissons le vent nous faire danser. Heureux d’être caressés dans le sens du poil, nous parfumons l’espace en virevoltant ; cependant le soleil se voile. Qui éteindra la lumière des siècles ? Un de ces faux-culs qui firent naître des croyances obscures, ou ces papes juchés en haut de leurs buildings, qui font fi de cette misère dont ils tirent profit ? Le pouvoir est l’ultime puissance des hommes qui veulent renverser des dieux illusoires.

Tu m’attendais au pied de l’escalier, j’arrive par le ciel : un balayeur distrait m’a réduit en poussière. Sur le fil à linge quelques mains inconnues ont noué des cordes un peu bizarres, qui glissent, semblables à des lacets dans les œillets de chaussures, taille indéterminée, champ de bataille minée. L’ombre se disséminera à la nuit tombée, des salamandres viendront au pied de l’étendoir récupérer le sperme des pendus et l’étendard des marionnettes qui, encore cette nuit, danseront sous la lune d’opale. Ce sera la dernière nuit des hommes libres, mais les nains de jardin viendront sauver les plus humbles victimes, eux qui vivent dans l’ombre savent comment survivre. Les chats, les hérissons, les crapauds, sont leurs amis. Les nôtres.

Mais nous, accrochés à nos illusions, l’ignorons. Voilà pourquoi nous sommes dans une telle situation, ridicules épouvantails suspendus au-dessus des cours de la Bourse, des spéculations et des discours haineux, nous naviguons sur le fil de fer qui se barbelise, le temps funambulant sans que rien ne nous arrête : le vent caresse nos peurs, nos craintes de chuter, chut ! N’en dites rien à mes voisins, ce sont peut-être eux qui ont lancé la nouvelle, vous savez, ce crime contre l’Humanité qui interdit de vivre sous peine d’en mourir. Silence, monsieur, des labos nous feront un jour une peau blanche pour tous, et nous attendons les avancées de la science scientologique, évangélique, multi-usurpatrice, en nous cloisonnant chez nous, en évitant de rire jaune, de paraître en contre-jour sur les cloisons en plâtre de nos maisons.

Les temps sont difficiles, mais celui qui court sur le fil de l’étendoir, oh, lui, c’est autre chose : il veut croire. Il veut croire qu’un jour reviendra où tous ces vêtements chamarrés de marionnettes redeviendront les habits d’êtres humains.

AK

01 11 2018

petite couronne mortuaire pour une ville qui se prend la tête

Quand le bruit cessa de courir et que la nouvelle éclata au grand jour comme quoi le centre ville était en proie à une épidémie de SQY2Z, maladie humainement transmissible par la pensée (de droite comme de gauche), l’argent, le bénévolat et la sauce tomate, on vit surgir de tous les garages, publics et privés, petits et grands, une armada de véhicules dont les flux envahirent la ville, faisant fi des bornes en laiton, acier, qui furent pulvérisées par les conducteurs affolés soudain en proie à la plus pénible des situations: les embouteillages dans les rues auparavant piétonnes.

Si les citadins possédant vélos, mobylettes, skates, fauteuils roulants, paires de jambes valides, hélicoptères individuels ou familiaux, s’étaient déjà essaimés au-delà des portes de la ville, ce n’était guère le cas des automobilistes, dont la majeure partie avait pris du retard, ne trouvant pas leurs clés, ou cartes magnétiques, d’habitude rangées sur le réfrigérateur de la cuisine, encore un coup de la femme de ménage, Gisèle, quand je te dis que la lutte des classes n’est pas terminée.

Alors que les premiers habitants, atteints par la maladie, commençaient à attaquer les tiroirs-caisses des commerçants, des banques et laveries, que ceux qui en étaient porteurs depuis des lustres (environ 20% de la population locale) étaient encore au lit ou en train de rédiger des curriculum vitae en turc ou en hindoustani, le flux migratoire des quatre quatre et autres voiturettes de nains sans jardins gagna les premières boucles de la rocade, saturée comme un anneau de Saturne de saturnisme. Une couronne digne des empereurs les plus mythiques monta à la verticale, encerclant la cité royale d’une auréole fuligineuse, cependant que le boucan des klaxons, des engueulades et des moteurs en surchauffe composait ses contre-saturnales (nous étions en octobre, mois où les affaires sociales se réchauffent dans les rues venteuses des capitales provinciales).

Les mois passèrent plus vite que les années. Dans le centre historique déserté une végétation se mit à germer entre les pavés disjoints de la rue Foch, puis, peu à peu, les dalles granite se fendillèrent sous la pression des racines des arbres, las d’être enfermés dans les jardinières. De petits palmiers poussèrent çà et là, des hêtres, des coudriers (sans doute issus de la dégénérescence de poudriers brisés durant l’exode), des liquidambars aux résines balsamiques (nés des chewing gums putréfiés), bref toute un florilège de plantes, fleurs (dont deux sabots de Vénus descendus de la Mairie des Hautes Estives, des cardabelles et des lotiers corniculés, des lotus surnageant dans le bassin aux eaux dormantes de la place Clémenceau).

Très vite, les chats rebelles, les traîne-rues revêches aux crocs élimés, les rats et quelques alligators clandestins (émigrés du Mississippi après avoir traversé l’océan au milieu de salmonidés pourvus d’un passeport en règle) firent leur apparition, tandis que vaches, moutons, étalons et percherons du haras national de Gelos, venus visiter le château par une belle après-midi, se trouvèrent surpris de constater combien la ville était belle quand elle devenait campagnarde.

On vit voler des poules, convoler en justes noces des canards mandarins originaires du lac des Carolins, froufrouter des pigeons ramiers et des pies grièches, des corbeaux bronzer en haut du clocher de Sainte Martine et des coucous investir les tours de Saint Jacques constellées de coquilles d’œuf. Des frelons asiatiques se mirent à fabriquer du miel pour faire plaisir aux ours descendus festoyer sur les bords du gave, à nouveau débordant de saumons, truites et goujons, des lièvres clouèrent le bec des cormorans et des renards distribuèrent des fromages fermiers -de chèvre- (issus de la décadence des paires de chaussette remplies de chaumes et d’économies de marché)

Très vite cependant les animaux regrettèrent la présence humaine. De fait, ils s’instituèrent en quartiers et créèrent des comités. Les pies, excellentes oratrices, débattirent du projet de réhabiliter l’homme au cœur de la ville, à condition que celui-ci se contentât de ne dire du mal que de son voisin, et non de la politique menée par les oiseaux. Le problème essentiel restant: où trouver l’homme? Les rats proposèrent d’entamer les recherches dans les 80 kilomètres d’égouts dans lesquels celui-ci peut se tenir debout. La recherche fût longue et minutieuse; à preuve, on en dégota un. Puis un autre, une femme. Les animaux savent faire la différence en la matière, quand tant de membres du genre humain ne le sait.

L’homme avait une longue barbe blanche, mais ne sentait pas le barbecue; ce n’était pas le genre à faire griller des saucisses le dimanche à midi dans son jardinet afin d’empuantir tout le quartier. Ce fut le sentiment éprouvé par le comité. La femme avait la robustesse d’une Dyane et le roulement de tambour qui fait se réveiller les matins qui chantent, mais elle pouvait aussi réveiller les morts de sa voix claironnante si besoin en était. Un conciliabule, suivi d’un vote à bulletins secrets, admis à un fort pourcentage la réhabilitation des humains dans le cœur historique de la cité.

Cela dura encore quelques années, plus nombreuses que des mois de disette (la nature régnait en maîtresse absolue). La gente humaine se développa avec une certaine harmonie (il y eut quelques problèmes endémiques de consanguinité, mais les vautours fauves firent le ménage) et la ville retrouva ce qu’elle avait perdu: le plaisir d’y vivre. Les hommes réinventèrent la roue et organisèrent des loteries où les perdants gagnaient car il n’y avait pas de lots, simplement des tours de danse offerts et des rires à refendre.

Jusqu’à ce jour où l’un des bipèdes trouva, au fond d’une salle des ventes réduite à quatre murs décrépits, un petit véhicule à deux roues sur lequel était gravé, sur fond rouge: SOLEX.

Et, un peu plus bas, dans l’articulation métallique qui unissait les deux roues:

numéro de série: SQY2Z.

AK

10 10 2010

Poèmes en prose de Guinguelone (+interview) à Tizi Ouzou

Je n’attendais de moi qu’une main féminine

Pourtant ce sont deux poings qui s’ouvrent

Il faut des souvenirs pour ouvrir sa chemise

Des chemins de vie pour se vêtir de nus

Des sentiers d’inouï où les traces de nuit

M’ont apprises à rêver qu’enfin le paradis

N’avait de sens comme autant de maudits

Taisaient leurs cœurs dans l’enfer des ventres

Le silence s’est endormi l’argent des paroles

Traîne à grands bruits ses casseroles

La nuit s’endort dans des rêves imparfaits

Quand règne aux palais les dentiers corrompus.

______________________________________________

Tu me diras je t’aime comme un romain ses ruines

Et ton amant rira, comme l’enfant qu’il est

Devant ce qu’il croyait et qui voit ce qui est

Il fera beau à Rome, ce qui est coutumier,

Le fascisme enverra son peuple aux cimetières

A la messe on dira des versets pour les morts,

Dehors on masquera les récits de l’Histoire,

Chacun surveillera le mot de trop de l’autre,

Toutes les stratégies changeront pour, à nouveau,

Vaincre l’ignominie.




J’ouvrais toujours des portes qui me claquaient au nez

A coups de poings j’ai gagné ma place sur les quais.

Tu ne sais pas ce que c’est de marcher

Quand démarrent les trains et fument les bateaux ;

Tu ne sens que le parfum des femmes et la sueur des hommes,

Tu reconnais les pauvres, l’artifice des riches

Mais moi j’ouvrais toujours des portes insensées

Aux enfants aux vieillards aux veuves , à coups de poing fermés,

Je m ‘en souviens encore, quand mes yeux balayaient

L’aveuglement des foules, l’horizon des vitesses,

L’étranglement sordide d’un penne dans la serrure

Dont j’avais en main la clef mais ne s’ouvrait jamais,

C’est en tendant ma main que s’est la porte ouverte,

Sans rien demander, le train a démarré, le bateau

Quitté le quai, m’emmenant dans ses vagues insensées

Dans le parfum des femmes et la sueur des hommes.


Je croyais, bien à tort, être un enfant des ruts,

Livré aux bons vouloirs d’immeubles érectiles

Engendré par le foisonnement de cuisses commerciales,

Un enfant qui en valait un autre, réduction comprise,

Un ange dont les bras tendent le bleu des cartes

Sans pour autant voler d’un coup d’aile le fonds de caisse

Un misérable en fait qui serait né entre l’oubli et le besoin

Un de ces êtres qui ont troué leurs poches

A trop y laisser s’y réchauffer leurs mains

Et en toute saison, caresser la paresse

Quand elle se pare de magnifiques fesses,

Aussi souvent que dans le piaulement des bébés

On comprend mieux la différence,

Enfants des ruts, enfants des rues,

La vie s’incline et se morfond, un seul morpion :

L’indifférence.


Interview d’un écrivain (aujourd’hui Wilfrid Guinguelone) :

-ça fait longtemps que vous écrivez ?

-depuis ma plus tendre enfance.

-c’est-à-dire ?

-dès mon premier biberon.

-étonnant !

-certes, mais très vite, car mes parents semblaient rétifs à mes écrits, ou du moins ne savaient pas tout à fait les décrypter, je n’ai conservé que les virgules. J’en ai encore quelques réminiscences, bien que cela soit très ancien.

-qu’est-il advenu par la suite ?

-eh bien, adolescent, quelques jeunes filles ont changé ma vision de la littérature. J’ai pratiqué les ombres blanches, ce qui fut enrichissant pour mon style d’écriture, dont mon œuvre actuelle en porte encore la trace. Sinon, je ne serais pas là pour en discuter avec vous.

-effectivement, et je vous en remercie.

-c’est moi.

-qu’est-il advenu par la suite ?

-vous venez de me poser la question, mais je vais vous répondre, car je suis là pour ça. Voyez-vous, j’ai beaucoup voyagé depuis qu’écrire est devenu ma passion. J’ai visité le palais du facteur Cheval, lu l’œuvre de Jacques Vaché, celle de Thoreau, me suis enivré de sucs dans la tisane de l’abbé Soury, bref j’ai parcouru tous les parfums du monde pour mieux exploiter le mien.

-en relisant vos divers romans, tels l’âne qui battait sa femme, ou l’ogresse qui a connu Jésus, il apparaît comme une contradiction dans la plupart de vos récits. Les uns sont pigmentés d’anecdotes, mis en valeur par une ponctuation donnant une certaine intensité à vos récits, et a contrario vos textes parus ailleurs incitent le lecteur à l’art vraiment extraordinaire du contrepet. Est-ce le reflet de votre jeunesse ?

-cher monsieur, c’est tout l’art du littérateur. Tout comme l’est l’art du politique, tenez, si je vous disais : « quand Trump pète, Jéricho tremble. » Cette remarque n’amuserait personne. Rajoutez une virgule, hors dialogue, et référez-vous à une partition musicale, fin d’une phrase ou d’une partie. Cela peut sembler être un humour du troisième degré, c’est vrai.

-cependant, maintenant que vos vieux jours dorment dans votre lit, quel message laisseriez-vous aux jeunes talents qui ne veulent (absolument) pas mener votre carrière ?

-c’est facile : qu’ils se la pètent, et ils verront plus tard sur leur lit de mort ce qu’ils auront laissé comme traces sur leur passage terrestre. Mais qu’ils s’essuient les pieds avant de se coucher.

-je vous remercie, cher monsieur Guinguelone.

Le Brésil va-t’il calciner la démocratie? Bolsonaro s’y emploiera s’il est élu (ce qui sera le cas)

Je conseille vivement la lecture de cet article paru dans Libération récemment:

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/br%C3%A9sil-apocalypse-now/ar-BBOT2tu

Quand on voit, à l’approche des Européennes, surgir dans nombres pays une extrême droite dite décomplexée, il y a vraiment de quoi s’inquiéter sur l’avenir qui nous attend, surtout l’avenir de nos enfants.  J’ai pioché quelques extraits de cet article :

« Le Brésil est actuellement le théâtre d’une hystérie et d’un aveuglement collectifs aux proportions inédites, lequel doit être analysé et médité à la mesure de sa gravité. »

« Dimanche 21 octobre, le candidat Bolsonaro a annoncé au milieu des vivats qu’il allait se livrer «à la plus grande opération de nettoyage de l’histoire du Brésil» et «rayer de la carte du Brésil ces bandits rouges». Dans ce climat d’intimidation, la croix gammée est devenue tendance et commence à souiller les murs des institutions désignées comme l’ennemi : des locaux universitaires, des églises catholiques… Un avertissement ? »

Fin du film culte de Glauber Rocha « Antonio das Morte »

Night and Day (and yesterday en face)

La nuit tombait. Quand je me suis levé pour la ramasser, il était trop tard : le jour naissait. Mais imaginez un peu un homme d’un certain âge, mangeant tôt sa pitance, tenant dans la main une cuillère, à soupe ou à dessert, se mettre à ramasser une nuit tombée par terre ! Imaginez un homme d’âge incertain devant nourrir le jour qui lui arrive d’on ne sait quel sommeil, un homme qui jetterait sur un semblable matelas son Passé et son Futur, son abandon, et dont naîtrait un simulacre de vie que la nuit aurait engendré pour en gratifier l’aube, et son humanité.

Mensonge ne serait-il alors que l’idéal prénom d’un monde finissant ? Faudrait-il croire alors dans un ordre nouveau qui ferait du bonheur un brouillard matinal, dont filles et garçons portant ce prénom-là dirigeraient des hordes d’imparfaits dont la seule directive est l’absence d’avenir. Et ce vieux, incapable de se baisser par son arthrose aigüe, sachant à peine lever le coude quand on lui sert du vin, le vieux avec sa cuillère qui n’ose pas ramasser la nuit des fois qu’on la lui serve en soupe le lendemain, qui ne dit rien, de peur qu’on lui ôte son dentier quand il dormira profondément, et qu’un enfant naisse au matin, comme lui, sans dent, et au réveil la nuit qui le regarde, debout devant son lit d’abandon. Image effroyable de sa vie, miroir qui face à lui réfléchit, brouillard des yeux face au masque de la vie enfuie, il lit la vie qui le fuit, incapable sur son grabat de la poursuivre, juste en fermant les paupières, il fuit le jour et ses enfances chétives, d’autres, plus incertains, les mèneront à bien, ou aux pires aryens.

Il ouvre les yeux. Ici, la nuit est apparue dans les rues du village. De 23h30 à 5h30 du matin. Il traversera bientôt dans les rues les sentiers neufs des animaux sauvages, qui dans la nuit s’aventurent dans leur espace naturel. Nuit et jour. Il ouvre les yeux. Une cuillère est près de son lit. Il faut bien mélanger le médicament, a dit l’infirmière de service. Alors il remue, tourne dans tous les sens sa cuillère, puis la retire du verre incassable et la regarde : on dirait une paupière allongée par un grand cil noyé dans le rimmel. Avec gaité, il appelle l’infirmière, lui dit qu’il a perdu la cuillère et en demande une autre. Elle la lui apporte, quelques minutes plus tard, sort.

Resté seul, il pose alors les deux dos des cuillères sur ses paupières, ses lèvres entr’ouvent l’ivoire de ses chicots jaunis par l’alcool et le tabac. Il sourit. Il se perd entre deux visions, celle des yeux et celle de l’imagination. Le temps est venu pour lui de mélanger les horizons.

Impavide. Mort entre deux pulsations. L’une de nuit, l’autre de jour. Mais nous n’avons, hélas, pas pu sauver l’enfant.

AK

241018

Ptcq

les petits crobards du dimanche soir

A force de vivre au milieu des chats, que je n’arrive toujours pas à dessiner (les souris c’est plus facile, il suffit de les faire poser près des ordinateurs), j’ai cherché un chien à dessiner, plutôt (Pluto?) sympa, qui n’aboie pas et mette quelques frissons chez ces fainéants de minous qui se dorent au soleil automnal en attendant la gamelle. D’où cet exercice graphique que vous ne verrez pas à la FIAC, vu que j’ai renoncé à m’y présenter, malgré l’insistance de Chinette  à y exposer mes œuvres les plus scélérates.

 

Chinette :  » je suis furax, Chinou, tu mélanges tout! »

Je reconnais! mais c’est dimanche:

rigolo : https://www.youtube.com/watch?v=MKejJRjgAJE

Les grues ne grommellent pas, même quand elles grou-groutent!

Le ciel s’est éclairci. Je fume sur le perron. Un bruit un peu rauque traverse l’espace. Je reconnais ce son, caractéristique : les grues sont de passage. Vingt octobre, 13h50. Elles tournent, une dizaine, formant un huit, cherchant la bonne direction du vent au-dessus de la maison. Les repérer, les voir, me prend du temps. Dans le jardin, Chinette étend le linge sur le fil un tantinet distendu, les chats font semblant de dormir. Une dizaine d’adolescents, garçons et filles, traversent la route. Dans le ciel les oiseaux tourniquent, reforment une escouade, se dirigent lentement vers l’ouest. J’interpelle le groupe d’ados, lève le doigt pour les inviter à regarder ce qui se passe au-dessus de nos têtes. L’un d’eux m’adresse un bonjour, un autre ils sont beaux, les nuages. Aucun ne cherche les oiseaux, ne suit mon doigt, aucun n’entend le grondement, le son rauque des grues qui migrent.

Le passage saisonnier des grues, dans ce petit pays,  marque la transition de l’automne vers l’hiver. Tous les vieux, (enfin les rares qui ne sont pas enfermés dans des EHPAD), savent que le temps est venu de préparer en petites unités le bois de chauffage stocké durant l’Eté, ramoner le poêle, vérifier le calfeutrage des portes et fenêtres, bref se préparer à la venue du général Hiver, aux frimas endémiques en voyant ces emplumés magnifiques et futés qui vont passer leurs vacances en Afrique, bien au chaud, loin de ces mondes infects qui gèrent nos espaces pollués, moches, remplis d’égoïsmes et d’individualités forcenées : ces espaces pleins d’une jeunesse qui ne lève plus le nez, s’assourdit, s’abrutit de son propre mirage, de son rase-motte narcissique. Leurs yeux dansent entre la silhouette des filles et le macadam de la route. Ils se la pètent, heureux, joviaux, ignorants pourtant du temps qui les attend, loin du ciel où migrent les oiseaux, proches du ciel où volent les avions.

13h53 : un grand V récupère les grues incertaines. Elles s’accrochent à ce train de vie, toujours bavardes, hautes dans l’aventure de leurs ailes, elles filent vers les cols du pays Basque, plus bas que ceux des Pyrénées centrales, où elles passaient jadis. Comme les cigognes et les palombes, elles traversent les montagnes en passant au plus près de l’océan , moins de brouillards, de neiges et de passeports troués par les plombs des chasseurs, par les longs filets tendus aux cols qui les saisissent par centaines (les palombes) Les grues cendrées et les cigognes volent au-dessus des reliefs escarpés, elles connaissent la route des vents, sentent le chaud des territoires qui les attendent, comme ces ados espèrent trouver la tendresse d’une copine, le baiser qui engage et, déjà, la nuit qu’ils passeront ensemble.

Ignorance de ces collégiens qui seront à leur tour dans le ciel, un jour ou l’autre, dans des avions aux destinations multiples, feront leurs études avec Erasmus, voire plus tard leur carrière (Honk Kong, Singapour, Lourdes…°, dans des contrées parfois plus lointaines (Mars, Avril, Mai), devenant grues, cigognes, palombes, passereaux, perchés là-haut, regardant l’humanité ramper au sol, un sol marbré de rues, de gratte-ciels en pique-culs, de nuages bas, gris comme la fin des jours d’hiver. De fait, ils ne verront rien, un tapis de nuages masquera le monde qu’ils ont laissé en bas, eux qui ne regardaient que le bitume et les hanches des filles, ils flotteront dans le nirvana du bleu céruléen, contents d’eux-mêmes, fiers d’être propulsés loin d’eux-mêmes, de leur nature intime, enfants sans Passé que le Futur appelle, vide de sens, vide d’humanisme, et l’un d’eux, sans doute, par un hublot verra, un peu en dessous de l’aile de l’avion, voler des grues, des oies bernache, et avec ses doigts, l’index et le majeur tendus, fera le geste du chasseur, et le bruit idiot poum poum, le sourire aux lèvres, satisfait.

AK

20 10 2018

Ptcq

Est-ce bien raisonnable?

https://www.francetvinfo.fr/sante/senior/emploi-une-femme-decroche-un-cdi-a-79-ans_2994059.html#xtor=EPR-502-[newslettervideo]-20181020-[video4]

Le petit chat est mort (?)

Le petit chat est mort.

Ma compagne et moi sommes pleins de morgue, mais aussi d’espoirs que nous savons illusoires : il a disparu, peut-être est-il toujours vivant. C’est ridicule d’être aussi sensibles pour une boule de poils gris, qui sort les griffes et fait le dos rond face aux deux autres chats de la maison, plus vieux, avec lesquels il joue. C’est ridicule de comparer un félin aux hommes, lointains, disparus sensiblement pareil, sans laisser à ceux qui leur survivent le constat de leur mort avérée. Toutes les dictatures en ont usé, tous les régimes totalitaires ont laissé cette maigre espérance aux peuples domestiqués. Alors, un petit chat gris, ça passe comme un nuage un jour de pluie. On est triste, puis le sourire remontera aux babines affamées du temps, l’oubli entérinera l’existence d’un minou parmi tant d’autres, et ce sera seulement en tombant sur une photo prise jadis qu’à nouveau l’envie de verser une larme reprendra le cours de la vie des larmes, cette vie qui a vieilli mais que l’image rajeunit, par ses sentiments exacerbés par le souvenir.

Le petit chat est mort. Emporté certainement par les serres acérées d’un rapace, du côté de midi, dans la prairie avoisinante. La campagne n’est pas une sinécure. A l’image de notre société, capable de réduire en poudre un individu, de l’arracher à son sol, à la terre qu’il aime et sur laquelle il se plaît à danser, herbes folles, fraises sauvages, rues pavées et façades colorées, se croyant libre de jouer avec le vent, ignorant qu’en un instant, sans nulle trace de sang, sans témoin, sans lettre de licenciement, il disparaîtra, et que l’on ne retrouvera pas la moindre preuve de son existence, dévoré ici par des busards, des milans, là-bas par un océan, pacifique, atlantique ou indien, plus loin encore par l’absence imminente de tout avenir. La tristesse a cette chance unique de ne pas être insigne. Elle est comme une femme allongée qui aimerait qu’un homme, debout, la prenne, mais qui sait le fardeau des escabeaux, et renonce. Beauté de l’acte manqué. La tristesse est le tabouret des amours paupérisées.

Le petit chat est mort. Ma compagne et moi sommes imbécilement sonnés, stupéfaits de constater qu’un monde que nous pensions connaître, et parfois gérer placidement, n’est pas celui qui régit tous les sceptres lumineux enseignés à l’école. Philosophie, mathématiques, physique, français, langues étrangères, instruction civique (…), potions certaines d’une planète idéale et conçue pour le bien vivre, quand à portée de main, gentil mais toujours sur ses gardes, le monde animal surveille nos moindres gestes, s’espionne lui-même pour en tirer, chacun sa faim et son estomac, profit. Même les animaux les plus pesants, chevaux, vaches, verrats, subissent le viol de leur liberté : volés dans les champs, découpés en sourdine, saucissonnés comme des câbles de cuivre, hachés menus, revendus en sous-main, à ce propos veux-tu m’épouser ? Non, sauf si boulette grise toute en poils réapparaît devant la porte, un soir. Tu vois, je garde espoir. Moi aussi. Mais nous sommes vraiment ridicules, Chinette, ça va donner des raisons supplémentaires aux rapaces de venir tourniquer au-dessus de la maison, d’autant qu’avec ce beau ciel bleu, ils nous épieront de haut. Tu sais bien que s’ils posent leurs serres à terre, Chinou, nous serons prompts à leur réchauffer le climat, en mémoire de notre boulette charbonneuse et ronronnante plus calorifère qu’un poêle à mazout.

Le petit chat est parti jouer au paradis des chats. Pandémonium. Et nous, les pieds plantés dans les champs de discorde, n’avons su, à l’instar des peuples de Mongolie, du moyen Orient, dresser les rapaces. Leur apprendre à ne chasser que ce qui est utile à celles et ceux, humains, animaux, qui associent le besoin à la stricte nécessité de vivre en harmonie. Chinette dit parfois le temps de Brassens est révolu et la vieille dans la forêt, avec ses bouts de bois pour chauffer Bonhomme, c’est de l’histoire ancienne. Mais c’est juste pour me provoquer. Et en pouffant de rire, elle s’allonge, étendue sur la braise de trois escabeaux, et le petit chat gris se met à rire quand il me voit faire le gros dos, c’est amusant.

AK Pô

28 06 2013

EsP.

PS: nous avons retrouvé le chaton trois jours plus tard (il avait atterri dans une maison voisine)

Un écureuil et des poupées (Squirrel Nut Zippers + Toy Dolls)

 

 

Deux clips marrants et toniques pour ce dimanche :

 

 

 

Nestor et Burma

J’ignore qui est à la source de l’invention de l’eau chaude, mais c’est certainement un homme intelligent, que je remercie ici, bien que ne le connaissant pas personnellement (vous, peut-être ?) . C’est une invention qui a pour mérite d’être partagée par tous, par toutes, et quasiment partout. Cette magnanimité m’a ouvert des perspectives fondamentales, que, sans le savoir, j’ai tiré vers le haut, mélangeant en mauvais alchimiste la fonte des neiges et le plomb des robinets. De fait, très vite m’est apparue la nécessité d’une descendance benoist de la famille (UMP) ; et, de là, suivre la filière de la filiation comme une enquête à la Nestor Burma, m’allait. L’eau chaude coulait dans mes veines, au grand dam des truites de Montsouris (cf Léo Malet, « les rats de Montsouris »), perchées dans les catacombes. C’est ainsi que je découvris que la généalogie permet toujours à un singe de Salt Lake City de grappiller quelques noix en haut des cocotiers.

Je ne suis plus tout jeune. La preuve en est que je ne pratique plus la bicyclette, depuis que d’une part, elle a changé de nom, et que d’autre part, ma barbe se coinçant régulièrement dans les rayons, je ressemblais à une Isadora Duncan déglinguée, ce qui, finalement, n’est un mal que pour les généalogistes, qui se trompaient de cible, confondant mes longs poils avec sa blanche écharpe. Mais l’eau chaude, celle qui remplit les baignoires, par exemple, fut l’un des plus terribles combats de ma vie. Au début, un évier en grès, une bassine en zinc suffisaient à la plaisance d’un savonnage en règle. Mes grandes sœurs, ma mère, y allaient à tour de bras pour faire mousser l’eau, les vapeurs marseillaises montant dans la cuisine, dont les seules sources de chaleur, l’hiver, étaient la cuisinière à bois et le feu de cheminée. Sans parler de la vive animation qui emplissait la maison. L’hiver, il fallait se bouger. L’été, la mare et les ruisseaux suffisaient amplement à entretenir le teint d’un galopin en bonne santé. Les derniers souvenirs que je conserve de cette époque étaient les cris de ma mère, poussés du perron : « rentre vite, il va pleuvoir ! ».

Maintenant que ce préambule est achevé, je me dois d’entrer dans le vif du sujet, qui n’en n’est pas un. On ne perd pas ses mauvaises habitudes, quand on écrit des conneries, mais c’est exprès. Donc, voilà :

Mon nom de famille est Maysounnave, mon prénom Lucien. Vous trouverez dans l’annuaire des centaines de gens portant ce patronyme, qui correspondent certainement entre eux, en utilisant internet, forment tout aussi certainement une mafia qui sévit dans le monde entier, voire au-delà, utilisant des codes, pratiquant des rites et portant sur le crâne un couvre-chef (avec une plume) qui les identifie entre eux. Cependant, chacun a son histoire, qui lui est propre. Ainsi, pour se démarquer des autres Maysounnave, est-on tenté de rechercher des racines différentes, des traces de papiers jaunis et des signatures biffées à la plume d’oie par des curés et des bourgmestres d’antan, qui emportent le vent mais conservent la plume, ainsi verse-t-on dans le tronc familial le montant en espèces servant à recueillir les données historiques, ces perspectives fondamentales, tels des joueurs devant la roulette perdent ou gagnent, insistent et cassent la tirelire, le petit cochon rose en porcelaine offert jadis par la grand-mère qui, de son côté, a cassé sa pipe depuis des années (sans révéler l’endroit où elle avait planqué le magot).

J’ai passé beaucoup de temps à regarder les arbres, beaucoup de saisons à observer leur cycle, avec à chaque fois, un émerveillement de pivert. Passer sous les tilleuls de la place de Verdun quand ceux-ci sont en fleur, surprendre avant l’aube la danse du balayeur de feuilles mortes en automne, sans me lasser. D’où ma confiance envers les arbres et, en conséquence,envers les généalogistes. L’arbre familial, ses branches, ses ramifications, ses oiseaux, ses questions subsidiaires : qui suis-je, d’où vins-je, ou vais-je ? (encyclopédie Tout l’Univers, années 60). Bref, je remonte la filière. Archives et compagnie. Je découvre ainsi que des ancêtres se nommaient Maisonneuve, Casabonne, Bonnemaison, plus en amont d’autres, des Castel, Chateaudot, Chatelet, et là, une bifurcation singulière : un mariage, datant de 1778, unit les Chatelet aux Castelsarrazin. Le document est avéré par la Cour des Comtes en 1779. Or, je connais une famille de ce nom, qui possède un petit fortin dans le patelin où j’habite. Des gens de peu, dont nous rions, Angela et moi. Angela Maysounnave, mon épouse. Parfois, je me dis que l’invention de l’eau chaude est peut-être due à un membre de sa famille à elle, mais je ne lui en ai jamais fait part. Les Castelsarrazin, je le sais par diverses sources, voudraient bien racheter mon château, qui est un diamant architectural lové dans un écrin de verdure.

Nous utilisons le mépris contre l’envie, entre nos deux familles. Cela dure depuis trente ans. Sans parler de tous les Maysounnave de la région, qui se disputent la patrimonie de mon domaine : nains de jardins ! J’appartiens moi-même à la confrérie des M., et ces bisbilles me chagrinent et m’agacent. Je contacte donc, un soir, le site de Salt Lake City, afin qu’obtenir un quitus définitif sur mes droits de propriété, avérés par des éléments aussi irréfutables qu’un éléphant de Vialatte.

Au bout de quelques jours, j’apprends que le mariage de 1778 laisse pour seul héritier un certain Vladimir P,, fruit des amours incestueuses d’un Castelsarrazin (Jean Baptiste) et d’une Douma monophasée (Dimitri M.) dans un relais de poste sis à Brest Litovsk,(on voyageait beaucoup, au siècle des Lumières), lieu stratégique qui verra plus tard un certain GD dérailler sans boogie woogie ni prière du soir pour les pussy griotes (Poètesses musiciennes originaires d’Afrique Moscovite) . J’apprends que l’analyse complète de la situation me coûtera 5000 $ US, que copie en a été adressée au sieur Jérôme Castelsarrazin, dernier héritier en date connu et encore vivant, et, une semaine plus tard, un courrier de l’huissier, cabinet Katrina, New Orleans, Louisiane, que j’ai un mois pour décamper, avec ou sans armes et/ni bagages.

J’ignore qui est à la source de l’invention de l’eau chaude, mais c’est certainement un homme diabolique, bien que ne le connaissant pas personnellement (vous, peut-être ?). Tout ce que j’en sais, c’est qu’une secte(*) a rassemblé suffisamment de moyens, de pressions et de capacités juridiques et financières pour récupérer tous les pactoles. Une vraie cafetière, note et café : salés.

AK Pô

25 0113

(*) parmi tant d’autres, originaires des States et d’Europe, qui ont essaimé dans le monde entier, prêchant la même foi en l’Or,et dont les devises sont : In Gold we trust, Gold save the Queen, Gold Mitchett, etc…

illustration: Art Brut, musée de la Création Franche, Bégles (pas retrouvé le nom du peintre, vu qu’il fait nuit ; demain, si ça intéresse quelqu’un)

Bizarreries

Il se passe des choses bizarres. Bien au-delà de la distraction. Au début, c’est l’épaule droite qui me chatouillait et, à force de grattages, l’irritation a commencé à gonfler ma chair pour former un petit dôme aux allures sympathiques. J’emploie le terme sympathique car, n’étant pas très épais physiquement, cette boursouflure me donnait de profil des illusions d’athlète, style lanceur de poids cependant, et non coureur de fond. Après quelques mois, alors qu’elle ressemblait à une balle de tennis, cette verrue a éclos. Et c’est un petit bras de nourrisson qui alors est apparu, un bras potelé, rose, se terminant par une main du même calibre. Ma stupéfaction fut telle que j’envisageai sur le champ de la couper franchement avec mon couteau à légumes, qui est petit mais très effilé et dont le tranchant a fait rendre l’âme à plus d’un carré de carottes peu affables, et de pommes de terre crûment charnues (cachées dans des robes champêtres).

Quelques mois ont passé, et du stade de nourrisson à celui d’adulte, le bras inavouable a atteint sa taille définitive, pilosité comprise. Un bras qui se voulait en parfaite harmonie avec les tendances de l’époque: travailler plus pour gagner plus. S’il se fût agi d’un bras gauche, la finalité n’eût pas été la même, et passer pour un fainéant, voire un romanichel (dont on sait, à la lecture d’une certaine presse, qu’ils n’ont pas les mains dans leurs poches mais dans celles des autres), m’eût comblé d’effroi de honte et d’incrédulité. Or cet organe, devenant chaque jour plus familier, plus jeune que l’original, commença à empiéter sur mon territoire d’activités habituelles. Il prenait le marteau avant que l’autre ne le saisisse, enfonçait les clous avec une détermination toute sarkhozienne, mettant mon rythme artériel à une contribution telle que le sang finissait par déserter le cerveau pour mieux gérer le geste. Sans parler de ma main gauche, bleue d’hématomes, car le biceps maladroit qui dirigeait l’outil manquait son but la plupart du temps, temps qui m’était compté tant j’avais de caisses de retraite en bois à fabriquer dans mon petit atelier.

Pendant cette tragique période, mon premier bras (celui qui m’avait été donné à la naissance avec un contrat de travail -vivre étant un métier- selon Pavese) périclita. Quand l’un se ruait sur la boîte à clous, lui allait faire des fariboles dans la poche de mon bleu de travail, quand ce n’était pas sous la blouse de madame Lison, mon assistante. Bref, ce bras devenait peu à peu hors-la-loi, ses attitudes déloyales envers son géniteur, son tempérament libertin et ses tendances à dévoyer son compagnon du même bord devînrent un problème crucial; il y avait péril en la demeure. L’achat d’un téléphone portable ne réduisit pas les nuisances, bien au contraire. Une flopée de bras droits sybarites l’appelaient, tantôt pour des clous, tantôt pour des pointes. Sans compter le nombre incalculable de vibrations au travers du tissu de ma poche latérale, qui stimulaient d’autres ambitions que le simple gain d’argent. A ce propos, le prix du bois de caisse de retraite, dû à la déforestation planétaire des emplois à plein temps, flamba et les actifs fournisseurs de matière première sombrèrent, tant et si bien que ma marge se retrouva au fond de la boîte et moi au bord du gouffre.

Quand on sait que planter un clou est un art, et qu’il existe une variété extraordinaire de matériaux le composant (cuivre, acier, fer, girofle, etc), de formes excentriques (sans tête, à tête plate, torsadé, d’arpentage, vieux, bi, piétonnier, noctambule, etc), qu’il faut parfois une longue échelle (dans le cas de harengs saurs, chez Desnos, de cimaises chez Alfred du Musée) pour pratiquer l’enfoncement, le percement de paroi, que la via ferrata n’est pas ouverte au tout-venant, on comprendra qu’un bras de plus n’est pas de trop, à la seule condition qu’une règle harmonieuse permette à chacun de jouir de sa propre liberté d’action, de décider qui l’enclume, qui le marteau, qui la faucille et qui vivra verra.

Mais à y réfléchir, et j’y passais la plupart de mes nuits, deux bras droits sont-ils vraiment faits pour s’entendre? Prenons l’exemple d’un clou planté de travers: l’un dira toujours que c’est la faute à l’autre. Il faudra alors vérifier les empreintes sur le manche du marteau. On convoquera des experts, on créera une commission d’enquête, en engagera une procédure longue et paisible et, au final, peut-être, un des deux bras tombera, sous le coup de la loi, entraînant dans sa chute le bras gauche pour complicité. Quant au clou, à moitié tordu, on le redressera par une fiscalité idoine. Ne sachant plus quoi faire, je demandai conseil à madame Lison, les femmes étant censées être de meilleures conseillères que les édiles municipaux, bien que.

-« Madame Lison, que dois-je faire de mes deux bras droits? » demandais-je

-« Gardez le plus agile, émancipez le plus véhément. Celui-ci, quoi qu’il advienne, vous fera toujours une belle jambe. »

-par AK Pô

02 10 10

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